Les Echos du 14 Août
PLUS DE 20 MILLIARDS DETOURNES AU MALI EN 2007
La preuve d’une corruption systémique et endémique
Contrairement à ce qu’on veut faire croire à l’opinion, l’écart financier qui existe entre les vérifications financières du Vérificateur général (Végal) de 2006 et celles de 2007 ne constitue nullement une performance, car les 20 milliards de F CFA sont aussi ahurissants que les 103 .
Le 3 e rapport annuel 2007 du Végal a été présenté et remis au président de la République, le 31 juillet 2008. Ensuite, ce fut le tour du Premier ministre le 1 er août et trois jours après celui du président de l’Assemblée nationale. Pour sacrifier à une tradition, Sidi Sosso Diarra, a animé une conférence de presse le 5 août au cours de laquelle il a expliqué la philosophie qui sous-tend le rapport annuel 2007 à savoir : les performances de vérification des structures comme le Commissariat à la sécurité alimentaire, les hôpitaux publics et le Haut conseil national de lutte contre le Sida.
En faisant une juxtaposition des chiffres, l’on s’aperçoit que de 2004 à 2005, les 10 missions de contrôle portant sur le recouvrement et le versement des taxes et des droits de douanes effectuées par le Végal ont mis à nu un manque à gagner de 15 milliards de F CFA pour le trésor public malien. Les vérifications financières de 2006 touchant 26 structures ont fait état d’une perte de 103 milliards de F CFA.
Par contre, de 2006 à 2007, les 24 missions dont 17 de vérifications financières et 7 de vérifications intégrées, ont fait état d’un manque à gagner pour l’Etat de plus de 20 milliards de F CFA sur lesquels 9,5 milliards F CFA sont proposés au recouvrement puisque résultant de la fraude et de la mauvaise gestion.
Pris comme tel, il ne fait l’objet d’aucun doute qu’il existe un grand écart entre les chiffres des deux premiers rapport du Végal et ceux du dernier. Mais de là à dire qu’il y a eu une baisse considérable de la dilapidation des ressources publiques et la mettre à l’actif des performances, des avancées des vérifications financières, il y a des réserves qu’on ne peut pas s’empêcher d’émettre.
L’amalgame des chiffres
L’amalgame des chiffres ne doit pas nous faire perdre de vue que le manque de respect pour les deniers publics n’a pas reculé pour ne pas dire qu’il a de beaux jours devant lui au Mali.
Contrairement à ce qu’on veut faire comprendre au peuple, l’écart qui existe entre les vérifications financières de 2006 et celles de l’année dernière ne constituent point un progrès d’autant que les 20 milliards détournés sont aussi graves que les 103 milliards de F CFA. Ne dit-on pas « qui a volé un œuf volera un bœuf ? ». De la manière dont les fossoyeurs de l’Etat ont pu s’accaparer de ce montant qu’on tente de minimiser alors qu’il est scandaleux, ils feront pire le jour où ils auront l’occasion de détourner plus. Peu importe la somme, un détournement est un détournement. Il n’y a donc pas lieu pour les dirigeants de tomber dans l’auto-satisfaction. Ils doivent se ressaisir pour voir la réalité en face.
Le caractère outrageux de la perte des 20 milliards de F CFA pour l’Etat découle plus du fait que le contrôle financier n’a porté que sur des structures légères de l’Etat comme les hôpitaux qui sont loin d’avoir la même dotation budgétaire que les DAF, les départements ministériels, la douane etc. Et c’est d’ailleurs au niveau de ces administrations que de graves irrégularités et dysfonctionnements avaient été signalés dans le passé.
Mais qui pouvait imaginer que dans des « petites structures » qui sont censées ne pas disposer de ressources financières suffisantes, qu’il pouvait y avoir de détournements des milliards de F CFA ? Et à quel résultat devons-nous, nous attendre si les « vaches laitières » de l’Etat comme la douane, les DAF avaient été encore passées à la manivelle ? Assurément, la saignée financière serait davantage exorbitante.
C’est dire que la dilapidation de l’économique nationale est systémique et endémique dans notre pays puisqu’il est difficile de parler de résultas probants en matière de lutte contre la corruption. Le phénomène s’est érigé en règle et il se porte comme un charme dans la mesure où il gangrène toutes les structures de l’Etat qu’elles soient grandes ou petites, publiques ou privées.
Si c’est le chiffre « maquillé » des 20 milliards qui a valu à l’institution du Végal, la visite du président de la République pour constater de visu leurs conditions de travail, il y a lieu de ne pas se leurrer, la lutte contre la corruption n’est pas gagnée, surtout quand on sait qu’aucune suite n’a été réservée aux précédents rapports. Autant dire que les mis en cause dans l’actuel rapport peuvent aussi se tenir tranquilles si l’on fait part du principe que celui-ci aussi sera rangé dans les placards.
Dans le Mali d’aujourd’hui, même l’ensemble des gendarmes mobilisés ne suffiront pas pour traquer les déprédateurs du fonds public tant le phénomène est à la mode et à tous les niveaux. Aussi, pour lutter contre la corruption dans tous les pays du monde l’on n’a pas besoin de mobiliser toute la justice, il appartient à l’Etat seulement de donner la chance à ceux qui croient en leur pays pour faire avancer les choses.
Au Mali, il faut aller vers un changement de comportement qui se traduira par la sanction de la faute et la récompense du mérite. Au-delà des clivages politiques et pour le respect de la chose publique, les postes les plus stratégiques doivent être ouvertes à la compétition. Tout porte à croire que ceux qui seront retenus à l’issue de la sélection seront toujours liés par la conscience professionnelle et le respect des deniers publics.
Mohamed Daou
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CONTROLE DE L’AXE SEKOKOTO-BAFING-FALEME
Le MET cache un secret de polichinelle
Dans notre édition du vendredi 8 août, nous relations les raisons avancées par le ministère de l’Equipement et des Transports pour justifier le retrait du marché de contrôle de l’axe Sekokoto-Bafing-Falémé à Socetec/SCET-Tunisie. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’affirmer encore que le ministère persiste volontairement dans l’erreur pour des fins non avouées mais qui restent un secret de polichinelle.
Le contrôle de l’axe Sekokoto-Bafing-Falémé est un marché dont l’appel d’offres a été lancé le 10 mai 2008 et auquel trois entreprises (Groupement Louis Berger/GIG, Socetec/SCET-Tunisie et Cira/AIC-Projetti) ont soumissionné. A l’issue du dépouillement, le groupement Louis Berger, qui s’est classé 1 er, a été proposé à la non-objection des bailleurs de fonds (Bad, Boad). Mais au motif que le diplôme du chef de mission n’était pas suffisant, les institutions bancaires ont refusé de donner leur caution. Ne restaient plus que Socetec-Tunisie qui a proposé 1, 4 milliard et Cira /AIC-Projetti qui a fait une offre de 1,6 milliard. Mais sur plainte de Cira/AIC-Projetti, le marché a été retiré à Socetec-Tunisie dans des conditions obscures. Un bras de fer s’est engagé entre le département en charge de l’Equipement et des Transports et Socetec. Les travaux vont accuser du retard et les partenaires qui voulaient construire le pont sont devenus perplexes.
En effet, le département prétend que Cirac/AIC-Projetti a fourni des informations susceptibles de changer le cours du marché. Dont on doute fort. Le groupement SCET-Tunisie a été informés de l’attribution provisoire du marché et invité aux négociations par le ministère même dans sa correspondance du 3 mars 2008. Ces négociations ont été conduites conformément aux dispositions de la section 8 de la lettre d’invitation. Ces négociations ne sont donc pas en porte-à-faux avec la réglementation en vigueur.
Tant les dispositions de cette lettre d’invitation dans sa section 9 que celles des règles de procédure (article 3.10) indiquent que le contrat est adjugé, c’est-à-dire attribué, au consultant avec lequel les négociations ont été menées à bien, en l’occurrence Socetec. Il convient de noter que la plainte de AIC-Projetti/Cira est venue après que la proposition d’adjudication ait été transmise par le département aux bailleurs de fonds, aux non-objections des bailleurs de fonds (Bad, Boad) et la convocation du groupement Socetec SCET-Tunisie pour les négociations.
« …. En tout état de cause, l’administration n’ayant pas signé un contrat, l’exécution des prestations faites par votre groupement a été effectuée à vos risques et périls et n’engage en rien l’administration » . Des propos qui rendent davantage le département ridicule. Socetec a négocié le contrat du 10 au 12 mars, sanctionné par un procès verbal de négociation et surtout par l’élaboration d’un projet de contrat paraphé et signé. Il a été expédié aux bailleurs de fonds pour non-objection (Bad, Boad) et au secrétariat général du gouvernement pour approbation en conseil des ministres. A ce stade, la procédure d’adjudication n’est-elle pas close ?
La rédaction
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ETATS GENERAUX SUR LA CORRUPTION
Prendre en compte l’aspect social
Au Mali, la corruption tire plus sa source des interconnexions sociales que d’une volontaire course à l’appât du gain.
Selon le président du Comité préparatoire des Etats généraux sur la et corruption et la délinquance financière, Modibo Kéïta, les Etats généraux sur la corruption et la délinquance financière auront lieu en octobre prochain.
Le nombre de participants attendus lors de ces concertations régionales est de 200 personnes. La participation est ouverte à toutes les composantes de la société malienne. La configuration des représentations s'effectue suivant un quota alloué à chaque composante : 38 % pour la société civile, 30 % pour les représentants de l'Administration, 25 % pour les opérateurs économiques, 5 % pour les partenaires sociaux et 2 % pour les partenaires techniques et financiers.
Il est bien que l’on se penche sur la corruption qui gangrène dangereusement notre société. Mais, l’on fera un faux diagnostic en omettant « nos valeurs sociales », qui constituent aujourd’hui de véritables freins à l’application d’une orthodoxie à quoi que ce soit. Quelqu’un est-il convoqué devant le juge ? Il faut savoir qui est son beau-père, quel griot a fait les démarches pour son mariage, derrière quel imam il prie, pour aller régler le problème à ce niveau. Au mépris du droit et des textes, on ne voit que sa personne, l’obligeant à violer son serment. « Tu ne feras pas seul le Mali ». D’ailleurs, celui qui refusera ces multiples intermédiaires, ces raccourcis nuisibles se verra vite jeté de l’opprobre, traité d’asociale…
« Ce qui rend la corruption, ou même la simple médiocrité des élites, si funeste, c'est la solidarité qui lie entre eux tous leurs membres, corrompus ou non corrompus, dans la défense du prestige commun » , disait Georges Bernanos.
Rien ne se règle par la loi et la règle
Ces aspects sont valables à tous les niveaux. Au Mali, rien ne se règle par la loi et les règles : ni les conflits, ni les promotions, ni les sanctions, ni les jugements… Et ces leviers « sociaux » sont tellement maîtrisés par de petits malins qu’ils n’ont jamais peur d’enfreindre la loi, sachant qu’ils trouveront toujours quelqu’un pour aller, nuitamment, plaider leur cause.
De plus, des vieux et des personnes que la société a établis et reconnus comme habilités et habiles pour les négociations en ont fait une profession, une affaire des plus rentables. Souvent, sans être commis, on les voit intervenir, entre deux « camarades politiques qui ne partagent plus la même vision » ; pour faire libérer un délinquant notoire ; pour empêcher l’exécution d’une grosse de justice, pour qu’un PDG d’un service public consente un prêt à son frère, pour faire recruter ou avancer un cancre…
L’on se serait conformé si, en compensation, « ces leviers sociaux » marchaient réellement pour régler de vrais problèmes. Il n’a jamais été utilisé pour un sursaut national pourtant salutaire aujourd’hui. Jamais ils n’ont réussi à faire arrêter la rébellion, à calmer les syndicats, à instaurer un dialogue social entre l’Etat et des acteurs de la société civile, à amener une vraie paix sociale. Ils sont devenus des instruments galvaudés, factices, juste bons pour servir des intérêts au détriment du plus grand nombre.
Aujourd’hui le Mali manque de tout : école, main-d’œuvre, santé, infrastructure… quelles réponses a-t-on trouvé ? « Ça ira ».
C’est donc un défi qui est là pour la commission : faire en sorte qu’au-delà de la palabre stérile, au-delà du déjà entendu, l’on parle sérieusement de ce que nous faisons nous-mêmes pour entretenir et perpétuer cette corruption.
Sinon, si c’est juste de texte et de structure qu’il s’agit, nous sommes bien pourvu. Malgré tout, le mal persiste et prolifère. ce sera encore… la corruption morale cette fois-ci. Pour finir méditez cette pensée de Shakespeare : « Si les empires, les grades, les places ne s'obtenaient pas par la corruption, si les honneurs purs n'étaient achetés qu'au prix du mérite, que de gens qui sont nus seraient couverts, que de gens qui commandent seraient commandés ».
Alexis Kalambry
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