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2008

Mois d'Avril

Les Echos du 28 Avril

 

AFFAIRE OLAF-CDE

Ahmed Sow n’est pas blanchi !

Le rapport d’enquête de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) sur la gestion d’Ahmed Sow au Centre pour le développement des entreprises (CDE), une structure de l’Union européenne, est tombé le 11 avril 2008.

En fait, le rapport de mission n’est pas encore rendu public. Mais, déjà, l’étau se resserre autour d’Ahmed Sow, puisque l’Union européenne vient de réclamer à Fitina plus de 3,5 millions d'euros (plus de 2 milliards de F CFA) au motif qu’il y a eu fraude et que le marché ne s’est pas passé dans les bonnes conditions. Selon le rapport, la Banque européenne d’investissement (BEI) se dit prête à recourir à la voie judiciaire pour récupérer sa mise.

L’on se souvient que ce sont quatre confrères de la place : Info-Matin, Les Echos, Le Scorpion et Le Républicain qui avaient révélé l’affaire, démenti par d’autres confrères mais confirmée par l’intéressé lui-même. A l’époque, Ahmed Sow, entre-temps devenu ministre de l’Energie, des Mines et de l’Eau, sans nier les faits, avait rassuré les Maliens en disant : « Je ne suis actionnaire dans aucune société ».

Mais, selon le « Financial Times » du 25 avril 2008, M. Sow aurait « favorisé des entreprises dans l’attribution de subventions du CDE, entreprises dans lesquelles il serait actionnaire ».

Pour revenir aux faits, l’Olaf a ouvert en décembre 2006 une enquête à l'encontre de plusieurs membres du CDE dont son directeur sortant, le Malien Ahmed Sow, qu'il soupçonne d'avoir détourné plusieurs millions d’euros ; « favorisé l’attribution de subventions par le Centre à des entreprises » ; pris des intérêts illégalement dans certaines entreprises. Information révélée en son temps par la presse britannique.

L'enquête de l'Olaf a été déclenchée après que la Commission européenne lui eut fait part de ses soupçons. Dans l'attente du résultat des investigations, à part les montants destinés au fonctionnement de base du Centre, la Commission a décidé de geler le budget du CDE.

Dans le cadre de cette affaire, l’Olaf qui a « ouvert un dossier d’enquête en décembre 2006, après avoir reçu des allégations de conflit d’intérêts, à charge du directeur du Centre pour le développement de l’entreprise (CDE), M. Ahmed Sow » et « afin de permettre à l’Olaf de vérifier si certaines allégations faites à charge de M. Sow sont fondées, des démarches devraient être effectuées au Mali, auprès de notaires en particulier, qui seraient dépositaires d’actes aux termes desquels M. Sow aurait acquis des participations commerciales ou aurait conclu des accords secrets avec un ou plusieurs citoyens maliens, aux mêmes fins », a demandé l’assistance du gouvernement malien.

Selon notre confrère du Financial Times du 25 avril dernier, à la suite d’une investigation de fraude, la Banque européenne d’investigation (BEI) et la Commission européenne ont confirmé le 24 avril qu’ils cherchaient à recouvrer les fonds alloués à Fitina. « Nous cherchons à porter l’affaire à la justice au Mali et en France », a même dit à notre confrère une porte-parole de la BEI, qui ajoute : « l’Olaf a conclu ses investigations ce mois et a recommandé qu’à cause d’irrégularités, le CDE et la BEI doivent chercher à recouvrer l’argent. Europaid discute avec les services juridiques de la Commission européenne » pour voir la suite à donner à l’affaire.

Autant dire que ce n’est pas encore l’épilogue. Bien au contraire !

Alexis Kalambry

 

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PRESIDENCE DE L’URD

Soumaïla met Oumar I. Touré à la touche

A l’ouverture du 2e congrès ordinaire, Soumaïla Cissé, le fondateur de l’Union pour la République et la démocratie (URD), a publiquement pris position pour Younoussi Touré tout en appelant à l’unité.

Samedi dernier, à l’ouverture du 2e congrès de l’URD, les termes « unité et cohésion » sont revenus plusieurs fois dans le discours de Soumaïla Cissé, fondateur du parti. Il a décerné à l’occasion à tous les militants URD « un diplôme d’unité du parti » témoignant, selon lui, de l’unité du parti. Il n’a pas hésité à composer un hymne à quatre couplets, pour l’unité du parti en vue de la victoire finale.

Soumaïla Cissé a mis « en ordre de bataille les militants pour les échéances des communales de 2009 et de la présidentielle de 2012 ». « Je dis bien en ordre de bataille, pour figurer une armée de combattants rivés ensemble par la détermination, l’opiniâtreté et la discipline ». Il a surtout salué la direction du parti, les élus, les sages et a jeté son dévolu sur Younoussi Touré. « Je voudrais féliciter et encourager le président Touré, le capitaine de cette équipe qui gagne depuis 5 ans. Qu’il en soit infiniment remercié. Je lui renouvelle mon entière confiance ».

Le fondateur de l’URD venait ainsi de lever un coin du voile sur la situation réelle au sein de son parti que des informations de la veille du congrès faisaient état de querelles de leadership. Le 2e vice-président Oumar Ibrahim Touré, ministre dans les gouvernements successifs d’ATT et actuel titulaire du portefeuille de la Santé, a des visées de président. Il aura fait adhérer plusieurs sections à sa cause et miné le terrain pour son élection à ce poste.

Koulouba 2012 passe par les communales

Toutefois, l’atmosphère était bon enfant à l’ouverture des travaux du 2e congrès ordinaire de l’URD le samedi au CICB. La sérénité apparente cachait mal la tension en sourdine née de la volonté d’Oumar Ibrahim Touré de se porter candidat à la présidence du parti. L’appel à répétition fait et par Younoussi Touré et par Soumaïla Cissé dans leurs mots aux congressistes sur le maintien de l’unité et la cohésion a fini par révéler les soupçons sur une éventuelle guerre des tranchées dans le parti. « C'est dans l'unité et la cohésion qu'on pourra gagner 2009 et 2012. (…) Notre volonté est d'aller ensemble dans l'unité, la cohésion et la sérénité pour remporter des victoires », a prôné Younoussi Touré.

Le président Touré ambitionne de tout rafler aux municipales de 2009. « Une fois le cap de 2009 franchi, il nous revient de préparer avec succès 2012 et conquérir le pouvoir avec les moyens démocratiques : l’ambition légitime de l’URD est de gagner 2012 », a-t-il souligné. Selon lui, pour atteindre cet objectif, le parti doit compter sur des « militants convaincus, loyaux, et prêts à se sacrifier ».

Le 2e congrès ordinaire de l’URD se fixait comme objectif de faire le bilan de 6 ans de parcours politique, d’installer de nouvelles instances dirigeantes et mettre le cap sur les échéances électorales futures.

Le jeune parti sorti des entrailles de l’Adéma/PASJ, après la présidentielle de 2002, se glorifie d’un bilan élogieux. Il a gagné aux municipales de 2004, 1636 conseillers communaux, 15 conseillers nationaux, 104 maires et 25 députés aux législatives de juillet 2007.

La stratégie d’ouverture, marquée par des alliances et des fusions, demeure un autre acquis de l’URD qui a amélioré sa gestion interne. Ce qui lui a permis d’enlever le jackpot de l’aide publique aux partis en arrivant en tête des cinq partis bénéficiaires de l’aide au titre de l’année 2007 sur 52 formations politiques ayant postulé.

Abdrahamane Dicko

 

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Dans les coulisses

Ouverture marathon

Rarement, l’ouverture d’un congrès ordinaire a aussi duré que celle de l’Union pour la République et la démocratie (URD) qui avait battu le rappel de ses troupes samedi pour son 2e congrès ordinaire. Commencée aux environs de 10 h 15, la cérémonie n’a pris fin qu’à 14 h 42. Dans la salle, la fatigue se lisait sur les visages. D’ailleurs, lorsque des partis amis livraient leur message de soutien au parti de la « Poignée de main », des invités ne cessaient de bourdonner dans la salle manifestant leur impatience.

Des absents de marque

Ibrahim Boubacar Kéita du RPM et Me Mountaga Tall du Cnid n’ont pas fait le déplacement au 2e congrès de l’URD. Selon des informations rapportées sur place, le premier présidait une instance de son parti, et le second serait à Paris pour raison de santé. Néanmoins, les deux présidents ont dépêché des représentants à la tribune pour apporter leur message de soutien amical et fraternel à l’URD.

Des représentants d’ADO

Le Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) et le Front populaire ivoirien (FPI) de Affi N’guessan étaient représentés à l’ouverture du 2e congrès de l’URD. N’ayant pas pu faire le déplacement, les deux anciens Premiers ministre de la République de Côte d’Ivoire ont fait parvenir à l’URD leurs messages de félicitations et d’encouragement à l’URD par délégués interposés.

Pierre dans le jardin de l’ADP

Ils sont 43 partis politiques à soutenir le président de la République lors de la présidentielle d’avril 2007. Mais nul n’ignore aujourd’hui qu’il y a des difficultés qui assaillent notre pays dont 3 sont d’une ampleur exceptionnelle. Il s’agit de la vie chère, de la question de l’école et de l’insécurité au nord. Mais où sont les partis qui ont soutenu ATT ? Pourquoi n’ont-ils pas fait une coalition contre la vie chère, l’école et la rébellion au nord comme ils l’ont fait au tour d’un seul homme en 2007 ? s’est interrogé le président des communicateurs traditionnels, Mohamed Ben Chérif Diabaté. Ce dernier, dans une intervention, n’a ménagé dans ses critiques l’ADP qui, selon lui, a failli pour la simple raison qu’elle est devenue muette comme une carpe face aux problèmes brûlants de la nation. Il a invité l’ADP à se ressaisir en faisant front commun pour trouver une solution rapide à ces problèmes.

Rassemblés par

Mohamed Daou

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IL FAUT LE DIRE

Leurre primatorial

Comme pour se donner bonne conscience, le gouvernement du Mali vient de sortir de son chapeau magique « l’Initiative riz », censée mettre fin au déficit chronique de production céréalière. Par les temps qui courent, la forme y est, mais le fond, lui, est sujet à caution. Les résultats escomptés devraient plutôt donner le tournis à tout esprit un tant soit peu critique.

Pour un investissement de l’ordre de 42 milliards de F CFA, il se dit qu’il est attendu une production record d’un million de tonnes de riz. Vendu à 300 F CFA le kilo, ce riz devrait nourrir toute la population malienne, l’Etat pouvant exporter une partie. Au bas mot, c’est un bénéfice de 250 milliards de F CFA qui devrait tomber dans l’escarcelle de l’Etat. Même Merlin l’Enchanteur ne ferait pas mieux !

Si une production céréalière pouvait réellement générer une telle manne, les premiers dirigeants de cet Etat auraient déjà fait du Mali un pays d’autosuffisance alimentaire, convaincus qu’ils étaient que l’agriculture est le pilier sur lequel repose le développement. Au constat de leur engagement, nous serions depuis déjà des lustres ce pays de Cocagne, dont des fils n’auraient jamais eu l’idée de braver les barbelés de Ceuta et Melilla, mers et vaux, déserts et mirages, « l’immigration choisie » et les garde-côtes, véritables Cerbères, pour les clandestins à la recherche d’un hypothétique mieux-être. Las ! Aujourd’hui, la vie n’est même pas dure au Mali, elle est mortelle.

Sans être des oiseaux de mauvais augure, permettez-nous de douter des résultats, car jusqu’à présent les intrants, qui devaient être à la disposition des paysans depuis 6 mois, sont toujours attendus impatiemment. Permettez-nous de douter des résultats à cause de la rareté des pluies et surtout de la présence de plus en plus marquée dans les rouages de l’Etat de « prédateurs » du monde rural, qui répudient les vrais acteurs de la production, les spolient de leurs terres à la plus petite incartade.

Mais à supposer que le Premier ministre, par extraordinaire, gagne son pari, nous ne serions pas pour autant sortis de l’auberge. Parce que dans la crise, nous devons à l’honnêteté de reconnaître que ce n’est pas la disponibilité qui est en cause, le marché est inondé de riz. Le problème, c’est l’accessibilité.

Ne voyez-vous donc pas qu’ils sont une infime minorité ceux qui peuvent s’offrir le luxe d’acheter le kilo du riz à 300 F CFA ? L’idéal n’aurait-il été de proposer un prix plus bas ( 200 F CFA maximum) afin qu’une large partie de la population accède aux céréales, étant entendu que c’est l’argent public qui serait à la base de ce succès ?

M. le Premier ministre, un bon plat de riz s’accompagne de bonne chair. Y a-t-il des mesures pour rendre accessibles aux Maliens la viande et les autres produits de l’élevage ; le sucre, l’huile et la farine… ? Pourquoi croyez-vous que nous ne consommons plus de légumes indispensables au maintien de l’équilibre biologique de l’homme ?

En somme « l’Initiative riz », qui occulte d’importants pans du débat, n’emporte pas notre adhésion. C’est d’ailleurs un leurre pour ceux qui y croient car ils se rendront bien vite compte que l’Etat s’était payé leurs têtes : en ignorant l’essentiel. Du riz(re) jaune au bout de la campagne 2008-2009.

A. M. T.

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LA VIE CHERE

Cauchemar des gouvernants, réalité douloureuse des gouvernés !

On casse à Abidjan, Ouagadougou ou à Douala. On marche à Dakar, on réclame à Niamey ou à Kinshasa. On fulmine à Bamako !

Partout sur le continent, les populations, notamment les citadins, ont de plus en plus de la peine à joindre les deux bouts. Les ménagères ont désormais des « sachets » à la place des « paniers », mais qu’importe, elles n’arrivent plus à acheter. Pour cause de « vie chère », ce terme à la mode qui porte indifféremment sur la hausse des prix des produits de base ou la perte de pouvoir d’achat touchant directement ou indirectement chacun d’entre nous.

Cette situation est d’autant plus dramatique que, pour une fois, personne n’est en mesure de nous dire jusqu’à quand ça va durer et donc nous donner un espoir, une idée du bout du tunnel. Personne ne s’y risque, à raison. Nous avions pour habitude de faire le dos rond en cas de calamité (invasion acridienne, tempête, faiblesse de pluviométrie..) mais là, le dos risque de ne plus suffire !

La vie chère est partie pour s’installer dans la durée, malheureusement. Les facteurs qui l’expliquent sont presque tous des éléments structurels. Ce qui sous-entend qu’ils risquent d’être encore présents dans deux, voire dix ans. Ces facteurs méritent d’être analysés sérieusement pour en percevoir tous les aspects et donc organiser une riposte robuste, à l’aune de la profondeur de la crise.

La riposte rigoureuse et sérieuse qu’appellent les circonstances actuelles doit être multiforme comme celle qu’essayent de mettre en œuvre les autorités publiques de nos pays. Elle doit combiner les actions de crise, les mesures urgentes et de court terme mais surtout les actions stratégiques permettant d’enclencher une lame de fond de modernisation de la structure rurale et socio-économique de nos pays respectifs.

La riposte doit être mise en œuvre avec des constantes qui formeront autant de soupapes de sécurité devant faciliter l’acceptation et ensuite l’appropriation par les populations des différentes mesures à mettre en œuvre et dont certaines s’avéreront dans l’immédiat difficiles à supporter.

Depuis deux ans environ la planète est entrée dans un cycle économique atypique qui voit certains pays accélérer leur progression, notamment les BRIC (Brésil, Inde et Chine), d’autres pays stagner et enfin l’Afrique qui croit tout en restant à la marge ; cela dans un environnement politique incertain accompagné par plusieurs menaces comme la hausse continue du prix des hydrocarbures, le réchauffement climatique et les pollutions.

Cette situation d’incertitude se traduit aussi par le piétinement de plusieurs initiatives globales comme les négociations commerciales, le partenariat Nord-Sud et la lutte contre la pauvreté, l’aide publique au développement les Objectifs du Millénaire pour le développement. Depuis quelque temps, nous vivons sur une planète ou l’injustice et les inégalités s’accroissent, les rapports humains sont emprunts de méfiance, la nature menace de rompre les équilibres majeurs qui nous ont portés depuis des millions d’années.

Tout cela crée une atmosphère d’incertitude. Celle-ci s’est alourdie l’année dernière avec l’entrée en récession annoncée de la première économie mondiale, en l’occurrence les Etats-Unis d’Amérique. Ce tableau sombre constitue malheureusement notre quotidien et risque de l’incarner encore pour longtemps, surtout en Afrique où nous sommes plus tributaires des autres et moins souverains dans la conduite de nos politiques. Il explique de loin la plupart des facteurs à la base de la flambée des produits de première nécessité dont principalement les produits alimentaires. Ces facteurs sont nombreux et variés et se sont compilés au début de l’année 2008 pour aboutir à la situation catastrophique actuelle.

La hausse des cours du pétrole constitue un des facteurs stratégiques significatifs expliquant en partie l’augmentation des prix sur tous les marchés de la planète. Elle tire son origine de plusieurs situations complexes mais elle a une incidence directe sur le coût des transports, le coûts de l’énergie et donc celui des produits manufacturés, surtout sur le coût des intrants agricoles dont une majorité est composée de dérivés du pétrole.

Le cours du baril de pétrole est à environ 115 dollars en cette fin d’avril 2008 contre 35 dollars en avril 2006. Certains experts prédisent un cours du dollar autour de 150 dollars à la fin de l’année 2008. Il est effrayant d’imaginer l’impact de cette situation dans nos pays. Cette hausse significative du cours du pétrole constitue un facteur explicatif significatif de l’augmentation des prix de produits agricoles tributaires indirectement des prix des hydrocarbures.

Paradoxalement la hausse des cours du pétrole a entraîné la prise de certaines décisions qui peuvent paraître comme écologiquement ou économique stratégiques mais qui, à court terme, s’apparentent à une fausse bonne idée. Il s’agit de la promotion des sources d’énergie alternatives comme les biocarburants qui sont encouragés dans certains pays. Plusieurs Etats ont des plans de réduction de leur dépendance vis-à-vis du pétrole d’au moins 25 % d’ici 15 ans comme le Sénégal, la Zambie et l’Afrique du Sud en Afrique, le Mexique, le Canada ou l’Australie ailleurs.

Cette stratégie se fait la plupart du temps aux dépens des cultures agricoles dont une partie des terres consacrées sont orientées vers les biocarburants, d’où une incidence directe sur la production. On dit qu’au Brésil 1,5 million de personnes vivent maintenant de leurs cultures de betteraves pour produire de l’éthanol utilisé par au moins 200 000 véhicules.

C’est sans doute positif, mais en même temps, on obtient une production mondiale de céréales de 2010 millions de tonnes contre une consommation mondiale de 2120 millions de tonnes, soit un déficit imputé sur les stocks. A la fin de l’année 2007, la planète disposait de stocks de 400 millions de tonnes de céréales, soit son niveau le plus bas depuis près de 30 ans !

La baisse de la production s’accompagne par une mauvaise distribution de celle-ci. Les grands pays producteurs et exportateurs qu’étaient la Chine et l’Inde ainsi qu’une bonne partie de l’Asie commencent progressivement à augmenter leur consommation et donc à limiter les exportations, ce qui limite la présence de produits sur le marché international et donc tire les prix vers le haut.

La baisse de la production mondiale se traduit par une baisse encore plus significative de la production africaine. Sur 30 ans (de 1970 à 2008), notre continent est la seule zone qui voit sa production agricole baisser avec une dégradation d’environ 20 %.

L’Afrique est importatrice nette de produits agricoles avec un niveau d’importation net de plus de 50 milliards de dollars, qui a cru de 56 % en deux ans ! Dans la zone Uémoa, les huit pays concernés ont importé pour 7 milliards de dollars de produits agricoles en 2007, dont 2 milliards de dollars de riz, soit l’équivalent du PIB du Togo. Notre système de production montre clairement ses limites. La productivité agricole est pratiquement inexistante. Nous ne maîtrisons pas l’eau avec moins de 4 % des surfaces irrigables qui sont effectivement irriguées contre plus de 30 % en Asie. Nous ne consacrons que peu de ressource à l’agriculture avec moins de 5 % de nos dépenses publiques contre 12 % en moyenne en Asie. Comment s’étonner de nos performances médiocres devant des constats aussi accablants ?

L’introduction des spéculateurs financiers sur le marché des produits alimentaires et des produits agricoles de manière générale constitue également une source de traction des prix vers le haut. Les fonds spéculatifs dotés de moyens vertigineux parient sur la hausse des cours des produits de base en misant massivement sur ces derniers, ce qui entraîne l’augmentation du prix sur le marché ; incitant de nouveau les spéculateurs à investir le marché et ainsi de suite. L’action macabre de ces fonds, sans foi ni loi autre que la quête du gain, a eu comme effet de renforcer les cours des produits de première nécessité et donc a contribué à soutenir l’inflation qui nous fait souffrir.

L’urbanisation galopante de nos pays accompagnée par une grande mutation des habitudes alimentaires (plus de riz, plus de blé et plus de produits laitiers de préférence d’importation), accroît la vulnérabilité des pays africains qui fonctionnent grosso modo comme des exportateurs de matières premières et des importateurs de produits manufacturés et de plus en plus de produits alimentaires préalablement subventionnés.

Toutes ces causes sont plus ou moins structurelles, ce qui fait qu’on est en train de s’installer dans la durée. Nos décideurs doivent prendre conscience de cette situation et agir avec cette réalité à l’esprit pour que la crise obtienne la réponse adéquate. Ils doivent agir pour reconfigurer nos économies et nos agricultures pour faire face de manière durable à des pénuries de produits et en même temps agir pour que ceux qui souffrent puissent voir atténuer cette souffrance à défaut de la faire disparaître. Les décideurs ont ainsi à se battre sur le front de l’actualité, de la nécessaire présence de la régulation et de l’accompagner. Elles ont à se battre sur le front de la souveraineté alimentaire dont seules quelques ONG avaient l’habitude de parler il y a encore un an seulement.

Les mesures à court terme vont de l’urgence alimentaire à la prise de mesures facilitant l’approvisionnement des marchés à des conditions appréciables en passant par les décisions d’octroi de pouvoirs d’achats supplémentaires.

Sur le plan de l’urgence humanitaire, le Programme alimentaire mondial chargé de cette fonction a lancé un cri d’alarme le 22 avril pour mettre l’humanité en garde contre un « tsunami silencieux » menaçant près de 80 millions de personnes. Le Pam estime les besoins urgents à 350 milliards de F CFA dont 150 milliards sont obtenus pour l’instant sous forme de promesse. On est loin du compte.

Dans notre pays, le Conseil de la sécurité alimentaire tenu le 25 avril a identifié 34 communes et une population d’environ 375 000 personnes directement menacées de faim. Ces compatriotes ont besoin d’aide alimentaire. Le stock national de sécurité sera sollicité dans ce sens. L’action urgente est une composante importante de l’action publique dans cette période de crise. Mais, elle ne doit pas perdurer pour éviter de désorganiser durablement le marché.

Les autorités ont la possibilité de distribuer du pouvoir d’achat. Elles le font sous forme d’augmentation de salaires et/ou de diminution d’impôt. L’octroi de pouvoir d’achat peut également revêtir la forme d’un soutien de la baisse de prix de produits de première nécessité. Les leaders ont enfin la latitude, comme elles le font actuellement, d’accroître fortement l’approvisionnement des marchés en produits nécessaires. Elles le font en abaissant les taxes des opérateurs professionnels, en multipliant les lieux de distributions de produits quelques fois subventionnés, à installer des systèmes de distribution spécifiques (magasins témoins, banques de céréales…)

Ces mesures visent à favoriser l’approvisionnement en quantités à des conditions financières soutenables de produits. Elles sont toutefois limitées par le fait que les produits importés dont il s’agit sont conçus ailleurs pour satisfaire les besoins de ces contrées et donc échappent assez à notre contrôle. En outre, elles se basent sur un système où la confiance envers les acteurs et l’honnêteté de ceux-ci sont primordiales. Ce qui suppose un dispositif de présence et de suivi des autorités qui n’est pas évident à mettre en place. On a ainsi vu dans notre pays que certaines décisions prises pour gérer l’urgence n’ont eu que peu d’effet sur les prix des produits.

La gestion du court terme ne doit pas détourner l’attention des autorités sur le véritable enjeu, c'est-à-dire doter les pays de capacités de production et d’organisation à même de satisfaire les besoins de base et ensuite éventuellement de générer des revenus d’exportation. En la matière chaque pays a ses recettes même si la plupart portent sur un soutien important à l’agriculture pour qu’elle puisse accroître ses performances.

Il nous faut agir sur l’offre par un soutien massif qui privilégiera les infrastructures, les capacités et l’organisation afin de doper la productivité et donc la production. Au Mali, on dispose de l’exemple de la nouvelle Initiative riz, lancée par le chef du gouvernement le 14 avril dernier. Il s’agit d’agir pour augmenter de 50 % la production de riz dans notre pays. Cette opération qui doit avoir un résultat d’ici un an coûtera environ 42 milliards de F CFA dont 11 milliards pris en charge par l’Etat sous forme de subvention et 0,7 milliard sous forme de crédit équipement. Les subventions de l’Etat vont à l’achat d’intrants (urée et DAT) pour 9,4 milliards, l’achat de semences pour 0,9 milliard, l’appui à l’encadrement pour 0,3 milliard (achat et fonctionnement de motos) et des dépenses diverses pour le solde. Le crédit équipement est destiné à la mise à disposition de moyens de production, décorticage… de riz aux organisations de producteurs. Gageons du volontarisme des autorités maliennes et jugeons-les dans un an en fonction des résultats obtenus à la fin de la campagne 2008-2009.

Parmi les mesures à long terme à la disposition des autorités, il convient d’envisager l’action sur la demande en l’occurrence les habitudes alimentaires et de consommation de manière générale. Nous devons orienter les populations vers des produits disponibles et de préférence nationaux. Cette action est de très longue haleine mais elle pourra être significative si les décideurs arrivaient à faire intervenir ensemble les spécialistes culinaires, les hommes de culture, les leaders sociaux, les opérateurs économiques, les chercheurs…

De l’action tous azimuts est ce qu’on peut souhaiter à nos autorités mais de la vigilance aussi ; pour corriger la mise en œuvre de toute stratégie en cours quand elle ne donne pas les résultats escomptés. Ce qui nécessitera pour elles une organisation et une vigilance à toute épreuve. Cette crise est réelle et les alternatives dont nous disposons ne sont pas nombreuses. Il nous faut partir de ce constat et nous organiser pour agir ensemble.

Les décideurs africains doivent agir dans la lutte pour que la vie soit de moins en moins difficile. Ils doivent le faire en tenant compte de quelques constantes. La communication doit être un bréviaire pour les gouvernants en ces temps où les populations sont exténuées. Les autorités doivent utiliser tous les canaux de communication et en particulier les canaux directs et originaux (utilisation des intercesseurs sociaux, des associations, des chefs de quartier…) La communication doit privilégier les résultats, la réalité et l’équité dans les actions menées.

La recherche de la cohésion sociale est une nécessité aussi bien pour les gouvernants que pour les gouvernés car sans elle, rien de constructif et de stratégique ne peut être entrepris avec bonheur. Elle doit être recherchée. Elle doit être encouragée. Les acteurs sociaux doivent s’y employer.

Enfin l’intégration économique et sociale s’annonce ici aussi comme la voie de salut. Toutes les stratégies présentées ci-dessus marcheraient mieux si elles étaient mises en œuvre globalement. L’Uémoa a organisé le 23 avril une réunion des ministres des Etats membres pour évoquer le sujet de la vie chère. A la suite de cette discussion, les autorités de l’Union ont estimé à 100 milliards les besoins à court terme et à 200 milliards de F CFA les besoins à moyen terme de la zone pour combattre les effets pervers de l’inflation et construire les bases d’une économie forte, diversifiée, organisée et productive dans la zone.

L’Union montre ainsi la voie. Il reste aux Etats de s’employer dans cette direction pour qu’ensemble, on puisse sortir de l’impasse dans laquelle la situation alimentaire mondiale est en train de nous entraîner.

Moussa Mara

(expert-comptable)

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OCTROI D’UNE INDEMNITE DE LOGEMENT AU SYNTES

Et pourtant le PM avait accepté

En décidant d’organiser les évaluations sans les enseignants titulaires, le gouvernement se discrédite aux yeux des enseignants qui avaient pourtant reçu l’assurance de l’ancien Premier ministre dans la satisfaction de leurs doléances.

L’Etat est une continuité. Chaque acte posé par un prédécesseur engage le nouvel venu. Au Mali, tel ne semble pas être le cas. En tout cas à propos des négociations gouvernement/Syntes.

Le 17 juillet 2007, après l’échec des négociations entre le ministère de l’Education nationale et le Syndicat national des travailleurs de l’enseignement secondaire (Syntes), le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga s’était personnellement engagé pour la recherche de solutions pérennes. Ce qui a occasionné la levée du mot d’ordre de rétention des notes en vigueur du CEN-Syntes.

La déclaration co-signée à la date du 18 juillet 2007 par le ministre de la Fonction publique, de la Réforme de l’Etat et des relations avec les institutions, Badi Ould Ganfoud, le président de la Commission de médiation, El hadj Sidi Konaké, et le SG du CEN-Syntes engageait le Premier ministre pour la recherche de solution.

Dans l’exécution desdits accords, le PM s’était personnellement engagé à diligenter la mise en place d’une commission ad hoc sur la relecture de la loi n°99-046 du 28 décembre 1999 en son article 60 et d’une commission de réflexion sur l’octroi d’une indemnité de logement au personnel enseignant de l’enseignement secondaire.

« Le PM s’engage à mettre en place dans les plus brefs délais une Commission de réflexion de haut niveau avec la participation des syndicats dont les conclusions lui seront remises dès la fin des travaux » . Se sentant lié par sa promesse, le PM, le 20 juillet, dans une correspondance adressée aux ministres des Domaines de l’Etat, de l’Education nationale, de l’Economie et des Finances, de l’Habitat et de l’Urbanisme, informait de la convocation prochaine de la Commission qui sera chargée d’étudier la question et de faire des propositions qui seront soumises au conseil des ministres. Chose dont le CEN-Syntes s’était félicitée.

Mais moins de deux mois, le Syndicat s’est senti ignoré et trahi par les autorités. Il envoie une lettre de rappel le 5 septembre 2007 au Premier ministre nouvellement nommé, Modibo Sidibé pour lui faire savoir le retard pris dans l’exécution des engagements par rapport au fonctionnement de la Commission de réflexion sur l’indemnité de logement. Le Syntes a écrit : « Il nous paraît nécessaire et impérieux d’attirer votre attention M. le Premier ministre sur le danger que la non-exécution des accords librement signés peut faire planer sur la rentrée scolaire 2007-2008 et partant sur l’année scolaire à venir… »

L’autre revendication du syndicat que le PM s’était engagé à satisfaire concerne la revue à la hausse des frais de surveillance et des corrections des examens et concours des enseignements secondaire général technique et professionnel. « Le gouvernement est disposé à réexaminer les textes régissant ces différents taux de concert avec les syndicats », souligne la déclaration tripartite.

S’agissant de la relecture du décret 337 du 17 novembre 1979 fixant le taux de l’indemnité pour heures supplémentaires de cours et de l’indemnité de responsabilité des censeurs, directeurs des études, surveillants généraux et chefs des travaux des établissements d’enseignement secondaire, il est dit que « le gouvernement s’engage à relire ledit décret et à faire une inscription sur le budget 2008 pour prendre en charge cette revendication. A ce sujet, les négociations seront ouvertes dès novembre 2007 pour fixer les différents taux ».

Depuis, plus rien. La menace du syndicat a été mise en exécution. Depuis la rentrée 2007-2008, le CEN-Syntes refuse de faire les évaluations. Et le département des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique ne veut pas entendre de cette oreille. Il vient d’engager des pourparlers avec la Coordination de l’enseignement privé pour lui dire de « sauver l’année ».

Pour bon nombre d’observateurs, il s’agit, pour le ministre Touré, de sauver l’année en déplaçant le problème alors qu’il lui faut s’asseoir sur la table de négociation avec les « grévistes » pour une solution pérenne car l’avenir de l’école en dépend.

Abdrahamane Dicko

et Amadou Sidibé

 

 

 

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