Les Echos du 18 Octobre
LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Les travailleurs licenciés d’Huicoma interpellent ATT
En dépit des assurances données, notamment la promesse d’un plan social, lors de la privatisation de l’Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma), le repreneur a cru bon de licencier 395 travailleurs au motif que l’usine manque de graine de coton, sa matière première. Des travailleurs, qui tirent aujourd’hui la queue du diable, sortent de leur réserve et interpellent le chef de l’Etat sur ses obligations à l’équité et à la justice sociale.
« Monsieur le président,
Huicoma a été privatisée en 2005 et l'Etat malien a cédé la majeure partie de ses actions au groupe Tomota. Dans l'acte de cession signé entre le gouvernement et le groupe Tomota il est stipulé en son article n°8-4 que le repreneur doit établir un plan social négocié avec les travailleurs en 60 jours. Lors d'un de vos passages à Koulikoro, les travailleurs et toute la population ont manifesté leur inquiétude face à une éventuelle privatisation. Vous avez donné des assurances et vous avez dit ce jour que vous n'accepterez aucune privatisation de Huicoma qui n'est pas accompagnée d'un plan social qui préserve le droit des travailleurs.
Monsieur le président, le constat est aujourd'hui amer : du 2 juin 2005 à ce jour aucun plan social n'a été mis en place et mieux depuis le 5 octobre 2007, 395 travailleurs ont reçu leur lettre de licenciement de l'employeur soit :
- Koutiala (135 travailleurs)
- Kita (44 travailleurs)
- Koulikoro (200 travailleurs)
- Bamako (16 travailleurs)
Ce licenciement est intervenu après 3 mois de chômage technique sans salaire pour les travailleurs.
Comment comprendre Monsieur le président, qu'entre la déclaration radio-télévisée du secrétaire général de l'UNTM à l'occasion du 1er mai 2007 qui disait que le plan social Huicoma était un acquis et la date du 13 juin 2007 les travailleurs partent en chômage technique et viennent d'être licenciés.
Monsieur le président, la mise en chômage technique des travailleurs est motivée par le manque de graines de coton selon le repreneur. Cette situation est-elle vraie ou a-t-elle été créée ? L'histoire nous le dira un jour. Sachez seulement Monsieur le président que pendant ces trois mois, certaines familles n'ont pas mangé à leur faim, certains foyers se sont brisés, faute de soins certains ont vu leurs proches mourir.
Vos amis les enfants qui sont chez nous n'ont pas encore pris le chemin de l'école, car nous n'avons pas les ressources nécessaires pour y faire face. Par anticipation, nous avons sollicité le concours de la Fondation pour l’Enfance créée par vous et gérée aujourd'hui par Madame votre chère épouse. Nous sommes toujours à l'attente.
Monsieur le président, votre mandat vient d'être renouvelé par le peuple souverain. Lors de votre précédent mandat vous vous êtes investi dans la lutte contre la pauvreté, l'emploi des jeunes et le partage équitable des ressources de l'Etat en créant des structures comme l'Apej, en octroyant des tracteurs aux jeunes et aux paysans, en rendant certains médicaments gratuits pour ne citer que ceux-ci. Ce qui a valu un prix pour la bonne gouvernance, les Etats-Unis d'Amérique vous ayant accordé le MCA qui fait aujourd'hui la fierté de tous les Maliens et tous les Africains. Il faut faire en sorte que vos efforts ne soient pas vains, car 395 travailleurs licenciés sans plan social constituent des chômeurs fabriqués sans possibilité de réinsertion et qui ne pourront pas faire face à leur devoir de chef de famille.
Cependant Monsieur le président, l'arbre ne doit pas cacher la forêt, il y a eu des insuffisances dans la privatisation de Huicoma et un non-suivi régulier de ce dossier au niveau du gouvernement et de ses structures. Le gouvernement à travers ses structures ne s'est intéressé qu'à l'aspect investissement du repreneur, sans se soucier des autres obligations prévues dans l'acte de cession.
Monsieur le président Huicoma n'appartient pas au groupe Tomota, car l'Etat y détient encore 12 % des actions et les travailleurs sont également actionnaires. Il appartient donc à l'Etat actionnaire, à l'Etat cédant de suivre la privatisation de Huicoma jusqu'à son terme. Donc nous tenons l'Etat pour responsable de tous les déboires que nous connaissons aujourd'hui. En son temps, Mme la ministre des Domaines de l'Etat a été interpellée devant les élus de la nation, par le député Mangané de Koulikoro. Toutes les inquiétudes de l'honorable ce jour sont maintenant devenues réalité. On peut se tromper Monsieur le président, mais il ne faut pas persister dans l'erreur. C'est pourquoi étant le premier magistrat du pays, nous réclamons justice par conséquent nous demandons :
- La mise en place du plan social ;
- Une commission d'enquête sur le manque de graines de coton ;
- La vérification des comptes Huicoma ;
- Le reversement à l'INPS de nos cotisations sociales.
Monsieur le président nous nous remettons à votre sagesse, à votre sens de l’équité et de la justice ».
Ont signé au nom des travailleurs
1. Mme Thiéro Founé Sissoko
2. Amadou Diallo
3. Zoumana Dembélé
4. Ibrahima Diabaté
5. Modibo Coulibaly
6. Mme Diarra Gna Coulibaly
7. Mme Konaté Sira Camara
8. Mme Haïdara Salimata Samaké
9. Cheickné Kanté
10. Amadou Togora
11. Abdoulaye Traoré
12. Amadou Traoré
13. Mohamed Lamine Ouattara
14. Bakary O. Samaké
15. Boubacar Traoré
16. N’tji Coulibaly
17. Siaka Diakité
18. Laraby Kampo
19. Sibiry Diarra
20. Amirou Traoré
21. Yacouba Konaté
22. Luther Konaté
23. Mamoudou Traoré
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STOOLKITS CONTRE VIH/SIDA
Le HCNLS et Starcom découvrent « le vaccin social »
Le Mali a réalisé des efforts considérables dans la prévention et dans la prise en charge des victimes du VIH/Sida, mais beaucoup reste à faire pour prendre le dessus sur cette pandémie. C’est ce qu’a certainement compris le Haut conseil national de lutte contre le Sida (HCNLS) en confiant l’élaboration des manuels didactiques pour toutes les catégories socioprofessionnelles à l’agence de communication Starcom. L’atelier de partage de ces Stoolkits de sensibilisation a eu lieu hier au siège de l’Asdap.
En vue de réduire les impacts du VIH/Sida sur nos populations, le HCNLS va renforcer la sensibilisation de nos compatriotes dans une dynamique de communication multisectorielle. C’est dans ce cadre qu’il a sollicité l’agence de communication Starcom pour l’élaboration des Stoolkits, qui sensibiliseront dans les milieux scolaires et professionnels et toute la population en général.
Six mois, c’est la période qu’il a fallu pour la mise au point de ce « vaccin social ». Ce document précieux est le fruit d’un travail de longue haleine et d’une collaboration fructueuse entre consultants nationaux et internationaux d’une part et la prise en compte de toutes les composantes de notre société, sous l’impulsion de Starcom. Tous les intervenants en matière de lutte contre le Sida dans les secteurs publics, privés et de la société civile ont participé à l’atelier de partage d’hier.
L’objectif était de « partager, critiquer, amender » les Stoolkits, surtout que « Starcom n’a pas la prétention d’avoir le monopole de l’expertise en la matière ». Comme l’a laissé entendre Mme Ndiaye Rama Diallo, directrice générale de Starcom, sa structure s’est appropriée tous les voies et moyens susceptibles de lui permettre d’accomplir un travail complet et efficace.
Ainsi, ces Stoolkits, a-t-elle souligné, sont la résultante d’une « vision partagée dans le contexte d’une nécessaire synchronisation des expériences du monde en matière de réplique au VIH/Sida » et une « ouverture aux expériences éprouvées ailleurs et transposables dans le contexte malien, sous condition d’adaptation » en conformité avec les principes généraux édictés par le HCNLS.
Mme Ndiaye n’a pas tari d’éloges à l’endroit du secrétaire exécutif du Haut conseil national de lutte contre le Sida, Malick Sène. Visiblement touché, ce dernier, qui a symboliquement reçu les Stoolkits, les a appréciés à leur juste valeur. Pour M. Sène, ces documents constituent une étape importante dans la stratégie nationale de lutte contre le Sida, car ils permettront, à travers deux types de communication (toutes des communications de masse), de « renverser la tendance ». Il a enfin assuré que les manuels de sensibilisation élaborés pour la première fois au Mali seront distribués à grande échelle afin de produire les effets escomptés.
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)
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STATUT DE L’OPPOSITION AU MALI
Quels droits et devoirs pour le futur leader ?
Le Mali dispose déjà d’une loi portant statut de l’opposition adoptée par l’Assemblée nationale en sa séance plénière du 1er juillet 1995. Elle a été promulguée par le président Alpha Oumar Konaré le 15 septembre de la même année. Mais elle est presque tombée dans les oubliettes.
Aujourd’hui, l’apparition d’une opposition parlementaire à l’Assemblée nationale rend impératif l’opérationnalité d’un statut pour l’opposition et son futur leader. Aussi, l’idée du président ATT de « renforcer le statut de l'opposition » et « faire de son leader une personnalité reconnue de l'Etat… », serait-elle la bienvenue. Du moins pour le renforcement de la démocratie au Mali.
Selon l’ancienne loi, les devoirs de l’opposition sont, entre autres, de contribuer au développement de l’esprit démocratique, respecter la Constitution et les institutions, défendre les intérêts supérieurs de la nation, cultiver la non-violence comme forme d’expression, cultiver l’esprit républicain par le respect de la règle de la majorité, suivre l’action gouvernementale et, le cas échéant, la critiquer de façon objective et constructive.
Ses droits se résument entre autres, en une représentation en fonction de son poids politique au sein des organes et des institutions où elle siège, un libre accès aux renseignements par voie d’audience spéciale dans les ministères et administrations publiques. Quant à sonchef, le leader peut être reçu par des missions diplomatiques accréditées au Mali et les personnalités étrangères en visite dans notre pays.
Toutefois, la nature de ces visites ne doit pas comporter d’engagements contraires aux dispositions des lois et aux intérêts du pays. Bref, la loi de 1995 limitait le pouvoir et les droits de l’opposition. ATT pourrait s’inspirer de la contribution du politologue sénégalais et professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, M. Diagne.
Selon ce dernier, l’opposition et son leader dans nos pays africains doivent disposer d’un statut sur mesure. Pour lui, le leader de l’opposition devra disposer d’un statut ex-officio. Il pourrait être membre de droit du bureau de l’Assemblée nationale s’il ne l’est pas, il devrait avoir droit à la couverture médiatique des manifestations liées à l’accomplissement de sa mission, un droit de réplique aux messages ou autres interventions médiatisées du président de la République ou du chef du gouvernement.
Une place de choix dans le protocole républicain devrait lui être réservée dans le décret sur les préséances. Il devrait être invité à toutes les cérémonies officielles de la République et traité avec les égards et honneurs dus à son rang. Il pourrait faire partie des délégations qui accompagnent le président de la République lors de ses déplacements à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire national. Il pourrait être associé à l’accueil des hôtes de marque de la République. Il pourrait lui être confié des missions spécifiques d’envergure nationale ou internationale et, surtout, être consulté ou reçu en audience par le chef de l’Etat chaque fois que cela s’impose.
Des avantages matériels et protocolaires pourraient être conférés au chef de l’opposition. Il devrait être doté de ressources financières suffisantes pour une prise en charge efficiente de son secrétariat, ses frais de déplacement et de recherche. Un bureau à l’Assemblée nationale devrait lui être affecté. Il devrait également bénéficier d’une sécurité rapprochée, d’un logement de fonction, d’un véhicule de service avec ses ingrédients, une place de choix dans le protocole républicain, un passeport diplomatique…
Concilier multipartisme et opposition
Le poste de leader de l’opposition, estime le politologue, sera toujours en compétition car le chef de l’opposition d’aujourd’hui peut se retrouver demain aux commandes de l’appareil d’Etat ou bien rétrograder et laisser la position à un autre leader. Il est investi de ce statut pendant toute la durée de la législature. Il perd ce statut, hormis la défaite électorale, en cas de déchéance de son mandat, de décès, de démission ou d’empêchement définitif. Le parti qu’il représente lui désigne alors un successeur, conformément à ses règles statutaires. De même, si son parti intègre le gouvernement, il perd cette qualité au profit du leader du parti d’opposition arrivé en troisième position lors des dernières élections législatives, et ainsi de suite.
En s’inspirant de ce modèle, qui est d’ailleurs canadien, notre politologue pense qu’il est possible de concilier le multipartisme intégral avec le statut du chef du principal parti de l’opposition. Au Canada, notamment dans les provinces qui le composent, il existe bien un « statut de l’opposition officielle qui, juridiquement, diffère des autres partis d’opposition qui peuvent siéger au Parlement et avoir même des groupes parlementaires », ajoute-il. L’opposition officielle est incarnée par le parti politique qui a obtenu le plus grand nombre de sièges parlementaires après le parti majoritaire.
Dans le contexte malien, ce parti est évidemment le Rassemblement pour le Mali (RPM). Un tel système permet au peuple, au cours d’élections législatives, de confier le pouvoir d’Etat à la majorité et de donner une prime d’encouragement au second parti dont le chef représente l’opposition officielle. Pour le Professeur, cette faculté restituée au peuple permet de contourner les tractations des états-majors des partis politiques qui pourraient, s’ils étaient chargés de le coopter, prendre en otage le chef de l’opposition.
Pour le politologue, dans tous les pays où il existe, le chef de l’opposition est choisi sur une base institutionnelle et politique et non sociologique. En effet, le leadership de l’opposition n’a de sens que si celui qui l’incarne est avant tout un représentant du peuple siégeant à l’Assemblée nationale. Il doit s’intégrer dans les structures républicaines et s’exprimer à travers des voies institutionnelles. Mais, cette vision du statut de l’opposition et de son leader ne semble pas être partagée par le Parena.
Pas d’opposition prébendière
Son député et secrétaire général, Me Amidou Diabaté, indiquait dans les colonnes de l’Essor que « nous n'avons pas besoin d'une opposition prébendière. Il existe déjà chez nous une loi portant statut de l'opposition. Je ne crois pas que l'opposition ait un seul jour formulé des critiques contre cette loi. Le plus grand service que l'on peut rendre aujourd'hui à l'opposition, c'est de respecter la Constitution et le jeu normal des institutions. L'opposition n'est pas demandeuse de fonds. Elle ne demande que des moyens constitutionnels ».
L'opposition, pense donc Amidou Diabaté, a beaucoup de droits prescrits dans la Constitution. Le responsable du Parena ajoute qu’on n'a pas besoin d'une loi pour que le chef de l'Etat, qui est le président de tous les Maliens, comprenne qu'il faut consulter l'opposition. On n'a pas non plus besoin de codifier cette démarche républicaine. « La Constitution suffit pour cela », pense-t-il. Il ajoute, « je pense par ailleurs que l'existence du Parlement est la meilleure garantie pour que l'opposition soit entendue. Mais, à condition que ses droits soient réellement respectés ».
C’est dire donc que le débat est déjà relancé et il urge que la classe politique malienne explore toutes les voies afin que l’opposition d’aujourd’hui comme celle de demain soit la vraie opposition dont le pays a besoin.
Denis Koné
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