Si rien n'est fait, les poteaux électriques de l'Energie du Mali (EDM-SA) dans la Commune rurale de Kalabancoro , notamment aux environs du Cap et de la rue 741 à Tiébani , risquent de s'écrouler par la faute d'exploitants de banco qui ont transformé ces deux zones en une « carrière ».
La Commune rurale de Kalabancoro est réputée être un quartier qui abrite des carrières de sable et de banco. Tant et si bien que de nombreuses personnes y convergent pour y chercher leur pain quotidien. Les collines et les alentours de collines sont transformés en « carrières ».
Sans tenir compte du plan de lotissement et des investissements publics, les exploitants les ont transformés en carrière de banco. Conséquences : les poteaux électriques, haute tension d'EDM implantés aux flancs et sur les collines sont menacés d'effondrement.
Aujourd'hui, le constat est amer. Il ne reste plus rien de l'espace où sont implantés les poteaux. A tout moment, ces poteaux de relais peuvent se retrouver à terre. Malgré les menaces de certains chefs de familles, les exploitants continuent d'exercer sauvagement comme si de rien n'était.
Approchés pour savoir les vraies raisons qui les poussent à s'attaquer aux collines, les exploitants affirment que ce sont les propriétaires des parcelles accidentées des alentours des poteaux électriques qui sont responsables de la situation. Ils disent avoir reçu des autorisations des propriétaires de niveler leurs terrains.
A présent, dans les familles proches des « carrières » (près du Cap de Kalabancoro ou encore de Tiébani , rue 741), c'est la peur. Elles demandent l'intervention des autorités pour sanctionner les auteurs, mais également rappeler la mairie, la gendarmerie qui ont failli à leur devoir de surveillance des biens de l'Etat.
Il vous souviendra, il y a quelques années, que l'ancienne équipe de la mairie avait interdit l'exploitation des carrières de banco. Mais force est de constater que la gendarmerie chargée de veiller à la bonne application des mesures s'adonne à la violation des textes en y envoyant des agents collecter les taxes dans les carrières. Pis, ces textes sont foulés au pied par l'actuelle équipe qui est en train de renflouer ses caisses avec les taxes provenant des carrières.
Toujours est-il que le laxisme et la complicité des autorités communales et sécuritaires font que les poteaux électriques peuvent s'écrouler et faire des victimes. Il urge, pour l'EDM, de se lever et de prendre à temps toutes les mesures idoines afin que les alentours des poteaux électriques soient préservés.
COUR D'ASSISES
L'ancien maire Broulaye Konaté relâché
L'affaire Broulaye Konaté, ancien maire de la Commune VI qui avait défrayé la chronique a connu son épilogue lundi après-midi devant la Cour d'assises. L'ex-édile et ses complices ont recouvré la liberté.
Les faits. En 2003, le ministère des Domaines de l'Etat et des Affaires foncières a mis à la disposition de la mairie de la Commune VI 95 hectares, soit plus de 5000 lots pour recaser les inondés de Missabougou . La même année, le directeur général de la Sécurité d'Etat a reçu une lettre anonyme lui faisant état de spéculations foncières en Commune VI.
C'est après quoi que la Brigade territoriale de gendarmerie est saisie aux fins d'enquête. C'est ainsi que Broulaye Konaté, alors maire, son 1er adjoint Fougougna Sacko , son 2e adjoint, Sy Sada Diané , et le rapporteur de la commission domaniale, Fasséga Dembélé ont été inculpés pour atteinte aux biens publics, faux et usage de faux.
Un peu plus tard, le magistrat instructeur a procédé à la requalification des faits estimant qu'il n'y a eu aucune atteinte aux biens de l'Etat et les inculpés ont été poursuivis pour faux et usage de faux pour la simple raison que huit décisions ont été prises par le maire et ses collaborateurs en violation des procédures en la matière.
Présentés lors des dernières assises qui ont renvoyé le dossier à cette session, l'ancien maire de la Commune VI et ses complices ont passé à l'instruction définitive le 10 septembre dernier. Après plus de huit heures de débats, les accusés n'ont pas varié dans leurs propos. Broulaye Konaté a reconnu que sur les huit décisions incriminées, il en a pris sept.
« J'ai eu à prendre ces décisions, mais franchement j'ignorais la procédure administrative non contentieuse en la matière » , a-t-il avoué. Les autres : Sy Sada Diané , Fasséga Dembélé, ont reconnu avoir élaboré les décisions d'attribution de parcelles pour les soumettre à la signature du maire mais qu'ils n'avaient aucune intention frauduleuse. Pourtant, la procédure normale veut que le conseil communal délibère sur les décisions qui sont ensuite soumises à l'approbation de l'autorité de tutelle.
Erreurs
« Nous pensons sincèrement que l'infraction de faux et usage de faux n'est pas constituée en l'espèce. En effet, l'article 102 du code pénal dispose que constitue le crime de faux, toute altération de la vérité de nature à porter préjudice à autrui et commise dans un écrit avec intention coupable. Or, ce qu'on reproche à nos clients, c'est d'avoir pris des décisions en se référant à des autorisations antérieures du haut-commissaire. Tout est parti d'une lettre anonyme alors que des enquêtes véritablement menées par le Vérificateur général incriminent des personnes qui sont en liberté » , a plaidé Me Mamadou Gakou , un des conseils de la défense.
Pour davantage asseoir les arguments de son confrère, Me Hamidou Maïga a expliqué à la Cour qu'il s'agit de décisions administratives et le pouvoir de tutelle en matière de contrôle de légalité des actes posés par les collectivités décentralisées prévoit la voie de l'annulation. « L'autorité de tutelle dès qu'elle a eu connaissance des décisions incriminées devait saisir le juge administratif aux fins d'annulation desdites décisions. Indépendamment de cela, nous estimons que les accusés n'avaient aucune intention frauduleuse. L' appui-conseil dont il devait bénéficier du secrétaire général de la mairie a fait défaut. Donc, en l'absence de toute intention frauduleuse, nous estimons que l'incrimination de faux et usage de faux n'est pas constituée » .
Le ministère public a demandé et obtenu de la Cour présidée par son 1er président, Abdoulaye Issoufi Touré, de condamner les accusés à une peine égale à la durée de leur détention. Ainsi, Broulaye Konaté a été condamné à 5 ans de prison dont 2 ans fermes et 3 ans avec sursis.
Par contre, Sy Sada Diané , Fasséga Dembélé et Fougougna Sacko ont été condamnés chacun à 2 ans d'emprisonnement ferme. En interprétant ce verdict, l'on se rend compte que l'ancien maire de la Commune VI et ses complices retournent chez eux puisque la période de détention couvre la peine prononcée à leur encontre.
Mohamed Daou
E n chiffres
Les travaux de la 2e session ordinaire de la Cour d'assises de Bamako se sont achevés lundi après-midi. En 21 jours, les 70 affaires inscrites au rôle impliquant 114 accusés (102 comparus) ont été décortiquées en vue de la manifestation de la vérité.
Il y a eu au total 6 personnes jugées par contumace, 6 dossiers renvoyés, 3 000 000 F CFA d'amendes prononcées, 30 emprisonnements fermes de 1 à 5 ans, 5 emprisonnements avec sursis, 39 réclusions criminelles de 5 à 20 ans, 3 réclusions criminelles à perpétuité, 5 condamnations à mort et 6 interdictions de séjour.
Le procureur général près la Cour d'appel de Bamako, Mahamadou Boiré a eu une pensée pour les forces de sécurité, les assesseurs, les avocats, la presse nationale et privée pour leur présence effective aux audiences qui, selon lui, est une marque de confiance en la justice et à l'Etat de droit de notre pays.
M. D.
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NORD-MALI
Rompre avec le passé !
L'irrédentisme dans le Septentrion malien n'est ni un épiphénomène ni les symptômes navrants d'une culture mafieuse. Ibrahim Bahanga n'est pas un petit bandit capricieux et sanguinaire. L'État doit prendre conscience de l'ampleur du péril et agir en conséquence.
L'insaisissable Ibrahim Ag Bahanga , depuis le 23 mai 2006, est devenu un sujet récurrent de l'actualité malienne. Tantôt rallié et conciliant, parfois frondeur, toujours insatisfait, il est malheureusement devenu aussi le symbole des crimes gratuits commis contre des populations innocentes.
Bahanga , le guerrier au service d'une cause, se mue tranquillement en criminel dont l'action semble manquer de cohérence et de visibilité. Cependant, à l'inverse des analyses simplistes qui réduisent la rébellion Bahanga à simplement du banditisme cruel et gratuit, il faut forcément aller au-delà des apparences, des raccourcis lapidaires et s'interroger sur le sens profond du « combat » éternel que tentent certains Maliens contre l'ordre républicain et la nation organisée .
Mon intention n'est pas de sonder l'âme de Bahanga pour procéder à une catharsis ou découvrir un psychopathe hémophile. Je ne pense pas non plus que traiter l'homme qui nargue ostensiblement toute une armée de « petit berger illettré » soit productif ou honorable, à l'opposé d'une culture de l'arrogance qui croit que le mépris ou l'invective est un mode de communication civilisé.
Il est important de noter, dans l'histoire des rébellions ou révoltes qui ont endeuillé le Septentrion malien, une constante : le traitement léger du problème et ce, depuis l'indépendance. En dehors de la solution militaire, la solution politique définitive se fait toujours attendre.
Il serait fastidieux ici de récapituler l'ensemble des actes erronés, voire insensés qui ont servi de réponses aux revendications des insurgés à travers les années. Les rebelles, cependant, n'ont jamais fait fi de l'équation identitaire, se réclamant porteurs des aspirations légitimes des Tamasheq. S'agit-il d'une légitimité avérée ou d'un simple prétexte à la perpétuation de la culture de razzia que leur a attribuée l'administration coloniale ?
De manière globale, il appert qu'il est temps de s'attaquer au nœud gordien de cette instabilité permanente, non pas par des discours grandiloquents et stériles sur l'unité nationale ou l'intégrité territoriale, mais par des actes de rupture qui comprennent des décisions politiques, économiques, sociologiques et stratégiques. Il ne faut pas se tromper : le Mali seul est incapable de faire front. Aucune victoire n'est possible contre la frustration, le banditisme ou pire, le terrorisme, sans une action globale dans un cadre transnational.
Il est navrant de l'admettre : depuis 1960, le problème du Nord a été vu sous l'angle militaire, le cliché populiste, le verbiage ou la ruse afin de cacher la poussière sous le tapis. Il s'en est suivi une récurrence intolérable et certaines dérives que l'on peut aisément assimiler à des appels au pogrom. A présent, et c'est pathétique, il se trouve des gens qui pensent que museler l'ORTM permet de contrôler l'information et d'imposer à l'opinion publique la version gouvernementale qui ne convainc personne.
Le terme est éculé, le qualificatif fourre-tout « bandits armés » qui survit depuis l'ère Modibo Kéita ne prospère plus. Les Maliens, dont l'intelligence ne peut être questionnée, savent pertinemment que les Tamasheq ne sont ni pires ni meilleurs que les autres Maliens dans leur globalité. Ce sont l'histoire, la géographie et l'héritage génétique qui expliquent les différences culturelles entre la minorité et la majorité.
Périls graves
Je pense qu'aujourd'hui, des périls graves menacent la nation malienne dans ses fondements. Il urge de trouver les solutions idoines, réfléchies et pérennes. Les points suivants doivent faire l'objet de recherches approfondies :
- Qui sont les rebelles ? A part l'appellation généralisatrice « rebelles touareg », il est quasiment impossible de connaître exactement les tribus impliquées dans ce mouvement, leur histoire, les différences qu'elles affichent avec les autres tribus et surtout leurs rapports aux voisins. Les Tamasheq n'étant pas un peuple homogène, cette première distinction me semble capitale ;
- Qui sont les soutiens des rebelles ? L'itinéraire des leaders militaires de la rébellion de 1990 est bien connu et documenté. Ce sont des rescapés de la légion étrangère libyenne, ce rêve insensé du colonel Kadhafi qui s'était cru, dans un moment d'égarement, héritier de Saladin. Quels sont les liens actuels entre anciens combattants de la Légion et leurs frères d'armes ? De quel soutien disposent-ils au sein de l'élite militaire et politique libyenne ? Le Mali doit également comprendre le jeu des « pays amis » dans le Sahara, notamment l'Algérie et les monarchies du Golfe. Sont-ils simplement des médiateurs sincères ou des pyromanes qui jouent les pompiers ?
Tous les Maliens se souviennent, avec douleur, de la complaisance et du soutien de l'Union européenne et de certaines puissances de ce groupe à la rébellion des années 1990. Je pense qu'au fond, ce vieux fond raciste et suprématiste européen garde bien en éveil la maxime qui veut qu'un demi-blanc vaille mieux qu'un Nègre. Beaucoup de groupuscules grouillent en Occident, particulièrement en Europe, autour des Touareg. Ils semblent se délecter de chaque attaque contre les populations noires. Quarante-sept ans après les indépendances, le pire, cette plaie que constituent l'Europe raciste et colonialiste n'a pas encore soldé ses comptes avec l'Afrique noire. Elle soutient n'importe quelle cause à toutes les conditions, sans état d'âme, pourvu que cela freine le développement du continent et rappelle l'échec des souverainetés nationales et lui permette d'afficher cette nostalgie cancérigène : « C'était vraiment mieux au temps colonial ! »
Frustration et colère
La situation actuelle demeure un danger pour la nation malienne parce qu'elle est porteuse des germes de l'instabilité :
- Au sein de la majorité, la mollesse et le manque de sérieux des autorités nationales laissent un arrière-goût de favoritisme envers une région qui ne compte quasiment pour rien dans la constitution de la richesse nationale et lui coûte très cher. Les « Sudistes » ont le sentiment de travailler pour nourrir les caprices des « Nordistes » avec la complicité des pouvoirs publics ;
- Au sein de l'armée, seul un sourd-muet aveugle peut nier la frustration de nombreux officiers ou hommes de rang qui ne comprennent pas cette politique du deux poids deux mesures envers Bahanga , Fagaga et compagnie qui multiplient les désertions-retours sans aucune sanction ce que ne peut se permettre aucun autre militaire. Plus grave : chaque désertion est ponctuée d'attaques meurtrières contre des frères d'armes et des civils ;
- Les habitants des autres régions arides telles que Tombouctou, Gao ou Kayes se font tranquillement à l'idée que la seule voie de recours efficace est la force quand on veut se faire entendre. Le cadre démocratique malien étant un espace interdit de débat, les armes deviennent un raccourci. Cela constitue une menace au cœur du pays ;
- La fonction publique est frustrée par ces arrivées ininterrompues d'anciens combattants qui sont recrutés en violation des textes et se retrouvent subitement propulsés à des postes sans commune mesure avec leur qualification.
Cela ne veut pas dire que ces corps sociaux sont exempts de reproches. Le Mali est un pays anormal qui fonctionne à l'envers, empêtré dans la culture de l'impunité, du copinage et du mercantilisme. Les Touareg ne font que profiter des avantages de l' Etat-croupion .
Que faire ?
La première réponse à l'attaque meurtrière du 23 mai 2006 fut de ne rien faire. Surtout, interdire aux militaires de faire ce pourquoi ils sont payés : poursuivre et neutraliser les assaillants. Très vite, des arguments sans consistance intellectuelle ont fleuri, justifiant l'injustifiable, sanctionnant le laisser-faire. Puis, est venue l'idée du Forum de Kidal. Au départ géniale, pleine de bonne intention, elle a vite tourné au cirque grotesque par la faute des amateurs qui avaient en charge l'organisation.
Je pense qu'il faut reprendre cet exercice en en faisant une affaire strictement malienne. Cette fois, il ne faut inviter ni médiateurs ni bailleurs de fonds ou autres ONG dont toutes n'ont pas de nobles intentions. (Cela, sans nier le travail d'un petit nombre d'ONG sincères et honnêtes).
Le problème du Nord est une affaire purement malienne. Il est possible de la gérer autrement. Je crois que le Mali a les moyens de ses ambitions. Avec une gestion rigoureuse des finances publiques, une politique efficace de lutte contre le vol des deniers de l'Etat, une redevance juste sur l'exploitation de nos ressources naturelles, les experts ont démontré que l'Etat peut mobiliser plus de 300 milliards de francs de ressources propres, ce qui lui permettra de se passer de l'aide internationale et du chantage qui l'accompagne. Cela permettra également de gérer le dossier Nord sous un angle national. Tant que le Mali restera accroché aux basques des bailleurs de fonds dont certains sont des supporters affichés des rebelles, il n'aura jamais les coudées franches pour agir. Se passer des bailleurs de fonds, s'est s'affranchir de toute pression.
C'est une fois pleinement souverain, bien gouverné et axé sur la résolution définitive et satisfaisante de cette crise que le Mali pourra faire l'économie d'une guerre ruineuse que personne ne peut gagner. Cependant, entre le refus systématique de faire la guerre qui est une intention noble et réaliste et la connivence excessive face aux violations graves de la loi et au crime gratuit, il y a un monde. Ne laissons pas le fossé des frustrations et colères s'élargir.
La rébellion, une voie sans issue
Il n'est point besoin de mobiliser l'Association nationale des griots du Mali pour convaincre le peuple que l'écrasante majorité des Tamasheq n'aspire qu'à vivre en paix. Les différentes guerres ont laissé des stigmates profonds que certaines familles ont encore de la peine à expurger de leur mémoire. Toutefois, cela ne doit pas occulter le jusqu'au-boutisme d'une frange guerrière qui n'a d'option que le crépitement des armes. Qu'il s'agisse d'Ibrahim Ag Bahanga , de son cousin Ag Fagaga , du rebelle-médiateur Ag Ghali ou des forces obscures tapies dans l'ombre européen qui manipulent des pions dans le désert, tous doivent comprendre que la rébellion est une voie sans issue.
Ce constat entraîne une question lancinante et pleine de mystères : Quelles sont les raisons de la guerre qui sévit simultanément au Mali et au Niger ? Quelles sont les raisons de cette brusque irruption de fièvre guerrière ? Sans être sociologue ou histoirien , mon observation touche les points suivants :
- S'agit-il d'un blocage psychologique ? Cette fronde qui se manifeste par le refus absolu de se soumettre à une autorité centrale noire que certains esprits rétrogrades assimilent encore à l'esclavage ? Dans les 15 années ayant précédé l'indépendance, certains colons français avaient fait œuvre de leur vie l'inoculation du virus raciste à certains Aménokal , les incitant à ne jamais vivre sous le commandement des Noirs. Ces colons, une fois chassés du Mali et repliés dans une Europe qui ne leur accordait aucune estime, ont créé des relais sous forme d'associations humanitaires et ces réseaux survivent encore. L'autorité malienne en a-t-elle idée ? Connaît-elle encore la force qui a failli faire condamner le Mali par l'Union européenne au début des années 1990 ? Pourquoi la voix des rebelles a toujours été prépondérance sur celle du gouvernement auprès des médias occidentaux ?
- Le rêve d'un grand Etat touareg englobant le Sahara : encore une utopie du colonel Kadhafi diront certains ; réalisable diront d'autres. Toujours est-il que plusieurs intellectuels ont épousé l'idée d'un regroupement transfrontalier au sein d'une nation unique. Ce serait naïf de croire qu'une société aussi hiérarchisée, particulière, distincte que celle des Touareg puisse former un Etat stable si l'occasion se présentait. Mieux, le Sahara est également peuplé de Peul, Djerma , Bellah , etc. De quel statut jouiront-ils ? Se laisseront-ils phagocyter ou verrons-nous un Etat calqué sur le désastre somalien jaillir en plein milieu du Sahara ?
- Les rebelles savent également que leur mouvement restera éternellement cantonné au nord. Ils ne rêveront jamais de « prendre Bamako » et de gouverner l'ensemble du Mali.
- Est-il possible d'accorder une autonomie totale au Nord ou carrément l'indépendance ? Je pense que ce serait un remède de cheval pour un moustique malade. Il est illusoire de croire que 400 000 km2 de sable et caillou non viables dans un ensemble peut l'être isolement.
- Le pétrole, encore un mirage, aiguise déjà les appétits et autorise toutes les aventures. Cependant, si le passé est garant de l'avenir, l'or noir, en jaillissant un jour au nord, risque d'être plus porteur de malheur que de bonheur. En sus, le pétrole est un enjeu géostratégique mondial qui dépasse les compétences du gouvernement du Mali a fortiori un hypothétique gouvernement tamasheq. Dans la même lignée, l'idée d'offrir le Sahara contre rétribution à des puissances étrangères qui en feraient des bases militaires ou des centres d'enfouissement de déchets nucléaires relève plus du phantasme et de l'immaturité que du réalisme.
La rébellion est donc, véritablement, un cul-de-sac. Aucun projet de développement sérieux n'aboutira dans ces conditions d'instabilité. Bahanga et ses acolytes courent le risque de devenir des rebelles permanents qui prennent en otage la vie et l'avenir de ceux qu'ils croient défendre. Si le gouvernement du Mali déclare le Nord « zone de guerre » , les premières victimes seront les civils que les insurgés prétendent défendre. Kidal ne sera qu'encore plus arriéré, livré aux utopies de quelques « humanitaires » nostalgiques de l'Afrique à Papa.
Il ne suffit pas de craindre la renaissance de Gandha Koy ou de milices peules ou arabes. Il s'agit d'agir de manière préventive afin que le Mali ne devienne pas l'enjeu de conflits et d'intérêts qui dépassent ses capacités souveraines. Il est clair, et les rebelles doivent se le tenir pour dit : ceux qui leur fournissent des armes, ceux qui les encouragent et les flattent sont bien loin des affres du désert, confortablement engoncés dans leur sofa de riches.
Ils sont disposés à fournir armes et propagande, mais ils ne fourniront jamais les moyens financiers et humains qui feront d'un désert un Eldorado. C'est aussi toute la nation malienne qui doit changer d'approche et traiter le problème du Nord comme un enjeu global, avant qu'il ne soit trop tard.
Ousmane Sow
( journaliste , Montréal)
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