Les Echos du 25 septembre
GROUPE PARLEMENTAIRE PARENA-SADI
La voix des sans voix à l'Assemblée nationale
La séance plénière de l'Assemblée nationale de lundi avait à son ordre du jour l'élection des membres du bureau. Ce fut aussi l'occasion pour le groupe parelementaire Parena-Sadi de faire sa déclaration politique. Le groupe a inscrit son action dans une opposition républicaine dont l'arme de « combat sera la Constitution et la loi », a déclaré l'honorable Me Amidou Diabaté.
Vendredi dernier, tous les groupes parlementaires, à l'exception de celui du Parena-Sadi, avaient fait leur déclaration de politique. Hier, l'honorable Me Amidou Diabaté, probable président dudit groupe, a entretenu ses collègues sur ce que le groupe Parena-Sadi entend mener comme politique au sein de l'hémicycle.
Dans la déclaration, véritable critique de la gestion du pouvoir et des affaires du pays, le groupe Parena-sadi affirme qu'il sera le porte-voix des couches les plus défavorisées et les plus faibles du pays. Il s'agit plus particulièrement des paysans de l'Office du Niger, de la CMDT, des opérations de développement ou des zones non encadrées, de tous les travailleurs des mines d'or.
Les partants volontaires à la retraite ne sont pas oubliés à l'instar des compressés, des chômeurs… Pour donner le ton, le groupe parlementaire se dit résolument engagé dans l'opposition et condamne les privatisations de l'Itema, Huicoma, du Chemin de fer du Mali et de la CMDT en cours.
Le groupe s'érrige contre la corruption et la délinquance financière. Il indique que la lutte contre ces fléaux doit être menée de façon résolue et soutenue afin que l'Etat malien puisse entrer en possession de ses fonds par des remboursements conséquents et créer ainsi les conditions financières de l'amélioration de la situation des travailleurs.
Selon le groupe, la question de l'aide aux femmes paysannes et ouvrières, chefs d'entreprises, chefs de familles ne trouve pas de réponse si une politique volontariste n'est pas mise en œuvre par l'Etat passant par la transformation des produits agricoles et de cueillette.
Le groupe a cependant salué l'adoption par le gouvernement, de la convention des Nations unies sur les droits des personnes handicapées et des couches vulnérables et il soutiendra, note Me Diabaté, toute action de protection de leurs droits.
Dans son « réquisitoire », le groupe parlementaire, souligne que les enfants n'ont pas leur place dans la rue et les carrefours des feux de signalisation, mais dans les écoles et les medersas. L'Assemblée nationale a un rôle à jouer, poursuit-il, pour « remettre les choses à l'endroit ».
Le groupe estime que le Prodec, le Prodess et le Prodej devraient s'attaquer aux maux qui minent ces différents secteurs, mais l'éducation, comme la santé et la justice vont mal, et de ce fait Parena-Sadi à l'AN sera le porte-voix des partenaires de l'école. Le groupe a ainsi renouvelé l'appel fait après l'élection du président de l'AN par le Dr. Oumar Mariko, qui demandait qu'une réponse urgente soit trouvée au problème de la FMPOS.
Par ailleurs, il a vivement condamné l'arrestation et l'incarcération des quatre directeurs de publication, du journaliste SOD et de l'enseignant Minta. Le groupe a réclamé l'abandon de toute poursuite contre eux et va déposer une proposition de loi pour la dépénalisation des délits de presse. Sur le volet judiciaire, le groupe estime que la justice dans son ensemble a besoin de réforme et salue la volonté de l'Etat d'aller à une révision du code électoral.
Denis Koné
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ELECTION DES MEMBRES DU BUREAU A L'A. N.
Le Parena-Sadi exclu
La plénière de lundi de l'Assemblée nationale a été consacrée à l'élection des membres du bureau. Après l'élection de Dioncounda Traoré le 3 septembre dernier comme président de l'Assemblée nationale, pour toute la durée de la législature, les députés ont procédé hier à l'élection des autres membres du bureau.
L'opposition représentée par le groupe parlementaire Parena-Sadi ne figure pas dans ce bureau. Me Amidou Diabaté, élu Parena dans la circonscription de Kita, a indiqué qu'il s'agissait là d'une violation du règlement intérieur de l'Assemblée qui stipule à son article 11, alinéas 3 que : « l'élection des vices-présidents, des questeurs et des secrétaires parlementaires a lieu en s'efforçant de reproduire au sein du bureau la configuration politique de l'Assemblée nationale… »
Ainsi, le groupe parlementaire qui dispose de 9 députés pouvait-il prétendre à un poste de vice-président en l'occurrence le 6e. Ce qui n'a malheureusement pas été le cas.
D. K.
Bureau de l'Assemblée nationale
Président : Dioncouda Traoré (Adéma)
1er vice-président : Younoussi Touré (URD)
2e vice-président : Assarid Ag Imbarcawane (Adéma)
3e vice-président : Ousmane Bah (Indépendant)
4e vice-président : Baba Oumar Boré (URD)
5e vice-président : Me Kassoum Tapo RND (ACM)
6e vice-président : Abdrahamane Sylla (RPM)
7e vice-président : Mahamane Aguibou Diallo (MPR)
8e vice-président : Fanta Machini Diarra(Cnid)
Questeurs
1er questeur : Mahamadou Cissé (Adéma)
2e questeur : Moussa Cissé (URD)
Les huit secrétaires parlementaires sont : Amadou Konaté et Ibrahim Dianéssi (URD), Oumar Tapily et Mme Djénéba Maguiraga (Adéma), Mme Haïdara Aïcha Cissé et Ousseyni Guindo (Indépendants), Kissima Manguiné (MPR) et Mme Fatoumata Dicko (ACM).
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REBELLION
Qui arme les Touaregs ?
Il n'est pas facile de faire la part des choses dans une crise qui échappe de plus en plus à toute lecture stratégique.
A la suite de mon article intitulé « Nord-Mali : Rompre avec le passé » paru dans Les Echos, j'ai reçu un e-mail d'un ami belge, ancien volontaire de Terre des Hommes dans la région. Voici l'essentiel de ce qu'il m'a écrit : « … En dépit de la pertinence d'une grande partie de ton analyse, je trouve dommage que tu soupçonnes certains réseaux européens de sympathie pour la cause touarègue par ce vieux fonds raciste et colonialiste qui subsiste en Europe. Je ne nie pas le fait que des Français ou Belges sabrent le champagne en apprenant les « exploits » des hommes bleus au Niger ou au Mali ; je ne nie pas qu'il y ait des gens en Europe qui embrasseront toutes les causes du moment qu'elles permettent de maintenir l'Afrique dans la décadence, mais réduire l'apport européen aux cercles nostalgiques de l'Afrique à papa est simpliste. Après tout, ce ne sont pas les Européens qui ont créé le problème. Ce sont les Touaregs qui s'arment et combattent des pouvoirs corrompus qui ne leur font aucune place. Si tu veux savoir qui arme les Touaregs contre le Mali, cherche-le au sein des trafiquants d'armes qui prospèrent dans le monde. La question touareg n'est pas que malienne, elle interpelle aussi la conscience du monde… »
Avant d'avancer, j'aimerais rapporter quelques précisions même si ma compétence en histoire de la région reste limitée. Dans mon article mentionné plus haut, je pose des questions sur les raisons de la défaillance de l'Etat malien à trouver une solution définitive à la crise. Je précise également que les Maliens ont appris à faire la différence entre les revendications légitimes des Tamashek et le banditisme motivé par des raisons purement criminelles. En définitive, je n'accuse personne en Europe ou ailleurs ; je constate. Je pose des questions sur certaines complaisances et surtout, la propension de quelques nostalgiques de l'Afrique coloniale à glorifier le moindre geste posé par les rebelles du Septentrion.
Ces précisions étant faites, je pense qu'il est important, entre adultes, de se dire certaines vérités et d'éviter certaines connivences qui, par le silence, se muent en complicité criminelle. J'ai discuté avec de hautes personnalités maliennes qui ont géré la rébellion des années 1990 ; j'ai discuté avec des hauts gradés de l'armée malienne qui ont passé des mois, voire des années dans le Nord en ces temps-là. Ils m'ont produit des preuves irréfutables que pendant ces années de braise, des ONG européennes, sous le couvert de la mission humanitaire, fournissaient aux rebelles des véhicules tout-terrain leur permettant de commettre les attaques éclair et meurtrières contre les populations civiles.
Ces contacts m'ont remis des informations précises notamment sur le meurtre du chef d'arrondissement de Toguéré Koumbé par des rebelles à bord d'une 4x4 fournie par une ONG scandinave. Ils m'ont remis des comptes rendus détaillés des audiences que certains diplomates européens accordaient à l'aile politique de la première rébellion.
De faux amis
J'ai passé en revue toutes les informations diffusées par les ONG et certains cercles de défenseurs des droits de l'Homme : les animateurs de ces organismes n'ont jamais condamné le massacre de populations noires par les différents groupes armés du Nord. Autant ils étaient prompts à dénoncer les exactions de l'armée malienne, autant ils devenaient brusquement sourds-muets et aveugles quand c'étaient des Noirs qui étaient massacrés. Ce n'est pas du racisme ou du ressentiment, c'est la stricte vérité. Il y a également des preuves irréfragables que les insurgés recevaient de l'argent et des armes de certaines ONG européennes.
Il me semble que la simple honnêteté intellectuelle nous oblige à voir certaines réalités en face : les rebelles touaregs des années 1990 ne disposaient d'aucune source de revenus leur permettant d'acheter des armes auprès des trafiquants internationaux. Ils n'avaient même pas de quoi manger a fortiori acheter des armes. S'ils ont pu faire la guerre et tenir tête à l'armée malienne, c'est qu'ils ont été ravitaillés en armes et munitions par des personnes qui en ont les moyens. Il n'y a aucune manufacture d'armes ou de BRDM à Kidal ou Menaka. Est-ce un crime de l'avouer ? Pourquoi les fournisseurs d'armes ruent dans les brancards quand leur responsabilité est évoquée dans ce conflit ?
Je terminerai en revenant sur ma conviction profonde à propos de ce conflit : il perdure depuis 47 ans parce que le Mali est un pays mal géré, corrompu, incapable d'entrer dans la modernité et que nos gouvernants ont failli ; le conflit perdure parce que des mains étrangères alimentent le brasier. Il y a, je persiste et signe, des individus tapis dans l'ombre qui encouragent certains Touaregs à la révolte permanente. Enfin, je pense que le Mali, en tant que nation organisée, doit changer de stratégie dans sa gestion de la crise au Nord. Il faut que les Maliens se résolvent à comprendre qu'ils sont les seuls à détenir les clés de la paix. Cela passe par une prise en charge nationale du problème.
Le Mali doit mettre à l'écart, sans état d'âme, tous les bailleurs de fonds, médiateurs, ONG ou amis hypocrites de l'Afrique qui ont des agendas cachés. Il doit voir sous leur sourire, le mépris de la nation. Nous avons aujourd'hui la chance de compter parmi les Tamashek eux-mêmes au moins 95 % de personnes qui n'aspirent qu'à la paix et à la justice. Ce sont elles qui doivent aider la nation à se débarrasser des fauteurs de guerre. Le Mali n'a besoin ni de la pitié ni de la concupiscence de l'Europe pour ce faire.
Il est possible d'arriver à une paix définitive qui ôtera enfin le pain de la bouche de ceux qui se font passer pour les amis des Touaregs alors qu'ils n'accepteront jamais de les accueillir dans leur douillette Europe. Il nous faut apprendre à remettre les faux amis à leur place et détecter les vrais amis, ceux avec lesquels le Mali sera enfin en paix avec une partie intégrante d'elle-même.
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
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