Si l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) se félicite de l’exécution correcte du chronogramme de son protocole d’accord avec le gouvernement, elle s’offusque par contre de la flambée générale des prix sur laquelle elle tiendra un forum en décembre prochain.
Face à la presse mardi, à la Bourse du travail, le secrétaire général de l’UNTM a fait le point du chronogramme d’exécution de son protocole d’accord signé avec le gouvernement et le patronat. Le cahier de doléances de l’UNTM en 20 points qui a fait l’objet d’un protocole d’accord avec le gouvernement et le patronat en juillet 2007 s’exécute normalement. C’est du moins l’avis de Siaka Diakité. En présence des membres de son bureau exécutif, il a fait part de sa satisfaction eu égard aux dispositions prises pour la concrétisation des doléances contenues dans le protocole.
Aux dires de M. Diakité, l’augmentation du revenu des travailleurs n’est nullement pas visible au niveau des salaires. La diminution du taux de l’ITS, l’augmentation des allocations familiales, la correction des grilles des différentes catégories de la fonction publique et la signature des conventions collectives permettront de revoir les salaires à la hausse.
Mais que valent ces augmentations au moment où les prix ne cessent de flamber sur le marché national ? La question taraude les esprits des responsables de la Bourse du travail. « Nous n’avons pas compris qu’au moment où l’UNTM s’apprête à organiser les 11 et 12 décembre 2007 un forum sur la flambée des prix, que le gouvernement prenne la responsabilité d’augmenter le prix du pain », a déclaré Siaka Diakité. Et d’ajouter qu’il n’a pas été consulté alors qu’une disposition conventionnelle les lie au gouvernement et qui surseoit à toute hausse avant la tenue du forum les 11 et 12 décembre sur la diminution des prix des denrées de première nécessité.
Cette rencontre inédite regroupera, a-t-il annoncé, environ 200 invités des syndicats, des représentants de l’Etat, du secteur privé, etc.
L’augmentation générale des salaires de 10 % payables en raison de 5 % en janvier 2008 et 5 % en janvier 2009 est l’une des revendications majeures de l’UNTM contenue dans le protocole. Il y a aussi la diminution du taux de l’impôt sur les traitements et salaires (ITS) de 2 %, pour laquelle des dispositions sont prises avec des propositions du gouvernement qui n’attend que celles de l’UNTM pour déposer un projet de loi à l’Assemblée nationale. L’augmentation du taux des allocations familiales suit aussi son cours normal.
En outre, la relecture des conventions collectives est lancée. Les conventions des banques et établissements financiers et des BTP sont déjà signées et d’autres ne tarderont pas à voir le jour. Le paiement échelonné, sur deux ans, des 2,5 milliards de F CFA des partants volontaires à la retraite se fera conformément au chronogramme avec l’apurement d’un milliard déjà disponible pour 2008. Les 500 millions de F CFA des compressés sont également mobilisés et il ne reste qu’à plancher sur l’état des grosses des jugements pour liquider les droits.
Une commission travaille pour accélérer le processus de privatisation de la Sotelma et des actions sont en cours auprès de la Mission de restructuration de la filière coton en vue de revoir les conditions de privatisation de la CMDT. L’ONP n’est pas en reste. Des stratégies sont élaborées pour l’aider à se relever.
Siaka Diakité a remonté un peu les bretelles au tout nouveau ministre de la Fonction publique. Ce dernier, lors de son passage, la semaine dernière sur le plateau du JT de l’ORTM, s’était emmêlé les pinceaux, en expliquant, que l’augmentation générale des salaires ne concernait que les fonctionnaires. Selon Siaka, elle est générale et touche les agents du secteur public, parapublic et privé. Témoin : après l’accord avec le gouvernement, l’UNTM a signé un autre protocole d’accord avec le Conseil national du patronat du Mali (CNPM), le 26 juillet 2007. Le point qui tarde à être satisfait est relatif à l'adoption d’une indemnité de départ à la retraite.
Siaka Diakité s'est gardé de manifester sa satisfaction pour la prise en compte de la quasi-totalité des points de doléances en ce sens qu’un syndicat n’est jamais totalement satisfait. Il admet toutefois, que c’est l’une des rares fois qu’un gouvernement prenne des dispositions pour diligenter l’exécution d’un chronogramme.
Le préavis de grève de 72 h à compter du 26 novembre 2007, déposé sur la table du gouvernement par la CSTM, s’est invité à la conférence de presse de l’UNTM à travers des confrères qui voulaient savoir la position de l’UNTM à ce sujet. « On n’est pas contre la grève d’un syndicat légalement créé. Dans cette salle, on ne reconnaît pas la CSTM jusqu’au moment où le gouvernement prenne la responsabilité de clarifier les statuts d’un syndicat, sa création et son animation », a répondu Siaka Diakité.
Il a laissé entendre que c’est presque un feu de paille car la CSTM, selon lui, a l’habitude de surseoir à son préavis de grève la veille même de la grève. Est-ce de peur de ne pas être suivie par les travailleurs militants ? La question demeure.
A noter que la CSTM est née d’une scission de l’UNTM en 1988 avec le départ de son secrétaire général, Hamadoun Amion Guindo, alors secrétaire général adjoint de l’UNTM.
LA PEINE DE MORT AU MALI
Alors, pour ou contre ?
Le Mali est actuellement divisé entre adversaires et partisans de la peine de mort depuis que nos autorités ont décidé de l’abolir. Il faut dire qu’elle n’a pas été appliquée depuis plus de 25 ans.
Si mes souvenirs sont exacts, le dernier criminel passé devant le peloton d’exécution est « Le Gaillard » , sinistre individu qui avait, entre autres, froidement assassiné le gardien de l’EN Sup. Je connais personnellement l’officier de gendarmerie qui a mis fin à sa cabale, un colonel reconnu par des collègues comme un exemple de rigueur et de droiture .
Cependant, j’aimerai, cette fois, non pas donner raison à un camp mais poser un problème moral. Parce que, je suis foncièrement contre la peine capitale qui ne touche que les individus pauvres, non instruits, ne disposant d’aucun moyen sérieux de défense. Et toutes les études ont démontré que ce châtiment n’est pas dissuasif. Non encore, je vais vous raconter une histoire et, imaginez que vous êtes membre d’un jury.
Jennifer (nom fictif) est une plantureuse blonde de 19 ans qui vient d’être couronnée Miss Milwaukee. Belle, généreuse, souriante et en plus intelligente, elle est première de sa classe en dernière année de collège. Elle se destine à des études d’astrophysique et veut travailler à la Nasa. Le père de Jennifer est avocat d’affaires et sa mère est chirurgienne. Pour apprendre la vie, elle travaille comme serveuse dans un chic restaurant de la ville.
Une nuit, vers 23 h, elle termine son travail et s’engage dans le parking public pour récupérer sa voiture et rentrer à la maison. Soudain, de la pénombre, surgit un homme masqué qui lui assène des coups à la nuque. Elle tombe sur l’asphalte. L’agresseur sort un marteau et lui fracasse le crâne, elle meurt. Nécrophile minable, il viole le cadavre avant de lacérer le corps avec une lame. Et s’enfuit.
Malcom (nom fictif) est toxicomane alcoolique, coupable de vols à l’étalage et récidiviste notoire. Quand le cadavre de Jennifer est découvert par la police, on découvre des empreintes sur son corps. L’analyse de ces empreintes montre qu’il s’agit de Malcom.
La police débarque chez lui et trouve différents objets appartenant à Jennifer : son sac à main, sa petite culotte, trois billets de 20 dollars sur lesquels se trouvent les empreintes de la défunte, etc. Malcom est accusé de meurtre au grand soulagement de la population de Milwaukee qui demande sa pendaison immédiate.
Alors, vous êtes membre du jury qui doit décider du sort de Malcom. Que feriez-vous ? Coupable sans hésiter ? Doit être condamné à mort et pendu ? Terrible décision à prendre. Que feriez-vous ? Est-il vraiment coupable au-delà de tout doute raisonnable ? Seriez-vous à 100 % sûr que vous n’avez pas commis une erreur judiciaire et tué un innocent ?
Donnez vos réponses. Je vous raconterai la suite de l’histoire dans une autre édition.
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
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SOUVERAINETE ALIMENTAIRE AU MALI
Le libéralisme affaiblit la production locale
L’exploitation familiale met l’humain en position centrale : la famille, cellule de base de la société, et chacune de ses composantes (hommes, femmes, enfants). Le marché est un moyen parmi tant d’autres de faciliter son épanouissement. C’est ce qu’explique l’agronome Mamadou Lamine Coulibaly dans une publication sur le thème, « Tous ensemble pour construire un monde juste ».
« Au Mali, l’agriculture est pratiquée par 630 000 petites exploitations familiales dont la taille moyenne est environ 4,5 ha pour un ménage de 9 à 10 personnes. Environ 40 % des exploitations disposent de moins de 3 ha » , souligne Mamadou Lamine Coulibaly dans sa publication.
Les exploitations agricoles, parfois mal rentabilisées parviennent tout juste à nourrir une population en constante progression. Les céréales (mil, sorgho et riz essentiellement) constituent la base de l’alimentation de la population malienne (220,13 kg/an/personne en milieu rural et 154,51 kg/an/personne en milieu urbain). « Malheureusement, les productions varient beaucoup en fonction des précipitations et plusieurs années de sécheresse dans les années 70 et 80 ont rendu les récoltes aléatoires », déplore l’expert.
Bien qu’on assistât à une assise constante de la sécurité alimentaire au Mali depuis quelque temps, force est de constater que pendant la campagne 2002-2003 le déficit céréalier net a été estimé à 4000 tonnes (source : CILSS/Agrhymet, production céréalière révisée, mars 2003). Ce déficit fait suite à une mauvaise pluviométrie. Cette mauvaise pluviométrie a produit les mêmes effets dans tous les pays du CILSS, seuls le Burkina Faso et le Niger sont excédentaires avec respectivement 547 200 tonnes et 389 000 tonnes en céréales sèches (source : Bilan céréalier prévisionnel 2002-2003- CILSS).
Cette situation alimentaire, très variable au Mali, est l’une des conséquences de la non-maîtrise des eaux de surface et de profondeur, étant entendu que les cultures sèches sont tributaires essentiellement des aléas climatiques, aussi de la politique agricole prônée par nos Etats qui consiste à ignorer les producteurs agricoles dans les prises de décision s’il s’agit d’élaborer des programmes de développement en agriculture.
L’agriculture non irriguée prédomine, représentant 90 % des 3 millions d’hectares cultivés chaque année. Les principales cultures à savoir le mil, le sorgho et le maïs sont principalement destinées à l’autoconsommation. Les autres cultures non irriguées sont principalement le coton qui procure jusqu’à 18 % des recettes d’exportation. Les cultures irriguées qui couvrent environ 160 000 hectares sur un potentiel de 500 000 hectares comprennent la canne à sucre, les légumes, les fruits (banane essentiellement), le blé et surtout le riz.
La filière riz au Mali est l’une des plus compétitives d’Afrique avec de faibles coûts en ressources internes. En 1999, elle contribuait à hauteur de 44 milliards de F CFA au PIB du pays (5 % du PIB), juste après l’élevage et le coton. Une donne qui a certainement évolué en sa faveur parce que le coton ne cesse de dégringoler sur le marché mondial avec une perte de leadership du Mali en Afrique subsaharienne en termes de production.
La filière malienne dispose d’avantages comparatifs et affiche de sérieuses perspectives d’entrée de devises d’exportation pour le pays dans les prochaines années. Selon M. Coulibaly, « au Mali, un habitant consomme en moyenne 43 kg de riz par an. Le prix du riz local oriente le prix sur le marché national et le consommateur malien a une préférence certaine pour le riz local ». Cela améliore logiquement la rémunération des efforts du producteur.
Aussi, la culture du riz crée des emplois et des revenus considérables. Sans compter que la riziculture est un important outil de fixation des populations en zone rurale. En 2004, les prévisions faisaient état de 3,39 millions de tonnes de céréales, soit une augmentation de 32 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. La production du riz atteindrait 967 000 tonnes.
En plus des conditions climatiques favorables, la progression de ce sous-secteur vient de la rationalisation récente de la filière riz basée sur le développement des aménagements hydro-agricoles, l’amélioration des techniques culturales, les progrès concernant la transformation du paddy et la libéralisation du marché céréalier.
Des difficultés majeures
Cette réussite est aussi à mettre au crédit de nombreux acteurs et à la conjonction de plusieurs facteurs, mais ce succès est avant tout celui d’une agriculture familiale qui a su répondre efficacement aux améliorations de l’environnement institutionnel et économique adoptant des modes de mise en valeur du domaine aménagé intensif, compétitif et en développant des systèmes de production performants basés sur une riziculture intensive en travail avec un recours important à la traction animale.
La consommation apparente annuelle par tête monte à 252 kg, soit 23 % supérieure à la norme retenue pour la consommation. La production nationale en céréales en 2003/04 dépasse les besoins de la population. N’empêche que les difficultés réelles perdurent dans le sous-secteur de la riziculture. Ainsi, au niveau de la production, elles ont comme noms accès à la terre, aux intrants, aux équipements et aux instances où les décisions sont prises constituent les principaux goulots d’étranglement pour les pauvres selon les types de cultures.
Par rapport à l’accès de la terre, les pauvres n’ont pas de problèmes spécifiques dans l’agriculture pluviale (en zone sèche). Par contre, au niveau de l’agriculture irriguée (Office du Niger, périmètres rizicoles de Mopti et de Ségou) pour accéder à la terre, il faut disposer d’un capital productif minimum (deux bœufs de labour, une charrue et une herse). Ce qui exclut un grand nombre de pauvres. En effet, pour réunir ce capital productif, le paysan peut recourir au crédit agricole, mais, il faut qu’il ait une capacité de remboursement. Ce qui est rarement le cas pour le pauvre qui se voit ainsi privé des intrants et matériels agricoles. Sans compter l’incontournable équation de la redevance eau qu’il doit résoudre une fois les autres problèmes surmontés.
La perte de la diversité génétique des plantes locales consécutive aux années de sécheresse et surtout à l’introduction de nouvelles variétés de semences dites hâtives et peu productives sont aussi des difficultés non négligeables. « L’introduction et l’utilisation des semences hybrides de façon incontrôlée contribuent pour beaucoup à la dépendance de notre agriculture au monde industriel car elles ne sont pas très souvent reproductibles », rappelle Mamadou Coulibaly dans sa publication.
La commercialisation du riz local se heurte également à de grandes difficultés. Il s’agit, entre autres, de la mauvaise séparation des différents calibres au décorticage, du mélange de plusieurs variétés au décorticage, de la très mauvaise qualité de l’emballage, d’absence de marketing, d’irrégularité et la non-disponibilité des stocks au niveau des marchés des grandes villes…
On ne saurait également passer sous silence l’endettement chronique des paysans à cause de non-remboursement de crédit de campagne et redevance eau faute de la précarité du prix au producteur, l’étroitesse des marchés et le manque de débouchés font que l’essentiel de la production nationale est consommé sur place, en raison du manque de professionnalisme des principaux acteurs de la filière.
Face à de tels défis, la quête de souveraineté alimentaire affichée par les autorités maliennes aura du mal à se réaliser. « Au Mali, la libéralisation de la filière riz n’a pas produit les effets escomptés car elle n’assure aucune protection à la production locale, surtout avec l’application du Tec (Ndlr : Tarif extérieur commun) imposé par l’ajustement structurel depuis 2002. Ainsi, la loi sur le riz brisé a été abrogée, laissant le riz local en concurrence directe avec les importés », souligne M. Coulibaly.
Cette situation de libéralisme rend la production locale vulnérable et moins compétitive sur le marché national face à la concurrence déloyale des importations d’excédents à des prix subventionnés par les pays développés. Cette pratique condamne l’agriculture africaine à la pauvreté.
Au Mali, selon notre agronome, « si la bataille de la disponibilité est en train d’être gagnée, le combat de l’accessibilité physique et économique de tous les Maliens à cette disponibilité est à intensifier ».
Moussa Bolly
Le riz sous la menace d’une hausse
En plus de la hausse du prix du pain, consécutive celle du prix du blé sur le marché mondial, les Maliens doivent se préparer à affronter d’autres hausses.
En effet, grands consommateurs de riz, ils doivent se préparer à la flambée des cours de cette céréale sèche qui a toutes les chances d'être un phénomène durable. Car si les prix s'envolent, c'est avant tout en raison du décalage structurel entre la production et les besoins. Celui-ci est d'autant plus important que les pays d'Asie tendent désormais à réserver à leur marché intérieur les variétés les plus recherchées.
Quant au soja, après avoir permis aux Etats-Unis de bâtir leur puissance agricole, il connaît un formidable essor en Amérique latine. D'autant que les cours flambent et que la demande ne cesse d'augmenter. Synonyme de développement pour les uns, le petit haricot incarne pour les autres toutes les dérives de l'agriculture productiviste.
M. B.
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