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2008

Mois d'Avril

Les Echos du 25 Avril

 

COTON MALIEN

Les paysans chargent de nouveau l’Etat

Depuis un certain temps, la situation du coton et la future privatisation de la CMDT sont dénoncées par la société civile, les syndicats et les cotonculteurs eux-mêmes. Certains parmi ces derniers viennent d’effectuer une tournée à l’issue de laquelle ils ont accablé la politique du gouvernement et mis l’Etat en garde contre la privatisation de la CMDT, qui aura des conséquences dévastatrices.

Les paysans des régions CMDT et OHVN se sont récemment concertés à la faveur d’une tournée de vingt jours du bureau central du Syndicat pour la valorisation des cultures cotonnières et vivrières du Mali (Syvac). L’objectif était de renforcer le dialogue entre le Syvac et la base en dégageant les préoccupations communes et à faire des propositions concrètes aux pouvoirs publics.

« Le Mali sans coton est un Mali sans vie » . Tel est l’un des messages forts de la tournée. Comme l’UNTM, dont le secrétaire général adjoint avait affirmé que « c’est la mort dans l’âme que nous nous plierons à cette vente du Mali », les paysans, regroupés au sein du Syvac, sont convaincus que la cession de la CMDT ne peut qu’engendrer des dégâts inestimables.

D’ores et déjà, le début de « désengagement » de l’Etat a occasionné d’énormes pertes. Des pertes qui se résument à l’exode rural massif des jeunes et des familles qui remuent ciel et terre pour se nourrir. Le Syvac est convaincu que si la privatisation a effectivement lieu, cette situation s’empirera. Toutes choses qui justifient amplement le fait que « le coton ne nourrit plus son homme et que c’est la pauvreté qui sévit dans la zone cotonnière ».

Pourtant l’état actuel de la filière coton n’est pas une fatalité. Il est lié surtout à la « mauvaise gestion et à la volonté de désengagement » des autorités, tranche le Syvac. Par exemple, constatent des paysans, les intrants viennent en retard et leur accès relève du miracle pour les paysans non seulement à cause de leur prix élevé mais aussi de la distance qui les sépare des lieux d’accès. Aussi soulignent-ils qu’ils n’ont plus accès à l’aliment bétail depuis la privatisation d’Huicoma.

Des remarques qui suscitent des doutes sur l’efficacité des « mesures » prises par le gouvernement concernant les intrants et les « efforts » de l’Assemblée permanente des chambres d’Agriculture du Mali (Apcam), où des sommes colossales sont débloquées à cette fin.

Recommandations

Convaincus que le coton est le « nerf » de l’économie malienne, les paysans ont toutefois fait des propositions à l’Etat en vue d’un retour à la normale. En plus de la réduction du prix de l’épineuse question des intrants, ces suggestions comprennent le rééchelonnement des dettes par la Banque nationale de développement agricole (BNDA), le paiement aux producteurs du coton enlevé (campagne 2007-2008) par la CMDT. Figurent aussi dans les doléances, la culture de « l’entente entre les syndicats, l’Apcam, l’union et les organisations paysannes » et la vérification des bascules des producteurs dans les secteurs et non à Bamako.

Le Syvac a recommandé à l’Etat « l’organisation urgente d’un forum national regroupant tous les acteurs de la filière coton autour des problèmes brûlants qui l’assaillent et de trouver des solutions idoines ».  Il est aussi demandé aux organisations internationales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) d’appuyer l’Etat et les producteurs pour le « retour du passé ».

En tout cas, vu le rôle crucial du coton dans notre économie, « les producteurs réaffirment leur détermination à pérenniser la culture du coton » au cas où les conditions idoines seraient réunies. Ce qui est d’autant plus important que des paysans ont déjà tourné le dos à la culture du coton, estimant qu’ils « suent sous la pluie ».

Reste maintenant à savoir les suites qui seront réservées à leurs préoccupations. Bien malin qui pourra les deviner quand on sait que jusqu'à présent, elles semblent tomber dans des oreilles de sourds.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

 

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INDUSTRIES PETROLIERES AU MALI

Heritage Oil Corporation s’installe

Heritage oil corporation détiendra 75 % d’intérêts participatifs dans les blocs 11 et 7.

Après plus de deux années d’activités jalonnées par des activités géologiques de terrain, de sensibilisation et d’information des communautés locales et la grande campagne de géophysique aéroportée portant sur le magnétisme réalisée par la société de géophysique Universal tracking systems, la société Mali Oil Development a négocié un accord de joint-venture avec la société Oil Heritage qui est une société de classe mondiale à l’expertise avérée et travaillant dans 9 pays dont 3 en Afrique. Il s’agit de la République démocratique du Congo, de l’Ouganda et du Mali.

Le lancement officiel des activités de la joint-venture Mali Oil Development/Heritage Oil Corporation a eu lieu mercredi après-midi au cours d’une cérémonie. L’accord de partenariat entre ces deux sociétés, qui a été signé le 4 décembre 2007, porte sur les blocs 7 du bassin de Taoudénit et 11 du graben de Gao. Aux termes de cet accord, 75 % des parts reviennent à Heritage Petroleum et 25 % à Mali Oil Development.

Depuis la promulgation de la loi n°04-037 du 2 août 2004 portant organisation de la recherche pétrolière, de l’exploitation, du transport, du raffinage et des hydrocarbures et la création de l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière (Aurep), 19 blocs ont été attribués à des sociétés pétrolières à travers 13 conventions de partage de production et 6 conventions de concession.

La joint-venture Eni-Baraka-Sipex, attributaire des blocs 1, 2, 3, 4 et 9 du bassin de Taoudénit, a entrepris à partir de décembre 2007 des travaux d’acquisition sismique. A ce jour, la société a exécuté plus de 2000 kilomètres linéaires sur 6000 prévus. Les sociétés Petroleum SA et Mali Development SA, ont exécuté les travaux de levés géologiques aéroportés respectivement sur les blocs 8, 10, 11 et 7 et sont en négociation avec des sociétés de géophysique pour entamer l’exécution de leur programme d’acquisition sismique au cours du premier semestre 2008.

Les autres sociétés détentrices de titres pétroliers sont au stade des études de terrain et compilation des données ou de préparatifs de levés aéromagnétiques et gravimétriques.

Présidant la cérémonie de lancement, le représentant du ministre de l’Energie, des Mines et de l’Eau, Souleymane Diallo, a précisé que Heritage Oil Corporation en tant qu’opérateur entreprendra dans les meilleurs délais la poursuite des opérations pétrolières notamment les travaux d’acquisition sismique et la programmation des premiers forages.

Mohamed Daou

 

 

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INDUSTRIES EXTRACTIVES

La société civile exige la transparence

Publiez ce que vous payez (PCQVP), la coalition mondiale de la société civile qui milite pour la transparence dans les industries extractives, applaudit l’effort de la Banque mondiale pour élargir la transparence dans le secteur au-delà des revenus avec sa nouvelle initiative l’ITIE.

L’objectif déclaré de l’ITIE est de promouvoir l’utilisation des revenus issus des ressources naturelles pour le développement. Ceci ne peut se produire que si la société civile est en mesure d’exercer une influence sur les gouvernements pour qu’ils gèrent ces ressources de la meilleure façon possible.

L’Initiative sur la transparence dans les industries extractives (ITIE) inclut la divulgation d’informations, depuis l’octroi de licences de concession jusqu’aux dépenses gouvernementales. Afin que cette initiative soit crédible. La campagne PCQVP appelle la Banque mondiale à la mettre en œuvre de manière efficace de par le monde et d’impliquer la société civile à tout le processus.

La société civile a salué l’initiative de la Banque d’élargir la transparence dans les secteurs pétrolier, minier et gazier, au-delà des revenus afin d’examiner comment les concessions sont octroyées, les contrats négociés et l’argent dépensé.

Les richesses des ressources naturelles de la Guinée, si elles sont bien gérées, sont une de nos meilleures chances de sortir nos citoyens de la pauvreté. Nous demandons que la Banque mondiale, qui jusque-là n’a misé que sur le gouvernement et les sociétés minières, travaille désormais avec la société civile en tant que partenaire sur un pied d’égalité. Cela n’a pas toujours été leur point fort par le passé, mais nous n’accepterons rien de moins. L’objectif actuel de l’ITIE est l’Afrique, avec la Guinée et la Mauritanie comme pays pilotes.

L’ITIE est un pas en avant afin de rendre publics les transferts de revenus des compagnies aux gouvernements, mais ce n’est pas suffisant.

PCQVP aimerait voir cette initiative dépasser l’Afrique et à ne pas se limiter à la Banque mondiale afin d’aider à définir les normes mondiales pour la gouvernance des ressources naturelles que les pays et les compagnies extractives pourraient endosser et mettre en œuvre. PCQVP espère également que la Banque mondiale s’inspirera des meilleures pratiques existantes dans ce secteur, tel le Guide du FMI sur la transparence des revenus des ressources.

Afin que cette initiative ait un impact sur le terrain, il faut que la société civile soit réellement impliquée au niveau national et international. Ceci peut être réalisé en renforçant le principe des parties prenantes multiples de l’ITIE qui établit la norme mondiale minimale pour la déclaration des revenus du pétrole, des mines et du gaz.

PCQVP est une coalition internationale de plus de 300 ONG qui demande la publication mandataire des paiements faits par les compagnies pétrolières, gazières et minières à tous les gouvernements pour l’extraction des ressources naturelles et les revenus qui en résultent reçus par les gouvernements des pays riches en ressources naturelles. La coalition appelle à une publication des arrangements d’octroi de licences et des contrats de l’industrie extractive.

Idrissa Sako

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EPILOGUE

Les forêts en sursis

Si les animaux sauvages et les oiseaux sont considérés par certains comme la première richesse d’un pays, les arbres et les cours d’eau, pour d’autres, en constituent la seconde. De ces deux richesses, à vrai dire, à voir toutes les précautions que les nations les plus riches aux plus pauvres, des plus petites aux plus grandes, prennent pour les préserver des prédateurs, il est difficile de dire laquelle est la plus précieuse aux yeux des humains.

Sur le plan historique, la chasse a été la première activité économique menée par l’homme, suivie peu après par la cueillette mais les deux l’ont été après l’adoption de la station debout, si bien que certains anthropologues considèrent que les deux activités ont été pratiquées simultanément pour la satisfaction des besoins humains élémentaires.

Longtemps - cela s’étale sur des siècles, voire des millénaires - les sociétés humaines ont exclusivement vécu des produits de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Dans beaucoup de parties du monde, ces activités se menaient en respectant des normes décrites par les us et les coutumes et les contrevenants, qu’ils soient chasseurs ou pêcheurs, étaient punis ou rappelés à l’ordre de manière pédagogique.

Dans le but de préserver l’équilibre de la matière, même l’agriculture, qui était l’activité économique dominante faisant vivre tout le monde, respectait les usages établis et les pratiques culturelles anciennes qui avaient fait leurs preuves dans le temps. Par exemple les paysans ne défrichaient pas n’importe comment ; ils épargnaient certaines espèces végétales rares dont la disparition était considérée comme une grande perte.

En règle générale, les arbres, dont les fruits et les feuilles étaient consommés comme le baobab, le karité et le néré, étaient protégés et même les forgerons ne les abattaient que sous certaines conditions. Dans la pratique agricole, les paysans étaient seulement autorisés à couper les arbustes, pas les grands arbres comme le baobab ou le caïlcédrat qui, bien que se trouvant dans leurs champs, ne leur appartenaient pas, mais à la communauté.

Dans beaucoup de villages, tout près des concessions se trouvaient de grands arbres dont la coupe était formellement interdite parce que servant de lieux de culte ou de sacrifices comme les « muso yiri » (arbre des femmes) ou les arbres tutélaires qui étaient le siège ou la demeure des génies protecteurs du village. Les vieux se rassemblaient sous de grands arbres appelés arbres à palabres où, en concurrence avec le blo (vestibule) les grands débats villageois se menaient.

De façon générale, les arbres ont occupé une grande place dans nos espaces villageois. Les arbres, témoins de la fondation d’un village ou supposés être cela, étaient vénérés et même faisaient peur aux enfants et même à certains adultes à cause de leur nature mystérieuse. Toutes ces considérations n’empêchaient pas cependant les gens de prendre dans la brousse ce dont ils avaient besoin comme bois de cuisine. Les femmes au départ ne les coupaient même pas, mais ramassaient les branches mortes pour la cuisine. Quand il n’y en avait pas suffisamment, elles pouvaient prendre la liberté de couper quelques arbustes.

La coupe sauvage des arbres a commencé avec la commercialisation du bois et du charbon. L’implantation dans les villes de grandes menuiseries, plus que le bois de chauffage, demande une consommation de plus en plus accrue de bois. Le commerce du bois, initié de cette façon sous la colonisation (travail industriel du bois), entraîne de plus en plus la déforestation et la disparition systématique de certaines espèces rares.

Le Mali, qui n’est pas un pays de grandes forêts comme certains pays de la côte (Côte d’Ivoire, Guinée) ou d’Afrique centrale (Gabon, Congo, Cameroun), souffre beaucoup de l’exploitation féroce de ses petites forêts que l’Etat, pour des raisons financières, est obligé de céder à des compagnies privées étrangères qui les dévastent. La paupérisation de plus en plus grande du monde rural a généralisé la coupe du bois pour en faire du charbon et du bois de cuisine (non seulement pour la consommation interne mais également et surtout pour les villes).

Dans les campagnes, c’est pratiquement le seul moyen de se faire des liquidités, payer les impôts et faire face aux charges sociales multiples. Cette activité a maintenant couvert tout le territoire national et tous les paysans sont devenus soit des bûcherons, soit des charbonniers, souvent les deux à la fois. On a beau leur expliquer que ces activités sont nuisibles à la flore, les paysans répliquent qu’il n’y a pas commerce plus rentable que celui du charbon et du bois. De sorte que le reste de nos arbres est en sursis parce que rien, au jour d’aujourd’hui, vu ce qui se fait dans les campagnes, ne permet de dire que le phénomène va s’arrêter.

Pourtant un service chargé de réprimer les coupes abusives de bois, celui des Eaux et Forêts, existe, mais ses agents aident plutôt les paysans à détruire les forêts parce que ceux-ci arrivent à les corrompre soit avec de l’argent liquide, soit des sacs de charbon ou des fagots de bois. De sorte que la lutte de ces fonctionnaires, que les paysans nomment les emmerdeurs publics, au lieu d’arrêter le déboisement et la déforestation, les accompagne et même les fait progresser rapidement.

Facoh Donki Diarra

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DEGRADATION DE LA FORET AU MALI

Le repli des pouvoirs publics favorise l’anarchie

La forêt au Mali recule au fil des années au profit de la savane. Selon des données, le couvert forestier du pays s’étendait en 1990 sur un peu plus de 14 millions d’hectares. En 2000, il n’était plus que de 13 millions, soit une diminution d’environ 7 %, indique le rapport national sur l’état de l’environnement, rendu public en 2005.

En 1967, notre pays s’était doté d'un Fonds national forestier sous la forme d'un compte spécial de trésorerie pour se doter d'un moyen permanent de financement des investissements forestiers. Ce fonds était crédité des produits de permis, taxes et licences, délivrés à l'occasion des exploitations du domaine forestier, principal et cynégétique ainsi que des sommes perçues au titre des infractions, délits et dommages causés dans l'exploitation des ressources naturelles.

Le Fonds a été supprimé dix ans plus tard sous l'effet de l'unicité de caisses imposée par le Programme d'ajustement structurel. Les capacités d'intervention du service des Eaux et Forêts s'en trouvèrent affaiblies tandis que naissaient des difficultés de mobilisation des partenaires autour des actions de reboisement et d'aménagement forestier.

Le relatif repli des pouvoirs publics facilita une exploitation anarchique des produits forestiers, fauniques et halieutiques, une occupation illicite des forêts classées et des réserves fauniques et une exploitation illégale et abusive des ressources fauniques notamment par des étrangers. Des années après, un rapport accablant a été produit et qui met à nu la déforestation.

Le rapport produit en 2005, révèle qu’environ 500 000 hectares de l’espace forestier sont déboisés par an pour la seule satisfaction des besoins énergétiques. Au même moment, note le rapport, les superficies cultivées augmentent au rythme de 4,7 % l’an, pris évidemment sur les surfaces forestières.

« La dégradation actuelle des forêts maliennes est due en grande partie à l'arrêt des contrats de gestion des Domaines d'intervention forestière (DIF) » . Ces contrats DIF, signés avec la direction de la conservation de la nature, permettaient une auto gestion des forêts par les populations. C’était, pour la direction, une sorte de bouclier contre la coupe anarchique du bois parce qu’ils impliquaient les populations elles-mêmes dans la protection des ressources forestières.

Certains techniciens attribuent la dégradation du couvert forestier malien à l'envahissement de la forêt par des exploitants venus de divers horizons et au laxisme du contrôle forestier. A preuve : des milliers de familles sont actuellement installées dans la forêt de la « Faya ».

Une convention locale

La Faya est aujourd'hui l’objet d’une exploitation abusive et incontrôlée par les populations. Elle subit une forte pression pastorale, des feux de brousse viennent parfois ravager ce que les hommes et les bêtes n’ont pas détruit. Au niveau de la forêt classée de Morilabougou, « Kignan » dans le cercle de Sikasso, la situation n’est guère meilleure. La végétation, jadis verdoyante, se meurt à petit feu. « De grands animaux sauvages comme les lions et les biches peuplaient autrefois cette forêt. De nombreuses espèces d'oiseaux et de petits gibiers y vivaient également », raconte amer un habitant du village.

Dans le but de mettre un terme à l’exploitation anarchique de cette forêt, les habitants ont élaboré une convention locale de gestion de la forêt. Ce texte invite les parties impliquées à procéder à une exploitation rationnelle de la forêt afin de ne pas la détruire entièrement. Tous, de façon collégiale, veillent à l’application correcte de cet accord, dans le respect des règles convenues entre eux.

Cette initiative locale avait été saluée par le ministre de l’Environnement, d’alors Nancoma Kéita. Les députés lui avaient emboîté le pas en adoptant en 2003 un texte portant création du Fonds d'aménagement et de protection des forêts et du Fonds d'aménagement et de protection de la faune dans les domaines de l'Etat. La création de ces fonds devait permettre au service forestier d'assumer pleinement son rôle dans le cadre de la lutte contre la désertification et la pauvreté.

Compte tenu des impératifs de la décentralisation, des missions de conception, de programmation et de mise en œuvre des actions de développement économique, social et culturel d'intérêt régional et local, sont confiées aux collectivités décentralisées.

Les fonds créés devront contribuer à inverser le processus de dégradation des forêts et de la faune et d'accorder aux collectivités décentralisées un financement réglementaire, facilement et rapidement mobilisable pour l'aménagement et la protection des forêts et de la faune.

Mais tout porte à croire que ces lois ne sont que l’ombre d’elles-mêmes. Aucune initiative n’est faite sur le terrain. En témoignent, la forêt classée de Filamana et d’autres qui sont en voie de disparition. Il est grand temps que les autorités s’attellent à prendre des dispositions sur le terrain afin que les forêts soient sauvegardées mais aussi pour la protection des animaux qui s’éloignent de nous.

Amadou Sidibé

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COLONEL ALASSANE B. MAIGA, DNCN

« Le Mali n’échappera pas aux changements climatiques »

La flore malienne est un état de dégradation avancé, ce qui laisse planer des dangers sur le pays. Dans l’interview qu’il a bien voulu nous accorder, le directeur national de la conservation de la nature, colonel Alassane Boncana Maïga, revient d’abord sur l’état des espèces végétales, les lois sur la préservation des forêts, les mesures prises par les autorités… avant d’avertir les Maliens, en particulier les prédateurs de la flore, sur les menaces qu’occasionne un environnement dégradé. Entretien.

Les Echos : Qu’est-ce que c’est que la flore ?

Alassane Boncana Maïga: La flore est l’ensemble des plantes, qu’elles soient des plantes ligneuses ou herbacées.

Les Echos :Quel est l’état de la flore au Mali ?

A. B. M. : L’état de la flore est peu reluisant au Mali parce que depuis les années de sécheresse 1973 et 1984, nous avons assisté de façon progressive à une dégradation continue des ressources, du fait de la sécheresse et de la pression humaine tant par le prélèvement du bois ou autres consommations énergétiques que pour le bois de construction ou les défrichements pour l’implantation des exploitations agricoles, sans oublier les feux de brousse.

Par rapport aux caractéristiques de la flore malienne, il y a eu une étude dans le cadre de la stratégie nationale et du plan d’action sur la diversité biologique qui a dénombré 1700 espèces de plantes vasculaires, parmi lesquelles, on compte 8 espèces endémiques. Une espèce endémique est une espèce qui ne se trouve que dans une zone donnée et dans un seul pays. Donc, ces espèces ne se trouvent qu’au Mali et les conventions internationales nous font obligation de les préserver de manière particulière. Il y a également des espèces d’importance économique comme le bourgou, le néré, le karité, qui sont des espèces produisant des fruits de grande consommation dans notre pays. Aujourd’hui, que ce soit dans les régions du Nord ou du Centre, on rencontre très peu de forêts. Ce n’est qu’à Sikasso qu’on retrouve les derniers vestiges de forêt au Mali.

Il y a 113 forêts classées au Mali pour une superficie totale de 951 601 hectares dont la plupart ont été classées à l’époque coloniale. Il y a seulement 17 forêts dont le classement est intervenu entre 1986 et 1987 dans la région de Sikasso. Il faut aussi souligner les réserves de faune, qui sont des domaines classés et qui ont le même statut que les forêts classées. Il y a au total 22 réserves de faune pour une superficie totale de 8 444 428 hectares.

Les Echos :En quoi consiste la politique forestière du Mali ?

A. B. M. : La politique forestière du Mali repose essentiellement sur trois options principales. Il y a d’abord l’option sociale, qui prévoit que les populations soient responsabilisées, soit sur des parcelles ou pour faire des exploitations. Ensuite, vient l’option économique qui veut que la forêt apporte quelque chose à l’économie nationale. Une forêt, pour même la protéger, doit apporter quelque chose à l’individu ou à la nation. Enfin, il y a l’option écologique, qui consiste à faire valoir le rôle écologique que les plantes jouent dans la lutte contre le changement climatique.

Les Echos :Qu’est-ce que le Mali gagne dans l’exploitation de ses forêts ?

A. B. M. : Le Mali y gagne très peu car le bois n’est pas taxé à sa valeur réelle. Si on devait taxer le bois à sa valeur réelle, ça allait susciter des crises sociales parce qu’on aurait dû vendre le stère de bois à 3 ou 4 fois plus que le prix actuel. Imaginez qu’on veuille couper un arbre qui met 20 à 30 ans à pousser et qu’on vous dise que ce pied coûte 7000 ou 7500 F CFA, vous vous rendrez compte que le prix est dérisoire par rapport à tout le temps que cet arbre a pris pour arriver à ce stade d’exploitation.

Les Echos :Existe-il des accords de principe entre l’Etat et les grandes sociétés d’exploitation de bois ?

A. B. M. : Je crois que le terme grande société d’exploitation de bois n’est pas approprié pour un pays sahélien comme le Mali, qui n’est pas un pays forestier comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Gabon, où les forêts constituent une industrie. Dans ces pays, on peut parler de grandes sociétés d’exploitation forestière. Cependant, il n’empêche que le Mali a prévu dans sa politique forestière de donner à la forêt sa valeur économique. Dans ce cadre-là, il est effectivement prévu, pour une société, qui est en règle de pouvoir exploiter, mais il faut préciser que nous n’avons pas assez de ressources qui puissent justifier la présence de grandes sociétés d’exploitation de bois au Mali.

Les Echos :Quelles sont les prérogatives des sociétés présentes ?

A. B. M. : Nous n’avons pas l’habitude de faire des contrats d’exploitation avec les grandes sociétés étrangères. Il y a seulement de petits exploitants qui vont prendre le bois d’œuvre pour ravitailler les villes et les artisans. Le premier cas d’entreprise est l’entreprise chinoise au niveau de Kita. La précaution est de s’assurer de la disponibilité de la ressource. Même si la ressource est disponible, il faut s’assurer que l’on peut y faire des prélèvements sans entamer le capital.

Les Echos :Vous avez parlé de dégradation. Quelles sont les mesures prises pour le reboisement et pour que les forêts retrouvent leur lustre d’antan ?

A. B. M. : Il n’y a pas que le reboisement pour la reconstitution des forêts. Il y a d’abord d’autres mesures, notamment celles relatives à la restauration. La première mesure est que chaque fois qu’on exploite une forêt, il faut faire en sorte que la régénération s’effectue de façon naturelle dans cette zone. Pour ce faire, on veillera à faire la coupe des arbres dans les règles de l’art pour permettre aux souches de rejeter. Il convient également d’interdire l’accès de la zone de coupe non seulement au bétail mais aussi aux feux de brousse. Nous sommes aussi en train de mener une vaste campagne de sensibilisation et d’éducation des populations contre les feux de brousse, qui constituent le problème le plus préoccupant parmi tous ces phénomènes causant la désertification. Il faut en effet après le passage d’un feu de brousse attendre environ 5 ans, dans le meilleur des cas, pour que cette zone se reconstitue. La loi fait obligation d’interdire l’accès à une zone brûlée par le feu de brousse au bétail et aux hommes.

Les Echos :Existe-t-il des lois qui puissent vraiment protéger la flore ?

A. B. M. : S’il y a un pays où la législation et la réglementation sont assez abondantes par rapport à la protection des ressources forestières, c’est bien le Mali. On peut se rappeler que dans les années 1980, il y avait une loi qui faisait interdiction des feux de brousse. Cette loi a fait l’impopularité des services forestiers parce qu’à l’époque, les textes précisaient que le feu de brousse était assimilé à un crime et les peines encourues par les populations responsables étaient suffisamment lourdes. Il y avait ce que nous, nous avions appelé la transaction collective, qui stipule que sur le territoire d’un village donné, si l’auteur n’est pas retrouvé, c’est tout le village qui est collectivement responsable de la pénalité.

Depuis 1980, il existe une réglementation assez sévère pour protéger les ressources forestières. En 1995, nous avons anticipé sur la décentralisation en consacrant trois domaines forestiers, ceux de l’Etat, des collectivités et des particuliers. Chacun de ces domaines fait l’objet d’une réglementation spécifique. Aujourd’hui, nous avons la loi 95-004 de janvier 1995 portant conditions de gestion des ressources forestières, qui précise les conditions d’exploitation des ressources et les pénalités encourues chaque fois qu’il y a infraction.

Cette loi a été désagrégée en décrets et arrêtés d’application, selon les domaines. Par exemple, il y a un décret qui gère les problèmes de classement et de déclassement, les défrichements, etc. Concernant les feux de brousse, par exemple, il existe un arrêté portant gestion des feux précoces.

Les Echos : Qu’en est-il de l’application de ces lois ?

A. B. M. : Les lois s’appliquent dans toute leur rigueur par les services forestiers, mais j’avoue que le territoire est assez vaste pour qu’il y ait la présence de forestiers un peu partout. En réalité, les forestiers sont des techniciens qui font l’appui/conseil et veillent au respect de l’application de la législation et de la réglementation, qui transmettent leur savoir-faire aux populations, appelées à les relayer pour assurer la protection et la gestion durable des ressources. La mise en avant des populations dans la protection et la gestion durable des ressources forestières se justifie par le fait que ces dernières sont les principales bénéficiaires des produits de ces forêts.

Les Echos :Un message aux populations ?

A. B. M. : Je voudrais attirer l’attention de la communauté nationale sur le danger qui menace la planète tout entière. Etant donné que l’environnement ne connaît pas de frontière, il est évident que le Mali n’échappera pas aux effets des changements climatiques même s’ils ont été induits par d’autres pays sur d’autres continents. Le cas de notre pays est spécifique, 2/3 du territoire étant désertique et le 1/3 qui reste est suffisamment dégradé. Si nous ne prenons garde, si nous ne nous investissons pas dans la protection et la gestion durable du peu de ressources qui nous restent et dans l’intensification du reboisement, la situation au Mali se dégradera davantage. A cet égard, je lance un appel pressant aux Maliens pour qu’ils prennent conscience du rôle primordial de la forêt dans notre vie de tous les jours. Qu’ils comprennent que sans les forêts, la vie est presque impossible sur terre. Chaque Malien doit par conséquent être un forestier à part entière pour gérer les ressources de son terroir ou qu’il intervienne pour empêcher certains dégâts chaque fois qu’il le peut où il le faut.

Propos recueillis par

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

 

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