Les Echos du 05 septembre
SITUATION AU NORD
Frustration et indignation de citoyens
Le double raid mené par Ibrahim Bahanga à Tjédjarett et à Tinzhawaten au nord du Mali, à la frontière algérienne, contre des convois civils et militaires alimentent tous les débats à Bamako. Au « grin », dans les services, au marché, les journaux, tous déplorent ces agissements de Bahanga et dénoncent le mutisme de l'Etat malien et de l'armée.
Deux embuscades et un véhicule de forains qui sautent sur une mine anti-personnel. Conséquences : 10 morts, des blessés, huit véhicules de l'armée malienne et de particuliers enlevés ou détruits avec des vivres et munition, une quarantaine de militaires pris en otage. C'est l'œuvre d'Ibrahim Bahanga et de ses hommes dans la région de Kidal entre le 27 et le 29 août derniers.
Si l'on ne sait pas encore les raisons de ces agissements de ce que les autorités appellent des « bandits », des interrogations et critiques fusent de partout. Surtout de la part du citoyen ordinaire qui s'interroge sur les raisons de ce réveil brutal des démons de la terreur dans le Nord-Mali et de la capitulation d'hommes en uniformes.
« Je suis sidéré d'apprendre qu'Ibrahim Ag Bahanga a réussi à capturer nos militaires comme des poulets. C'est incompréhensible. Je n'arrive vraiment pas à y croire. Comment est-ce possible ? » , s'interroge Sékouba Sylla, entrepreneur. Pour lui, « on ne nous a pas tout dit sur cette affaire. Ce n'est vraiment pas clair » .
Il propose, tout de même, aux autorités de ne pas opter pour la voie de la négociation avec Bahanga et compagnie. Mais, de les mater avec la dernière énergie. Une idée partagée par Oumar Sangaré, professeur de français dans un lycée de la place qui soutient que, « Bahanga ne va pas s'arrêter en si bon chemin. Tant qu'il peut, il continuera à harceler et humilier les forces armées du Mali qui ne semblent pas avoir une capacité de réaction. Il revient naturellement aux hommes du général Seydou Traoré, chef d'état-major des armées, de prendre les dispositions idoines pour mettre hors d'état de nuire ces bandits qui sèment la terreur au nord » .
Plus de communiqué de presse
Fatoumata Diarra, gérante d'une cabine téléphonique, dit également ne pas comprendre le manque de réactions des autorités maliennes face à ce qu'elle appelle de la provocation démesurée, « rien que des communiqués de presse. Nous n'avons pas besoin de cela, des innocents sont en train de mourir pour rien. Il faut que le gouvernement sorte de son silence mortel » , dénonce-t-elle.
Quant à Sidi El Moctar, étudiant à l'EN Sup, il s'interroge sur les vraies motivations de Bahanga. « Je crois que les Accords d'Alger prennent en compte toutes les préoccupations des trois régions du Nord. Pourquoi se lancer encore dans des attaques avant même les impacts de ces accords. A mon avis, ce Bahanga ne veut que de l'argent. Je suis sûr que si le gouvernement lui donne une mallette, il va la fermer. Or, cela n'est pas une solution durable. Il faut le mettre hors d'état de nuire. C'est tout » , soutient-il.
Pour Mohamed Touré, ressortissant du Nord et fonctionnaire à la retraite, Bahanga est loin d'incarner la communauté touarègue de Kidal et ses agissements ne sauraient engager les populations qui ne demandent qu'à vivre en paix dans un Mali uni et démocratique. Ce qui expliquerait, d'ailleurs, la désolidarisation de l'Alliance du 23-Mai pour le changement et la démocratie.
Du côté des partis politiques, seule une réaction est tombée du côté du Parti pour la renaissance nationale (Parena) de Tiébilé Dramé qui, dans une déclaration, exprime sa vive inquiétude devant l'immobilisme des autorités. Tout en dénonçant le manque de rigueur et l'amateurisme du gouvernement, le parti du bélier blanc fait des propositions pertinentes de sortie de crise.
Selon le Parena, qui a rompu avec le mutisme ambiant de la classe politique, une solution démocratique et durable à la crise du Nord passe par « la mise en place auprès du président de la République d'une cellule stratégique composée de professionnels et chargée de veiller à l'unité et l'intégration nationales ; la création d'un grand ministère chargé du Développement des régions sahéliennes et sahariennes, la concertation sans exclusive avec tous les voisins et tous les pays frères concernés par la question du Nord » .
Tous déplorent l'utilisation, pour la première fois, de mines anti-personnel au Mali, des armes de destruction massive et demandent à l'Etat de sortir de son mutisme et de dépasser le temps des communiqués.
Sidiki Y. Dembélé
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REGLEMENT INTERIEUR DE L'AN
La commission ad hoc mise sur pied
C'est une commission de 27 députés qui a été chargée mardi de rédiger le règlement intérieur de la 4e législature de l'Assemblée nationale. Mais face aux questions de préoccupation nationale, l'Assemblée nationale a d'ores et déjà choisi de mettre en place des commissions informelles sur le Nord, la FMPOS et le conflit frontalier avec la Guinée.
Après l'élection de Dioncounda Traoré président de l'Adéma comme président de l'Assemblée nationale lundi, les députés planchent à présent sur la rédaction du règlement intérieur.
Hier, les travaux de la plénière de la session extraordinaire ont été consacrés à la formation de la commission ad hoc qui rédigera le règlement intérieur de l'Assemblée nationale.
Aux termes d'échanges très sereins, une commission composée de 27 députés a été installée. Elle devra soumettre son projet lundi prochain à l'Assemblée qui le transmettra ensuite à la Cour constitutionnelle pour avis.
Le règlement intérieur de l'AN est une loi organique qui déterminera, entre autres, la configuration de l'hémicycle, la formation du nouveau bureau ainsi que les groupes parlementaires.
Selon l'ancien règlement intérieur, un parti politique qui dispose de 5 députés peut former son propre groupe parlementaire. Il semble que cette disposition pourrait changer. Pour la législature, qui s'ouvre, le nombre de députés sera revu à la hausse (7 députés).
Le processus de rédaction et d'adoption du règlement intérieur de l'AN pouvant prendre deux semaines, les honorables ont mandaté leur président, Dioncounda Traoré, de former deux commissions informelles restreintes (une sur le Nord et l'autre sur la situation qui prévaut à la Faculté de médecine de pharmacie et d'odontostomatologie, le conflit frontalier avec la Guinée, entre autres).
Ces commissions informelles auront pour tâche, au nom des députés, d'échanger avec le président de la République afin que des solutions urgentes soient trouvées à ces problèmes.
Denis Koné
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SCOLARISATION DES FILLES AU MALI
Le gouvernement en quête de synergie
La communication écrite présentée par le ministère de l'Education sur la scolarisation au Mali, à la session ordinaire du conseil des ministres du 29 août 2007, suscite beaucoup d'espoir. Elle marque non seulement une avancée énorme en la matière, mais redonne l'espoir dans l'atteinte de l'Objectif du Millénaire en matière d'Education pour tous. A condition bien sûr que les chiffres soient réels.
« La réalisation de l'Objectif de l'Education pour tous que vise notre pays nécessite la conduite d'actions d'envergure destinées à accroître l'offre d'accès à l'école tout en améliorant la qualité de la formation » , lit-on dans le communiqué du conseil des ministres du 29 août 2007. Au cours de cette rencontre hebdomadaire de l'exécutif, il a été examiné une communication relative au document de Politique nationale de scolarisation des filles et son plan d'action.
« Les mesures engagées dans ce sens au cours des dernières années se sont traduites par un relèvement significatif du taux de scolarisation » , indique le communiqué. C'est ainsi que le taux brut de scolarisation au 1er cycle est passé de 67 % en 2002-2003 à 75 % en 2005-2006. Au 2e cycle, il est passé de 30 % à 41,5 % au cours de la même période. Comme on le voit, le bond est réel, même si la qualité laisse à désirer.
Mais, ces chiffres sont déjà contestés par certaines de nos sources dans le secteur de l'enseignement qui les trouvent « loin de la réalité » . Comme nous dit un responsable d'Association de parents d'élèves (APE), « il est évident que le Mali a fait beaucoup d'efforts pour relever ses taux de scolarisation. Mais, je trouve les statistiques avancées par le département comme un peu démesurées » .
D'ailleurs, le gouvernement apporte un bémol à ce progrès du taux de scolarisation en soulignant que, « en dépit de ces avancées, des disparités, parfois importantes, existent lorsque que l'on procède à une analyse des résultats par genre » . Ainsi, au 1er cycle, le taux brut de scolarisation des filles est passé de 56,4 % en 2002-2003 à 65,1 % en 2005-2006 alors que celui des garçons est passé de 77, 9 % à 85,1 %, soit un écart de 20 points.
Au 2e cycle du fondamental, le taux pour les filles est passé de 21,7 % en 2002-2003 à 31,1 % en 2005-2006. Pour les garçons, il est passé de 38,5 % à 52,1 %, soit un écart de 21 points. Les disparités entre filles et garçons se constatent également en matière de taux d'admission aux examens et de pourcentage de redoublement. Tout comme elles constituent une réalité palpable dans les autres ordres d'enseignement.
Pour le gouvernement, « la persistance d'une telle situation constitue un frein au développement et un obstacle à l'atteinte des objectifs de réduction de la pauvreté » . C'est donc fort logiquement que la politique de scolarisation des filles se fixe pour objectif de l'améliorer afin de réduire et, à terme, éliminer les disparités liées au sexe conformément aux engagements internationaux pris par le Mali, aux réformes entreprises dans le secteur de l'éducation et à la politique de promotion de la femme et de l'enfant.
A cet effet, il est prévu de renforcer les mesures déjà prises et d'entreprendre d'autres actions spécifiques en faveur de la scolarisation des filles. Il s'agit, entre autres, de l'information et de la sensibilisation des acteurs afin de lever les contraintes culturelles et sociales, de favoriser par des mesures incitatives l'inscription et le maintien des filles à l'école, de renforcer la capacité des structures dans la dynamisation et le suivi de la stratégie de scolarisation des filles et, enfin, d'impliquer les collectivités locales et la société civile dans la mise en œuvre de la politique de scolarisation des filles. Cette quête de synergie est très importante même si elle se limite pour le moment aux collectivités locales et à la société civile. Le rôle des médias est ainsi occulté pour le moment.
Cette synergie est d'autant importante que, si l'on s'en tient aux données des organisations internationales, le Mali est loin d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en matière d'Education pour tous. Et ce ne sont pas les efforts du seul gouvernement, aussi louables soient-ils, qui vont suffire à combler le gap. La décision d'envoyer les filles à l'école au même titre que les garçons, dépend avant tout des familles et des communautés. C'est à ce niveau que le plaidoyer est important.
Moussa Bolly
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