Les Echos du 02 Novembre
AFFAIRE OLAF
Ahmed Sow s’explique…
Au cœur d’un scandale depuis quelque temps, le gouvernement n’avait d’autre choix que de rompre le silence. Chose faite vendredi dernier. Face à la presse, le principal intéressé, accompagné pour la circonstance de la porte-parole du gouvernement, a apporté des « éclaircissements » par rapport à cette affaire, qui est visiblement loin de connaître son épilogue.
Le ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Ahmed Sow, est dans le collimateur de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf), une structure de l’Union européenne. Il aurait favorisé des entreprises maliennes et sénégalaises dans lesquelles il serait actionnaire dans le cadre de l’attribution des subventions du Centre pour le développement des entreprises (CDE), dont il était précédemment le directeur.
Cette accusation, révélée par les médias, a suscité beaucoup de réactions et de commentaires. Le gouvernement a donc tenu à apporter sa part de « vérité » lors d’un point de presse, tenu vendredi dernier à la Maison de la presse. Une lourde tâche qui incombait à la porte-parole du gouvernement, Mme Diabaté Fatoumata Guindo, et au ministre incriminé.
Dans sa déclaration lue par son porte-parole, le gouvernement reconnaît avoir été saisi par l’Olaf pour l’ouverture d’une « enquête administrative à Bamako » sur le CDE et « entend gérer cette affaire en toute responsabilité et dans la sérénité et attendra avec intérêt les résultats de l’enquête ». Il ajoute que, « à ce jour, toutes les dispositions sont prises afin que l’enquête se déroule dans la transparence, mais aussi dans le respect des principes régissant la présomption d’innocence ».
L’ancien directeur du CDE n’a point voulu se comporter en accusé passif. Il s’est fait son premier avocat et a essayé d’user de tous les arguments pour se convaincre et peut être convaincre les autres qu’il « ne se reproche rien ». Selon lui, tout est parti d’une lettre anonyme appuyée par la suite de « fichiers informatiques » envoyés en avril 2007 à l’Olaf par l’ex-chef de service informatique de la boîte mécontent d’avoir été relevé de ses fonctions pour « faute grave ». Ces fichiers prouveraient qu’il y a des entreprises maliennes et sénégalaises dans lesquelles M. Sow serait actionnaire et qui ont reçu plus d’assistance du CDE.
Une décision réfléchie
« Je ne suis actionnaire d’aucune société » , s’est défendu l’accusé. Même s’il reconnaît avoir un moment créé « une petite entreprise au capital de cinq millions de F CFA : Echos Invest ». Le ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau a argumenté que l’Olaf n’a trouvé aucune preuve de sa culpabilité : « L’Olaf n’a rien trouvé au Sénégal. Elle n’a jamais mis pied au Mali ». Et à M. Sow d’ajouter que « ma présence à la tête du CDE a permis à beaucoup d’entreprises maliennes de mieux connaître le CDE et d’envoyer plus de requêtes. C’est tout à fait normal ». D’après ses estimations, une trentaine d’entreprises maliennes ont bénéficié de l’appui du CDE. L’un des auteurs du PDES s’est indigné du fait que « je viens au Mali et on veut me faire partir ».
Concernant sa décision de quitter le CDE, à la tête duquel il se dit fier d’avoir fait un parcours brillant, Ahmed Sow dira qu’elle est le résultat d’une réflexion mûre et d’une réelle volonté de servir sa patrie, surtout après avoir passé 30 ans à l’étranger.
Selon un de nos compatriotes, « la nomination d’Ahmed Sow ressemble plus à une cabale qu’à autre chose » dans la mesure où « les plus hautes autorités de notre pays étaient informées de son cas bien avant sa nomination ». A ce propos, le porte-parole du gouvernement a déclaré que l’Etat n’avait pu s’occuper du dossier à cause du remaniement ministériel.
La question que les Maliens se posent est pourquoi nommer ministre un citoyen qui est sous le coup d’une enquête d’un partenaire au développement du Mali aussi stratégique que l’Union européenne ? L’incriminé lui-même n’a-t-il pas admis le risque d’une telle nomination pour le pays et que son ardent désir était que toute la lumière puisse être faite sur la situation avant ? Ce qui est sûr, c’est qu’il s’est expliqué sans réellement convaincre !
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)
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Hamed Sow, un faux moraliste
Certains responsables maliens n’apprécient toujours pas à sa juste valeur le précieux apport des médias dans la consolidation de la démocratie, dont l’information du peuple est l’un des maillons clés. Dans cette affaire, Ahmed Sow veut faire de la presse sa victime expiatoire, qu’il accuse de ne l’avoir jamais contacté. « Qui, dans cette salle, m’a appelé pour me poser la question : M. Sow, il paraît que vous êtes inculpé dans telle affaire ? » s’est-il insurgé avant d’ajouter que « tout le monde connaît mon cabinet ».
Nous à notre niveau, nous n’avons rien à nous reprocher et nous n’avions rien à lui demander puisque nous avions tous les éléments prouvant qu’il était sous le coup d’une enquête. Maintenant, c’était à lui de prouver que nos informations étaient fausses et de se défendre. Et face à la presse, il n’a apporté aucune information pouvant démentir ce que nous avons publié. Pourquoi alors le rencontrer alors que nous avons tous les éléments à notre portée ? Pour ses beaux yeux ?
Le plus grave, c’est que le ministre se veut aussi moraliste à l’égard des journalistes. A ses dires, au lieu de nous occuper de tels problèmes, notre objectif à nous tous doit être la résolution des réels problèmes de développement de ce pays. Le ridicule ne tue plus ! Mais, qu’il sache que si on écoutait réellement les journalistes, ce pays ne serait jamais là où il est aujourd’hui car des hommes sous le coup d’une enquête, même administrative, n’aurait jamais été ministres dans notre pays avant d’être clairement blanchis.
Qu’il sache aussi que c’est parce que nous nous soucions du développement de notre pays et de son image que nous avons voulu que cette situation soit connue de tous les Maliens. Que tous nos compatriotes sachent qui est qui dans le nouveau gouvernement annoncé comme celui de « la rupture ». Et visiblement, c’est ce qui a le plus dérangé M. Sow qui aurait préféré que cette affaire ne fût jamais ébruitée. C’est raté !
La rédaction
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Courage, fuyons !
La décision du gouvernement et du ministre des Mines d’aller devant la presse pour s’expliquer est louable. C’est une première qui mérite d’être saluée, encouragée et retenue dans le cadre de la gouvernance politique.
Du coup, l’exercice excuse le retard, les premières tentatives, via la délégation de l’Union Européenne, de cacher la vérité, de nier l’évidence. Car, il apparaît clairement que l’on en serait resté au démenti de l’UE si nous n’avions pas cherché à approfondir.
La stratégie d’Ahmed Sow et du gouvernement est bien connue en matière de communication de crise : on reconnaît ce que l’on ne peut pas nier, et pour tout le reste, on botte en touche. Et c’est ce qui a été fait. Le ministre reconnaît qu’il y a enquête, que ça concerne sa gestion, mais, toute sa défense a constitué à se présenter en victime, et « une certaine presse » qui a eu l’outrecuidance d’en parler et qui a été presque traitée de ne pas aimer le Mali.
Pour M. Sow, c’est au nom du Mali qu’il a connu des déboires. Or, c’est au nom de ce Mali que « une certaine presse » en a parlé ! Des animateurs radios, connus pour leur allégeance et leur ignorance des terrains de reportage ont même fait le déplacement pour tendre complaisamment des perches du genre : « l’acharnement sur votre personne ne vient-il pas du fait que vous êtes un proche d’ATT ? »
Franchement, la stratégie de défense a été bien pensée, mais, en la matière, elle n’était pas la plus indiquée. Ahmed Sow a reconnu que le problème a éclaté il y a au moins un an. Même si on le savait, puisqu’il n’était pas un personnage public malien, ce n’était qu’un fait divers. Mais, là, ce n’est plus le cas.
Mieux, ses propos contenaient énormément d’incohérences. Ce n’est pas en jurant la main sur le cœur qu’il se blanchit, et ce n’est pas la presse qu’il doit convaincre, mais bien les limiers de l’Olaf. Ce sont eux qui ont ouvert une enquête à la suite d’une « dénonciation » (mot utilisé par le ministre Sow).
En attendant, et malgré la maladresse de l’exercice et l’amalgame (la moitié de la salle était constituée du cabinet qui rivalisait dans l’applaudimètre), retenons que la tentative est noble.
Alexis Kalambry
Acceuil