« Proximité, intérêts, confiance » (Pic) : c'est la trouvaille d'un de nos amis, qui pense que le plus dur, pour beaucoup, est à venir après la mise en place du premier gouvernement du nouveau Premier ministre.
Des cadres, dit-on, ont été frustrés à la lecture du décret de nomination des ministres, mais le pire, prédit-il, c'est que nombre d'entre eux risquent de se voir faucher très rapidement l'herbe sous les pieds. Parce que, argumente-t-il, le Mali est aujourd'hui le seul pays au monde où les critères de nomination sont plus liés à la proximité, aux intérêts et à la confiance qu'à la compétence, l'intégrité morale, l'amour du travail bien fait ou de la patrie…
De fait, des ministres se sont montrés particulièrement assoiffés de « Pic » pour avoir quasiment transformé leurs départements en bureaux de placement. N'a-t-on pas vu, de 2002 à récemment, des chefs de départements mutés, « se déplacer » avec leurs cabinets alors que leurs profils ne cadrent forcément pas avec leurs nouvelles responsabilités ? N'ont-ils pas relevé gratuitement des cadres compétents parce qu'ils n'ont pas les « bras longs » au profit de personnes moins qualifiées, moins expérimentées ou moins engagées ?
C'est dire que dorénavant, les sessions de conseil des ministres vont être synonymes de calvaire dans les cabinets, dans les directions générales et au sein de projets « juteux » où chacun, si la pratique n'est pas freinée, va placer un ami, un proche ou un homme de confiance à l'exclusion de tout autre critère. La météo ? Un vent violent sur la haute fonction publique. Et gare surtout à ceux qui n'ont pas de « couverture » ou qui ont omis de faire acte d'allégeance à leur nouvelle autorité !
Voilà précisément pourquoi une bonne partie des deniers publics est dilapidée impunément parce que, malheureusement, notre tradition aujourd'hui veut que la main qui donne à « manger » se garde toujours d'être celle qui punit en cas de faillite, une parodie de « qui aime bien châtie ». Pauvre Mali !
Or, il faut simplement être regardant sur le choix de ses collaborateurs pour minimiser la corruption, le détournement, la délinquance financière… Il y a donc, à notre avis, lieu d'extirper la gangrène « Pic » si l'on veut mieux gérer l'argent du contribuable. C'est aussi à ce moment-là qu'on relèverait plus aisément le défi de la mise en œuvre du Programme de développement économique et social (PDES) du chef de l'Etat. Un autre prêche dans le désert ?
ECOLES
« Cadeau » de l'AEEM aux ministres de l'Education
A peine installés, les deux nouveaux ministres chargés de l'Education devront faire face au nouveau cahier de charge de l'Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) qui comporte une batterie de revendications.
Vingt-quatre heures seulement après la nomination des nouveaux ministres, le bureau de coordination de l'AEEM a organisé une conférence de presse pour dévoiler ses revendications au titre de la nouvelle année scolaire et universitaire. Un cadeau de bienvenue empoisonné pour les ministres des Enseignements secondaire, supérieure et de la Recherche scientifique ; de l'Enseignement de base, de l'Alphabétisation et des Langues nationales, Pr. Amadou Touré et Mme Sidibé Aminata Diallo.
Ce cahier de charge qui sera déposé sur leur table cette semaine contient une pile de revendications que le syndicat estudiantin entend défendre jusqu'au bout. En première ligne de ces points, figure l'épineuse question du "numerus clausus" de la Faculté de médecine, de pharmacie et d'odontostomatologie (FMPOS). « Il faut que ce problème soit définitivement clos cette année » , a tranché Mohamed Ibrahim Baby, jeudi, à la FMPOS. Ensuite, il y a les questions financières. « Nous allons demander une majoration des bourses et des trousseaux » , a-t-il ajouté.
Le recrutement d'enseignants, la construction des instituts de formation de maîtres, des restaurants, des résidences, des bibliothèques universitaires et l'ouverture de salles informatiques dans toutes les écoles sont d'autres exigences de l'AEEM. Autant dire que les ministres n'auront pas un temps de répit, car, aux dires de M. Baby, « ce sera cette année » .
Fin des concessions
En dehors de ce cahier de revendication, l'école est traversée par de graves crises notamment à la FMPOS, à la FSJP et à la FSEG où le spectre de l'année blanche plane. Ces trois facultés n'ont pas encore bouclé l'année académique 2006-2007 a fortiori entamer la nouvelle. Le bras de fer qui oppose les étudiants au décanat de la FMPOS est loin de connaître son épilogue. « Le dénouement de cette crise passe par la libération de nos camarades emprisonnés » , a fait savoir le secrétaire général du bureau de coordination de l'AEEM.
M. Baby a invité le décanat au dialogue et les autorités scolaires à arrêter la chasse à l'homme au sein de cette Faculté pour éviter tout pourrissement de la situation. « Nous avons fait trop de sacrifices et de concessions : la journée de salubrité, la journée de pardon pour le bonheur de tous. De leur côté, les autorités n'ont pas respecté leur engagement. Nous avons certes signé le Partenariat pour une école apaisée et performante, mais cet accord ne nous empêche nullement d'utiliser nos moyens de lutte pour nous faire entendre » , a menacé M. Baby.
Aujourd'hui, les négociations sont interrompues. Et entre le décanat, le comité de négociation et les étudiants, c'est un désamour qui ne dit pas son nom. Un autre « cadeau », pardon, patate chaude dans la main du ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique.
Sidiki Y. Dembélé
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JOURNEE MONDIALE DES ENSEIGNANTS
La Fen crible les insuffisances du système éducatif
Le 5 octobre, les enseignants du monde entier ont célébré le 41e anniversaire de la Journée de l'enseignant. Au Mali, l'événement n'est pas passé inaperçu pour le monde des enseignants. La Fédération de l'éducation nationale (Fen) en a profité pour informer l'opinion nationale des préoccupations de ses militants et en même temps décortiquer les insuffisances du système éducatif. Elle appelle les enseignants à maintenir le cap de la mobilisation.
« Le déroulement d'une année normale dépendra en grande partie de la satisfaction de certains points de nos revendications » . Ces propos du secrétaire général de la Fen, Youssouf Ganaba, à l'occasion de la Journée de l'enseignant en dit long sur la détermination de ce syndicat à faire aboutir ses revendications à la rentrée prochaine.
Accompagné des membres de son bureau, M. Ganaba, qui était face à la presse vendredi dernier, a dépeint le sombre tableau de l'école malienne et donné d'amples explications sur les revendications déposées sur la table du gouvernement. Ces revendications contenues dans un document se résument en dix points. Il s'agit, selon le conférencier, de la finalisation de la relecture de la convention collective de l'enseignement catholique, la révision à la hausse des primes et indemnités liées aux examens, la levée des obstacles juridiques concernant les enseignants contractuels…
Youssouf Ganaba, qui n'entend pas se laisser tourner en bourrique, revendique aussi l'alignement de la grille des contractuels sur celle des fonctionnaires, l'octroi des primes de logement à tous les enseignants, la mise sur place du Conseil supérieur de l'éducation, l'organisation régulière et la proclamation dans les meilleurs délais des contrôles pédagogiques et du concours d'agrégation dans l'enseignement secondaire…
« Nous attendons que les classes soient ouvertes pour faire connaître ces points aux autorités » . Il a lancé un appel à tous les militants de rester mobilisé pour la cause du syndicat. Pour M. Ganaba, les préoccupations syndicales de la Fen sont axées sur l'atteinte des objectifs que la nation malienne s'est fixée en matière d'éducation ; objectifs, à ses dires, définis dans la loi n° 99-046 du 28 décembre 1999 portant loi d'orientation de l'école.
« Nous n'avons pas pour objet de nous étendre sur tous les objectifs de la nation en matière d'éducation, mais nous nous attarderons sur l'article 11 de la loi qui stipule que le système éducatif malien doit former un citoyen patriote et bâtisseur… » .
A ses dires, l'atteinte de cet objectif passe par le retrait de l'école des programmes d'ajustements structurels (Pas) dont les conséquences sont incalculables pour le système éducatif malien. Parmi celles-ci, il a cité la transformation de l'école en boutique de commerce en train de prendre des proportions dangereuses devant le constat d'absence du rôle de régularisation de l'Etat qui reste sourd à l'appel de la Fen, notamment au sujet de la création du Conseil supérieur de l'éducation.
Se prononçant en son nom sur l'éclatement du ministère de l'Education en deux entités, M. Ganaba a indiqué que cette scission ne peut résoudre les problèmes de l'école malienne. « Il faut une bonne politique éducative et un engagement patriotique de tous les acteurs du système éducatif pour qu'on puisse voir le bout du tunnel » , a-t-il suggéré. Si les autorités affirment que la rentrée s'est déroulée sans problème majeur, M. Ganaba a mis un bémol, estimant qu'elle a été précipitée au regard des problèmes auxquels sont confrontés tous les ordres d'enseignements. « Il ne s'agit pas de dire qu'il y a rentrée, une rentrée doit préparer la fin d'une année » .
Le secrétaire général de la Fen, après avoir condamné l'incarcération de leur collègue, Bassirou Minta dans l'affaire de « La maîtresse du président » , a exigé que M. Minta soit réhabilité parce que, expliquera-t-il, la justice ne doit pas s'immiscer dans les affaires qui relèvent du conseil de discipline de l'école.
Amadou Sidibé
Liste des étudiants emprisonnés
Moussa Yacouba Sanogo , 5e année médecine, SG comité AEEM, 2 ans de prison ferme
Yamoussa Karabenta : 4e année médecine, SG adjoint AEEM, 2 ans de prison ferme
Salif Koné : 5e année médecine, secrétaire aux revendications AEEM, 2 ans de prison ferme
Moussa Sambou Dembélé : 5e année médecine, secrétaire à l'organisation, 2 ans de prison
Bourema Dembélé : 5e année médecine, secrétaire aux relations extérieures adjoint, 2 ans
Amadou Koné , 6e année médecine, responsable de classe, 18 mois de prison ferme
Sekou Yattara : 1re année médecine, responsable de classe, 18 mois ferme
Basséré Magassa : 5e année médecine, 18 mois ferme
Chaka Kéita : Coordinateur national des faisant fonction d'interne, 2 ans ferme
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