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2007

Mois de mars

Les Echos du 16 mars 2007

Cabral et nous : un même idéal intact

Aujourd'hui, le journal Les Echos, votre quotidien, fête ses 18 ans, au moment où on commémore le 17 mars 1980, 27e anniversaire de l'assassinat du leader estudiantin Abdoul Karim Camara dit Cabral, secrétaire général de l'Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM) au moment des faits.

Nous ne nous lasserons jamais de le dire : le choix de cette date réside dans la convergence des idéaux de notre journal et de ceux de Cabral et de ses compagnons.

Le journal Les Echos a vu le jour pour lutter contre toutes les injustices, les brimades et les malversations. Contre toutes les dictatures, celles d'hier et d'aujourd'hui, pour la promotion des droits fondamentaux de l'Homme, pour un Mali solidaire, le journal Les Echos se bat.

Les monologues d'hier et d'aujourd'hui sont également dans notre mire. Le journal a vu le jour pour défendre les principes et les valeurs de la République, la démocratie et les idéaux fondateurs du 26 mars. Ce combat est contre des pratiques et des déviances, non contre des personnes. Il fonde le journal.

Pour ce combat, Jamana, au-delà du journal Les Echos, paiera le prix qu'il faut. Ni les menaces, ni les intimidations, les exclusions ou les chantages ne nous feront dévier ou renoncer à notre raison d'être. Car, pour paraphraser le sage Kocc Barma du Sénégal : « On nous tue, mais on ne nous fait pas nous renier ».

A. K.

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MME TRAORE ROKIA KOUYATE, EX-S. G. DU LJF

« Cabral est resté héroïque jusqu'à la fin »

La dernière à voir Cabral et à l'assister lors de son assassinat, Mme Traoré Rokia Kouyaté, alors secrétaire générale du comité UNEEM du lycée de Jeunes filles témoigne ci-dessus des dernières heures du leader estudiantin assassiné il y a 27 ans par des sbires à la solde de GMT. Edifiant sur l'esprit de sacrifice et l'endurance d'Abdoul Karim Camara.

« Nous étions tous recherchés par la police. La proviseure du LJF a dit aux policiers que pour m'avoir, il faut passer par ma copine Yaye Fall. Effectivement, en sortant de chez moi, j'ai dit à ma mère où j'allais au cas où Yaye Fall passait. J'ai été arrêtée dans la nuit du 14 mars 1980 aux environs de 20 h alors que j'étais assise devant la porte du domicile de mon oncle, Makan Kouyaté, député à l'Assemblée nationale, au quartier Sans fil. Yaye Fall est arrivée avec un homme. En les raccompagnant, sept autres nous attendaient. A partir de là, j'ai compris que mon sort était scellé. J'ai été enfermée dans un violon insalubre toute la nuit ».

Le véritable calvaire de cette jeune fille va commencer avec l'arrestation un jour plus tard de Cabral. Le dirigeant estudiantin, qui savait que le pouvoir aux abois était aux trousses de tous les responsables du mouvement, avait réussi à prendre le chemin de l'exil en Guinée.

« Cabral sera arrêté à 10 km de la frontière Mali-Guinée , raconte Rokia Kouyaté . C'est en ce moment que commence le calvaire pour nous.  Rokia , on t'a eu, furent ses premiers mots vers 16 h lorsque qu'il est arrivé à la Poudrière. Commence alors les interrogatoires et les tortures. Tous les hauts responsables de l'Etat, excepté le président de la République, ont défilé devant le violon pour voir qui était cette Rokia Kouyaté . A la Poudrière, notre calvaire commence avec les tortures dans le bureau du commissaire en présence d' Alfousseni Diallo, le commissaire, son adjoint, le directeur général des services de sécurité, Alioune Badara Diouf, le chef d'escadron Mohamed Kéita , l'inspecteur Léa Kéita .

Cabral a refusé d'écrire la déclaration appelant les élèves à reprendre les cours le 17 mars pour dire que la lutte était terminée. Il a jeté le bic et réclamé à ce qu'on cesse de me torturer. Néanmoins c'est sous les tortures que Cabral va écrire la déclaration diffusée sur Radio-Mali . C'est Lamine Coulibaly, journaliste à radio-Mali à l'époque, qui animait une émission qui s'appelait « Jet variétés » qui a été appelé pour faire l'enregistrement de la déclaration.

Le matin de bonheur du 17 mars, nous avons été transférés au camp des parachutistes de Djicoroni . Un sac à dos fut porté sur Cabral. Il faisait le tour du terrain alors que des militaires le battaient à tour de rôle. Durant toutes ces tortures, Cabral n'a jamais crié ni supplié. D'ailleurs en quittant la Poudrière, nous savions que quelqu'un de nous deux allait périr. Cabral n'a jamais cessé de m'encourager et moi-même, depuis mon arrestation, étais armée d'un grand courage parce que je savais que notre lutte était noble.

Cabral durant tout le trajet de la Poudrière au camp para n'a fait que renforcer ce courage. Il me disait aussi que si nous devrions mourir, que nous le soyons dans la dignité. Cabral torturé ne pouvait plus tenir et il est tombé. Il réclamait de l'eau pour qu'on la lui versât sur sa tête. L'actuel président de la République, Amadou Toumani Touré, qui était au camp para sous les ordres de Kafougouna Koné , ministre de l'Administration territoriale et des Collectivités locales maintenant, est intervenu en demandant qu'on arrête les tortures.

De même, je me rappelle qu'en étant dans le violon à la Poudrière, un policier avait marqué sa désapprobation en demandant qu'on me fasse sortir, car, jamais, une femme n'avait été enfermée dans ce lieu. Ce policier, dont je ne connais pas l'identité, s'est battu pour moi. Le matin du 17 mars, les élèves avaient repris les cours, mais s'étaient aperçus que la déclaration était faite sous les tortures et pis, que Cabral avait été tué… Moi j'ai fait trois jours dans le coma… Mais la lutte n'était pas terminée parce nous avons su organiser la relève ».

Propos recueillis par

Denis Koné , Alexis Kalambry

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MEDIAS PUBLICS

La J-RPM donne 72 h à l'ORTM

Face à la fraude qui se dessinerait et à la « non-neutralité » de l'administration et de certaines institutions publiques en cette période préélectorale, la Jeunesse du RPM exige le respect des règles et menace de marcher sur l'ORTM au cas où ce dernier ne change pas sa politique de propagande au service d'un homme et de son clan.

La jeunesse du Rassemblement pour le Mali, (J-RPM), n'entend plus se laisser faire face aux nombreuses dérives de la télévision nationale et à la non-neutralité de l'administration dans le processus d'organisation des prochaines élections générale.

L'administration, la Délégation générale aux élections (DGE), l'ORTM et la Commission électorale nationale indépendante ( Céni ) sont, entre autres, structures contre lesquelles, la Jeunesse du parti du tisserand a des griefs.

Le président de la J-RPM, Moussa Tembely , réclame le départ sans condition du gouverneur du district de Bamako, Ibrahim Féfé Koné , qui affiche avec zèle et sans discrétion son soutien au président de la République sortant. « La loi stipule la neutralité de l'administration en période électorale et pour avoir violé la règle, Féfé Koné doit partir d'ici les élections » , exige M. Tembely .

Les mêmes griefs de la J-RPM sont adressés au président de la Chambre de commerce et d'industrie du Mali (CCIM), Jeamille Bittar, qui, a appelé ses collaborateurs, au nom de son institution, à soutenir le président ATT. Face à cette attitude de Bittar, M. Tembely , dit avoir compris pourquoi, le président contesté de la CCIM a gagné le procès qui l'a confirmé à la tête de l'institution au terme d'une élection truffée de fraudes.

S'agissant de l'ORTM, la J-RPM entend, dans les prochains jours, régler les comptes à Bozola , qu'elle qualifie être « au service de la passion du couple présidentiel » . En attendant, elle donne 72 h à la chaîne nationale pour qu'elle changer sa politique au risque de voir la Jeunesse RPM organiser une marche qui finira par un meeting dans la cour de l'ORTM.

« Rien n'est laissé, même l'émission Top étoiles est prise en otage par le Mouvement citoyen. Nous allons plus nous limiter aux simples critiques, nous allons passer désormais aux actes. Nous avons déjà fait un sacrifice en 2002, donc tout ce que nous poserons comme acte sera jugé par le peuple » , a averti le conférencier.

La conférence a également statué sur l'audit du fichier électoral qui comporte, selon le conférencier, des incohérences susceptibles de cacher des volontés de fraude.

Amadou Waïgalo

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LE MALI SOUS ATT

Quand les intellectuels et les politiques s'auto-mutilent

Sous le régime d'ATT, depuis que les clans sont devenus les maîtres de la République, le pays est déliquescent. « Quand l'intelligence déserte le forum, la médiocrité s'installe et tout finit en dictature », dit un philosophe contemporain. Telle est aujourd'hui la triste trajectoire du grand Mali.

Mon ami le philosophe, au cours d'un de nos entretiens, m'a averti en ces mots : « Nous commençons la période de toutes les incertitudes pour les intellectuels maliens, plusieurs ayant vendu leur âme au diable » . C'était, il y a bientôt un an et au fur et à mesure que nous approchons de la date de l'élection présidentielle, ces monstres hybrides sortent la tête.

Il y a quelques mois, un prétendu dramaturge, qui aurait mieux fait de se caler dans un fauteuil au-devant d'une scène, s'est hasardé à tirer à boulets rouges sur ceux qui dénonçaient les accords d'Alger. Je me suis dit, mais diantre quelle guêpe a piqué ce vieux monsieur, pour s'aventurer en terrain inconnu ?

Comment, dans sa dérive, a-t-il pu oublier, lui et plein d'intellos de sa trempe, ces mots de Socrate, que ses amis poussaient à s'enfuir, qui disait : « On n'emporte pas son pays à la semelle de ses sandales » , préférant la mort à la lâche capitulation. Devant ses accusateurs, Socrate péremptoirement déclara : « Vous voulez un débat d'idées, et bien, vous aurez le débat d'idées » . Il boira la ciguë après. Quelle grandeur d'âme chez Socrate et quelle honte pour une classe de lettrés maliens !

A ce dramaturge, je voudrais le renvoyer à des notions qu'il ignore. D'abord, la notion de souveraineté nationale. La Constitution du Mali pose le principe suivant : « La souveraineté nationale appartient au peuple tout entier qui l'exerce par ses représentants ou par voie de référendum. Aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice » .

Or, de cette souveraineté, les rebelles du Nord, en on fait un torchon et au mépris du principe de l'égalité de tous devant la loi, revendiquent à leurs seuls profits des avantages. Plus grave, ceux qui ont tué des militaires, emporté armes payées par le contribuable malien, se couvrent d'impunité au mépris des lois du Mali. Le code de justice militaire consacre son paragraphe 3 à la désertion en bande armée et dit ceci à l'article 116 : « Est puni de 5 à 15 ans d'emprisonnement, tout militaire qui déserte en bande armée. Si le coupable est officier, il est puni de 10 à 15 ans d'emprisonnement. Si la désertion a été commise avec complot, les coupables sont punis de l'emprisonnement de 10 à 20 ans. Les coupables sont punis de l'emprisonnement à vie s'ils ont emporté une arme ou des munitions » .

L'universitaire que je suis se donne les moyens de la réflexion, par une quête scientifique de l'information. Or, ce qui manque à ce dramaturge et à bien de prétendus intellectuels au Mali, c'est de se coucher sur des lauriers d'il y a deux décennies et de débiter des sentiments personnels plus ou moins influencés par les privilèges que donne le souverain du jour.

Hyper escroquerie

Ensuite, la notion de la liberté d'expression et de conscience, est une nécessité historique. Un pays comme le nôtre a besoin d'un vrai débat sur la vie politique, et les intellectuels ont l'obligation de le faire. Le Mali est au bord d'un gouffre. Depuis cinq ans, le débat est interdit. Tout est concentré sur un homme, consacré à un homme, ATT, un système, l'ATTcrature, un mouvement, la nébuleuse du Mouvement citoyen, qui en fait est une hyper escroquerie intellectuelle.

En se proposant d'aider le président de la République à gérer le pays, ce mouvement n'a rien apporté. Aucune idée, aucune pensée, elle se cantonne uniquement dans l'agitation stérile et le folklore : Top étoile par-ci, matches de foot par-là, accueils du chef de l'Etat ou de son épouse, etc. Il est certain que nous assistons à la déliquescence de la nation malienne, depuis que ce sont les clans qui sont devenus les maîtres de la République.

L'Etat s'est transformé en patrimoine de quelques-uns. On est autour du chef et tout est possible, autorisé, accepté. Le règne de l'impunité et des privilèges s'est invité au chevet de la nation. On est différent du clan, et l'on devient ipso facto un ennemi de la République, quelqu'un qui ne doit plus vivre. On a vite oublié autour d'ATT, que le verbe est vie et source de progrès. Toutes les grandes religions font du verbe le sens ultime de l'existence. Or, au Mali d'ATT, le plus grand crime, est l'expression.

Parce que Me Abdoulaye Garba Tapo a osé critiquer le système judiciaire malien, ATT croit qu'il est visé et exit du pauvre ministre (malheureusement pour Me Tapo , il est signataire de l'ADP. Grandeur et misère d'un homme sans conviction réelle). Parce que le jeune ministre des Sports demande des comptes à la Femafoot , exit de lui. IBK donne une interview à Jeune Afrique et critique son bilan, il se dit insulté... Il y a fort à parier que cet homme est dangereux. Je voudrais humblement conseiller à ATT de lire un grand savant, Albert Einstein, dans son livre intitulé « Comment je vois le monde » : « Je détermine l'authentique valeur d'un homme d'après une seule règle : à quel degré et dans quel but l'homme s'est libéré de "son moi" » .

L'homme est certes très sympathique, jovial, mais ce n'est pas cela qui est fait l'objet de critique. Votre gestion des affaires publiques, M. Touré, c'est de cela qu'il s'agit. Cette gestion du Mali est catastrophique, n'en déplaise à vos amis. Disons-nous cette vérité. Ceux qui avaient les moyens intellectuels et politiques d'empêcher ce qui se profile pour le Mali, et qui se sont auto-mutilés pour se rendre incapables, assumeront devant l'histoire le drame annoncé pour le pays.

Au rythme où vont les choses, l'idéal du 26 mars a déjà été trahi. Or, l'esprit du 26 mars a été l'acte fondateur du nouvel Etat démocratique. Demain, la trahison sera érigée en vertu. Déjà les héros des oppressions au Mali rasent le mur. Certains ont même honte, d'avoir lutté. Tous ces messieurs aplatis devant ATT, qui ont à un moment donné de notre histoire, été porteurs d'un idéal et qui ont retourné leur veste.

Un philosophe contemporain a dit ceci : « Quand l'intelligence déserte le forum, la médiocrité s'installe et tout finit en dictature. » A ce rythme donc, nul ne devra s'étonner des dérives totalitaires que posent ATT. Confiscation de la liberté d'expression pour tous les partis, privatisation des moyens de l'Etat en faisant des biens publics un usage personnel pour sa réélection, oppression des cadres aux convictions hors commerce...

Combien Maurice Druon avait raison, quand il écrivait : « Trop longtemps porté, le casque déforme la terre » . Pour l'académicien, si les institutions sont faibles, un militaire, habitué aux ordres, est l'ennemi de la démocratie. N'est-ce pas le pendant d'un vers de Cicéron clamant : « Cedant arma togae  » , c'est-à-dire que les armes le cèdent à la toge.

Les intellectuels maliens qui sont devenus de mercantiles cadres du Mouvement citoyen, à dessein, jouent avec le feu dans une poudrière. Nous parlions de débats, qui constituent la sève de toute vie démocratique. Au Mali, ils répondent aux abonnés absents. Je voudrais leur rappeler ces mots d'une grandeur inégalée, qu'Albert Tévoedjré , alors rapporteur général de la Conférence nationale souveraine du Bénin a dit : « L'intelligence et l'imagination au pouvoir, vous avez résolu d'en faire désormais l'axe de notre organisation sociale et politique. Vous voulez que les libertés fondamentales soient garanties pour tous et que nul ne s'arroge le droit de chosifier l'autre et de le mettre à genoux. Notre peuple a souffert dans son histoire la tragédie de l'esclavage et de la condition servile ».

Ce que le Bénin a refusé, il y a 17 ans, ATT y ramène le peuple malien, avec l'aide de mercenaires de la plume, de gogo à la noix qui lui décernent des satisfecits . A la réalité, ATT n'a aucun respect pour son peuple. Il infantilise le Malien, le considérant comme un amnésique. Avec lui, l'histoire de ce pays a commencé en 2002. De ce fait, en imposture, viol de l'intelligence et vandalisme économique, le pays est devenu un cirque où joue un excellent clown.

Les ministres sont dans des monologues insipides et sans contenus. Entre auto-satisfecit et références sans fin ou sans objet au chef de l'Etat, le citoyen Bakaribana est dans les incertitudes sur son lendemain. En 2002, sans débats, ATT est devenu président. Depuis, les choses n'ont guère évolué. Lui-même est incapable de tenir la dragée à qui que ce soit. Son entourage, une représentation de médiocrité ne peut l'y aider. La colonne de mercenaires de la plume à son service, fait de l'analyse de bas étage. Cela est si décevant que les discours présidentiels sont ennuyeux et manquent d'allant. On en vient, comble de misère, à regretter les adresses d'un autre général, Moussa Traoré . A se poser la question d'Alpha Oumar Konaré en juillet 1980 : « Où va le Mali ? » Malheureusement, à reculons. Mais où ? Le constat est amer :

- Un Etat désarticulé ;

- Une société sans repère ;

- Des institutions banalisées.

Les Maliens sont redevenus des citoyens d'un hors monde. Les intellectuels maliens se doivent de redresser la tête. Ils doivent se montrer dignes de confiance et reconquérir les espaces occupés par des politiciens sans foi et sans loi qui, au mépris des valeurs élémentaires de la société malienne, ont tout bradé pour des intérêts égoïstes.

Il faut que l'on se dise une fois pour toutes les vérités suivantes :

- Il n'y a aucun homme providentiel. Donc, seriner à tour de bras qu'ATT est le recours ultime pour le salut du Mali, pour la paix et la concorde relève de l'affabulation et du mensonge.

- Aucun homme politique ne fait dans le gratuit. Il cherche son intérêt et tomber à ses pieds comme l'ont fait les signataires de l'ADP, c'est se faire hara-kiri. A ce genre de comportement, les Bambara disent « se faire dévorer par un caïman sortit de son urine ».

- On ne donne pas de blanc-seing à un candidat ou à un président. Ceci explique cette attitude des patriotes sincères, qui critiquent et critiqueront toujours la gestion des affaires publiques. ATT qui ne veut pas de la critique devra aller gouverner dans un autre pays ou s'abstenir de briguer un autre mandat. Il nous trouvera devant lui s'il veut être candidat.

Le nécessaire sursaut patriotique

Devant le silence ou la complicité des intellectuels maliens, feu Mamadou Maribatrou Diaby , le trublion de la scène politique malienne, ne se privait jamais de fustiger leurs comportements, les accusant d'être à la base des malheurs de ce pays. Propos sûrement exagéré, mais que hélas, confirment certains des cadres de ce pays, dans leurs pratiques de tous les jours !

Contrainte du ventre, perte de repères, inconscience ou parjure, voire de tous ensemble, ces intellectuels s'asseyent à toutes les soupes, troquent aussi facilement de convictions que leur chemise et comble de tout, deviennent d'acerbes mercenaires de la plume au service du plus offrant. En choisissant la solution de facilité, ces intellectuels s'aplatissent devant ATT. Ainsi, ils ont des droits, puisque vivant dans l'entourage du chef. Le mérite n'est plus. La médiocrité est devenue le système de gouvernance sous ATT.

En passant du baume sur la fierté des Maliens, en évoquant à tout moment la grandeur passé de ce peuple, je veux que ces bons messieurs réfléchissent à ces mots de Jean-François Steiner : « Tous les empires sont périssables. Nous en avons vu s'écrouler des milliers depuis que Dieu a appelé Abraham. Nous les avons vus, naître dans le travail, se développer dans l'injustice et mourir dans l'orgueil tués par d'autres empires dont l'étoile naissait » .

Il faut qu'ils méditent sur ces propos de Seydou Badian Kouyaté : « Des peuples enlisés dans leurs passés, ne voyant dans le présent que jouissances, ne sont pas des peuples forts, mais des nations proies » . En continuant à chanter les mérites vrais ou supposés des Soundiata , Babemba, Firhoun , etc. le Mali s'est retrouvé classé avant dernier, par le Pnud .

Or, comme l'honneur est la poésie du devoir, pour citer Alfred de Vigny, et que c'est ATT qui a amené le Mali à ce rang infâme, quel intellectuel peut-il avec décence défendre sa cause ? Au football qui n'est qu'un jeu, un entraîneur aurait été remercié. La gestion d'un Etat est mille fois plus importante. Il faut en tirer les conséquences !!!

Siradiou Diallo, dans une interview donnée à Jeune Afrique en 1989 déclarait avec justesse :  « Tant qu'on n'aura pas trouvé cet équilibre politique fondé sur la tolérance, le respect des institutions démocratiques et de la légalité républicaine, nos sociétés seront en proie à la déstabilisation et à la violence » .

Ces temps-ci, en mission en dehors du Mali, j'ai pu mesurer au contact des amis de notre pays, l'image affligeant et combien négative véhiculée par la télévision dans son rôle de propagandiste du général président. L'un d'eux a fini par avouer « Comment avez-vous pu élire un tel homme après l'élégant mandat d'Alpha Oumar Konaré ? Le Mali est devenu le Zaïre de Mobutu » .

Je voudrais laisser à ATT, à ses affidés, à ses comparses de l'intelligentsia mercantile ces mots de Seydou Badian Kouyaté : « Le pouvoir est comme une source claire et limpide. On la regarde, on s'y regarde, on admire sa limpidité, mais au fond de cette source, le sable n'est pas toujours pur, il y est bien souvent mêlé à la boue...

L'homme est un animal à deux têtes. L'une s'appelle la grandeur, l'autre la médiocrité.

La grandeur naît dans le sacrifice, dans la douleur.

La médiocrité, elle pousse sur la paresse, sur l'insouciance, sur le plaisir... » Ces mots sont tirés de la Mort de Chaka . Cette pensée du Vieux Kouyaté , maître de la parole, est un miroir. A son reflet, on se rend compte que le pouvoir d'ATT est une eau trouble, rien n'y est limpide. La médiocrité sévit au sommet de l'Etat et a métastasé dans les institutions. Paresse, insouciance et plaisir : tels sont les maîtres mots dans la République qu'ATT dirige.

Savoir c'est pouvoir, a-t-on l'habitude de dire. Alors, comment peut-on inverser cette assertion sans conséquence ? La raison court de grand risque quand la main est trop forte, c'est une autre façon d'entendre Cicéron. Les intellectuels maliens ne doivent pas perdre de vue que les libertés fondamentales doivent être garanties pour tous et que nul ne doit s'arroger le droit de chosifier l'autre et de le mettre à genoux.

ATT ne devait pas perdre de vue que son comportement est une insulte à la mémoire des martyrs de la démocratie malienne. En oubliant que le pouvoir, l'autorité et le gouvernement constituent un service, une servitude pour l'intérêt général et non une sinécure, il n'a rien appris de son serment.

C'est un outrage à la fonction présidentielle et les idéologues qui gravitent autour de son système sont autant coupables que lui. Quand l'élection devient la finalité, quand pour y parvenir tous les moyens sont bons même les plus condamnables, alors la nation doit faire écran pour faire échec à la plus grande dérive totalitaire qui menace le Mali.

Docteur Panghalê

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Ubu et la fumisterie

Beaucoup de Maliens se posent sans doute la question : qu'est-ce qui fait courir leur président ? Je suis tenté de leur répondre que ce sont les élections qui font courir à la frénésie le président sortant. Il court dans tous les sens à tel point que si on ne se limitait qu'à l'ORTM, on aurait juré qu'il dispose de dons d'ubiquité. Le signale-t-on à Bourem qu'on le voit surgir à Sofara  ; arrive-t-il à Bamako que le lendemain on l'aperçoit à Nara ; mobilise-t-on les populations de Bougouni que celles de San se mettent en échauffement.

Le moins que l'on puisse dire est que le rythme qu'il s'est imposé est tout simplement époustouflant. C'est qu'ATT a décidé de marquer les futurs électeurs à la culotte ; il a décidé de ne leur laisser aucun répit et de ne pas leur donner une seule minute de penser à autre chose ou à quelqu'un d'autre qu'à lui seul. Mais sa stratégie n'échappe plus à personne : il prend le temps de battre campagne avant de déclarer sa candidature. Et comme maintenant, la confusion des genres aidant, il peut faire le tour du Mali en un jour avec l'argent du contribuable, il ne se gêne pas. Aucun excès n'est de trop. Le candidat peut tout se permettre dès lors qu'il porte les habits du président.

Mais le président n'est pas le seul à courir. Il y a également toute la meute de ses partisans tous zélés les uns que les autres qui courent après lui. Ils disposent de l'agenda d'ATT. Ils affrètent cars et véhicules de transports avec comme bagages des jeunes habillés et drapés souvent avec comme seul mot d'ordre de faire du bruit et se rendre visibles au passage de ATT. C'est de bonne guerre. A chacun ses ambitions et ses objectifs.

Mais dans le lot, il y en a qui, apparemment, ont pris une longueur d'avance. Ils ne se contentent plus d'organiser des meetings de soutien à ATT et d'appeler à sa candidature. Ils ont trouvé mieux. Il s'agit désormais pour eux d'aider ATT à payer sa caution. On aura tout vu. C'est que l'autre jour, le Mouvement citoyen de Sikasso a fait cotiser ses femmes à hauteur de 500 000 francs et ont organisé une cérémonie solennelle de remise de la somme et ont supplié presque ATT d'accepter leur modeste contribution.

Moi j'en étais choqué et je suis sûr que je ne suis pas le seul. Passe encore d' instrumentaliser les femmes, mais vouloir les infantiliser à ce point, je pense qu'il y a des limites à ne pas franchir. Mais comme le dit l'autre, quand les bornes sont franchies il n'y a plus de limites. Or pour ce qui est du sujet qui nous intéresse, les bornes ont été franchies depuis fort longtemps. Et dire que la mascarade de Sikasso se passait dans la foulée des festivités du 8 mars où tout a été dit en faveur des femmes.

Le danger de ce genre de situation ubuesque est qu'il y a toujours une suite. On a pu voir à Hombori , des jeunes remettre la somme de 25 000 francs pour aider ATT à payer sa caution. Et c'est sûr que dans les jours à venir, on verra d'autres catégories de Maliens apporter leur soutien financier pour participer au paiement de la caution d'ATT. De mémoire de Maliens, on n'a jamais atteint un tel degré de fumisterie.

Mais dans cette atmosphère de bouffonnerie, il y a quand même quelques nouvelles rafraîchissantes. La première concerne le cantonnement des insurgés de Kidal. A mon avis, c'est un pas décisif qui a été franchi dans la stabilisation du Septentrion de notre pays. Maintenant, il s'agira, avec le Forum qui débutera la semaine prochaine à Kidal pour le développement des régions du Nord, de trouver les fonds indispensables pour l'intégration de ces zones.

La deuxième bonne nouvelle, concerne l'annonce de la candidature de Mme Sidibé Fanta Diallo à la présidentielle prochaine. Je souhaite qu'elle puisse aller jusqu'au bout. Parce qu'en 1992 et 2002, les femmes qui avaient annoncé leur intention l'ont abandonnée en rase campagne.

El hadj TBM

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