Les Echos du 26 septembre
CONCOURS D'ENTREE A LA FONCTION PUBLIQUE
Déjà des frustrations
A peine commencés, les concours d'entrée à la Fonction publique font un contingent de frustrés à travers le pays. Ne sachant plus à quel saint se vouer, les frustrés se résignent à continuer dans leur calvaire de tous les jours : le chômage ! L'espoir sera peut-être le secteur privé.
Des concours d'entrée à la Fonction publique auront lieu ce samedi 29 septembre dans 5 centres (Bamako, Mopti, Gao, Kayes et Sikasso). Véritablement, le nombre de postulants ne cesse d'accroître d'année en année, le chômage ayant élu domicile dans un pays où la pauvreté devenue le quotidien de la majorité de la population, surtout les jeunes diplômés. Cette année, environ un peu plus de 45 000 candidats se soumettront à une épreuve technique et à un test de culture générale.
D'ores et déjà, les frustrés sont incalculables. En premier lieu, nous avons ceux qui n'ont pas pu postuler, faute de détention de leur attestation ou de leur diplôme. Dans cette situation, ils sont des milliers de lauréats de l'année académique écoulée à traîner vainement, pendant des semaines, derrière leurs attestations. Le cas de cet élève d'une école supérieure de santé de Sikasso, venu spécialement du Kénédougou, en est la parfaite illustration.
« J'ai passé plus de dix jours à courir sans cesse derrière mon attestation et on m'a toujours dit que c'était en train d'être fait. Finalement, je n'ai pas obtenu mon droit. J'étais venu en vue de postuler au concours de la Fonction publique, mais je dois rentrer bredouille à Sikasso et aider mes parents dans les travaux champêtres en attendant peu probablement des jours meilleurs » , s'est-il plaint. Pis, en quittant Sikasso pour Bamako, tous ses parents étaient contents, car ils espéraient que « j'allais finalement pouvoir décrocher la perle rare et réduire leurs souffrances quotidiennes » .
Comme lui, un diplômé de la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP), qui a soutenu, il y a plus de six mois, n'a nullement vu la couleur de son diplôme. Il est donc privé de concours cette année. A ceux-ci, il faut ajouter les titulaires de diplômes étrangers, qui peinent à établir l'équivalence exigée. « Je suis titulaire d'un DEA obtenu en Russie et l'on m'a tourné en bourrique pour l'équivalence. Finalement, la chance de postuler à la Fonction publique s'est évanouie. Vraiment, après de telles longues études dans la galère, je suis déçu par ce pays » .
1200 partants, 750 postes à pourvoir
Face aux pressions et à la persistance de certains candidats, les responsables ont finalement décidé d'accepter les relevés de notes à « une semaine de la clôture des dépôts de dossiers » . Le ridicule est que « la décision n'a même pas fait l'objet de communiqué ni interne ni externe. La décision a été prise en clandestinité et c'est seulement quelques personnes qui ont pu en profiter » , s'est plaint Ahmed Kounta de la direction nationale de la fonction publique.
Ce dernier n'en croyait pas à ses oreilles lorsqu'un des candidats est venu lui présenter son relevé de notes en lieu et place de l'attestation : « J'étais ébahi et j'ai dû demander pour ensuite obtenir la confirmation. Personne ne m'en avait informé ». Et à notre interlocuteur de continuer que « le vrai problème de ce service est la communication, dont les frais sont inclus dans le budget prévu dans l'organisation des concours » .
Il convient aussi de noter que « statutairement, le nombre de postes à pourvoir dépend du nombre de partants à la retraite. Cependant, cette année, il y a 1200 fonctionnaires qui partent à la retraite alors qu'on pourvoit seulement environ 750 postes entre des milliers de candidats ». « Où partent le reste des postes à pourvoir ? » , se demande Ahmed Kounta, qui ne parvient pas à comprendre cette situation, qui ne « s'explique pas intellectuellement » .
En tout cas, la majorité des frustrés se consolent avec l'idée que « les jeux sont faits d'avance… Ça ne change rien à mon sort dans ce pays dans la mesure où je n'ai personne pour me soutenir dans l'ombre. Donc, j'allais inutilement perdre mon temps et mon énergie » , se console d'eux.
La solution, pour eux, est de guetter du côté du secteur privé pour « faire valoir notre compétence après nous être battus pour obtenir nos attestations » . Pour eux, « contrairement à d'autres pays, la galère ne commence au Mali qu'à la fin des études » .
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)
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CONTROLE DES SERVICES PUBLICS
La chasse au Vérificateur général
Qu'il est curieux de voir celui qui a la mission d'identifier les voleurs professionnels faire l'objet d'une cabale aussi peu réfléchie !
Le Vérificateur général ou Végal pour faire court, est chargé, par la loi, de procéder à un audit permanent de la gestion des fonds publics. A cet effet, le législateur lui a accordé une immunité totale et un mandat très clair : il doit faire son travail en toute indépendance et probité.
Sidi Sosso Diarra, l'homme choisi par le président ATT après une offre d'emploi publique, a publié deux rapports qui, grosso modo , nous apprennent (est-ce vraiment une surprise) que près de 118 milliards (15 dans le premier rapport et 103 pour le second) ont été volés au Trésor public par des individus sans scrupule couvés au sommet de l'Etat et bénéficiant de protections souvent très puissantes.
Il ne se trouve personne au Mali pour mettre en doute la compétence de Sidi Sosso Diarra dans son domaine, l'audit de gestion. Ce n'est pas une carrière complaisante dans la fonction publique malienne qui constitue l'ossature de son pedigree. Il a prouvé sous d'autres cieux que son diplôme n'était pas le fruit du hasard ou de faveurs douteuses.
Cependant, il y a quelque chose de vraiment malsain qui se déroule actuellement dans notre pays. Depuis la publication du deuxième rapport du Végal, les plus hautes autorités de l'Etat jouent les sourds-muets aveugles à part une vague promesse du président de la République dans son discours à la nation du 22 septembre. Quand on sait que les promesses n'engagent que ceux qui y croient, pour paraphraser Charles Pasqua, il y a lieu de rester sceptique.
Pire que la surdité face aux révélations du Végal, c'est la cabale qui s'organise autour de sa personne qui est inquiétante. En effet, depuis un certain temps, des journaux de la place multiplient les attaques au vitriol non pas contre l'institution ou le rapport mais contre la personne même du Végal que l'on qualifie tantôt de vindicative, puis de coléreuse pour ne pas dire que Diarra ne sait pas faire son travail ou produit des rapports sans consistance.
A la limite, on croirait que certains « journalistes » tentent de convaincre leur fantomatique lectorat que Sidi Sosso Diarra est un dangereux psychopathe qui accuse sans preuve d'honorables pères de famille. Et pendant qu'on y est, pourquoi ne pas ajouter que la corruption, le détournement de fonds publics et la prévarication sont un mythe au Mali et que le Végal pédale dans la choucroute ?
Epine dans les pieds des « saigneurs »
Il faut rappeler aux apprentis don Quichotte que le Végal est une institution inspirée du Canada, qu'ici même au Canada, aucun Premier ministre ou ministre n'aime d'amour le Vérificateur qui a pour rôle de fouiller minutieusement dans les poubelles de la gestion des fonds publics.
Si le gouvernement libéral de Jean Chrétien puis de Paul Martin a perdu le pouvoir et toute crédibilité auprès des Canadiens, c'est surtout grâce aux enquêtes de la Vérificatrice de l'époque, Sheila Fraser qui a découvert qu'à travers un programme de Commandites, les libéraux et leurs petits copains affairistes avaient soulagé les citoyens de plus de 200 millions de dollars. Et il est certain que le Parti libéral restera dans l'opposition au moins pour les dix prochaines années pour expier ce crime.
Cependant, les politiciens canadiens sont unanimes à reconnaître que le Végal est une institution absolument utile et nécessaire à la bonne gouvernance et aucun d'entre eux n'ose s'attaquer ouvertement au titulaire du poste. Cela s'appelle la compréhension et l'acceptation des règles démocratiques dans une société consciente et éclairée.
Au lieu de se lancer de manière si affligeante dans une œuvre de discrédit du Végal et dans des thèses farfelues qui ne prospéreront jamais, les ennemis commandités du Végal feraient mieux d'agir en vrais patriotes soucieux du Mali et non de leur petite personne. En faisant un vrai travail de journaliste. Comme, par exemple, en demandant au ministre Hamed Diané Séméga ce qu'il a fait des 11 millions de francs CFA dépensés (ou dilapidés) en achat de thé, café, sucre ou autres broutilles. Sinon, le gouvernement peut prendre carrément ses responsabilités et avouer que le travail de Sidi Sosso Diarra l'empêche de laisser impunis les saigneurs de la République (merci TBM pour cette trouvaille géniale).
Au Mali de l'impunité et du laisser-aller, Sidi Sosso Diarra semble devenu le cheveu dans la soupe. Pourtant, que ne pourrait-on faire en invitant tout simplement tous ces mandarins épinglés à s'expliquer devant un procureur compétent en matière financière et économique…
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
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OUMAR MARIKO ACCUSE LE BUREAU DE L'AN
« Ces gens-là ne sont pas des démocrates »
Après la mise en place du bureau de l'Assemblée nationale où son groupe parlementaire n'a été représenté, la réaction du bouillant député de Sadi, Oumar Mariko, ne s'est pas fait attendre et ses petites phrases non plus. « Ces gens-là ne sont pas des démocrates, nous sommes mieux élus que la plupart d'entre eux », lance-t-il à l'endroit des groupes majoritaires à l'Assemblée nationale. Résolument inscrit dans l'opposition, le groupe Sadi-Parena s'inscrit contre la « politique néo-libérale » du gouvernement.
« L'enseignement qu'on peut tirer de cette histoire-là est que, malheureusement, ces gens ne sont pas des démocrates » . Telle est la réaction du député de Sadi Oumar Mariko, quelques heures après la mise en place du bureau de l'Assemblée nationale sans son groupe parlementaire.
Il a tenu à décortiquer le terme démocrate pour ses pairs, qui l'ignorent encore. « Etre démocrate ne veut pas dire que quand on est majoritaire, qu'on dicte sa volonté aux autres sans respect, sans être le plus proche possible des textes. Etre démocrate, c'est tenir compte du fait minoritaire et de l'expression du fait minoritaire » .
Malheureusement, fait-il remarquer, « la démarche de ceux qui sont aujourd'hui majoritaires, une majorité dont on sait la manière avec laquelle elle a été constituée, je vous renvoie aux élections législatives, a été de marcher sur le règlement intérieur. Le règlement intérieur dit que dans la constitution du bureau de l'Assemblée nationale, l'Assemblée doit s'efforcer de faire en sorte que le bureau reflète les différentes structures au niveau de l'hémicycle » . Pis, a déploré l'honorable de Kolondiéba, « il se trouve aujourd'hui que tous ceux qui sont ensemble ont déclaré une politique conforme au néolibéralisme, conforme donc à la politique appliquée aujourd'hui par le gouvernement de la République du Mali » .
Le malheur du groupe parlementaire Sadi-Parena semble être d'avoir soufflé dans une direction autre, en fustigeant « la politique néo-libérale actuelle du gouvernement ATT » . Pour le secrétaire général de Sadi, cette opposition devrait être en réalité un élément de plus pour qu'il y ait beaucoup plus d'égard vis-à-vis de son groupe. Malheureusement, dit-il, « les jeux de coulisse se sont passés, les intentions cachées ont fait leur travail à telle enseigne qu'ils sont arrivés à ignorer que nous avons été constitué le même jour que les autres comme groupe parlementaire. Il y a eu un jeu d'exclusion qui s'est fait » .
Une dictature
Un fait récurrent au sein de l'hémicycle, car, rappelle Mariko, ce n'est pas la première fois que l'AN du Mali se comporte ainsi. « On se souvient qu'il y a eu plusieurs fois des tentatives qui ont été faites pour liquider le RPM à la constitution du bureau. En réalité, c'est une dictature pour empêcher l'expression libre des gens parce qu'il y a une épée de Damoclès que l'on met pend au-dessus de votre tête pour que vous puissiez aller dans le sens du courant majoritaire » .
Désormais, le bureau de l'AN, tout comme le nouveau gouvernement, devra faire à une opposition musclée conduite par le groupe parlementaire, Sadi-Parena avec des ténors comme Mariko, Me Amidou Diabaté, Konimba Sidibé et bien d'autres.
« Nous ne leur ferons pas la cour. Loin de là, nous avons été bien élus, très bien élus et mieux élus que la plupart d'entre eux. Nous ne sommes pas prêts à ouvrir une quelconque hostilité sur les questions de bureau parce que les débats de fond viennent et au cours desquels nous allons exprimer nos points de vue. Ils feront ce qu'ils veulent faire, nous dirons ce que nous avons dans la tête et exprimerons ce que nous pensons bon pour notre pays. Un bureau ne peut pas nous empêcher de faire le travail que nous avons envie de faire » , prévient l'ancien leader estudiantin.
Parlant de l'alliance Sadi avec le parti de Tiébilé Dramé, le Parena, Mariko a affirmé que ces deux formations ont des prises de position qui s'apparentent. D'où leur amour. « Nous avons compris qu'on peut faire des choses ensemble, ne serait-ce que pour la lutte contre les privatisations sauvages, l'expropriation des paysans de leurs terres, la préservation de l'école malienne, l'accessibilité de la santé… » .
Au surplus, les deux formations ne cachent pas leur ambition de constituer un bloc de patriotes, de nationalistes, de progressistes pour, disent-elles, sauver la nation malienne.
Sidiki Y. Dembélé
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