Les Echos du 04 Decembre
COUPE DU BOIS DE VENE
Kita dit non au ministre de l’Environnement
Afin de convaincre les paysans et la population de Kita sur la reprise de la coupe du bois de vêne, suspendue par le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement après une marche de mécontentement dans la Capitale de l’arachide, une délégation nationale partie à Kita le mardi 2 décembre 2008 est revenue bredouille : les Kitois disent non à la déforestation.
Conduite par Mme Samaké Mouna Touré, chargée de mission au ministère de l’Environnement et de l’Assainissement, la mission avait la lourde tâche de ramener à de bons sentiments les paysans et la population de Kita, très remontés contre la société chinoise "Afrique Asie bois Mali"qu’ils accusent de dévastateurs de forêts. Il s’agissait à l’issue de cette mission de voir de commun accord avec Kita dans quelle condition la coupe pouvait reprendre dans de meilleures conditions.
Au cours de la rencontre à laquelle ont pris part les chefs de quartier, les autorités politiques et coutumières des communes touchées par l’exploitation (Walia, Boulouni, Gandougou I et II, Sirakoro et DaouliKebala), les paysans et les notabilités de Kita ont été insensibles au plaidoyer déguisé des missionnaires visant à leur faire comprendre que la coupe du bois de vêne n’est pas une chose mauvaise en soi dans la mesure où, ont-ils expliqué, elle est faite dans les normes de préservation de la nature.
D’entrée de jeu, le chef de la mission ajoutera que sa délégation a été mandatée par le ministre en personne pour discuter avec les populations afin de trouver un compromis profitable, dira-t-elle, à tous.
Le colonel Baycoro Fofana directeur national adjoint de la conservation de la nature en qualité de spécialiste a précisé que le bois de vêne (n’guenou en bambara) a une durée de vie qui correspond à celle de l’homme (selon lui l’arbre dépasse difficilement les 100 à 120 ans). « Donc, l’arbre est appelé à mourir. Et à un moment donné des trous béants sortent de tous ses côtés. A ce moment-là, l’espèce doit être coupée par des techniques appropriées pour sa régénération », a expliqué M. Fofana.
Selon lui, dans le contrat d’exploitation forestière accordé à l’opérateur privé, la société "Afrique Asie bois Mali" , il est clairement précisé que la coupe concerne uniquement certains arbres en état de dégradation. Aussi il a noté que le contrat stipule que sur tous les 10 hectares seulement 4 pieds de n’guenou devraient être abattus.
Mais à Kita, il s’est avéré que les clauses du contrat n’ont pas été respectées par la société chinoise. A l’unanimité, les représentants de chaque zone touchée par l’exploitation et les notables de la localité ont exigé l’arrêt définitif de l’opération, qui ne profite, selon eux, qu’aux Chinois.
Amadou Waïgalo
Des coupeurs chercheurs de femmes
Certaines communautés villageoises, notamment, à Birgo sont très remontées contre la société "Afrique Asie bois Mali" . "Il y a des agents qui, depuis leur arrivée, n’ont jamais cessé de chercher nos femmes. Nous avons deux jeunes filles qui sont tombées enceintes des œuvres de deux agents de la société. Contrairement à ce qui nous avait été dit, c’est-à-dire que l’opération allait être une opportunité de gain et d’emploi pour les villageois, nous n’avons que des problèmes", a déploré Moussa Tounkara, représentant du chef de village de Birgo.
A. W.
Ils ont dit
Niamé Tounkara, chef de quartier de Tounkarala
"Je ne sais comment l’administration travaille maintenant. Mais avant pour prendre une décision impliquant directement les populations, une campagne d’information et de sensibilisation était faite au préalable. Nous, nous avons vu des Chinois s’attaquer à nos forêts sans autre forme de procès. Aussi nous savons qu’il y a une loi qui protège spécifiquement certaines espèces comme le n’guenou. Et puis moi je ne comprends pas tous ces agissements car nous avons dit au ministre ici que nous sommes contre l’exploitation. Avant on appelait Kita ‘n’guenou koulou’. Maintenant allez voir dans les montagnes vous ne verrez pas un seul pied de vêne. Tout a été arraché et le peu qui reste sera ravagé par des étrangers".
Moussa Kéita, chef de village de Samedougou
"Pourquoi les Chinois ne partent pas en Côte d’Ivoire ou au Sénégal ? Parce qu’ils savent très bien que là-bas on n’acceptera jamais l’exploitation abusive des forêts. Nous qui sommes un pays désertique pourquoi allons-nous laisser le peu de nos zones forestières dévastées par des étrangers ? J’en appelle à l’esprit de patriotisme des uns et des autres pour la préservation de nos ressources forestières ".
A .W
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LUTTE ANTI-SIDA
Dakar évalue le chemin parcouru
Continent le plus touché par la pandémie, l'Afrique fait le point de la lutte contre le Sida, du 3 au 7 décembre à Dakar à l’occasion de la conférence internationale sur le Sida, avec plus de 5000 personnes attendues.
Après Abuja en 2005, la 15e conférence internationale sur le Sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (Icasa), dont l’ouverture a eu lieu hier à Dakar, a pour thème « Réponse de l'Afrique : faire face aux réalités ».
Après plus de deux décennies de lutte, « il est grand temps que le continent noir s'arrête pour faire le point sur toutes ses contributions ses performances, ses ambitions, mais aussi ses faiblesses et lacunes par rapport aux réalités de l'infection à VIH », annoncent les organisateurs.
Pendant cinq jours, Icasa entend être une plate-forme pour tous les pays de la sous-région dont les programmes nationaux de lutte contre le Sida vont être passés en revue afin que soient dégagées les meilleures recettes dans l’exécution des stratégies.
La rencontre de Dakar sera aussi l’occasion, pour les politiques, de faire leur bilan d’étape d’un quart de siècle de lutte contre la pandémie en Afrique. Au-delà des spécialistes et des scientifiques l’Icasa 2008 sera pour ainsi dire, une tribune pour les associations, les politiques, les religieux et les personnes vivant avec le VIH.
Des experts internationaux et africains évalueront l'état des engagements politiques, les avancées et les défis scientifiques, les initiatives communautaires et le leadership.
Les initiatives actuelles de lutte contre le VIH et d'autres infections sexuellement transmissibles (IST) constituent un élément essentiel des solutions aux nombreux problèmes posés. Ces initiatives seront évaluées par les participants, afin d'en dégager les réussites ainsi que les insuffisances.
Continent le plus pauvre du monde, l'Afrique continue de payer un lourd tribut à la pandémie. Et si le nombre de malades du Sida, estimé à 30 millions de personnes en 2007 par l'ONU, se stabilise en Afrique subsaharienne, il est trop tôt de parler de « l'autosatisfaction ».
L'Afrique sub-saharienne, avec 67 % des personnes touchées dans le monde par le VIH et 75 % des décès en 2007, reste en effet la région la plus touchée au monde : 22 millions de personnes, soit un taux de 5 % de la population vivaient avec le VIH en Afrique sub-saharienne en 2007, l’Afrique australe étant tout particulièrement affectée, notamment le Swaziland et l'Afrique du Sud, avec le plus grand nombre de personnes infectées au monde, c’est-à-dire quelque 5,7 millions.
Amadou Sidibé
(envoyé spécial)
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CURAGE DES CANIVEAUX
39 GIE ruinés
La mairie du district, devenue insolvable, a entraîné la faillite de 39 GIE d’assainissement auxquels elle doit près de 200 millions de F CFA pour un contrat de curage de caniveaux. Ces GIE courent après leurs sous depuis plusieurs mois et leurs promoteurs sont menacés de prison par leurs débiteurs.
Pour donner fière allure à la capitale et parer aux éventuelles inondations, les autorités du district organisent chaque année, à l’approche de l’hivernage, une campagne de curage des caniveaux dans le district de Bamako. Les GIE d’assainissement sont sollicités pour le travail.
L’hivernage 2008-2009 n’a pas dérogé à la tradition. Le maire du district a signé le contrat n°176 dénommé : « Programme spécial de curage des caniveaux et traversées des chaussées du district de Bamako » avec 39 GIE. Le travail consistait à curer les caniveaux au prix du mètre linéaire à 500 F CFA et à ramasser les ordures. Le budget était supporté en partie par une société de téléphonie mobile de la place.
Selon les clauses du contrat, signé des mains du maire, la rémunération devait se faire en deux temps : un paiement de 50 % au démarrage des travaux et les 50 % restants à la fin des activités. Une autre clause attribuait 18 % du montant des travaux à la mairie et 3 % aux impôts.
Près de sept mois se sont écoulés, les GIE qui réclament près de 200 millions de F CFA à la mairie du district n’ont perçu aucun sou vaillant alors qu’ils ont rempli leur part de contrat. Chaque fois qu’ils passent à la régie ou à la DAF du district, ils retournent bredouilles en apprenant qu’il n’y a pas d’argent ou que l’opération n’a pas été budgétisée.
La crainte de la prison
Dans le contrat dont nous avons pu nous procurer une copie, la campagne est bien imputée au budget de l’exercice 2008 de la mairie du district, chapitre 623-29. Les promoteurs de GIE envahissent chaque jour la cour de la mairie dans l’espoir de pouvoir empocher leur dû. Certains qui se sont endettés auprès des banques ou des particuliers craignent de se retrouver en prison. Ils sont acculés par des manœuvres qu’ils n’ont pas non plus payés.
« Depuis plus de dix ans que je travaille avec la mairie du district, je n’ai jamais vécu une telle situation » , s’indigne un promoteur de GIE, qui jure de ne plus récidiver tant que l’actuel maire reste aux commandes.
Les promoteurs de GIE, qui ne savent plus à quel saint se vouer, envisagent de saisir le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales ou assigner la mairie du district en justice.
Cette insolvabilité de l’Hôtel de ville de Bamako corrobore quelque peu les récriminations du collectif des cadres du district qui a adressé une lettre ouverte au ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, parue dans « Les Echos » du mardi 3 décembre 2008.
Le collectif dénonce la cessation de paiement sans précédent et le renvoi du DAF, qui est la personnalité la plus importante de l’administration, au chômage.
Abdrahamane Dicko
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