Les Echos du 14 septembre
APPEL AUX HISTORIENS
Adame Ba Konaré réagit au discours de Sarkozy
Si nous nous taisons, ce sera l'histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheikh Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l'histoire africaine.
Le discours du président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Dakar le 26 juillet 2007 n'a pas manqué de soulever une vive réprobation dans une large partie de l'opinion africaine, par son ton, par ses références à des poncifs vieux de plus d'un siècle que l'Europe tenait sur l'Afrique avant la colonisation, une Afrique alors méconnue et fantasmatique.
Les poncifs les plus saillants du discours « sarkozien », directement hégéliens mais révolus depuis et qui heurtent le plus l'historien de l'Afrique, proclament, entre autres, ceci :
(…) « Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès.
Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance.
Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin.
Le problème de l'Afrique et permettez à un ami de l'Afrique de le dire, il est là. Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire. C'est de puiser en elle l'énergie, la force, l'envie, la volonté d'écouter et d'épouser sa propre histoire.
Le problème de l'Afrique, c'est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l'éternel retour, c'est de prendre conscience, que l'âge d'or qu'elle ne cesse de regretter ne viendra pas pour la raison qu'il n'a jamais existé.
Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance.
(…) La réalité de l'Afrique, c'est celle d'un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu'il n'arrive pas à se libérer de ses mythes (…) »
Le récent article de M. Jean-Marie Bockel, Secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie, paru dans le journal « Le Figaro » du 4 septembre 2007, qui tente de recadrer le discours du président français, en rajoute au malaise : « l'Afrique interroge, passionne, interpelle. Enfin !
Premier résultat et non des moindres : le continent africain est de nouveau à l'ordre du jour.
Depuis l'intervention du président de la République, l'Afrique est sortie du cénacle des technocrates des « bailleurs de fonds » pour s'inviter à la grande table du débat populaire.
En choisissant à dessein de parler librement, Nicolas Sarkozy a libéré la parole. (…) Prenons acte du retour de l'Afrique dans le débat d'idées ».
De telles déclarations sont révélatrices d'un fait : après plus de cent ans d'histoire partagée avec la France et près de soixante ans de collaboration après les indépendances, l'Afrique se rend compte brutalement que son principal partenaire a d'elle une vision étonnamment statique, alors même que foisonnent depuis maintenant plusieurs décennies, moult écrits et moult débats sur elle et sur son sol.
Face à une telle situation, nous sommes, nous historiens africains, interpellés en premier lieu, car ce sont nous, fondamentalement, qui avons la charge de gérer la mémoire de l'Afrique. Intervenir dans ce débat est un devoir à la fois scientifique et militant pour nous.
Si nous nous taisons, ce sera l'histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheikh Anta Diop , qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l'histoire africaine.
S'assumer et assumer notre part de responsabilité face à l'histoire, face aux générations montantes, face à la jeunesse, voilà ce que je vous propose, voilà ce que je nous propose. Réfléchissons, échangeons, partageons sur la base du volontarisme, en adoptant une posture scientifique dépouillée de toute émotion, autour des thèmes suivants que nous retenons dans les débats en cours :
- « L'Africain et la reproduction du temps mythique » ;
- « L'Africain et la corruption » ;
- « Ce que la colonisation a apporté à l'Afrique » ;
- « L'Africain et la raison » ;
- « L'Africain et le règne de la nature » ;
- « L'Africain et les droits de l'homme, la démocratie, la liberté et la justice » ;
- « L'Africain et l'enfermement sur soi ».
Je propose que chacun d'entre nous, dans son domaine de compétence académique, produise un article au plus tard pour fin décembre 2007, en introduisant, si nécessaire, des grilles de lecture comparative avec d'autres sociétés pour un raccordement juste et équitable à l'histoire universelle.
Cette liste n'est pas exhaustive. Vous voudrez l'enrichir par de nouvelles propositions. Le recueil, validé par un comité scientifique, fera l'objet d'un ouvrage collectif à paraître courant 2008 et sera versé dans le dossier du partenariat France/Afrique.
Une fois le livre paru, les auteurs, pour ceux qui le désirent, se dissoudront avec moi dans un comité, le Comité de défense de la mémoire de l'Afrique (CMAD).
Ce comité, j'entends le lancer et en faire un instrument de veille et de vigilance pour la sauvegarde de la mémoire de l'Afrique. Toute suggestion de votre part sera la bienvenue.
A vous tous qui adhérez à mon projet, et pour toute autre réaction de votre part, vous pouvez me joindre et envoyer vos articles et correspondances au contact suivant : memoireafrique @yahoo.fr
Confraternellement .
Pr. Adame Ba Konaré
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HISSER LE TAUX DE L'ALPHABETISATION
Les engagements de la conférence de Bamako
La Conférence régionale sur l'alphabétisation que notre capitale a abritée du 10 au 12 septembre s'est achevée au Centre international des conférences de Bamako par un engagement des premières dames d'Afrique et un appel à tous les Africians afin que l'alphabétisation et l'éducation non formelle soient un droit humain fondamental.
« Il est illusoire de penser, quelles que soient ses ressources naturelles que l'Afrique pourra se développer sans la moitié de sa population qui vit dans l'obscurantisme, laissée pour compte d'une société qui avance à un rytme effréné en domptant la science et la technologie » . C'est par ces mots que le Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga a clôturé, mercredi, les travaux de la Conférence régionale sur l'alphabétisation, oranisée par l'Unesco du 10 au 12 septembre et, qui a regroupé autour de thèmes majeurs sur l'alphabétisation, des épouses de chefs d'Etat d'Afrique, des ONG et partenaires techniques et financiers.
L'analphabétisme engendre le chômage et le désœuvrement sur le continent africain. Ces deux maux font le lit de la paupérisation d'une grande majorité de la population africaine. La Conférence régionale de Bamako avait donc pour objectifs , entre autres, de booster le taux d'alphabétisation en Afrique qui reste le plus en retard des cinq continents et de trouver les ressources finacier nécessaires à cette fin. Pour le chef du gouvernement malien, l'analphabétisme ne saurait être une fatalité et que « nous pouvons et devons le combatre et le vaincre » .
A la fin des travaux, plusieurs engagements ont été pris afin de faire reculer l'analphabétisme sur le continent. Ainsi, les épouses des chefs d'Etat africains à l'issue de leurs travaux à huis clos, ont décidé de prendre désormais une part plus active dans le plaidoyer en faveur de l'alphabétisation en Afrique et à inclure davantage celle-ci dans leurs actions sociales dans le cadre des fondations qu'elles dirigent.
Tout en appelant les Etats à revoir à la hausse les budgets alloués à l'éducation non formelle, elles ont suggéré aux pays africains de mener une vaste campagne de lutte contre l' illétrisme dans les années à venir, à orienter davantage l' alphabétisaton en direction de l'enfant non scolarisé. Les premières dames invitent les partenaires techniques et fianciers à prevoir dans les projets et programmes de développement un volet alphabétisation et demandent à la société civile et au secteur privé africain un soutien plus accru à l'alphabétisation.
Des partenaires financiers avaient aussi commencé à se manifester. Ainsi, la Standard Bank a remis à l'Unesco un chèque de 75 000 dollars américains.
Par ailleurs la Conférence de Bamako a lancé un appel aux Africaines et Africains afin que l'alphabétisation devienne une réalité de droit humain fondamental excercé par tous et toutes. La Conférence a vécu. Il reste maintenant à mettre en pratique les engagements pris.
Denis Koné
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MECHAGE
La boîte de Pandore
L'information a certainement dû faire son effet sur tous les Maliens : ce sont les Américains qui ont ravitaillé nos soldats qui se trouvent coincés à Tinzawatène . Elle a dû faire son effet parce que ceux des Maliens qu'on entend depuis hier sont partagés entre l'incrédulité et la crainte de voir la situation s'embraser du simple fait de la présence américaine dans le Septentrion de notre pays.
Ceux qui ont eu l'information par le téléphone arabe ou par la presse internationale (BBC, RFI) n'en croient pas encore leurs oreilles. Ils ne peuvent pas imaginer que nous soyons incapables de ravitailler nous-mêmes nos militaires. Ce qui signifie que la situation est plus grave qu'on ne voudrait le croire. Et il y en a même qui persiflent en affirmant que nos militaires sont dans une grande prison à ciel ouvert ou carrément qu'ils ressemblent à des réfugiés sur leur propre territoire.
Bien entendu, je ne m'en délecte pas et je dois avouer que, comme tous nos compatriotes, je suis quelque peu préoccupé par ce qui nous arrive, par une situation qui est en train de nous échapper visiblement. Pour ceux qui est de l'intervention des Américains dans la crise, je dois avouer que certains le craignaient et disaient même que les Américains feraient tout pour se rendre indispensables aux yeux des autorités de notre pays.
Maintenant qu'ils sont impliqués, même si c'était pour apporter à manger à nos militaires qui devaient être dans le besoin, jusqu'où s'arrêteront-ils ? Quelles pourraient être les conséquences de leur implication sur la stabilité du Nord en général et l'actuelle crise que nous vivons ? Il est connu que ceux qu'on accuse désormais de terroristes n'aiment pas beaucoup les Américains.
Ils pourraient bien penser qu'il y a comme de la provocation dans l'air et estimer qu'ils ne sont plus liés par rien du tout. Des gens qui osent poser des mines sont capables de tout. Mais je dois avouer que ce qui me désole le plus, c'est le silence total, le black-out. Les Maliens sont comme infantilisés et sont obligés de s'en remettre aux médias internationaux pour suivre ce qui se passe sur leur propre territoire dans une situation grave.
Or, comme je l'ai écrit, seule la vérité peut nous sauver. L'information militaire a beau être sensible, on pourrait faire en sorte que les Maliens soient mis au courant de ce qui se passe réellement. Je pense qu'il n'est pas normal que les Maliens ne soient pas informés sur l'implication des Américains dans leur conflit, un conflit interne. On pourrait leur donner au moins le pourquoi du comment, les tenants et les aboutissants, dirait l'autre.
Je pense que le Mali ne sort pas grandi quand c'est à l'international que les Maliens apprennent qu'à la limite, on a perdu une partie de notre souveraineté et de l'intégrité de notre territoire. Je n'exagère rien, mais nous sommes presque au bord de l'humiliation. Soyons clairs, tout comme je l'ai écrit l'année dernière, je le répète cette année : le devoir de violence appartient comme pouvoir régalien à l'Etat. L'Etat doit donc entreprendre tout ce que la loi permet, y compris la violence, pour ramener la paix.
L'Etat qui n'a pas la paix au nord cherche à éviter la guerre « au sud ». Je m'excuse du raccourci, mais force est de reconnaître que c'est pour éviter un bras de fer stérile avec les syndicats, entre autres raisons, que la rentrée scolaire a été repoussée au 2 octobre prochain. C'est vrai que on n'a pas une seule salle de classe de disponible pour cause de squat. En effet, les pluies abondantes qui ont occasionné des dégâts sur toute l'étendue du territoire, les victimes se sont installées dans les écoles. Et comme rien ne dit que la faible solidarité à leur égard les aidera à sortir des classes, il faut craindre que l'ouverture des classes ne soit encore repoussée après le 2 octobre.
Mais aujourd'hui l'une des plus grandes préoccupations des autorités concerne certainement, sauf si je les prends pour celles quelles ne sont pas, la maîtrise des prix des denrées alimentaires à la faveur du mois de ramadan qui a commencé hier. C'est connu, les commerçants s'en sont toujours donnés à cœur joie quand le mois béni se pointe. Ils se frottent les mains rien qu'en pensant à tout ce qu'ils peuvent réaliser. Le plus navrant dans l'histoire, c'est que le gouvernement est aux abonnés absents. Et pourtant on ne peut même pas dire qu'il croule sous les devoirs. Hormis quelques ministres qui assurent le show attendant les grandes décisions, on peut difficilement soutenir que le travail tue les membres du gouvernement. Ils sont tellement préoccupés par leur propre sort que les Maliens peuvent crever sans que cela ne les émeuve vraiment.
Pour terminer, je souhaite, au nom de journal, un bon mois de ramadan à tous. Je sais qu'avec le mois, c'est la saison de toutes les maladies. Que Dieu nous protège tous, amen !
El hadj TBM
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