Les Echos du 01 Novembre
MALI
Le Pr. Dialla Konaté se prononce sur l’immigration
Le Mali a le devoir d’aider, de soutenir les communautés maliennes où qu’elles se trouvent. Partout où je vais, je découvre des Maliennes et des Maliens qui se battent à main nue. Nos jeunes ont souvent acquis des savoirs impressionnants, mais vivent dans la précarité, la fragilité et la vulnérabilité. Ils sont comme le dieu Hercule, ils ont de la force et du savoir, mais n’ont pas de point d’appui.
Il y de cela déjà quelque temps, c’était lorsque le cycle des élections était à venir, des cadets m’avaient demandé de m’exprimer sur les images atroces de nos jeunes pris dans cette folle envie d’Europe. Il est difficile de donner de la voix en période électorale sans entraîner de vacarme, voilà pourquoi j’avais choisi de rester muet sur le sujet mais non indifférent.
Avec la signature entre le Mali et l’UE (Union européenne), le 23 octobre 2007 d’une convention de financement de la construction d’un « Centre d’information et de gestion des migrants (CIGM) », le moment est certainement arrivé de répondre à ceux qui ont porté cette question à moi, en ces termes « Le problème de l’immigration est-il bien traité par le Mali ? Sinon quelle solution est possible ? »
Avant de discuter l’objet de l’article je voudrais rapidement apprécier l’actualité. En premier point, il faut féliciter le gouvernement pour deux choses. La première est sa tendance grandissante à reconnaître les Maliens gagnants et à les célébrer. Ce fut le cas avec différentes équipes sportives ayant honoré notre pays sur les terrains de jeu ou des scolaires.
S’il y a une aristocratie à laquelle je donne du crédit, c’est l’aristocratie du mérite, elle est républicaine. Cette reconnaissance des plus méritants est saine et bienvenue après tant d’années de floraison de l’aristocratie malsaine du privilège mal acquis. Il faut aller plus loin en étendant la pratique à tous les corps de métier à l’intérieur du pays et à l’extérieur, surtout à l’endroit des jeunes et des femmes. Mais, il faut, pour cela, de la crédibilité. Créer des comités d’honneur, fixer des critères objectifs d’éligibilité pour ces distinctions.
La deuxième chose à saluer est le séminaire gouvernemental organisé pour accueillir les nouveaux ministres. Une femme ou un homme n’est jamais trop informé. Ils ne sont jamais trop formés. La responsabilité n’a de sens réel que pour un citoyen informé et formé. Au risque d’être long sur la digression, je m’en vais également distribuer un blâme et un avertissement.
Blâme et avertissement
Le blâme d’abord. Il est pour ces partis représentés ou ayant espéré être représentés au gouvernement. Un parti normalement constitué devrait avoir des comités et sous-comités à thèmes. Par exemple chaque parti devrait avoir un comité ou sous-comité à l’éducation. Les membres de ces comités se spécialisent, développent des idées et acquièrent une capacité à traduire en actes politiques, administratifs et législatifs les souhaits de notre peuple en matière d’éducation. De façon naturelle, ces comités sont les viviers où l’on peut aller chercher des femmes et des hommes compétents et préparés à assumer des tâches gouvernementales.
Autrement on voit avec tristesse des gens qui brandissent leurs CV au bord de la route avec l’espoir d’être cooptés pour entrer au gouvernement de la République. Cette image conforte la caricature selon laquelle les partis sont des centres de placement pour chômeurs invétérés et incompétents. Du reste qui a vérifié ces CV ?
Je suis obstinément de ceux qui croient que la compétence n’a rien à voir avec le diplôme. Mais puisqu’on en est à mystifier « le bon peuple » en brandissant des diplômes, je voudrais dire ici que la grande confusion créée à partir de 1991 et amplifiée par la Conférence nationale a fourni une idéale et brumeuse opportunité à certains. J’affirme que de nombreuses personnes précipitées de l’étranger, les mains vides, se sont inventé des diplômes. Choisir des ministres que l’on souhaite honnêtes et bons gestionnaires, sur le vu de diplômes non vérifiés, est un cirque qu’il ne faut certainement pas poursuivre.
En second, l’avertissement. Il s’adresse à d’autres partis. Ceux ayant fait le choix de se tenir en dehors du gouvernement. Il serait néfaste de prendre un statut dit de l’opposition qui consisterait à créer, en leur sein, un Tartuffe auquel on donnerait le pouvoir de se prendre pour le roi de Zanzibar avec des pseudos attributs d’un Premier ministre fantôme. Le respect de l’opposition serait de confier à ses membres des missions gouvernementales ou parlementaires clairement définis pour le bien de la République et de la nation.
Dans ces tâches, les membres de l’opposition se feraient une expérience tout en constituant une capacité de réflexion. C’est d’une telle opposition républicaine, active, responsable et vigilante dont le Mali a besoin. On peut même envisager de modifier la loi relative à l’attribution des financements aux partis politiques et associations civiques sur ce modèle républicain. Tant qu’à distribuer de l’argent aux partis (ils auraient reçu plus de 3 milliards de F CFA en 10 ans), il vaut mieux donner de l’argent aux partis qui font quelque chose qu’à des partis inefficaces, peu démocratiques comme c’est actuellement le cas.
Déséquilibre
Maintenant parlons immigration. A mon avis, le problème de l’immigration est mal cerné au Mali où les autorités qui s’expriment le considèrent comme une question de souveraineté ou pire une question morale ou d’équité dans les relations internationales. De façon plus prosaïque, il s’agit d’un problème économique. Pour bien illustrer de quoi il s’agit revenons à la visite que M. Tiébilé Dramé, candidat à l’élection présidentielle, avait rendue à des Maliens sans papiers travaillant dans une boucherie en France. Au nom de la justice et de l’équité, supposons que les autorités françaises acceptent de donner du travail à ces jeunes Maliens. Voyons quelles en seront les conséquences à terme. Pour la France d’un côté et pour le Mali de l’autre.
D’abord le côté français. Cette entreprise française, en raison de la politique agricole commune de l’UE, n’était pas rentable et donc était condamnée à la faillite. Les Maliens acceptant des bas salaires et l’abandon d’avantages sociaux font revivre cette entreprise et espoir aux éleveurs de la région. C’est toute une région qui revit et échappe à la désertification humaine créée par la fermeture des entreprises agricoles et la migration des forces du travail vers les villes. L’entreprise produit de la viande subventionnée par l’UE. La production de cette entreprise, pour éviter de faire effondrer les cours de la viande est achetée par l’UE qui la stocke dans ses chambres froides.
Regardons le côté malien. En raison des accords de partenariats entre l’UE et le Mali, la viande subventionnée sera vendue au Mali. Sa qualité et son prix mettent hors circuit la viande fournie par les bouchers maliens. Imaginez le boucher Seydou à Bamako. Son fils Madou, diplômé de la Flash, est allé en France. Madou s’est retrouvé dans cette usine-boucherie parce qu’il faut gagner de l’argent et éviter de mourir de froid et de faim. Son père Seydou comptait sur l’argent envoyé par Madou pour moderniser sa boucherie. Mais en réalité, le travail de Madou aura pour conséquence, très rapidement de le mettre en faillite en raison d’une concurrence déséquilibrée.
Au bilan, côté français que de choses positives ! Des cadres supérieurs maliens comme Seydou permettent une excellente productivité, font revivre la région et paie la retraite des retraités qui n’ont pas fait assez d’enfants pour les entretenir dans la vieillesse. Du côté malien, un cadre universitaire est soustrait à l’économie nationale pour devenir un travailleur subalterne payant la retraite des travailleurs retraités en France et dont l’activité contribue à mettre son père au chômage et à affamer ses frères et sœurs restés au pays.
Ceci est un raccourci avec ses insuffisances, mais ce raccourci décrit assez fidèlement la réalité économique. De la même façon, le fils du cotonculteur ou du producteur d’arachide qui va travailler la terre en Espagne produit du tournesol. Ce tournesol produit de l’huile subventionnée par l’UE. Cette huile arrivera à un prix et à une qualité que l’huile d’arachide ou l’huile de la graine de coton ne peuvent soutenir. En plus, au Mali la réalité est que les marchés du coton, de l’huile, de l’arachide, de la viande et du lait sont corrélés. Une déprime de l’un des marchés entraîne une déprime sur tous les autres créant un effet domino.
Manifestement et au-delà du moindre doute, ce schéma n’est pas ce qui est espéré par M. Dramé. Le problème de la migration n’est pas sentimental ou moral, il est économique. La France a besoin de trouver 10 milliards d’euros pour les 10 ans venir pour seulement payer les retraites, sans compter les autres branches de la sécurité sociale qui sont toutes en déficit grave.
Pure perte
Pour résorber ces déficits, il faut des gens bien formés pour assurer une bonne productivité et qui ne réclament ni retraite ni charges sociales. Aux Etats-Unis où les études sont complètes, les chiffres du Bureau of Labor montrent que si les travailleurs étrangers étaient acceptés sur une base égalitaire avec les travailleurs nationaux, cela créerait un déficit pour les 300 années à venir !
Que faut-il faire ? Il faut construire au Mali un pays viable avec une économie qui marche. Les autres pays ne regardent que l’intérêt de leurs populations. Ainsi doivent faire les responsables maliens. Partons des 120 milliards F CFA que les travailleurs maliens an France envoient chaque année au Mali. C’est plus que les 11 milliards d’aides budgétaires de l’UE au Mali ajoutés au 20 milliards d’aide bilatérale de la France.
Mais ces 120 milliards ne survivront pas à la crise actuelle. Le Mali doit prendre les devants et proposer des solutions, intérêts contre intérêts. En peu de mots, pour moi la solution consiste à ce que l’UE et les pays européens, au lieu de donner de l’argent au Mali, donnent leur argent à leurs communautés locales qui souhaitent recevoir des travailleurs émigrés maliens. Chaque migrant malien recevrait alors un contrat de travail-formation pour, disons, 5 ans.
Chaque travailleur recevrait un salaire déterminé et une formation adéquate. Une caisse d’épargne serait ouverte pour recevoir des contributions sociales en leur faveur. Ils recevraient la couverture maladie pour la durée de leur séjour. Les communes d’accueil s’engageraient également dans un accord de développement local avec des zones de développement économique au Mali. Ainsi, l’argent des autorités européennes vont aux Européens. Une partie juste des revenus générés par des Maliens revient au Mali. Il y a alors et réellement une action de co-développement.
Il reste que le Mali doit être capable de transformer l’argent reçu des migrants en un système réel de création de la richesse en soutenant le cercle vertueux de l’économie : création monétaire - production et productivité et innovation - consommation - épargne - production. Actuellement, ce schéma n’est pas appliqué parce que les banques qui reçoivent l’argent des migrants disent que cet argent est du dépôt à vue et ne peut être investi pour produire des biens durables. C’est comme si on disait que les Maliens sont condamnés à consommer immédiatement tous leurs revenus.
En d’autres termes, les Maliens devraient travailler pour jeter l’argent aux toilettes. Ceci n’est pas acceptable. Nos banquiers savent que depuis 1990, c’est l’argent qui produit la richesse du monde, à 98 %, laissant 2 % seulement à la production de biens et services. Il faut éduquer, nos populations, les déposants afin qu’ils fassent de l’épargne et non de la consommation exclusivement. Cela est aussi du rôle des banques et des banquiers et c’est inévitable et c’est urgent pour le développement de notre pays. Autrement, pour développer le Mali, il ne restera plus que le choix entre deux options qui sont : soit changer de populations, soit changer de banquiers.
Du reste aux Etats-Unis, on ne peut créer un compte chèque sans créer un compte d’épargne. Tout dépôt dans un compte est orienté par défaut dans le compte d’épargne. C’est l’épargne qui construit le futur d’un individu, d’une famille et d’une nation. En attendant, je me félicite que les banques maliennes déclarent des bénéfices de plusieurs milliards d’une année à l’autre. Si j’avais un pouvoir de décision, j’imposerais un impôt spécifique sur les bénéfices bancaires d’au moins 10 % sur les 10 années à venir pour financer le désir d’entreprendre des Maliens partout dans le monde à commencer par ceux qui vivent au Mali.
Le Mali a le devoir d’aider, de soutenir les communautés maliennes où qu’elles se trouvent. Partout où je vais, je découvre des Maliennes et des Maliens qui se battent à main nue. Nos jeunes ont souvent acquis des savoirs impressionnants, mais vivent dans la précarité, la fragilité et la vulnérabilité. Ils sont comme le dieu Hercule, ils ont de la force et du savoir, mais n’ont pas de point d’appui. Si nous leur donnons un point d’appui, comme Hercule, ils déplaceront le monde. Je continuerai à être du nombre de ceux qui n’épargneront aucun effort pour aider notre jeunesse.
Pour terminer je voudrais signaler avoir appris ces derniers jours qu’un tribunal de Bamako m’a condamné à payer solidairement plus de 13 millions de F CFA. J’avais aidé des jeunes, il y a 15 ans en France à obtenir le soutien de pays européens dans leurs ambitions d’installer des projets de développement dans des villages maliens. Je n’ai été associé ni de près ni de loin à la réalisation de ces projets. Je n’ai plus entendu parlé de ces projets depuis 15 ans. Des problèmes seraient survenus dans la gestion des projets qui étaient dirigés par une personne devenue, depuis, un personnage important au sein du principal parti politique du Mali.
Ceci étant dit, je ne crois pas qu’il y a eu la moindre interférence politique. En attendant la suite de cette « affaire », tout en continuant tous les efforts que je ne cesse de consacrer à mes jeunes compatriotes, je choisis de m’abstenir d’écrire ou parler publiquement afin de ne pas influencer le cours de la justice. Ceci est donc mon dernier article avant la conclusion de cette affaire partie en appel. Je porterai au public les conclusions de ce dossier quoi qu’il en soit et, ensemble, en respectant la justice de notre pays, nous tirerons les conclusions adéquates, en particulier sur le plan de la jurisprudence.
Dialla Konaté
Le 30 octobre 2007
Acceuil
ADEQUATION EMPLOI-FORMATION
Le couple manquant au Mali
Des milliers de diplômés et peu de recrues : telle est une triste réalité dans notre pays. L’une des principales causes de ce « désastre » est l’absence d’une réelle adéquation entre l’emploi et la formation, résultante d’un système éducatif « dépassé et défaillant » et une politique d’emploi en panne.
Dans le monde contemporain en pleine évolution, tout est conçu à l’avance dans un but déterminé. La formation et l’emploi, deux entités qui vont de pair, ne dérogent pas à cette logique, le premier préparant le terrain du second.
L’unanimité est d’ailleurs faite que la capacité d’un pays à se développer ou à se maintenir au rythme du développement dépend dans une large mesure d’une main d’œuvre qualifiée et compétente. Cette dernière est le fruit d’un système éducatif sans faille et conforme aux besoins du marché du travail. C’est pourquoi, beaucoup de pays développés n’ont pas hésité à adapter leur système éducatif aux réalités locales, qui sont à la base des enseignements dispensés au niveau des établissements.
Le cas le plus palpable et certainement le plus connu au Mali est celui de la France. Il y a seulement quelques années, ce pays s’est engagé dans une vaste réforme de son système éducatif, désormais transformé en schéma licence, master, doctorat (LMD). Selon l’un des principaux acteurs de ce changement, « le système LMD vise à mieux répondre aux demandes du marché du travail en France tout en ciblant certains secteurs-clefs dans le processus de développement de notre pays ».
Cependant, au Mali, force est de constater que l’adéquation entre l’emploi et la formation est un chaînon manquant, car les différentes filières proposées ne sont généralement pas conformes aux besoins du monde professionnel. La conséquence directe est que le chômage ne cesse d’augmenter avec une pléthore de diplômés incapables de se vendre sur le marché du travail.
« Cela fait quatre ans que j’ai soutenu un mémoire à la Faculté des sciences et techniques (Fast) et je cours toujours derrière la perle rare : le travail. Je suis régulièrement les annonces de vacances de postes dans les structures privées, mais sans voir aucune demande concernant ma spécialité » , nous a dit un jeune chômeur dans sa trentaine. Le hic : c’est qu’il y a des milliers de ses semblables qui traînent dans les rues et les tentatives de recyclage proposées ça ou là sont le plus souvent vouées à l’échec.
Quelle filière et à quelle fin ?
Aujourd’hui, il est déplorable qu’au Mali, on continue à former dans des spécialités alors que leurs audiiteurs n’ont aucune chance d’emploi à la fin de leurs études. Comme le dit un adage de chez nous, « c’est la sueur sous la pluie ». Ce qui n’arrange guère les structures locales, qui sont contraintes de recourir à des compétences étrangères pour un poste généralement national. « Nous avons fait venir des ressortissants de pays voisins dans notre boîte, car nous n’avons pu trouver de compétence locale dans certains domaines » reconnaît le responsable des ressources humaines d’une entreprise bien implantée au Mali.
La présence de travailleurs étrangers dans nos mines d’or est de notoriété publique. En manque cruel d’ingénieurs et de spécialistes de travaux miniers, notre pays est obligé de faire appel à des ressortissants d’autres pays pour l’exploitation de cette ressource. Ce qu’a d’ailleurs souligné l’ancien ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Hamed Diané Séméga, lors d’un point de presse. En attendant le retour des quelques étudiants envoyés en Afrique du Sud pour des formations d’ingénierie en mines, « les étrangers continueront à occuper la part belle ».
Mais, il convient de signaler que les écoles supérieures privées offrent de filières assez séduisantes et en conformité avec beaucoup des besoins du monde professionnel. Hélas ! Elles sont confrontées à deux obstacles majeurs, à savoir la reconnaissance de leurs diplômes par l’Etat et le manque de confiance que leur diplôme inspire chez les gens.
Toutes choses qui constituent des raisons principales au fait que les « nantis » envoient leurs progénitures dans des universités étrangères de renom pour qu’ils aient plus de chances d’embauche après l’obtention de leurs diplômes.
Ha, égalité des chances quand tu nous tiens !
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)
Acceuil
LUTTE CONTRE LE PALUDISME
Trois pistes balisées pour vaincre le fléau
Aujourd’hui, le paludisme reste toujours un problème majeur de santé publique en Afrique, singulièrement au Mali. De façon générale, ce fléau tue une personne toutes les 30 secondes et 9 cas sur 10 décès surviennent sur notre continent. Heureusement, pour combattre ce « serial killer », les initiatives ne manquent pas. C’est ainsi que depuis lundi dernier, une conférence internationale se tient à Bamako à l’initiative de « Voix du Mali » (un projet de plaidoyer contre le paludisme) et de ses partenaires.
Toutes les voies sont à explorer pour venir à bout du paludisme. Y compris la mobilisation des ressources financières et humaines. C’est ainsi que, depuis lundi dernier, une centaine d’experts intervenant dans le plaidoyer en Afrique, en Europe et en Amérique sont réunis dans notre capitale. Cette initiative de Voix du Mali et de ses partenaires (gouvernement du Mali, Groupe Pivot Santé et Population, John Hopkins Bloomberg et Core…) vise à renforcer la concertation entre les acteurs du plaidoyer pour la lutte contre la malaria.
Il s’agit aussi de mettre en évidence les acquis et les défis dans ce plaidoyer et de plaider auprès des autorités maliennes « un soutien politique visible ». Cette conférence internationale commence déjà montrer son importance, car elle a permis de baliser trois pistes qui redonnent au monde l’espoir de parvenir à bout du paludisme.
Directeur du projet de plaidoyer « Voices » basé aux Etats-Unis, Matthew Lynch, a déclaré que la piste en exploration est celle de nouveaux médicaments et vaccins qui pourraient aboutir à des progrès et avancées notables. Ainsi, il est prévu l'expérimentation d'un vaccin au Mozambique dans dix ans. Tout comme un nouveau médicament devra faire l'objet d'un suivi sur trois ans à Zanzibar (Tanzanie). Ces révélations ont été faites par M. Lynch lors de sa présentation du paysage actuel de la lutte contre le paludisme.
Une autre piste, la deuxième, vise à briser la chaîne de transmission de la maladie par la couverture de tous les membres d'une même communauté. Le recours aux CTA (combinaisons thérapeutiques à base d'arthémisinine) s'intègre dans cette nouvelle vision prônée par Voices et des organismes internationaux comme l’OMS, l’Unicef, etc.
« Une troisième et dernière piste envisagée pour l'éradication du paludisme est celle de la technique de lutte contre les larves, principalement dans les zones urbaines où la densité demeure très forte » , a poursuivi M. Lynch. Et, en plus de ces pistes, les chercheurs seraient unanimement tombés d'accord sur le besoin d'une « distribution de rattrapage » visant à prolonger la durée de protection de la femme enceinte et de son enfant au moyen de moustiquaires imprégnées.
Une politique dont les retombées sont visibles partout en Afrique, particulièrement au Mali où l’Etat l’a adoptée comme stratégie de prévention de ce problème de santé publique que demeure le paludisme. De plus en plus traitées avec un long « effet de rémanence », ces moustiquaires sont en outre associées à l'épandage résiduel d'insecticides sur les murs et le traitement préventif intermittent pour les femmes enceintes. Et qui plus est, au Mali, elles sont gratuites pour les femmes enceintes et les enfants de moins 5 ans.
Ces dernières techniques, ajoutées à une augmentation des ressources de lutte contre le paludisme, qui ont atteint 1,7 milliard de dollars par an, ont été à la base de progrès notables au point que le Kenya et Zanzibar enregistrent une baisse de mortalité due au paludisme. « Si les fonds ne manquent pas pour lutter contre le paludisme, leur utilisation pose par contre problème », a toutefois rappelé le directeur du projet de plaidoyer Voices.
De l’avis de l'expert, l'éradication du paludisme sera un combat de longue haleine qui va reposer non seulement sur les progrès thérapeutiques, mais aussi sur les stratégies de prévention essentiellement axées sur le changement de comportement dans les communautés.
Il est en tout cas nécessaire de maintenir les efforts contre cette maladie qui fait que plus d'un million de personnes meurent chaque année. Pis, selon l'OMS, elle coûte plus de 12 milliards de dollars par an à l'Afrique. Un vrai handicap pour le développement socioéconomique des pays africains tel que le Mali.
Moussa Bolly
Acceuil