La première initiative de logements sociaux est née dès le lendemain de notre accession à l'indépendance. Le président de la République de l'époque qui avait souci de loger les cadres a créé la Société d'équipement du Mali (Sema) en 1961.
La Séma a été créée en 1961 avec comme vocation première de loger les fonctionnaires. Ceux-ci payaient 18 à 20 % du coût de la maison et le reste était étalé sur 20 ans. Ainsi sont nés les premiers logements sociaux à Badalabougou qui ont pris le nom de Séma .
La Séma a passé 31 ans entre les mains de l'Etat, avant d'être privatisée en 1992 dans la vague de privatisation des sociétés et entreprises d'Etat. Avec sa nouvelle dénommination de Séma-SA , son capital est aujourd'hui entre les mains des privés maliens. Elle a quasimment changé de vocation en s'ouvrant davantage à tous ceux qui désirent acquérir une maison clé en main.
La Séma-SA travaille dans ce créneau avec des banques et établissements financiers de la place, qui ont ajouté à leur créneau le financement de l'habitat, à en croire son DG, Alassane Seydou Traoré.
La Séma-SA a fait une autre mutation en faisant un saut sur le terrain des logements sociaux. Son DG, M. Traoré, nous a indiqué que sa structrure est désormais en partenariat avec l'Etat, qui lui a confié la construction de 406 logements sociaux.
Dans ce programme, explique, M. Traoré, la Séma cherche des fonds de construction de ces maisons estimées à 5 milliards de F CFA auprès des bailleurs. Les maisons sont construites au bout d'un an et cédées à l'Etat, qui lui rembourse sur 5 ans avec un an de différé .
LOGEMENTS SOCIAUX
Des maisons inaccessibles
Les bénéficiaires des logements sociaux ne disposant pas de titre, aucune vente sur ces immeubles n'est valable.
Les logements sociaux s'inscrivent dans le cadre du volet social du gouvernement de vouloir répondre au souci de chaque Malien d'avoir un toit. Ce programme est la mise en œuvre du contenu de la lettre de cadrage du président de la République, lettre de cadrage qui détermine le champ d'action et le programme d'activités gouvernementales du quinquennat. Les critères et les conditions d'attribution sont déterminés par les autorités en conformité avec le pouvoir d'achat du Malien moyen.
Comme conditions d'acquisition : il faut avoir la capacité de remboursement, offrir des garanties relatives à l'assurance dans le paiement des mensualités. Dans le milieu des professionnels de la justice, l'on apprend que les logements sociaux, juridiquement, ne deviennent la propriété des bénéficiaires qu'après complet paiement. Dans ces conditions, en cas de décès du bénéficiaire, les héritiers pourront s'engager à poursuivre le paiement afin que la maison reste dans la succession. Au cas échéant, indique-t-on, de sources judiciaires, l'Etat doit pouvoir reprendre la maison et rembourser aux héritiers les mensualités déjà perçues, conformément à tout système de vente.
Dans le même ordre d'idée, des professionnels de la justice précisent que les titres des logements sociaux ne sont jamais d'avance délivrés à leurs bénéficiaires. Ils le seront quand ils auront complètement épongé. C'est dire que ces maisons ne peuvent faire l'objet de saisie par la voie judiciaire dans la mesure où la propriété n'est pas encore transférée aux bénéficiaires. « Aucune vente sur ces immeubles n'est valable. Elles sont incessibles à d'autres personnes » .
Mohamed Daou
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LOGEMENTS SOCIAUX
Des bénéficiaires apprécient « Atétébougou »
Exceptés des problèmes d'insécurité et d'eau potable ces derniers temps, tous s'accordent à dire que le nouveau quartier offre un cadre de vie bien agréable .
S'il y a une chose sur laquelle les bénéficiaires des 1008, 320 et 501 logements sont unanimes : c'est qu'ils ont eu une chance extraordinaire en recevant les clés de ces logements. D'aucuns diront même qu'ils ont gagné à la loterie.
« Si ce n'était pas ces logements sociaux, je me demande quand est-ce que j'allais pouvoir économiser et construire un toit pour ma famille » , c'est la question que se pose la plupart des heureux « lauréats ».
Euphoriques durant les premiers jours dans leurs nouveaux locaux, nombreux sont les acquéreurs, qui notent malheureusement des failles dues essentiellement, d'une part, aux travaux de conception et d'autre part à la desserte du quartier en eau potable.
« Nous avons été obligés de reprendre totalement la toiture de notre maison car l'eau suintait. Nous avions signalé le problème à l'Office malien de l'habitat. Mais, ils ont pris du temps avant de venir le réparer. Mais pour moi, cette défaillance ne constitue rien comparée aux avantages que nous offre la maison » , affirme S. D., un habitant des 320 logements de Yirimadio . Un autre locataire souligne le manque de remblais de la cour. Ce qui constitue, selon lui, une autre poche de dépense pour le nouvel acquéreur.
Aujourd'hui, le gros problème dans cet « Atétébougou » reste le manque d'eau potable. « Les coupures d'eau sont intempestives. Sur 24 h, on ne peut avoir souvent l'eau qu'une heure de temps. Le bidon de 20 litres est vendu entre 50 et 100 F CFA » , regrette une résidente. En plus de cette crise d'eau, d'autres personnes dénoncent la faible intensité d'électricité. « Si, à 19 h, tes ampoules ne sont pas allumées, tu risqueras de broyer du noir toute la nuit » , affirme Moussa.
L'insécurité est un des maux qui est toujours dénoncé par les habitants des logements sociaux. Les vols, souvent avec mort d'hommes, sont fréquents. Malgré tout, l'engouement des uns et des autres autour de ces maisons, ne cesse de grandir. Comme quoi, le besoin en logements et le désir d'avoir le « chez soi » sont énormes dans notre pays.
S. Y. D.
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LOGEMENTS SOCIAUX
La BHM un acteur incontournable
La Banque de l'habitat du Mali (BHM) est un acteur incontournable dans la réalisation des logements sociaux. Malgré des difficultés de trésorerie (d'ailleurs en passe d'être résolues), la banque assure et assume son rôle de recouvrement.
Acquérir un logement au Mali, à Bamako, en particulier, est un rêve pour la plupart de Maliens qui vivent les affres de la location. La Banque de l'habitat pour le Mali (BHM) et l'Office malienne de l'habitat (OMH) sont, entre autres, des structures maîtres d'œuvres du programme de réalisation des logements sociaux à Bamako et à l'intérieur du pays.
La BHM est chargée d'assurer le recouvrement des logements sociaux auprès des bénéficiaires. Selon Tiémoko Traoré, chargé de la question des logements sociaux, la banque travaille essentiellement avec les comptes des clients. Chaque bénéficiaire de logement s'engage à s'acquitter des mensualités qui varient entre 25 000 et 35 000 F CFA selon les types de maison. S'il arrive que le client ne s'acquitter de ces frais, la banque fait le point à l'OMH qui convoque le créancier. « Au cas où il ne répond pas à la convocation, c'est le notaire qui intervient » , précise M. Traoré.
M. Traoré indique qu'un déficit de communication prévaut présentement entre la banque et les bénéficiaires des 501 logements qui confondent souvent le compte de la caution (150 000 F CFA) et le compte payeur. Ce dernier, comme son nom l'indique, assure le payement automatique de la mensualité. « C'est ce compte que les clients doivent régulièrement alimenter et non la caution qui sera utilisée en cas de rupture de contrat pour réparer les différents dégâts dans la maison » .
A propos de la taxe sur le logement, notre interlocuteur souligne que le caractère social de la mission a fait que l'Etat a fixé la somme forfaitaire de 2000 F CFA par logement.
Aux dires du responsable des logements sociaux à la BHM, la construction des logements sociaux est une partie intégrante de la politique nationale de logement. C'est dans ce cadre que l'OMH est le premier actionnaire de la banque. « Les bénéfices engrangés par la banque reviennent à l'OMH », soutient-il.
L'OMH, selon M. Traoré, a aussi pour rôle d'inciter les fonctionnaires à s'organiser en coopérative pour bénéficier des prêts immobiliers à un taux réduit et éviter la spéculation.
A l'Agence de session immobilière (ACI), on indique qu'aucune convention ne lie cette agence à l'OMH. « Il n'y a aucune convention qui nous lie. Nous sommes surtout intervenu à hauteur de plus 2 milliards dans la réalisation des 1008 logements à Yirimadio » , affirme-t-on.
Grâce à cet argent, l'ACI a pu viabiliser le site des 1008 logements tout en assurant la connexion aux réseaux d'eau et d'électricité, la construction des caniveaux. L'ACI a apporté le même appui technique aux logements sociaux de Ségou, Gao et Kidal.
Amadou Waïgalo
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LOGEMENTS SOCIAUX
Une charpente sociale conforme
Pour Pr. Modibo Diakité, les logements sociaux sont adaptés à la famille malienne qui tend à se nucléariser. Toutefois, il doute de la pertinence des critères d'attribution.
La sociologie a, de façon générale, divisé les familles en quatre groupes : les familles élémentaires, les familles nucléaires, les familles composées ou recomposées et les familles étendues.
Les familles maliennes font partie du groupe des familles étendues qui caractérisent les grandes familles patriarcales composées de plusieurs pères, plusieurs mères et des enfants.
Selon Modibo Diakité, ancien ministre du Travail et de la Fonction publique, sociologue historien à l'Institut des sciences humaines (ISH), la société malienne assiste de plus en plus à la disparition des familles étendues en raison de son coût d'entretien élevé.
A ses dires, des familles maliennes se tendent actuellement vers les familles nucléaires (des familles composées essentiellement de père, de mère et des enfants). C'est en ce sens qu'il affirme que les modes de construction actuelles des logements sociaux correspondent aux réalités de nos familles actuelles.
Pour M. Diakité, une famille élargie pose aujourd'hui énormément de problème face à une famille restreinte. « Les logements sociaux apportent un certain confort à tous ceux qui en ont besoin. C'est une initiative heureuse parce qu'ils répondent à une attente réelle de la population » , indique-t-il.
Le sociologue historien estime aussi que tous ceux qui ont reçu ces logements sociaux pensent avoir réalisé un rêve. « Mais , ajoute-t-il, c'est les conditions de distribution qui font défaut à ces logement sociaux. Aussi, la question est de savoir si les conditions d'assainissement de ces lieux ont été prises en charge » .
Sidiki Doumbia
( stagiaire )
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