Les Echos du 13 Août
REGROUPEMENTS POLITIQUES
Le glas qui sonne pour le FDR
Créé à la veille des élections générales d’avril 2007 pour marquer la voix de l’opposition face au « Takokélé », clamé haut et fort par les partisans du régime, le Front pour la démocratie et la République (FDR) souffre aujourd’hui de ses incohérences et est en perte de vitesse.
On le craignait, on en a désormais la preuve : le FDR a atteint ses limites. Née de la volonté du RPM, du Parena, de la CDS, de Convergence-2007 et de la COPP à la veille des élections générales d’avril 2007 dans notre pays pour faire entendre la voix de l’opposition, le FDR peine aujourd’hui à retrouver ses marques.
A preuve, il n’est toujours pas parvenu à résoudre la principale équation à savoir l’unité autour du bloc parlementaire oppositionnel. Mieux, il a du mal à se rapprocher du parti Sadi, qui a toujours récusé le regroupement pour faire cavalier seul.
Pour mémoire, lors de leur dernière rencontre conjointe avec le Premier ministre en fin juillet 2008, le parti Sadi a suggéré au locataire de la Maison du peuple de ne plus le recevoir en même temps et autour de la même table avec le FDR pour des raisons de « sincérité », confiaient de sources proches du huis clos.
Seulement voilà : quelques jours après cette réserve formulée par le parti Sadi, l’histoire semble lui donner raison dans la mesure où, apprend-on, le FDR commence à se vider de ses militants avec la nomination récente d’un de ses influents membres en qualité de conseiller spécial du président de la République avec rang et prérogatives de ministre.
De même, nos sources rapportent que le président de la CDS, Blaise Sangaré, si ce n’est déjà fait, envisage de prendre ses distances du Front. C’est dire, que le FDR est en train de se vider de sa substance prenant ainsi un coup sacré à la grande déception des Maliens qui avaient pourtant cru en lui, pensant qu’il serait un véritable contre-pouvoir.
Force est de constater qu’il brille de plus en plus par son silence radio que par des débats d’idées ou des propositions concrètes de solutions aux problèmes qui minent la nation. Depuis un certain temps, il a pris l’habitude de se fendre de communiqués laconiques pour exprimer ses préoccupations sur la vie chère, la crise au nord, l’école…
Impasse
C’est connu : le rôle de l’opposition n’est pas d’amener le gouvernement à accepter forcément ce qu’elle dit, mais de faire des critiques objectives à son encontre et des propositions concrètes. Aujourd’hui, les Maliens sont nostalgiques de vrais débats démocratiques des années 1990 où l’opposition a marqué son temps et son combat politique par la qualité des hommes et des femmes qui l’animaient.
A cette constatation, il paraît dès lors évident que la pire des choses serait d’en rester à la signature d’un pacte et au changement à la tête de la présidence du Front avec des recettes classiques. Cet immobilisme n’aurait d’autre effet que de décevoir les citoyens et de les jeter dans les bras des nationalistes. Il est évident que la chimère de réécrire un projet nouveau, simple, lisible et ambitieux n’a aucune chance de passer auprès du régime mais il semble bien qu’on est dans l’impasse.
Les Maliens ne trouvent plus leur compte dans le FDR. Alors quelles pistes pour l’avenir et qu’en est-il de l’idée d’avancer à différentes vitesses ? Pour le respect de la démocratie, il appartient au FDR de rester fidèle à ses idéaux fondateurs.
Les militants de l’ADJ qui ont fait preuve d’activisme à la naissance du mouvement sont également en perte de vitesse. Il n’y a pas grand-chose non plus à retenir des 6 mois d’IBK à la tête du Front de même que celui de Tiébilé Dramé qui avait néanmoins été conçue pour donner une certaine vitalité au regroupement.
Qu’attendre du successeur de M. Dramé, Me Mamadou Gakou, qui est un homme décisif sur le plan individuel mais qui ne représente politiquement pas grand-chose puisque sa formation ( la COPP) n’est qu’une coquille vide. S’il n’est pas soutenu par un ensemble cohérent qu’est-ce qu’il peut donner comme résultat ?
Aujourd’hui, la volonté seule n’est pas suffisante, il faut une étoffe, une certaine synergie pour la réussite du pari. Sinon, le FDR a du mal à s’adapter à la réalité.
Mohamed Daou
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« TERRORISME FONCIER »
ACI : Agence contre l'intérêt des Maliens
Cette Agence est faite pour ne jamais sortir le Malien (avec petit m), qui pourtant constitue la grande majorité de la population malienne, de la pauvreté.
Voyons dans un même quartier, deux terrains de mêmes dimensions séparés par la rue. Le terrain « A » est attribué par l'ACI et l'autre « B » attribué par le district, et figurez-vous bien que les deux terrains bénéficient des mêmes servitudes (eau, électricité, réseau d'assainissement, etc.) mais « A » peut coûter jusqu'à dix fois plus cher que « B » au motif que « A » est en titre foncier.
A analyser de près, l'on peut obtenir le même TF pour « B » par les procédures normales (surtout par la procédure accélérée qui vient de prendre fin en septembre 2007) tout en restant encore 6 à 7 fois moins cher que « A » (ACI). Comme si cela ne suffisait pas, l'ACI est une agence brigande et le sujet du jour le prouve à suffisance. Il s'agit du cas récent de Kobalacoura, qui du reste n'est pas unique.
En effet, les braves populations de cette localité ont procédé au morcellement selon les règles de l'art d'une partie de leurs champs de cultures. Elles l'ont fait en collaboration avec les autorités suivantes : coutumières (chef de village et conseil), locales (maire), et administratives (sous-préfet de Baguinéda), donc pas à l'insu du préfet de Kati.
Après ce parcellement, ils ont procédé à des attributions dont certaines moyennant un montant, et selon la réglementation en vigueur avec des lettres d'attribution dûment signées et cachetées du sous-préfet de Baguinéda. Mais quelle ne fut pas leur surprise quand un jour des agents de l'ACI sont venus à leur insu, comme des vandales déterrer les bornes, arracher les plaques des attributaires et marquer pour destruction les cases déjà construites sous prétexte que ces terrains leur appartiennent.
L'ACI est-elle au-dessus de la loi pour s'octroyer des TF sans que les autorités coutumières, locales et même administratives de la zone soient au courant ? Et sans enquêtes commodo et incommodo ? Cela dépasse l'esprit car cette manière cavalière de faire est semblable aux attaques de Bahanga. C'est du « terrorisme foncier ».
La proximité de ces terrains de la nouvelle Zone industrielle et la construction du troisième pont de Bamako donneraient de la valeur à cette zone. Voilà ce qui a réveillé l'appétit vorace de l'ACI pour se livrer à une telle tentative de piraterie. De grâce, au moment où le Mali se bat à travers le Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP) et au moment où le chef de l'Etat lui-même s'investit dans le PDES et la construction des logements sociaux pour atténuer la pauvreté des (M)aliens, que l'ACI arrête de rouler à contre-courant, par des manières inappropriées et malhonnêtes de s'auto-octroyer des terrains qui appartiennent à tous les Maliens.
A défaut d'un dédommagement des attributaires, espérons que l'ACI sera assez courtoise de présenter des excuses aux populations de la localité, aux autorités, mais surtout de replacer les bornes et les plaques cannibalisées. Les pauvres aussi ont le droit de se battre pour sortir de la pauvreté surtout quand c'est dans la légalité.
A suivre.
Bah Konimba
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INITIATIVE RIZ
Deux ministres dans un champ de 4 hectares !
Une vraie promenade de santé avec un budget consistant : voilà comment on pourrait qualifier la visite, en fin de semaine dernière, de deux membres du gouvernement Modibo Sidibé dans un petit champ de 4 hectares à plus de 200 kilomètres de Bamako. Et cela, au nom de l'Initiative riz.
Quoi de plus normal qu'un ministre visite un champ de riz, s'interrogeront, sans doute, certains. Mais, d'autres, des esprits avisés, iront plus dans leur analyse, tout en plaçant les choses dans leur contexte. Manque d'occupation ou envie d'air pur de campagne, quatre membres du gouvernement étaient la semaine dernière sur le terrain, sur instruction, dit-on, du Premier ministre, pour voir l'évolution de « l'Initiative riz ». Sur les quatre, deux étaient à Bougouni et deux autres à Kita.
Si les deux premiers (Justice et Promotion de la femme) ont fait hors sujet en consacrant le plus clair de leur temps à visiter des usines de transformation de mangues et de beurre de karité à Bougouni et Yanfolila, les deux autres auront surpris plus d'un avec leur programme de visite. Tenez-vous bien, faire le déplacement de Bamako pour aller voir à plus de 200 km de Bamako, à Madilla, un champ de riz de 4 hectares. Une visite de champ qui n'a duré qu'une dizaine de minutes.
Et pour combien de F CFA ? C'est là, la question principale car, avec un petit calcul, on se rend compte que la moyenne dépasse le total. Une dizaine de véhicules dont deux VX 8 cylindres, dernière génération des deux ministres, et une vingtaine de personnes ont effectué la mission. Les carburants, les per diem et autres dépenses surfacturées dépassent de loin la production totale des quatre hectares visités.
Le producteur en question attend au total 12 tonnes de riz paddy. « Je voulais faire mieux en exploitant une dizaine d'hectares, mais je n'ai pas eu de semences Nerica promis par le gouvernement. Même l'engrais, je ne l'ai pas eu au crédit, je l'ai payé comptant », aurait-t-il craché aux deux ministres, qui se demandaient, au fond, ce qu'ils faisaient dans cet univers perdu.
La leçon à tirer de ces visites qui interviennent seulement deux semaines après celle du Premier ministre à Sélingué, est que tout est permis aujourd'hui au nom de « l'Initiative riz ». Et c'est ainsi que le Premier ministre entend atteindre, en fin de campagne, 1 618 323 tonnes de riz paddy, soit une augmentation de 50 % de la production par rapport à la dernière campagne.
Ce résultat, ainsi obtenu, permettra de dégager, selon ses calculs, une production de riz marchand de l'ordre d'un million de tonnes, qui couvrira les besoins alimentaires internes du pays, estimé à 900 000 tonnes par an. Les 100 000 tonnes excédentaires seront commercialisées sur le marché sous-régional concerné par le même problème de flambée.
Du boucan
Dans la même lancée, il ajoute que la valeur globale de la production est estimée environ à 300 milliards de F CFA. Le revenu net du producteur par hectare passera de 300 000 à 500 000 F CFA sous le double effet de la subvention et du gain de productivité. Cette abondance de la production permettra non seulement d'assurer à notre pays un approvisionnement correct du marché en riz et à un prix non spéculatif, abordable pour les consommateurs, mais elle boostera la contribution du secteur agricole dans la croissance économique du pays et améliorera la balance des paiements à travers l'exportation des 100 000 tonnes.
Sur le papier le calcul est beau et les chiffres font saliver. Mais ne nous voilons pas la face. Le président de la République a, au cours de la Journée paysanne à Soninkégny, reconnu que « l'Initiative riz » est un échec cette année. « Nous nous sommes levés en retard », a-t-il dit. Sur le terrain, on se rend vite à l'évidence : les producteurs ont attendu, en vain, la semence Nerica promise par le gouvernement. En plus, les producteurs n'ont pas eu les engrais à temps. La subvention annoncée par le gouvernement a plus profité aux spéculateurs qu'aux producteurs.
Après tout ce constat, le Premier ministre persiste et signe : « l'Initiative riz » est un succès. Ses ministres n'en disent pas moins car ils en ont fait un fleuron où il y a à manger et à boire. La seule bonne note à souligner de cette initiative avant le décompte à la fin de la campagne est le recrutement de 102 agents, tous équipés d'une moto pour s'occuper de l'encadrement des producteurs sur le terrain. 102 chômeurs de moins sur le million qui pullulent les rues de la capitale !
Rappelons que la facture de « l’Initiative riz » s'élève à 42,65 milliards de F CFA, les premiers financements nécessaires ont été prélevés sur les caisses de fonctionnement de l'Administration publique.
Dramane Sanogo
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