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2008

Mois d'Avril

Les Echos du 23 Avril

 

LE MALI PEUT-IL AVOIR UNE REPONSE A L’AUGMENTATION ?

Le Pr. Dialla Konaté, sceptique, répond

Au Mali, on retrouve en même temps : l’inflation (endogène et exogène), le sous-emploi chronique, la faiblesse du pouvoir d’achat, l’absence de forces de production appropriée, l’absence de structures de production adaptées, l’absence d’épargnes, le mauvais usage des moyens publics et la corruption, l’incompétence de nombreux cadres, etc. Cela fait beaucoup.

Durant ces dernières semaines j’ai reçu plusieurs messages de jeunes qui se rappelaient qu’en son temps j’avais plaint le ministre des Finances qui semblait penser protéger, pour de bon le Mali, contre les augmentations de prix en signant un mémorandum d’entente avec quelques commerçants bouchers.

La question récurrente peut se résumer ainsi : le Mali peut-il avoir une réponse à l’augmentation des prix des produits de première nécessité et peut-il protéger sa population contre la menace d’un appauvrissement généralisé ? J’ai décidé de leur répondre par ce discours en place publique.

La question est critique car, comme je ne cesse de le répéter depuis au moins un an, nous sommes au début de la période la plus difficile de l’existence des Etats africains, y compris bien entendu le Mali. Sur la base des données disponibles aujourd’hui, la plupart des Etats africains et des citoyens africains pourraient se trouver, techniquement, en situation de faillite dans les deux années à venir.

Bien entendu, sur le plan social, les conséquences pourraient être terribles. La bonne nouvelle demeure que, tant que nous parlons des hommes et de leurs destins, le pire n’est jamais inéluctable. La présente discussion avancera pas à pas jusqu'à la construction d’une solution complète à la question posée.

L’augmentation des prix actuels est-elle de courte durée ?

Non. Cette crise n’est pas de courte durée. Cette crise a en réalité débuté il y a quelques années déjà avec la sortie progressive de millions de personnes de la misère essentiellement en Asie. Elle s’est accélérée depuis 4 ans en raison de graves perturbations intervenues dans les mécanismes de l’économie internationale. Les conséquences de ces perturbations sont si profondes qu’elles marquent sans doute une étape nouvelle dans l’évolution de ce que l’on appelle la mondialisation ou la globalisation, selon certains.

Pour ma part, pour faciliter la compréhension, je fais une différence entre la globalisation (du marché des forces de production) et la mondialisation (des coûts et des risques encourus sur les marchés financiers). Pourquoi les prix augmentent-ils ? Des centaines de millions de femmes et d’hommes, principalement en Chine et en Inde ont été extraits de la misère et de la pauvreté.

C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’un développement aussi massif est enregistré dans un délai aussi court. Ces millions de femmes et d’hommes qui ne mangeaient presque pas de viande en mangent désormais. Beaucoup ne mangeaient qu’un bol de riz par jour. A présent, ceux-ci peuvent s’en offrir à volonté. Dans le même temps, les productions de produits alimentaires n’ont pas suivi.

L’émergence et l’augmentation du nombre de ces anciens pauvres ne suffisent pas à expliquer entièrement la crise actuelle. Il faut tenir compte du fait que l’augmentation des prix du pétrole a rendu plus rentable pour les paysans aux Etats-Unis (premier pays agricole au monde) de soustraire à la consommation humaine et vendre certains produits agricoles comme le maïs à des usines produisant de l’essence à partir de produits végétaux.

La spéculation et la crise des prêts immobiliers américains ont-t-elles joué un rôle  ?

Un spéculateur est une personne physique ou morale qui fait commerce de biens financiers non point avec l’intention d’en retirer un revenu stable, mais dans le but exclusif de faire un profit (le plus grand possible dans le laps de temps le plus bref possible) généré par les fluctuations affectant la valeur des biens financiers concernés. Un spéculateur est en général une personne très riche possédant au moins un capital de 100 millions de dollars américains.

Les spéculateurs agissent  « sans foi ni loi », en dehors de toute régulation. Attention : ils ne sont pas dans l’illégalité. Ils sont même les héros du système économique néolibéral dont l’objectif est de « mettre l’homme au service de l’économie et mettre l’économie au service de la monnaie ».

Rappelons que l’économie classique équilibrée par le rôle des luttes ouvrières et des pensées philosophiques humanistes consistait à « mettre la monnaie au service de l’économie et à mettre l’économie au service de l’homme ». Les spéculateurs ont été créés et placés en dehors de toute législation. Ils fabriquent de l’argent pour de l’argent, sans état d’âme.

Dans la réalité, la spéculation est responsable d’un large segment de la hausse des prix. Par exemple, la hausse des prix du pétrole est imputable à la spéculation pour environ 70 %. C'est-à-dire que sur les 100 dollars que coûte un baril de pétrole, 70 dollars au moins n’ont rien avoir avec le travail d’extraction de ce produit. Les spéculateurs sont responsables de la perte de 2000 milliards de dollars américains dans la crise de l’immobilier aux Etats-Unis qui aggrave la crise économique et financière frappant le monde.

Mais, on doit à la vérité de dire que cette crise, en Afrique, au Mali en particulier est une composante des conséquences multiples de la mauvaise gouvernance. On ne peut expliquer autrement que le Mali, traversé par deux des plus grands fleuves au monde, ne puisse nourrir sa population par ses propres productions.

Que peut faire un gouvernement face à une crise économique ?

Pour agir sur la situation économique, un gouvernement n’a à sa disposition que quatre instruments qui sont : la masse monétaire, les taux d’intérêts, les taux d’imposition, les taux de change. Un bon usage des techniques de l’économie consiste à n’utiliser qu’un instrument à la fois et sur une courte période autrement on risque de voir l’efficacité de l’instrument diminuer.

La question importante est alors : quel instrument utiliser ? La résolution d’un problème économique peut paraître simple dans la mesure où l’économie, en tant que science expérimentale s’appuie essentiellement sur les expériences passées. On peut concevoir que face à des problèmes analogues, il suffit de mettre en place des solutions analogues.

D’un autre côté la résolution d’un problème économique est compliquée du fait que l’économie adresse les comportements humains. Quoi de plus complexe ? En outre, une situation économique n’est jamais totalement identique à une autre de la même façon que le fleuve en restant lui-même ne charrie jamais deux fois la même eau.

La crise est-elle la même dans tous les pays  ?

Non. La situation n’est pas la même au Mali que dans les pays développés. Dans les pays développés trois problèmes sont combinés. Ce sont : un manque de liquidité, une baisse de la confiance, une inflation. Cette combinaison a entraîné une situation anormale qui est l’existence en même temps de deux phénomènes contraires que sont la baisse de la croissance et l’inflation.

Ce mélange hétéroclite est appelé stagflation. A cause des spéculateurs, des banques que l’on croyait très riches et puissantes se sont révélées en réalité très faibles car elles détenaient de la richesse qui n’était que du papier sans valeur. Cela a entraîné un manque de confiance généralisé. A cause de ce manque de confiance, l’activité financière internationale s’est ralentie du fait de la rareté de l’argent pour financer les activités commerciales courantes. Cette rareté s’est considérablement aggravée par le déficit budgétaire du gouvernement américain.

Comment les Etats-Unis font-ils face à la crise ?

Théoriquement, aux Etats-Unis, le gouvernement se contente de fixer les règles mais n’utilisent directement aucun des quatre instruments à sa disposition. Les valeurs de ces instruments sont censées être réglées par les jeux d’équilibre entre les demandes des uns et les offres des autres dans un mécanisme économique et financier ouvert que l’on appelle marché.

Concernant les taux d’intérêt cependant un organisme d’ajustement existe, la Banque centrale fédérale, réputée être autonome par rapport au gouvernement. Dans la réalité, dans ce pays, chacun des quatre instruments, pour refléter les marchés, est en ajustement continu.

Comment l’Europe réagit-elle ?

En Europe, la Banque centrale (BCE) a fixé des normes de référence pour les valeurs de chacun des quatre instruments. Mais en raison du fameux et efficace principe de subsidiarité, chaque pays peut faire évoluer ses instruments à l’intérieur des normes fixées par la BCE. En raison des spécificités de son économie (grande qualité de la production, existence d’une marge de productivité, existence d’un enseignement professionnel efficace et dynamique, existence d’un climat social basé sur le dialogue et le compromis), l’Allemagne a choisi de faire face à la crise en utilisant la masse monétaire.

Elle a augmenté les salaires pour accroître le pouvoir d’achat. La France souhaite également accroître le pouvoir d’achat mais a opté pour l’utilisation des taux de l’imposition. Elle prévoit des incitations limitées permettant aux détenteurs d’épargne qui le souhaitent d’en reprendre une partie afin de faire face à la hausse du coût de la vie, sans pénalité.

Quelle est la situation au Mali  ?

Au Mali, le problème est plus complexe et plus grave que ce qui frappe l’Amérique ou l’Europe. Au Mali, on retrouve les problèmes connus en Amérique et en Europe auxquels s’ajoutent certains des maux chroniques du sous-développement. Au Mali, on retrouve en même temps : l’inflation (endogène et exogène), le sous-emploi chronique, la faiblesse du pouvoir d’achat, l’absence de forces de production appropriée, l’absence de structures de production adaptées, l’absence d’épargnes, le mauvais usage des moyens publics et la corruption, l’incompétence de nombreux cadres, etc. Cela fait beaucoup.

En raison de ces maux et aussi en raison de son appartenance à l’Uémoa, le Mali n’a pratiquement pas la possibilité d’utiliser aucun des instruments cités plus haut. Il y a l’aide extérieure. Puisqu’elle existe, parlons-en même si je ne l’aime pas beaucoup. J’ai de l’attention pour l’aide que la France, par convention, vient d’accorder au Programme national de promotion de la jeunesse, né en 2005.

Pour autant que cette aide soit utilisée pour soutenir des activités productives. De même le programme Pejimo (Projet d'insertion professionnelle des jeunes à travers les investissements à haute intensité de main-d’œuvre) de l’Apej (Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes) associé au BIT (Bureau international du travail) et à Lux-Dev (Agence de coopération du Grand Duché du Luxembourg), peut être utilisé pour lutter contre la crise et les difficultés économiques à condition que l’on incite les jeunes à la créativité, et que le programme ne consiste pas à « donner du travail aux jeunes ».

De même le gouvernement peut utiliser le programme américain du « Millenium Challenge Account » comme un soutien à moyen terme de la relance économique. De façon spécifique, je viens d’apprendre que deux volets de mesures seraient proposés, l’un par le Premier ministre et l’autre par le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali. Le plan du Premier ministre consisterait à injecter 45 milliards dans la zone Office du Niger pour soutenir principalement la production de riz. Le plan de la Chambre de commerce consisterait en un deal entre le gouvernement et cette structure lui permettant « d’abandonner une partie de ses bénéfices ».

Il est difficile de juger du plan du Premier ministre sans en connaître les détails mais il va indiscutablement dans la bonne direction. Cependant, je voudrais prévenir en disant que la méthode des subventions ne convient pas bien dans une situation de crise qui va durer et qui est en réalité une rupture systémique dans l’économie internationale. Il serait plus approprié que le gouvernement détermine les normes assurant l’intérêt national et appelle des capitaux privés pour assurer la production vivrière.

La proposition de la Chambre de commerce doit être considérée comme une excellente manifestation de la bonne volonté des entrepreneurs maliens et doit être améliorée. Offrir les bénéfices faits par les entreprises est probablement un bon acte de commisération dans un village mais ne peut être un bon acte de politique économique et financière. Bien entendu, dans la situation actuelle plus qu’à tout autre moment, il est nécessaire de réglementer la marge bénéficiaire des entreprises surtout celles qui de fait possèdent un monopole ou/et qui travaillent dans les domaines touchés par les augmentations de prix.

Mais il faut retenir que la solution à la crise n’est pas d’appauvrir tout le monde mais de créer de meilleures conditions de vie pour le plus grand nombre. Abandonner les bénéfices des entreprises consisterait à les appauvrir. En suivant la proposition de la Chambre de commerce, au bout de six mois les bénéfices seront épuisés mais la crise sera toujours avec nous et alors il faudra entamer le capital qui a son tour sera épuisé en un an.

Nous serons tous devenus pauvres, ou presque. Et encore que nous n’avons vu qu’une partie des augmentations de prix. Les prix internationaux sont libellés en dollar. Le dollar a perdu au moins 50 % de sa valeur par rapport au CFA. Lorsque le dollar remontera ce qui sera le cas dans les deux ans à venir, les prix déjà très élevés pourraient augmenter encore d’au moins 50 %.

Je crois que le gouvernement a très bien vu. Il peut faire son rôle en fixant des règles avant de faire appel à l’investissement des fonds d’Etat des pays du Moyen-Orient. Il y a de bonnes chances pour que les investisseurs répondent à cet appel car la production vivrière est devenue une source de richesse. Avec la Vallée du Niger, le Mali détient son véritable puits de pétrole qui dans l’état actuel des besoins du monde en produits agricoles vivriers peut séduire tout investisseur.

L’abondance de liquidité dans les fonds d’Etat de pays producteurs de pétrole combinée avec des taux d’intérêt faibles (les taux sont nuls sur le yen et sont de 2,5 % sur le dollar) indique un choix pour le gouvernement : réguler, appeler l’investissement privé et à l’aide des ressources nouvelles dégagées par l’explosion des prix de l’or sur le marché international, se concentrer sur les objectifs de long terme que sont : l’éducation, la santé, les infrastructures.

Que faut-il faire au Mali  ?

Il faut mettre en œuvre des mesures pour le court terme et d’autres pour le long terme. A court terme, on peut : accroître la production, la productivité, permettre la création d’emplois et, ainsi faisant, permettre aux foyers de disposer d’un pouvoir d’achat amélioré.

Il faut pour le long terme : promouvoir une éducation qui permette au citoyen d’acquérir une capacité dans l’analyse et la résolution des problèmes, promouvoir le civisme, promouvoir l’esprit de responsabilité et l’esprit citoyen, faire naître une éthique du travail dans une société où les générations nouvelles depuis 20 ans ne savent pas ce que cela signifie que de travailler car il n’en existe plus.

Pour initier la relance et éviter une explosion sociale, des mesures urgentes doivent être appelées sur la base de l’épargne pour donner l’oxygène d’un meilleur pouvoir d’achat aux populations. Pour ce faire, le Mali avait un instrument génial, collecteur d’épargne : la BHM (Banque de l’habitat du Mali).

A ce niveau, je vais faire une petite digression. A la suite de certains de mes articles, certaines personnes proches de la BHM me prêtent des intentions mauvaises. Je me situe au-dessus de toute polémique. Toute personne qui souhaite débattre avec moi peut m’écrire. Ecrire à ses clients pour les informer est une politesse dont toute entreprise y compris la BHM doit faire usage. Ce qui m’importe est de contribuer à la réflexion sur les problèmes du Mali afin de leur apporter des solutions.

Il se trouve qu’en Afrique, beaucoup de ceux qui par auto promotion, par nomination, par dérogation ou par subrogation se trouvent avoir une moindre parcelle de pouvoir au lieu d’être inventif pour développer leur pays transforment ce pouvoir en baïonnette. Ils se servent de cette baïonnette pour intimider ou étriper les citoyens. Mais il est souvent arrivé que de tels individus poussés par l’ivresse du pouvoir ait fini par s’asseoir sur la baïonnette qu’ils ont en mains. Retirer une maison à son bénéficiaire est un fusil à un coup et à une cartouche. On ne gagne pas la guerre contre le sous-développement en confiant le combat à des individus armés de fusils à un coup avec une seule munition.

Si La BHM tire son unique cartouche avec un fusil à un coup sur ses clients les plus crédibles, les morts ne seront certainement pas les clients visés. User du pouvoir pour intimider plutôt que construire est aussi une marque d’incompétence. Cela s’est déjà vu en Afrique, au Mali en particulier. Ceux qui intimident en utilisant les gendarmes ont toujours fini, par se retrouver entre les mains des mêmes gendarmes. Ce qui est rassurant pour eux et pour nous, c’est que le jour où les proconsuls du temps présent seront amenés par les gendarmes, ils sont assurés que dans notre pays des femmes et des hommes, dont certains auront été victimes de leurs mesquineries, se lèveront pour les protéger contre l’arbitraire. Je suis fier que ces hommes et ces femmes qui leur porteront secours le moment venu aient le même nom que moi. Ils s’appellent et s’appelleront : démocrates, républicains, patriotes et bâtisseurs.

Comment faire ?

Considérons un lot de 1000 logements à Coulibaly-bougou. Considérons une famille, disons la famille Coulibaly où l’homme et la femme travaillent tous les deux avec un revenu conjoint de 120 000 CFA par mois. Auparavant cette famille louait une maison à 50 000 CFA par mois soit 42 % de ses revenus. Les Coulibaly se sont portés acquéreurs d’une maison dans le lot des 1000 logements de Coulibaly-bougou.

Supposons que les loyers mensuels de ces maisons sont de 30 000 CFA. A mon avis, il faut rabaisser les prix à 20 000 F CFA et même certains à 15 000 CFA car il est de notoriété publique que les maisons commercialisées depuis le temps du monopole de la Séma jusqu'à la période actuelle sont surévaluées de 50 % à 75 %. Nous fixons pour le lotissement de Coulibaly-bougou un objectif de commercialisation qui est d’atteindre 98 % de régularité de paiement. Aux 20 000 CFA de loyer des Coulibaly, on rajoute 2000 CFA, soit 10 % comme prime d’assurance de défaut de paiement.

A un an, un bilan de parcours établi ceci : (1) augmentation brute du pouvoir d’achat de la famille Coulibaly : 30 000 F CFA par mois ; (2) réduction relative du poste de dépense logement = 60 % ; (3) Augmentation du pouvoir d’achat de la famille Coulibaly = 25 % ; (4) création de richesse nationale = montant remboursé en un an = 240 000 CFA ; (5) création de richesse créée par la famille Coulibaly et disponible pour investissement dans l’économie nationale = primes d’assurance payées sur un an = 24 000 CFA ; (6) risques financiers encourus par la banque (2 % de 240 000 CFA) : 4800 CFA.

Ainsi en un an, pour un risque encouru par la banque de seulement 4800 CFA, la famille Coulibaly en accédant à ce programme immobilier a, sans augmentation de salaire accru son pouvoir d’achat de 25 %, a créé pour la nation 264 000 CFA de richesse. Mais puisque les Coulibaly s’avèrent de bons payeurs, la banque peut les fidéliser en leur accordant une ligne de crédit permanente correspondant à 20 % de leur loyer annuel. Cela fait une ligne de crédit de 48 000 CFA à un taux préférentiel de 10 %. Cela permet à Mme Coulibaly de créer une petite activité génératrice de revenus annexes, à domicile.

Supposons que cette activité a permis de donner du travail pour deux personnes et rapporté, net, 6000 CFA par mois. Résultats : 2 emplois créés et un accroissement supplémentaire du pouvoir d’achat de 6000 F CFA par mois, soit 5 %. En un an, ce prêt a créé, en plus de ces 2 emplois, grâce au facteur multiplicateur du crédit, 4800 CFA pour l’économie nationale et 72 000 CFA de revenus supplémentaires pour les Coulibaly.

On peut ainsi créer à partir des 1000 logements de Coulibaly-bougou, en un an, de la richesse financière (un enrichissement réel) de 268 millions 800 000 F CFA pour la banque, 2000 emplois de proximité, attribuer (sans augmentation de salaire donc sans risque inflationniste) un pouvoir d’achat de plus de 434 millions CFA. Pour les Coulibaly, cela représente une augmentation absolue de pouvoir d’achat de 432 000 CFA et un accroissement relatif de 30 % de ce pouvoir d’achat

La banque peut utiliser ces 268 millions CFA pour lever sur le marché régional (la BRVM) ou de préférence sur le marché international jusqu'à 2 milliards 600 millions CFA. Cette somme serait bien utile à l’économie nationale. Il n’y a rien de sorcier dans ce schéma et il peut s’appliquer aisément. Il apporte 30 % de pouvoir d’achat à une famille moyenne-type en comparaison des 5 % accordés dans la douleur par le gouvernement ayant augmenté les salaires en décembre 2007. Ceci est une méthode économique efficace de lutte contre la pauvreté avec nos propres moyens.

Le fusil utilisé est à répétition et utilise des munitions sans fin. Dans ce schéma de bataille, chacun est dans son rôle : le gouvernement fixe les règles, les banques prennent le risque de financer et les citoyens assurent la production, la consommation. La banque aide également, dans un tel schéma à créer en chaque citoyen un bon payeur doté d’une bonne éthique du travail. Un tel citoyen prend conscience de l’intérêt et de l’avantage d’être un bon client respectueux de ses engagements.

Dialla Konaté

(Blacksburg, le 18 avril, 2008)

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MARCHE CONTRE LA VIE CHERE

La CSTM gagne le pari de la mobilisation

La Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM), a manifesté hier contre la vie chère, la crise scolaire et le conflit du Nord.

« Le peuple malien est dans l’impasse. Les pères et mères de famille dans la précarité ont déserté leurs foyers. Les prétextes et les mensonges inventés ont fait leur limite : l’humiliation est à son comble dans tous les foyers » , c’est par ces mots de désespoir et de détresse que le secrétaire général de la CSTM, Hamadoun Amion Guindo, s’est adressé au représentant de la Primature à qui il a remis une copie de la déclaration de la CSTM à l’issue d’une marche qui est allée du siège de la Confédération à la Primature, en passant par l’Ecole Sainte Thérèse, la Place de l’OMVS…

Les marcheurs étaient estimés à un millier de personnes. Ils ont, tout au long de leur itinéraire, tenu des propos hostiles au régime en place. Certains de nos concitoyens n’ont pas hésité à fermer leurs magasins pour se joindre à la foule qui scandait : « Abas les affameurs du peuple ! », « Sauvegarder le pouvoir d’achat des Maliens est un devoir patriotique », « Le peuple a faim »« Abas les profiteurs et les corrompus ! »

Les militants de la CSTM ont estimé qu’il est urgent que le gouvernement regarde sincèrement le peuple malien en face, évalue toute sa misère et le sacrifice qu’il a consenti pour que le Mali d’aujourd’hui soit. C’est pourquoi, la CSTM, qui a bénéficié du soutien de la Coalition des alternatives africaines dette et développement (CAD-Mali) dans l’organisation de la marche, ne s’est pas contentée de dénoncer et de réclamer de meilleures conditions de vie pour les Maliens. Elle a aussi fait des propositions dans une déclaration remise au représentant du chef du gouvernement.

Haro sur la corruption

La CSTM a invité les autorités à procéder à une augmentation substantielle de l’ensemble des revenus, à faire jouer par l’Office des produits agricoles du Mali (Opam) tout son rôle d’antan (acheteur et gestionnaire des stocks, distributeur et régulateur du marché intérieur). Elle a également jugé nécessaire la création de coopératives de consommation dans toutes les communes du Mali et la réduction du train de vie de l’Etat qui passe, selon M. Guindo, par la lutte contre la corruption et l’impunité. « Aujourd’hui ancrée et entretenue dans nos réflexes ».

Selon des observateurs, les marches de protestation sont bien fréquentes dans notre pays en cette période de crise économique mondiale, mais celle de la CSTM s’est surtout distinguée par la forte mobilisation.

Hier, des Bamakois, notamment ceux du centre ville ont ressenti la colère des Maliens durement touchés par la cherté de la vie et surtout écœurés par l’incapacité des pouvoirs publics à trouver une alternative aux problèmes qui ont pour noms : hausse du prix des denrées de première nécessite, crise scolaire, conflit du Nord…

Amadou Waïgalo

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DES MILLIARDS PASSES DE GRE A GRE

Encore Bakary Togola !

L'on n’a pas fini de gérer les conséquences d’un marché d’intrants non honoré qu’une autre anomalie pointe. La semaine dernière, Bakary Togola, au cours d’une réunion interministérielle « d’approvisionnement en intrants coton et céréales pour la campagne 2008/2009 », a distribué le marché.

La Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) avait été dégagée de l’approvisionnement en intrants céréales et herbicides depuis 2001-2002, pour lui permettre de se « recentrer » sur ses missions premières. Depuis une quarantaine d'années, les intrants coton étaient commandés par la CMDT de façon satisfaisante. Cette gestion a alors été confiée au Groupement des syndicats des cotonniers et vivriers du Mali (GSCVM), présidé par Bakary Togola, l'actuel président de l'Apcam.

Le GSCVM a mis en place une commission des appels d'offres qui, normalement, a pour but d'organiser les appels d'offres, de signer les contrats avec les fournisseurs, la CMDT n’intervenant qu’en appui technique et pour payer les fournisseurs qui ont acquis les marchés dans le respect des règles de passation de marchés en vigueur.

Cependant, ceci n’a jamais empêché des contrats de gré à gré ; des grés à grés qui finissent toujours, en cas de problèmes, de constituer des patates chaudes dans les mains de la CMDT. Il y a peu, pour des affaires de ce genre, presque avec les mêmes acteurs, le coton de la CMDT avait été saisi au Port d’Abidjan, ses comptes bloqués. A la date d'aujourd'hui, la gestion des intrants céréales par le GSCVM traîne une ardoise d'environ 7 milliards de F CFA.

Malgré les casseroles du GSCVM et les mauvais exemples, les autorités ont décidé, au titre de la campagne 2008-2009, de confier aussi la gestion des intrants coton d'une valeur de 40 milliards de F CFA à l'Union nationale des sociétés coopératives des producteurs de coton (UN-SCPC), héritière du GSCVM, et toujours présidée par Bakary Togola.

Contre l’avis des producteurs et des partenaires, à la veille de son limogeage, le ministre de l'Agriculture, Seydou Traoré, a créé une commission interministérielle, présidée par le même Bakary Togola, pour s'occuper de l'organisation des appels d'offres et de la commande des intrants coton et céréales.

L'approvisionnement en intrants coton (gestion, commande, financement) est devenu un véritable casse-tête chinois, car à l'orée de l'hivernage qui est en train de s'installer, contrairement aux autres années, aucun sac d'engrais coton n'est encore commandé encore moins mis en place dans les villages.

Une facture de 10 milliards de F CFA

Le ministre des Finances a pris 4 mois pour accorder sa garantie, ce qui a accentué le retard des commandes. A cela s’ajoute le fait que les gros fournisseurs ont exigé de la CMDT le règlement de leurs anciennes traites évaluées à plusieurs milliards, une autre condition sine qua non de leur participation.

La première adjudication, faite par Bakary Togola seul en dehors de la commission a été rejetée par cette dernière. Pour la deuxième, les fournisseurs ont refusé de signer les contrats sans une augmentation des prix d'adjudication. C'est finalement une commission interministérielle différente de celle des appels d'offres, présidée par le ministre des Finances, Abou-Bakar Traoré, qui s'est chargée le 17 avril 2008 des adjudications, contrairement aux procédures en vigueur.

Les prix adjugés sont supérieurs à ceux proposés par les fournisseurs : des fournisseurs auraient proposé 307 500 F CFA la tonne du complexe coton alors qu’au niveau de la commission interministérielle le même produit a été cédé à 337 500 F CFA la tonne, d'où un renchérissement de 30 000 F CFA la tonne.

Autre remarque de taille dans l'adjudication du 17 avril, les prix sont les mêmes pour tous les fournisseurs quelle que soit la destination. La facture des intrants de cette année va grimper d'environ 10 milliards de F CFA par rapport aux années antérieures.

Le complexe coton passe de 256 400 F CFA en 2007-2008 à 337 500 F CFA en 2008-2009, soit environ 32 % d'augmentation. L'Urée passe de 241 100 F CFA en 2007-2008 à 312 500 F CFA en 2008-2009, soit 30 % d'augmentation. Ce renchérissement ne s'explique pas seulement par la flambée des prix du pétrole, mais surtout par la mauvaise gestion de cette opération.

Cette sorte de passation des marchés ne contredit-elle pas la loi sur la moralisation des marchés publics prise et commentée par le même ministre des Finances, Abou-Bakar Traoré, lors du conseil des ministres du mercredi 16 avril 2008 ?

Alexis Kalambry

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HOPITAL GABRIEL TOURE

Gardes malgré eux !

Une fidèle lectrice du journal nous fait parvenir ces remarques qu’elle a constatées de visu à Gabriel Touré.

J’ai été scandalisée par un acte qui s'est déroulé à l'hôpital Gabriel Touré il y a de cela quelques jours. Un proche à ma famille a fait venir un de ses frères du village malade d’une hernie pour une intervention chirurgicale. L'opération fut programmée pour le samedi 12 avril 2008, au matin.

Avec le patient et toute la famille, nous nous sommes rendus tôt à l’hôpital. Après les multiples va-et-vient, les ordonnances de dernière minute et tout le stress que les médecins eux-mêmes créent chez les patients et leurs familles, nous n’étions pas au bout de nos peines.

En effet, les médecins se sont enfermés dans la salle d’opération et nous ont remis la clef ! La salle se ferme de l’extérieur. Quand ils entrent, les docteurs font fermer la porte avec des cadenas par l’accompagnateur du malade qui reste dehors quelque part dans la cour avec les clés de la salle d’opération. Ils prennent votre numéro de téléphone portable. La consigne est celle-ci : « dès que l’opération sera terminée, nous allons vous biper pour que vous venez nous ouvrir ! »

Comment un inconnu peut manipuler les portes d’entrée d’un service où il ne travaille pas ? Même si c’était un week-end, comment peut-on ne pas trouver un préposé ou un système pour rester autonome.

En plus, il m’est revenu que ces interventions ne se font pas dans la légalité, c’est une habitude de ces docteurs pour se faire les poches et un manque à gagner pour l’Etat. Des interventions programmées pendant les week-ends et les portes cadenassées de l’extérieur. Les Maliens sont souvent trop passifs c’est pourquoi la corruption perdure.

Ramata Souaré

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SORTIE DE PROMOTIONS

La police nationale étoffe son effectif

Le président de la République a présidé mardi la cérémonie de sortie de trois promotions 2006-2007 qui représentent 786 éléments de la police nationale. L’événement s’est déroulé en présence des membres du gouvernement, des représentants des institutions et de plusieurs autres invités de marque.

La sortie des promotions 2006-2007 hier a consacré la fin de plus d’une année de formation militaire de base et professionnelle. Il s’agit de la promotion des élèves commissaires, des inspecteurs de police et des sous-officiers. Les trois promotions portent le nom d’hommes et de femmes aujourd’hui décédés et qui ont fait leurs preuves dans ce corps.

La 10e promotion des élèves commissaires porte le nom du contrôleur général Bintou Coulibaly, décédée le 11 avril 2004. Ils sont au nombre de 56 commissaires, dont 6 filles (20 admis sur titre).

La 15e promotion des inspecteurs compte 69 éléments (9 filles et 15 admis sur titre). Elle porte le nom du défunt inspecteur divisionnaire Amadou Coulibaly.

Le nom de l’adjudant-chef Ibrahima Hamadoun Traoré a été donné aux 661 sous-officiers de police de la 20e promotion. Tous ont été recrutés sur concours direct. Les 661 sous-officiers du groupe I sont des détenteurs du baccalauréat et le groupe II des titulaires du DEF. La formation a été malheureusement endeuillée par le décès d’un inspecteur et d’un commissaire.

Admis le 16 janvier 2007, les policiers ont subi 4 mois de formation militaire de base qui a consisté à leur inculquer les qualités physiques et morales indispensables dans l’exercice de leur métier.

A la suite de celle-ci une formation professionnelle d’apprentissage de 9 mois basée sur le savoir-faire du métier leur a été dispensée. A l’examen de sortie, tous ont été admis, soit 100 % de réussite.

Cette performance a été saluée par le directeur de la formation, Abdoul Dia, qui a remercié les instructeurs et le personnel de l’infirmerie pour leur dévouement malgré les difficultés qui ont émaillé la formation notamment le déséquilibre entre les élèves de niveaux différents, l’insuffisance de salles de classes, l’inexistante d’un foyer digne de ce nom, le manque de véhicule de transport de troupes.

M. Dia a affirmé que la volonté et la disponibilité des policiers à hisser haut le nom de cette école ne font l’ombre d’aucun doute. « Nous ambitionnons de faire de cette école, une école à vocation sous-régionale ». Aux nouveaux policiers, il a prodigué de sages conseils. « Faites appliquer la loi dans tout son contenu ! Soyez un exemple à suivre ! Que la loyauté soit votre subordonnée ! Mettez l’intérêt de la nation au-dessus de celui personnel ! »

Le directeur général de la police nationale, le contrôleur général Yacouba Diallo, a souligné que « la formation entre dans le cadre du programme intensif du chef de l’Etat visant à renforcer les capacités de la police, à améliorer le ratio policier population qui est de 3 agents pour 3000 personnes alors que la norme est de 3 agents pour 300 à 400 personnes ».

Profitant de la cérémonie, le DG de la police s’est félicité de l’acquisition d’infrastructures et d’équipements grâce à l’engagement des autorités. « Au vu de ces efforts, nous devons nous efforcer de donner le meilleur de nous-mêmes ».

Des diplômes de reconnaissances ont été attribués aux 3 meilleurs de la promotion.

Amadou Sidibé et Sété Traoré (stagiaire)

 

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TEMOIGNAGES SUR CESAIRE

« L’Africain s’en est allé »

En rendant dimanche dernier, au Centre culturel français (CCF) ses derniers hommages à Aimé Césaire, le monde de la littérature malienne et des belles lettres n’est pas resté insensible à l’immense œuvre du père de la Négritude. Des témoignages.

Kadiatou Konaré (promotrice des Editions Cauris)  :

« J’ai rencontré Césaire il y a 4-5 ans, j’avais été sollicitée par un ami mauritanien qui m’avait dit « Kadiatou, toi en tant qu’éditrice africaine, quelque part représentante de la jeunesse africaine, ça serait bien que tu rendes visite à Aimé Césaire parce que La Martinique s’apprête à fêter ses 90 ans, ce serait bien que tu lui proposes quelque chose en tant que jeune du continent africain ». Et c’est sur son invitation et sa sollicitation que je suis partie voir Césaire, c’était au mois de mars 2003 et je vous avoue que lorsque je suis arrivée à La Martinique, je n’avais qu’une seule idée en tête, c’était de pouvoir réaliser un livre d’entretien avec Aimé Césaire, ses collaborateurs et proches m’avaient laissé entendre que ce serait difficile parce que Césaire était déjà fatigué, il avait atteint ses 90 ans et il continuait à travailler comme un jeune homme, ils m’avaient dit « Mlle, vous arrivez vraiment à un moment où Césaire est particulièrement fatigué mais néanmoins nous allons lui transmettre le message ». Il m’a très gentiment reçu, il était très enchanté de recevoir une jeune du continent africain, une jeune Malienne et malgré son état de fatigue, Césaire m’a reçu avec beaucoup d’humilité, de simplicité et très ouvert à ce que j’avais à lui proposer par rapport à ses 90 ans. Lorsque nous avons commencé à discuter, j’ai eu l’impression d’être en face d’un grand père tellement qu’il était simple et humble. Nous avons parlé et il m’a dit ceci : « Vous savez je ne suis plus un homme tranquille, il m’arrive de me réveiller la nuit et de penser à beaucoup de choses. Je pense particulièrement à l’Afrique, à ce continent d’où je viens car je suis un Martiniquais certes mais avant tout un Africain transporté et ça je ne peux pas l’oublier, cela me hante quotidiennement ». Il m’a aussi parlé de ses grands amis, Senghor et Léon Gontran Damas. Grand humaniste qu’il était, j’ai été très ravie de publier cet homme qui était un grand poète et qui représente une grande figure pour plusieurs générations d’Africains ».

Amadou Touré (ministre des Enseignements secondaire, supérieur) :

« En allant en Haïti pour organiser une rencontre sur la Francophonie, j’ai eu à passer la nuit à Fort-de-France. J’étais dans mon hôtel quand je me suis dit, tiens je suis dans cette île où vit Césaire alors j’ai demandé où il habitait, on m’a conduit chez lui. Nous avons discuté longtemps de la Francophonie et de la Négritude alors il s’est levé et il est allé dans sa bibliothèque pour m’offrir ce livre (la Tragédie du roi Christophe) et quand je lui ai demandé pourquoi il m’a donné ce livre, il m’a dit ceci : « Tout ce que je raconte dans ce livre et tout ce que je raconte également dans le Cahier d’un retour au pays natal sont encore d’actualité, c’est la raison pour laquelle je vous l’offre ». Effectivement quand on lit Aimé Césaire, on se rend compte que c’est un homme, qui réellement vit son temps mais qui a également pu lire l’avenir de notre continent. Il m’a dit également ceci, je me rappelle bien, qu’il y a eu des grands hommes au Soudan, (il ne disait presque jamais Mali), qu’il se rappelait parfaitement du président Modibo Kéita qu’il admirait beaucoup ».

Mme Touré (professeur de lettres à la Flash)  :

« Quand j’étais au lycée, on avait tendance à priser la poésie de Césaire que celle de Senghor parce qu’elle était plus fougueuse, moins encerclée dans des précautions que Senghor a prises pour ne pas offenser l’Europe, la France. De sa poésie engagée on retient surtout l’originalité, une poésie immense avec un emploi de mot de vocabulaire souvent qui désarçonne le lecteur surtout le lycéen parce qu’il fait souvent recours à un vocabulaire typiquement antillais ou martiniquais mais n’empêche de reconnaître l’essentiel commun engagement du poète ».

Tiebilé Dramé (président du parti Parena)  :

« C’est un baobab, un monument de la littérature africaine, de l’humanité qui vient de disparaître. A 94 ans, c’était un homme qui a pleinement rempli sa vie et son parcours mais comme on l’a pu constater, il a eu le temps de récolter, de former les jeunes générations qui ont déjà pris le flambeau, le relais. Nous lui souhaitons de se reposer en paix parce qu’il a beaucoup mérité de sa patrie, de l’Afrique, du monde nègre, de l’humanité. La lutte continuera surtout, c’est un rayon qui nous a quittés et nous lui souhaitons un bon repos ».

Diola Konaté  (professeur de lettres à la Flash)  :

« C’est une grande figure qui vient de disparaître pour l’Afrique et pour la France aussi qui doit sans doute le regretter beaucoup aujourd’hui. Césaire est le seul écrivain noir étudié par les Français, il est le seul Africain à être sur leur programme. Césaire est celui qui est le plus partagé entre l’Afrique et la France. Ce qui est le plus important, c’est qu’il y a des gens qui pensent qu’à force d’être praticien de l’écriture, qu’on a l’impression que Césaire a été un mauvais politicien. Je dirais qu’il n’a pas été mauvais politicien parce qu’il est d’outre-mer, il a créé son parti et il a mis en application sa théorie politique. Césaire parlait d’autonomie politique et non d’indépendance pour la simple raison qu’il est plus facile d’arracher son indépendance que de fonder une nation sur de nouvelles bases, chose qu’il a démontrée dans « la Tragédie du roi Christophe », « une Saison au Congo » et comment Christophe et Lumumba ont échoué. Césaire était un homme très ouvert et ancré dans sa tradition, totalement rester lié à l’Afrique. Tous ses écrits renvoient à sa couleur qui est une injustice d’ailleurs. Il a beaucoup fait pour sa ville car ce n’est pas n’importe qui, qui peut rester maire durant un demi-siècle, ce qui prouve qu’il aimait non seulement sa ville, mais qu’il était aussi aimé de son peuple ».

Propos recueillis par

Ramata S. Kéita

(stagiaire)

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