Les Echos du 26 Novembre
PRIVATISATION DE LA CMDT
Une « catastrophe » certaine
La privatisation de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) ne s’annonce guère sous de bons auspices. Cette privatisation, dont le processus est très avancé, sera une véritable catastrophe pour notre pays avec des conséquences dévastatrices. C’est du moins la conviction de Maurice Adevah-Poeuf, ancien professeur à l’Ecole normale supérieure (EN Sup) de Bamako et président de l’Agence française d’appui aux collectivités (Afac).
L’Etat malien a décidé de privatiser la filière-coton en 2001. La privatisation sera effective à partir de janvier 2008. Avant cette date, les commentaires vont bon train et beaucoup de nos compatriotes ne cessent pas de manifester leur désapprobation vis-à-vis de cette « vente du Mali ».
Le Cercle de réflexion Djoliba a ouvert le débat samedi dernier dans ses locaux à travers une conférence sur « La privatisation de la filière-coton au Mali : opportunité ou catastrophe ? » L’animateur n’était autre que Maurice Adevah Poeuf, un fin connaisseur de la filière-coton en Afrique, qui n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat.
La primauté du coton dans le développement socio-économique du Mali n’est pas à discuter. La filière, dont le chiffre d’affaires est de l’ordre de 200 milliards de F CFA (20 à 25 % du budget national) nourrit au minimum 4 millions de personnes avec 1200 personnes employées à la CMDT. Annuellement, l’Etat bénéficie de 15 milliards de F CFA à travers les recettes fiscales et douanières.
Cependant, depuis plus d’une décennie, dira le conférencier, le secteur est très mal en point à cause de la baisse des cours mondiaux consécutive aux subventions américaines et européennes à leurs producteurs. « Chaque année aux USA, l’Etat verse à ses 25 000 producteurs de coton près de 5 milliards de dollars, soit environ 2000 milliards de F CFA, le double de budget de l’Etat malien, le triple de ce que les États-Unis consacrent à l’aide au développement de l’Afrique subsaharienne », a précisé M. Poeuf. Ce qui a occasionné une distorsion entre le marché local et mondial. Du coup, la CMDT accuse un passif d’environ 100 milliards de F CFA.
Un échec cuisant
Selon le conférencier, le schéma de la privatisation prévoit que la nouvelle CMDT sera un « holding » divisé en 4 filiales, c’est-à-dire, les succursales Bougouni-Sikasso, Koutiala-San, Fana-Ohvn et Kita. Dans ce schéma, « la CMDT holding garde les achats, le commercial, le contrôle de gestion » et les fonds générés par les filiales serviront à acquitter les créances de l’ex-CMDT.
Mais ce schéma comporte beaucoup des risques. Et pas n’importe lesquels. Que ce soit du point de vue technique, social qu’économique. Ces périls se resument à l’effondrement de la production, au licenciement des ressources humaines compétentes, à l’absence d’ « opérateur sérieux » pour l’acquisition des filiales et surtout des paysans dépourvus qui n’auront pas accès au crédit intrants.
L’ancien député maire prévoit un scénario des plus catastrophiques vers fin 2008. « Aucun groupe bancaire n’a accepté de financer le crédit intrants faute de garantie. Personne n’est en mesure de fournir des semences aux paysans et les salariés sont découragés et démotivés, particulièrement les meilleurs et les plus compétents », a souligné le conférencier avant de faire allusion aux échecs de privatisation de l’Huicoma, de Betram et des filières coton en Afrique. A cause de cet échec global, c’est tout « le Mali qui sera appauvri », a-t-il, il Le « miracle malien » aura ainsi pris fin et notre « or blanc se transformera en plomb ».
L’Etat, est convaincu M. Poeuf, sera contraint d’enterrer le secteur au détriment du Mali ou de le confier à des candidats « peu sérieux », incapables de remplir les conditions d’une privatisation réussie. Est-il possible de redresser le secteur ? Oui, a répondu le conférencier mais à condition de faire preuve de pragmatisme et de volonté politique. Cette dernière, a-t-il déploré, n’a pas été ressentie dans les différents messages lors des dernières élections présidentielle et législatives.
En général, les intervenants se sont montrés contre la « privatisation du Mali ».
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)
Le cas Tahirou Bamba sur le tapis
Un intervenant s’est insurgé contre le silence radio après l’emprisonnement de Tahirou, initiateur d’un nouveau mouvement syndical paysan. Selon l’intervenant, le responsable syndical a été victime de son engagement à mettre fin à la « dictature » du président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (Apcam) dans le milieu paysan. On réprochait à M. Bamba d’avoir proféré des menaces de mort à l’endroit de Bakary Togola. « Nous voulons en finir avec Bakary Togola », avait-il dit en faisant allusion à certaines manœuvres du leader de l’Apcam.
O. O.
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PROCES DU VANDALISME DU RESEAU SOTELMA
La justice se fait clémente pour les pilleurs
Eu égard à la gravité des faits à eux reprochés ayant occasionné la perte de plusieurs millions de F CFA à la Société des télécommunications du Mali, on peut dire que la justice, en condamnant les vandales du réseau de la Sotelma à des peines minimales, n’a pas eu la main lourde. Ce qui, de l’avis de nombre d’observateurs, n’est pas de nature à dissuader d’autres déprédateurs de la société tapis dans l’ombre.
Depuis un certain temps, les installations de la Sotelma font l’objet de sabotage de la part d’individus mal intentionnés. Mais le 12 octobre dernier, suite à une dénonciation, deux malfrats et de surcroît bénévoles à la Sotelma ont été appréhendés par la police. Il s’agit de Moussa Magassouba et de Seydou Coulibaly.
Les faits. A la veille de la fête d’Aïd el fitr, ils ont été pris en flagrant délit de vol de câbles téléphoniques de la Sotelma. Arrêtés et interrogés par la police, ils ne se sont pas contentés de reconnaître les faits mais ils ont dénoncé 6 autres agents titulaires de la société comme étant les têtes de ce réseau de vol.
Interpellés, les 6 agents (Abdoulaye Togola, Ali Karambé, Amadou Dègoga, Dianguiné Diawara, Salif Bâh et Idrissa Konaté) sont passés aux aveux. Non seulement ils sont impliqués dans l’opération qui a vu leur arrestation mais ils ont aussi reconnu avoir commis des actes similaires par le passé.
La seule opération de la veille de la fête de Ramadan a coûté à la Sotelma plus de 2 millions de F CFA. Et pour la seule année en cours, le cumul de leurs forfaits à travers différentes opérations a coûté plus de 100 millions de F CFA à l’opérateur historique.
A la lumière des révélations des auteurs du délit (les 2 bénévoles), leurs complices en l’occurrence les 6 agents de la Sotelma et le receleur Abdramane Ballo, l’on s’aperçoit que le système est bien rodé. De jour comme de nuit, ils n’éprouvaient aucune difficulté à repérer les lieux se prêtant à leur forfait.
« Clémence surprenante »
C’est ainsi que mois après mois, année après année, ces ennemis du bien public ont causé d’énormes dégâts à la Sotelma. Au-delà du manque à gagner considérable en termes d’argent, les vols de câbles ont sérieusement terni l’image de la société qui a vu le départ de ses nombreux agents pour d’autres secteurs.
Les faits incriminés sont d’autant plus graves qu’ils sont reprochés à des agents de la Sotelma qui ont tous avoué aussi bien à l’enquête préliminaire qu’à l’instruction définitive, leurs forfaits. Devant la véracité des faits, la justice a enrôlé le dossier avec diligence mais sans avoir la main lourde à l’égard des accusés. De l’analyse de certains observateurs, les peines prononcées sont loin de constituer une vraie leçon pour les autres prédateurs tapis dans l’ombre.
Dans son verdict, le Tribunal correctionnel de la Commune III, a condamné les 6 agents de la Sotelma impliqués à six mois de prison avec sursis et au paiement de 50 000 F CFA d’amende chacun.
La chance a souri au receleur qui a été relaxé. Les deux bénévoles se sont tirés d’affaire chacun avec 3 mois de prison ferme et 30 000 F CFA d’amende. De nombreux observateurs s’accordent à dire que les autorités judiciaires dans leur « clémence surprenante » ont raté l’occasion de donner le bon exemple pour le respect de l’Etat et de ses biens.
Mohamed Daou
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POUR OU CONTRE LA PEINE DE MORT ?
La suite de l’histoire de Malcom
Nous avons vu, dans l’édition de mardi dernier, que la police a trouvé tout ce qu’il faut chez Malcom pour en faire le coupable idéal du meurtre de Jennifer : le sac à main, la petite culotte, l’argent, etc. En plus, avec un casier judiciaire long comme un bras, Malcom est ce qu’on appelle un criminel d’habitude.
Son procès en cour de comté à Milwaukee ne fut guère long. Il a été reconnu coupable de meurtre et condamné à mort. Le procureur criait victoire, sans état d’âme. Mais, est-ce vraiment Malcom le meurtrier ? Voici la vraie histoire qui ne sortira que 12 ans plus tard et cette fois, tout est réel à part les noms fictifs Jennifer et Malcom.
La nuit du meurtre, Malcom, drogué dépendant, souffrait d’un manque terrible de cocaïne. Vers 22 h 45, il vint faire un tour dans le parking où étaient garées une dizaine de voitures et cherchait un réservoir non sécurisé. Il repère vite une fourgonnette, ouvre le réservoir, y imbibe un chiffon ramassé par terre et snife l’essence jusqu’à ce que les vapeurs remontent à son cerveau. Puis, il s’écroule dans un petit boisé à la lisière du parking.
Vers 23 h 17, il reprend ses esprits et se dirige vers le restaurant où travaille Jennifer afin de quêter à manger, comme à ses habitudes. Il fait à peine deux pas qu’il aperçoit une forme humaine allongée. Il s’approche du corps et pense que la fille dort. Il lui tâte les poches et vole son argent. Puis, lui enlève sa culotte sans aucune raison. Au moment où il commence à fouiller le sac à main, il entend des bruits de pas et fuit avec l’objet. C’est ainsi qu’il se retrouvera, dans sa piaule avec les effets personnels de Jennifer.
Malcom est un drogué, alcoolique et voleur à la tire, mais il n’a jamais fait de mal à quelqu’un. Pourtant, il venait d’être condamné à mort et dans toute l’Amérique personne ne doutait de sa culpabilité. Il attendait tranquillement dans le couloir de la mort. Comment a-t-il été sauvé ? C’est Jeffrey Damer, surnommé le « tueur de Milwaukee » à cause de la trentaine de meurtres à son actif qui lui sauvera la vie en racontant l’histoire. Malcom, intoxiqué, ne se souvenait de rien.
Alors, en tant que juré, auriez-vous été parmi ceux qui ont douté ou parmi ceux qui n’ont jamais douté. La peine de mort, une fois appliquée, n’est plus réparable. La justice humaine comportant les défauts de l’humain, nous ne sommes jamais à l’abri de la faute, de l’erreur, de la colère ou du désir de vengeance.
Je pense que toute œuvre humaine étant imparfaite, gardons toute notre raison et évitons de confondre justice et vengeance. La seule justice infaillible est celle de Dieu.
Que la sagesse nous guide tous !
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
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