Les Echos du 24 septembre
DISCOURS DE DAKAR DU PRESIDENT FRANÇAIS
Adame Bâ Konaré bat le rappel des historiens
L'historienne malienne, Adame Bâ Konaré a, au cours d'un point de presse dimanche, expliqué les motivations de son projet « Appel aux historiens », en réaction au discours annihilant du président français sur l'histoire du continent africain, le 26 juillet dernier à Dakar. Un projet ambitieux dont la finalité est de « mettre Sarkozy à niveau de connaissance de l'histoire africaine » à travers la publication d'un ouvrage sur les vérités historiques du continent africain.
Dans une allocution sidérante prononcée à Dakar, Nicolas Sarkozy, qui ose tout, a dévoilé le fond d'une pensée qui, si les mots ont un sens, est la parole officielle française la plus raciste depuis longtemps . Chimiquement pure. Ainsi donc, dira-t-il, dans la prestigieuse Université Cheikh Anta Diop, sans scrupules, que « le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain […] dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, [ il ] reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance. Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin » .
Un choc, voilà ce qu'a ressenti l'historienne malienne Adame Bâ Konaré en lisant ce discours. « Quand, j'ai reçu ce discours, je suis devenue perplexe. Des choses graves ont été dites dans ce discours et compte tenu de la gravité de ces mots, j'ai dit qu'il faut réagir. Il fallait sortir de l'émotion » , a expliqué Mme Konaré au cours d'un point de presse hier.
Et pour lier l'acte à la parole, Adame Bâ a initié un projet d'Appel aux historiens qui s'articule autour de deux axes. D'abord, scientifique, car aux yeux de l'ex-première Dame, « ces affirmations de Sarkozy reposent sur les théories hégéliennes qui disaient que l'Afrique n'avait pas d'histoire et qui faisaient état de l'immobilisme du continent, des bienfaits de la colonisation… »
Ce projet vise donc à interpeller les historiens à écrire, chacun dans son domaine spécifique, des articles argumentés qui seront compilés en un grand ouvrage à l'intention de Sarkozy et du peuple français. « Ce combat pour l'historicité de l'Afrique était pour nous révolu. Mais, aujourd'hui, il nous faut mettre Sarkozy à niveau de connaissance de l'histoire africaine en dévoilant sa pseudo théorie et sa démarche statique » .
Ensuite, pour y parvenir, Adame Bâ met l'accent sur l'aspect militant. Il s'agit, à travers ce deuxième axe, de créer un Comité de défense de la mémoire de l'Afrique, « un véritable rempart contre toute atteinte à la mémoire du continent et nous ferons feu de tout bois » , a-t-elle souligné. Pour elle, « le rôle de l'historien n'est pas de juger, de polémiquer mais de rendre compte des faits. Nous ne laisserons plus personne écorcher la mémoire du continent » , a-t-elle prévenu. Question d'un confrère, ne pensez-vous pas que ce débat sur l'histoire africaine vient tardivement ? « Il n'est pas tard » , a laissé entendre Adame Bâ pour qui, « la politique de rupture prônée par Sarkozy n'a rien à voir avec les vérités historiques. Sarkozy veut venir en sauveur pour libérer les peuples africains de tous leurs maux » .
Notre dignité d'abord…
Autre question : Pourquoi perdez-vous votre temps à répondre à Sarkozy alors que le continent fait face à d'autres maux plus urgents ? « C'est important car c'est une question de dignité. Le sens de l'histoire, c'est la recherche du bien-être, de la dignité. Comment peut-on dire que l'Afrique est un continent immobile quand on sait que l'Afrique est le berceau de l'humanité et que le premier homme a marché en Afrique ? » , s'est interrogée la présidente de la Fondation Partage. Et d'ajouter : « Ce sont des thèses à pallier avec des arguments scientifiques. C'est à cela que j'invite mes collègues » .
« A quoi servent ces considérations d'arrière-zinc ? A parler de la colonisation bien évidemment. Oh, certes, cruelle ! Mais que l'on se rassure, si terrible qu'elle soit, la colonisation a ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l'universel et à l'Histoire » , paroles de Sarkozy. Réaction d'Adame Bâ : « Il ne réalise pas la gravité de ce qu'il dit. On ne fait pas le bien pour le proclamer. Et ça, c'est une valeur africaine qui renvoie à l'humilité et qu'on pourrait enseigner à nos enfants » .
Faisant référence à l'école méthodique ou positiviste de la IIIe République en France, les écrits d'Ibn Batuta, les concepts de Ki-Zerbo, Adame Bâ dira qu' « il faut normaliser la pensée africaine » . Selon elle, « nous avons perdu notre mémoire historique, faute de l'avoir entretenue. Tant que nous ne mettrons pas la veille, je crains que notre histoire ne s'émousse. Les historiens sont interpellés pour redynamiser la conscience historique africaine » .
Prenant exemple sur les attaques contre les juifs, les Arabes et la manière dont ils ont riposté, historiquement parlant, Adame Bâ a réitéré son appel aux historiens et à toutes les autres disciplines. « Tant qu'on ne défend pas notre dignité, notre mémoire historique, nous risquons d'être pulvérisés par cette mondialisation cruelle » , a-t-elle averti.
Le projet d'Appel aux historiens a, aux dires de son initiatrice, recueilli près de 170 réactions de par le monde entier. Tous ont manifesté leur indignation face à ces dérapages verbaux de Sarkozy et salué cette initiative de l'ancienne première Dame du Mali de 1992 à 2002. L'historienne vieillissante, comme elle se définit elle-même, dit pouvoir compter sur la presse pour porter loin cette riposte des historiens africains contre l'ignorance historique de Sarkozy sur le continent africain.
Etaient présents à la conférence de presse, l'ethnologue Filifing Sacko, l'historien Doulaye Konaté, le journaliste Cheick Mouctari Diarra et plusieurs autres personnalités.
Sidiki Y. Dembélé
De l'intox, rien que de l'intox…
A quelques mois des dernières législatives, des rumeurs faisaient état de la candidature de Mme Adam Bâ Konaré dans la circonscription de Kati sous les couleurs de l'Adema. Des journaux en avaient, d'ailleurs, fait leur chou gras et la nouvelle avait vite fait le tour de la capitale. De l'intox, rien que de l'intox. Interrogée Adam Bâ a été on ne peut plus clair, « pour être honnête et franche, je défie qui que ce soit de dire que je l'ai approché pour être candidate. Personne, non plus, ne m'a approché et ça ne m'est jamais venu en tête » , a-t-elle fait savoir. Et d'ajouter à l'intention des journalistes, « le jour où je déciderai d'entrer dans la danse, je vous ferai savoir moi-même » . Pour l'heure, l'historienne et l'ancienne Première dame du Mali, est plutôt préoccupée par la correction de la gifle de Sarkozy à l'histoire et aux historiens africains.
S. Y. D.
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ATT A L'OCCASION DU 22 SEPTEMBRE
Un discours obscur
Le vendredi dernier, veille de la journée commémorative du 47e anniversaire du Mali indépendant, le général Amadou Toumani Touré s'est adressé à la nation, sur un registre plutôt abscons.
De puis sa « brillante » réélection, le 22 septembre était la première occasion que le président ATT a eue pour s'adresser de façon solennelle à la nation. Sur plusieurs questions sur lesquelles on l'attendait : crise du Nord, cherté de la vie, école, gouvernement… il est soit resté évasif, soit dans les commentaires, s'il ne les a pas simplement occultées…
Un des points forts de cette adresse a sans nul doute été l'annonce de la création d'une commission qui sera chargée d'auditer notre système électoral et d'en déceler les lacunes.
Sarko, pour ne pas le nommer, disait récemment qu'un chef d'Etat est élu pour résoudre les problèmes et non pour les commenter. ATT a beaucoup commenté les problèmes du Mali, nous rassurant sur un fait : il sait de quoi nous souffrons. S'il n'a pas parlé des crises récurrentes entre médecins et justice, entre autres, ou de l'arrestation et l'incarcération des étudiants, il a quand même fait savoir que bien d'autres questions sont connues de lui.
Bahanga ? On négocie, mais on ne sortira pas du cadre de l'Accord d'Alger. « Au cours des derniers mois, notre pays à l'instar de ceux de la sous-région, voire même d'autres continents, a connu une hausse des prix de certains produits de grande consommation. Les effets cumulés de la mondialisation, des aléas climatiques, du renchérissement du prix du pétrole, ont provoqué une pénurie de matières premières agricoles, et une flambée des prix, qui affecte le pouvoir d'achat du consommateur. Les mesures vigoureuses prises par le gouvernement ont contribué à amoindrir les charges pour les ménages » , dira ATT sur la question relative à la cherté de la vie.
Les anciens disent qu'il faut se rappeler l'histoire sous peine de la répéter. ATT, avec le ton pris par Churchill pour préparer les Anglais à la guerre, nous a avisé : « Ce n'est pas le chemin qui est difficile, mais c'est le difficile qui est désormais le chemin » .
Avec un ton qui frisait le chantage, il annoncera, en y insistant, sur les dossiers reçus de services de contrôle et dont certains sont déjà transmis à la justice.
Sinon, que retenir d'autre ? Il a utilisé, en 12 minutes, 14 fois le « je » .
Alexis Kalambry
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IL FAUT LE DIRE
Décalages
S'adressant à la nation à l'occasion du 22 septembre, le chef de l'Etat a, une fois de plus, « remué le couteau dans la plaie » en commentant les maux (crises du Nord et de l'école, calamités naturelles, cherté de la vie, corruption…) qui minent l'épanouissement de l'écrasante majorité de la population.
Faut-il applaudir en espérant que dans les jours prochains « ça va bouger », notamment pour les bandits économiques et autres sangsues du peuple ? Le doute est permis car ce n'est pas la première fois que la menace est portée dans leur camp avant d'être levée comme par enchantement. Le doute est permis car entre le discours et la réalité, il y a toujours un décalage. « L'enfer est pavé de bonnes intentions », dit la maxime.
Mais n'est-ce pas navrant, paradoxal même que le pays soit doté d'une flopée de services de prévention et de répression de la corruption, de la délinquance financière, de la gabegie, etc. et que dans le même temps ces fléaux prospèrent ?
En témoigne le dernier rapport du Vérificateur qui fait état de la volatilisation de plus de 100 milliards de F CFA ; un montant qui, judicieusement utilisé, pouvait servir à lutter contre le chômage des jeunes, à améliorer l'offre sanitaire, à recruter des enseignants, à irriguer des milliers de superficies…, donc à réduire sensiblement la pauvreté (thèmes de campagne par excellence). Or, aucun des mis en cause n'a encore trinqué comme il se doit dans une République où la tergiversation est proscrite.
En l'occurrence, le contribuable malien, hélas, traîne deux boulets ! Non seulement ses deniers sont planqués par des malfrats à col blanc, mais en plus on lui demande de financer la traque des suceurs de son sang, sans résultat. Autant ajouter aux montants reprochés les sommes englouties par les différents services de contrôle en termes de salaires et avantages dus pour mesurer l'ampleur du gâchis. Royalement rétribués dans certains cas, on a finalement le sentiment qu'ils sont payés à ne rien faire.
Que représentent du reste 130 affaires transmises à la justice sur plus de 700 rapports de vérification et de contrôle ? Y a-t-il deux poids deux mesures dans la transmission des dossiers ? Qui protège qui et pourquoi ? Que gagne-t-on quand des fautifs obtiennent la liberté provisoire et même souvent le non-lieu qu'ils achètent avec une partie de l'argent frauduleusement soustrait ?
Vraiment, les mots et les commentaires sont dépassés, il faut agir contre nos maux. Il faut un remède de cheval si l'on veut remettre notre pays en selle. Il faut alors se souvenir de l'enseignement de l'ancien ministre Boubacar Sada Sy (paix à son âme), qui a dit « qu'un chef est fait pour prendre des décisions graves ».
Il est temps d'agir mon général !
A.M.T
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