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2008

Mois d'août

Les Echos du 13 Août

 

REGROUPEMENTS POLITIQUES

Le glas qui sonne pour le FDR

Créé à la veille des élections générales d’avril 2007 pour marquer la voix de l’opposition face au « Takokélé », clamé haut et fort par les partisans du régime, le Front pour la démocratie et la République (FDR) souffre aujourd’hui de ses incohérences et est en perte de vitesse.

On le craignait, on en a désormais la preuve : le FDR a atteint ses limites. Née de la volonté du RPM, du Parena, de la CDS, de Convergence-2007 et de la COPP à la veille des élections générales d’avril 2007 dans notre pays pour faire entendre la voix de l’opposition, le FDR peine aujourd’hui à retrouver ses marques.

A preuve, il n’est toujours pas parvenu à résoudre la principale équation à savoir l’unité autour du bloc parlementaire oppositionnel. Mieux, il a du mal à se rapprocher du parti Sadi, qui a toujours récusé le regroupement pour faire cavalier seul.

Pour mémoire, lors de leur dernière rencontre conjointe avec le Premier ministre en fin juillet 2008, le parti Sadi a suggéré au locataire de la Maison du peuple de ne plus le recevoir en même temps et autour de la même table avec le FDR pour des raisons de « sincérité », confiaient de sources proches du huis clos.

Seulement voilà : quelques jours après cette réserve formulée par le parti Sadi, l’histoire semble lui donner raison dans la mesure où, apprend-on, le FDR commence à se vider de ses militants avec la nomination récente d’un de ses influents membres en qualité de conseiller spécial du président de la République avec rang et prérogatives de ministre.

De même, nos sources rapportent que le président de la CDS, Blaise Sangaré, si ce n’est déjà fait, envisage de prendre ses distances du Front. C’est dire, que le FDR est en train de se vider de sa substance prenant ainsi un coup sacré à la grande déception des Maliens qui avaient pourtant cru en lui, pensant qu’il serait un véritable contre-pouvoir.

Force est de constater qu’il brille de plus en plus par son silence radio que par des débats d’idées ou des propositions concrètes de solutions aux problèmes qui minent la nation. Depuis un certain temps, il a pris l’habitude de se fendre de communiqués laconiques pour exprimer ses préoccupations sur la vie chère, la crise au nord, l’école…

Impasse

C’est connu : le rôle de l’opposition n’est pas d’amener le gouvernement à accepter forcément ce qu’elle dit, mais de faire des critiques objectives à son encontre et des propositions concrètes. Aujourd’hui, les Maliens sont nostalgiques de vrais débats démocratiques des années 1990 où l’opposition a marqué son temps et son combat politique par la qualité des hommes et des femmes qui l’animaient.

A cette constatation, il paraît dès lors évident que la pire des choses serait d’en rester à la signature d’un pacte et au changement à la tête de la présidence du Front avec des recettes classiques. Cet immobilisme n’aurait d’autre effet que de décevoir les citoyens et de les jeter dans les bras des nationalistes. Il est évident que la chimère de réécrire un projet nouveau, simple, lisible et ambitieux n’a aucune chance de passer auprès du régime mais il semble bien qu’on est dans l’impasse.

Les Maliens ne trouvent plus leur compte dans le FDR. Alors quelles pistes pour l’avenir et qu’en est-il de l’idée d’avancer à différentes vitesses ? Pour le respect de la démocratie, il appartient au FDR de rester fidèle à ses idéaux fondateurs.

Les militants de l’ADJ qui ont fait preuve d’activisme à la naissance du mouvement sont également en perte de vitesse. Il n’y a pas grand-chose non plus à retenir des 6 mois d’IBK à la tête du Front de même que celui de Tiébilé Dramé qui avait néanmoins été conçue pour donner une certaine vitalité au regroupement.

Qu’attendre du successeur de M. Dramé, Me Mamadou Gakou, qui est un homme décisif sur le plan individuel mais qui ne représente politiquement pas grand-chose puisque sa formation ( la COPP) n’est qu’une coquille vide. S’il n’est pas soutenu par un ensemble cohérent qu’est-ce qu’il peut donner comme résultat ?

Aujourd’hui, la volonté seule n’est pas suffisante, il faut une étoffe, une certaine synergie pour la réussite du pari. Sinon, le FDR a du mal à s’adapter à la réalité.

Mohamed Daou

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« TERRORISME FONCIER »

ACI : Agence contre l'intérêt des Maliens

Cette Agence est faite pour ne jamais sortir le Malien (avec petit m), qui pourtant constitue la grande majorité de la population malienne, de la pauvreté.

Voyons dans un même quartier, deux terrains de mêmes dimensions séparés par la rue. Le terrain « A » est attribué par l'ACI et l'autre « B » attribué par le district, et figurez-vous bien que les deux terrains bénéficient des mêmes servitudes (eau, électricité, réseau d'assainissement, etc.) mais « A » peut coûter jusqu'à dix fois plus cher que « B » au motif que « A » est en titre foncier.

A analyser de près, l'on peut obtenir le même TF pour « B » par les procédures normales (surtout par la procédure accélérée qui vient de prendre fin en septembre 2007) tout en restant encore 6 à 7 fois moins cher que « A » (ACI). Comme si cela ne suffisait pas, l'ACI est une agence brigande et le sujet du jour le prouve à suffisance. Il s'agit du cas récent de Kobalacoura, qui du reste n'est pas unique.

En effet, les braves populations de cette localité ont procédé au morcellement selon les règles de l'art d'une partie de leurs champs de cultures. Elles l'ont fait en collaboration avec les autorités suivantes : coutumières (chef de village et conseil), locales (maire), et administratives (sous-préfet de Baguinéda), donc pas à l'insu du préfet de Kati.

Après ce parcellement, ils ont procédé à des attributions dont certaines moyennant un montant, et selon la réglementation en vigueur avec des lettres d'attribution dûment signées et cachetées du sous-préfet de Baguinéda. Mais quelle ne fut pas leur surprise quand un jour des agents de l'ACI sont venus à leur insu, comme des vandales déterrer les bornes, arracher les plaques des attributaires et marquer pour destruction les cases déjà construites sous prétexte que ces terrains leur appartiennent.

L'ACI est-elle au-dessus de la loi pour s'octroyer des TF sans que les autorités coutumières, locales et même administratives de la zone soient au courant ? Et sans enquêtes commodo et incommodo ? Cela dépasse l'esprit car cette manière cavalière de faire est semblable aux attaques de Bahanga. C'est du « terrorisme foncier ».

La proximité de ces terrains de la nouvelle Zone industrielle et la construction du troisième pont de Bamako donneraient de la valeur à cette zone. Voilà ce qui a réveillé l'appétit vorace de l'ACI pour se livrer à une telle tentative de piraterie. De grâce, au moment où le Mali se bat à travers le Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP) et au moment où le chef de l'Etat lui-même s'investit dans le PDES et la construction des logements sociaux pour atténuer la pauvreté des (M)aliens, que l'ACI arrête de rouler à contre-courant, par des manières inappropriées et malhonnêtes de s'auto-octroyer des terrains qui appartiennent à tous les Maliens.

A défaut d'un dédommagement des attributaires, espérons que l'ACI sera assez courtoise de présenter des excuses aux populations de la localité, aux autorités, mais surtout de replacer les bornes et les plaques cannibalisées. Les pauvres aussi ont le droit de se battre pour sortir de la pauvreté surtout quand c'est dans la légalité.

A suivre.

Bah Konimba

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INITIATIVE RIZ

Deux ministres dans un champ de 4 hectares !

Une vraie promenade de santé avec un budget consistant : voilà comment on pourrait qualifier la visite, en fin de semaine dernière, de deux membres du gouvernement Modibo Sidibé dans un petit champ de 4 hectares à plus de 200 kilomètres de Bamako. Et cela, au nom de l'Initiative riz.

Quoi de plus normal qu'un ministre visite un champ de riz, s'interrogeront, sans doute, certains. Mais, d'autres, des esprits avisés, iront plus dans leur analyse, tout en plaçant les choses dans leur contexte. Manque d'occupation ou envie d'air pur de campagne, quatre membres du gouvernement étaient la semaine dernière sur le terrain, sur instruction, dit-on, du Premier ministre, pour voir l'évolution de « l'Initiative riz ». Sur les quatre, deux étaient à Bougouni et deux autres à Kita.

Si les deux premiers (Justice et Promotion de la femme) ont fait hors sujet en consacrant le plus clair de leur temps à visiter des usines de transformation de mangues et de beurre de karité à Bougouni et Yanfolila, les deux autres auront surpris plus d'un avec leur programme de visite. Tenez-vous bien, faire le déplacement de Bamako pour aller voir à plus de 200 km de Bamako, à Madilla, un champ de riz de 4 hectares. Une visite de champ qui n'a duré qu'une dizaine de minutes.

Et pour combien de F CFA ? C'est là, la question principale car, avec un petit calcul, on se rend compte que la moyenne dépasse le total. Une dizaine de véhicules dont deux VX 8 cylindres, dernière génération des deux ministres, et une vingtaine de personnes ont effectué la mission. Les carburants, les per diem et autres dépenses surfacturées dépassent de loin la production totale des quatre hectares visités.

Le producteur en question attend au total 12 tonnes de riz paddy. « Je voulais faire mieux en exploitant une dizaine d'hectares, mais je n'ai pas eu de semences Nerica promis par le gouvernement. Même l'engrais, je ne l'ai pas eu au crédit, je l'ai payé comptant », aurait-t-il craché aux deux ministres, qui se demandaient, au fond, ce qu'ils faisaient dans cet univers perdu.

La leçon à tirer de ces visites qui interviennent seulement deux semaines après celle du Premier ministre à Sélingué, est que tout est permis aujourd'hui au nom de « l'Initiative riz ». Et c'est ainsi que le Premier ministre entend atteindre, en fin de campagne, 1 618 323 tonnes de riz paddy, soit une augmentation de 50 % de la production par rapport à la dernière campagne.

Ce résultat, ainsi obtenu, permettra de dégager, selon ses calculs, une production de riz marchand de l'ordre d'un million de tonnes, qui couvrira les besoins alimentaires internes du pays, estimé à 900 000 tonnes par an. Les 100 000 tonnes excédentaires seront commercialisées sur le marché sous-régional concerné par le même problème de flambée.

Du boucan

Dans la même lancée, il ajoute que la valeur globale de la production est estimée environ à 300 milliards de F CFA. Le revenu net du producteur par hectare passera de 300 000 à 500 000 F CFA sous le double effet de la subvention et du gain de productivité. Cette abondance de la production permettra non seulement d'assurer à notre pays un approvisionnement correct du marché en riz et à un prix non spéculatif, abordable pour les consommateurs, mais elle boostera la contribution du secteur agricole dans la croissance économique du pays et améliorera la balance des paiements à travers l'exportation des 100 000 tonnes.

Sur le papier le calcul est beau et les chiffres font saliver. Mais ne nous voilons pas la face. Le président de la République a, au cours de la Journée paysanne à Soninkégny, reconnu que « l'Initiative riz » est un échec cette année. « Nous nous sommes levés en retard », a-t-il dit. Sur le terrain, on se rend vite à l'évidence : les producteurs ont attendu, en vain, la semence Nerica promise par le gouvernement. En plus, les producteurs n'ont pas eu les engrais à temps. La subvention annoncée par le gouvernement a plus profité aux spéculateurs qu'aux producteurs.

Après tout ce constat, le Premier ministre persiste et signe : « l'Initiative riz » est un succès. Ses ministres n'en disent pas moins car ils en ont fait un fleuron où il y a à manger et à boire. La seule bonne note à souligner de cette initiative avant le décompte à la fin de la campagne est le recrutement de 102 agents, tous équipés d'une moto pour s'occuper de l'encadrement des producteurs sur le terrain. 102 chômeurs de moins sur le million qui pullulent les rues de la capitale !

Rappelons que la facture de « l’Initiative riz » s'élève à 42,65 milliards de F CFA, les premiers financements nécessaires ont été prélevés sur les caisses de fonctionnement de l'Administration publique.

Dramane Sanogo

 

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FRONTIERE MALI-GUINEE

La paix retrouvée à Siradiouba

Le conflit foncier qui opposait les populations frontalières des villages de Siradiouba (Mali) et de Dalagoué (Guinée), dans le cercle de Yanfolila, est en passe de trouver une solution durable. C’est du moins ce qu’a laissé entendre le chef du village de Siradiouba qui nous a joint au téléphone.

« Tout va bien actuellement et aucune tension n’est perceptible entre les deux communautés » , souligne Souleymane Sangaré, le chef du village. Le conflit entre les populations de Siradiouba et Dalagoué, qui dure depuis plus d’une décennie, a fait plusieurs morts de part et d’autre.

Cette année, les autorités maliennes et guinéennes ont multiplié les pourparlers dans des rencontres périodiques au niveau préfectoral, régional et national pour trouver une issue définitive au conflit.

Ainsi, la commission mixte de coopération a été ressuscitée puisque celle-ci n’était que l’ombre d’elle-même. Par ailleurs, les deux pays ont sollicité l’appui du colonisateur en vue de la délimitation des frontières.

Denis Koné

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UN HOTE DE MARQUE A JAMANA

Alpha en famille

L’ancien président de la République du Mali et de la Commission de l’Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré a rendu hier en début d’après-midi une visite de courtoisie à Jamana.

Accompagnée de son épouse Mme Adame Ba Konaré, l’ancien chef de l’Etat du Mali, qui a créé la Coopérative culturelle Jamana en 1983 en compagnie d’autres camarades de lutte, a tout simplement retrouvé d’anciens collègues de travail qu’il a côtoyés pendant des années avant de briguer la magistrature suprême du pays.

L’ancien directeur de publication du premier quotidien indépendant du Mali, « Les Echos », lancé le 17 mars 1989, se retrouvait en famille. Alpha et Adame ont donné de chaleureuses poignées de mains aux agents de Jamana au pas de course, car la visite n’a pas duré plus de cinq minutes.

Aw bissimilah, a bé kun !

 

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DRAGUE

Comment les filles s’y prennent…

(dossier réalisé par Assitan Haïdara)

La drague , synonyme de séduction pour la nouvelle génération, n’est pas si compliquée que cela, pourtant beaucoup y voient un barrage insurmontable. Un phénomène à multiples causes, la drague devenue comme une maladie du 21e siècle chez les célibataires et mariés, certaines filles font de cette drague un métier de tous les jours. Ce métier est exercé sur les lieux publics comme les boîtes de nuit, les restaurants, les bars et même sur l’Internet - un outil qui favorise des rencontres virtuelles. Mais faut-il franchir les premiers pas pour qu’on te nomme « fille facile » ?

La drague est un art difficile. Faire une rencontre est un chemin de croix. Les échecs sont nombreux ! Les hommes sont de plus en plus rares et les filles nombreuses. La stratégie a changé de camp. Face à l’indifférence des garçons et aux difficultés de choix, les filles ont appris à se battre, à chercher, à arracher. Reportage dans un monde où l’on ne se fait aucun cadeau !

« La drague pour les filles est une question de dosage. Il faut savoir intéresser, mais pas trop ; repérez l’appât pour le mettre dans les filets, prendre des pincettes, au risque de le laisser retomber dans l’eau. Il faut surtout savoir écarter rapidement les pieuvres (les copines) qui sont autour » , explique Fatou, une fille d’à peine 17 ans. Pour elle et ses copines, aujourd’hui, la drague est juste un « passe-temps ». « Les garçons draguent, collectionnent les nanettes et s’en vantent. Pourquoi pas nous ? », ajoute sa copine.

Il y a peu, la drague était considérée comme un « sport » purement masculin. Mais, de nos jours, de plus en plus de filles s’y mettent, indifféremment de l’âge, avec des intentions et des fortunes diverses. En effet, certaines, surtout après 25 ans, cherchent à entraîner leur conquête devant l’imam et le maire. D’autres, par contre veulent s’amuser (17-20 ans) ou simplement veulent quelqu’un capable de leur offrir la dolce vita.

Pas besoin d’être beau et riche pour plaire, la séduction est une science à part entière, détenue par certains qui savent comment s’y prendre. « Ne pensez pas que tous les gens sont égaux lorsqu’il s’agit de drague, c’est une façon d’être qui s’apprend. On ne sait pas à la naissance comment séduire, de même qu’on ne sait pas comment faire du vélo. Chacun de nous, grâce à nos relations amoureuses passées, se forge une expérience qui conduit à plus de maîtrise », ajoute une dame d’âge mûr.

Le célibat est l’un des pires maux de ces dernières décennies et ce phénomène va croissant. Certaines prennent le sujet à la légère jusqu’au jour où elles ne voient plus de soupirant rôder autour. D’autres restent optimistes en pensant que ça va se résoudre tout seul dans un avenir proche ( » Dieu doit à chacun un jeudi ») ou au contraire prennent leur destin en main pour changer cela et vont prendre ce qu’elles désirent.

Des techniques

« La démarche paraît simple et naturelle, mais la pratique l'est moins surtout lorsqu'il s'agit d'instaurer des relations autres qu'amicales. En effet, on ressent facilement de l'attirance pour quelqu'un, mais il est toujours difficile "d'entrer en action", de draguer », affirme une fille qui a comme terrain de prédilection les lieux de fête.

Pour elle, la drague est un moyen de faire comprendre à une personne qu'on est attiré par elle. On drague pour séduire quelqu'un et essayer de concrétiser. Le problème est en fait de savoir quoi faire sans paraître ridicule et sans risquer de « se faire refouler ». Tout le monde a pu avoir droit un jour à un « non », mais une fille ressent toujours le « non » comme une humiliation, comme un défi. Pour éviter ce genre de refus désobligeant, les filles ont des techniques que certaines qualifient « d’infaillibles » pour devenir de vraies croqueuses d’hommes.

La drague, ne l'oublions pas est souvent un besoin de se valoriser, tant auprès des autres qu'auprès de soi-même. En réussissant à draguer une personne, on se sent séduisant, intéressant, plus fort. En fait, c'est une façon de se prouver à soi-même qu'on peut plaire. Mais la drague, c'est aussi et surtout une façon de communiquer, une forme de langage.

Comme tout langage, la drague ne se résume pas en un seul aspect. En effet, on peut rencontrer quelqu'un, un soir en boîte et vouloir le draguer parce qu'il nous plaît, mais aussi être intéressée depuis longtemps par une personne que l'on connaît déjà et qui nous connaît aussi. En fait, ce qui fait la difficulté de la drague est que chaque situation est différente, selon la personne, le contexte…

Pour les filles, pour draguer, il faut toujours se mettre sur « son 31 », être naturelle et détendue. Il faut aussi avoir de l’humour et ne pas faire peur aux garçons. « Quand les garçons pensent que vous êtes une fille qui aime l’argent, ils ont peur ». En plus, il faut savoir écouter et être disponible. Les garçons apprécient cela !

 

SOUMAILA CAMARA, SOCIOLOGUE

« Un phénomène lié à la mode »

« Le phénomène de la drague des filles peut être sociologiquement expliqué par des contraintes sociales liées aux différentes expériences de la mode. Et la mode en tant que tel peut venir de l’extérieur comme de l’intérieur du pays, mais seulement à des degrés différents. Comme il est généralement peu connu, les filles sont beaucoup plus sensibles à la mode, à tout ce qui est nouveau ou étranger. Alors de ce point de vue, elles n’hésitent jamais à mettre en pratique les traits culturels même si ces derniers ne s’accordent pas aux différentes réalités socioculturelles de sa société d’accueil. Et là c’est surtout lorsqu’elles sont influencées par les stars de cinéma, de musiques, etc.

Aussi, toujours par contraintes, c’est-à-dire par besoin d’argent, par peur du chômage et dans l’espoir de vivre à la mode, elles draguent. Dans ce contexte, la motivation dont le fondement principal est la recherche des intérêts personnels peut les pousser à cibler des hommes capables de leur procurer régulièrement les articles à la mode. Aujourd’hui, force est de reconnaître que le concept social des filles a changé. Il va du coq à l’âne ».

 

LES HOMMES ET LES DRAGUEUSES

« Pas de recettes infaillibles »

« Une fois que certaines filles trouvent leur partenaire idéal, elles ne le laissent plus s’échapper. L’amour peut survenir n’importe quand et au-delà des coups de foudre soudains, il faut juste lui donner l’étincelle suffisante. Mais là comme ailleurs je dirai aux filles de faire attention aux arnaques en tout genre et autres promesses d’amour sous couvert d’argent et éloignez-vous des requins qui ne cherchent que des relations de courte durée et parfois amères, surtout si c’est l’amour avec grand « A » qu’elles recherchent. Avant de rencontrer qui que ce soit, discutez longtemps avec lui, pour essayer d’en savoir plus sur lui et pourquoi pas être accompagnée lors du rendez-vous.

 

Encadré

Provoquer les opportunités

Pour les filles, avant tout, il faut rencontrer l’élu de son cœur, que ce soit dans la vie courante, sur le lieu du travail, lors des sorties ou sur le net. Pour ce faire, il faut oser franchir le premier pas et aller à la rencontre de l’amour. Selon la même source, « lorsqu’on est célibataire et qu’on souhaite rencontrer quelqu’un, il n’est pas toujours facile de provoquer ces entrevues ».

Aujourd’hui au Mali le problème qu’on observe chez un certain nombre de filles à part la timidité est tout simplement de ne pas avoir d’occasions. Il faut alors provoquer les opportunités.

 

RELIGIONS ET DRAGUE

Le fruit défendu

La drague est interdite par toutes les religions, en particulier par l’islam. Selon le prêcheur et maître coranique I. K. « il est permis aux filles de chercher un mari qui leur convient, mais pas un homme avec qui, elles pourront s’amuser. C’est pourquoi la religion a formellement interdit qu’une fille bafoue sa dignité, sa réputation et même l’honneur de sa famille à la recherche d’un quelconque homme pour des aventures. Généralement, les conséquences de la drague sont lourdes et entraînent parfois des divorces dans les foyers et plus grave, des morts d’hommes après un mariage dont le soubassement est mal construit ; et dont les procédures ont été ratées depuis le premier jour où le jeune homme et la jeune fille se sont connus ». Dans le même ordre d’idées, I. K. dira que « des solutions doivent être préconisées pour corriger ces maux qui gangrènent la couche religieuse ».

 

DANS LA RUE

Y. Kéita : « C’est un complexe »

La drague c’est comme un moyen de séduction pour certaines filles, un complexe pour d’autres. Aujourd’hui, de nombreuses filles ne font plus la différence entre un amant et un profiteur. Elles font de la drague leur boulot, car elles parviennent à soutirer de l’argent à leurs prétendants. Mais certaines n’osent pas faire les premiers pas, parce qu’elles ont peur de passer pour une « fille facile ». Franchement, je trouve la drague très normale. Le sourire des jeunes filles révèle leur intérêt pour les hommes, accompagné d’un contact visuel ça fait tout un effet. Il faut surtout écouter son prétendant, car les gens ont toujours besoin d’être écoutés et respectés même dans le contexte de la séduction.

A. M. : « Qui ne risque rien n’a rien ! »

Une fois que vous avez visualisé le jeune homme, vous devez l'aborder de suite, car il est possible que vous ne le revoyez jamais. Soit vous connaissez la personne et alors il ne vous suffit plus qu'à essayer de la séduire, soit vous devez l'aborder, et même si c'est parfois difficile pour les plus timides d'entre vous, il faut indéniablement passer par cette étape. Mais dites-vous une chose : qui ne risque rien n'a rien ! Un conseil à l’endroit des filles dragueuses : une fois décidées ; prenez votre courage à deux mains et foncez. Oubliez les clichés, engagez la conversation sur un sujet banal dans la situation où vous vous trouvez, sans trop l'être non plus pour ne pas fatiguer votre partenaire, évitez la pluie et le beau temps, observez ce qu'elle porte ou parlez de ses passions si vous les connaissez.

Surtout, oubliez vos problèmes, ce n'est pas en parlant de vos problèmes que vous attirerez la personne idéale, c'est plutôt le contraire, se plaindre n'est pas la meilleure approche possible. Et n'oubliez pas que dans les endroits publics, si vous désirez revoir la personne, il faut se donner rendez-vous ou échanger vos numéros de téléphone. Restez naturelle, souriez, la conversation s'engagera d'elle-même. « Regardez, souriez et écoutez ». Trois verbes simples mais qui pourraient changer le cours des événements côté séduction.

F. D. : « On n’est pour autant pas des filles faciles »

Certaines femmes n'osent pas faire les premiers pas, car elles ont peur de passer pour des « filles faciles ». Si le gars pense ça, dites-vous que de toute manière, il ne valait pas la peine d'être dragué. Les hommes ont, quant à eux, peur du rejet. Peur de s’entendre dire non ! Devant les femmes, ils perdent souvent leurs moyens et préfèrent s'abstenir que d'essuyer un refus et sont ensuite frustrés par leur manque de courage.

Il suffit de quelques trucs et une bonne dose de confiance en soi. Soyez convaincu que vous pouvez le faire, mettez vos points forts autant physiques que ceux de votre personnalité en évidence, soyez fiers de vous. Portez des vêtements dans lesquels vous êtes à l'aise mais aussi visiblement neufs. Le naturel est toujours payant. Par contre, n'ayez pas peur d'être plus direct, si vous y êtes à l'aise. Exposez directement vos intentions à l'avantage de ne pas laisser place à l'ambiguïté. L'autre peut aimer être la cible de tentative de séduction.

 

REPORTAGE

La cyberdrague en vogue !

Le Net : un réseau international de rencontres et d’échanges a favorisé la communication entre garçons et filles qui, de plus en plus, se draguent par Internet.

« Thatcher » par le Net pour trouver un amant pourquoi pas un mari est devenu un loisir en général chez les filles. Un loisir qui les oblige à aller au-delà de leurs possibilités pour avoir l’élu du cœur. Si d’aucuns dépensent 300 F CFA (1h) pour leurs besoins, les thatcheurs prennent en général 3 à 4 heures de temps au profil de leurs intérêts personnels.

«A partir de 19 h, je suis déjà au cybercafé et je ne sors souvent qu’à la fermeture. Tous les jours je dépense au minimum 1000 F CFA malgré la cherté de la vie, mais je ne regarde pas le côté financier, car causer avec celui que j’aime me fait oublier tous mes problèmes ; quand on aime, on doit se sacrifier. Honnêtement parlant l’amour n’a pas de prix. Avec le Net, je m’en réjouis en un mot, je trouve tout mon plaisir dans ça », affirme un rat du cyber que nous avons rencontré. Mais attention aux obsédés sexuels qui se font passer pour « le bon Dieu sans confession » en trompant les filles. « Qui êtes-vous la belle demoiselle, la beauté rare ? Avec cette flatterie, mon chemin est assuré », commence pour se vanter le jeune l’homme.

La fille devant son petit écran connecté à l’Internet devine déjà son avenir. « Quelle chance, quelle opportunité que Dieu m’offre comme ça ! Un vrai match à gagner ». Le train de l’espoir et du désespoir démarre à 80 km/h. On constate, qu’il y a de ces espoirs dans cette affaire qui se brisent, mais d’autres se réalisent en finissant par le mariage, qui est aujourd’hui le rêve de toutes les filles. Il est naïf ce phénomène de drague et il n’y a aucune crainte au départ. Mais ce que l’on constate aujourd’hui c’est que les jeunes aiment aller dans les endroits fermés ou aménagés pour mieux séduire. L’on ignore si c’est la civilisation moderne ou l’abandon total de valeurs traditionnelles qui en est à la base.

Dans le temps, c’était l’homme qui partait à la recherche de la fille pour tisser des relations, mais à ce jour la façon de procéder a changé. Les filles sont fières de monter la sentinelle pour qu’elles puissent voir leurs partenaires la nuit. Un comportement qui dévalorise nos valeurs socioculturelles. Les filles ne savent plus faire la différence entre un profiteur et un amant. En fin de compte elles finissent par se « mettre le doigt dans l’œil ».

 

 

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