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2007

Mois de mars

Les Echos du 09 mars 2007

APPEL A LA CANDIDATURE D'ATT

Jeamille Bittar joue sa partition

Comme il fallait s'y attendre, le président contesté de la CCIM a appelé mercredi le président ATT à briguer un second mandat. En contrepartie de son soutien, celui-ci va-t-il fermer les yeux sur le 10e bulletin de la Casca qui épingle sa gestion à la CCIM ? Dioncounda Traoré, décidément, fera des émules dans ce pays.

Le Mouvement des entreprises du Mali (Medem), sous la houlette du président de la Chambre du commerce et d'industrie du Mali (CCIM), Jeamille Bittar, a organisé un meeting le mercredi dernier au CICB, au cours duquel, il a demandé à ATT de briguer un second mandat. « Nous demandons à ATT de déposer sa candidature pour un second mandat par devoir de patriotisme. Nous allons le soutenir sans condition » , a opportunément clamé le président de la CCIM et du Medem. Comme nous le signalions dans notre parution de mercredi dernier, le vrai mobile de ce meeting n'était autre que d'inciter ATT à faire acte de candidature.

Cet appel non désintéressé de Bittar s'est fait en présence des ministres du Mouvement citoyen en l'occurrence Hamed Diané Séméga (Energie, Mines et Eau), Djibril Tangara (Développement social, Solidarité et Personnes âgées), Ousmane Thiam (Petites et moyennes entreprises et Promotion des investissements).

Bittar, le Libano-Malien de San, a donc goutté aux délices de la CCIM, qui est devenue sa raison d'être. Une structure dont il a abusé les ressources, si l'on s'en tient au dernier rapport de la Casca. Il lui faut ce soutien inconditionnel à un homme qui n'aime que ça pour échapper à la justice des hommes. Sinon Bittar qui change trop souvent de veste soutenait en 2002 le candidat Adéma, Soumaïla Cissé. Ce meeting est une manière pour lui aussi de dire « merci à ATT pour services rendus ». Il n'est un secret pour personne qu'il n'allait pas se succéder à lui-même sans le soutien de l'ombre du couple présidentiel.

Bittar n'est que honte et déshonneur pour le secteur privé. Il n'a su mobiliser que son propre entourage composé de Modibo Kéita de GDCM, Lanfia Camara, Bakorè Sylla, Hamma Abba Cissé le président des commerçants détaillants, Mme Cissé Fadimata Kouyaté. Le reste du décor était meublé par des enfants et des personnes sollicités pour les besoins de la cause.

Tomota, un mouton noir ?

L'invité-surprise a été le PDG de Graphique Industrie, Alou Tomota, un des ténors du camp Guittèye connu sous le vocable « des Sept milliardaires ». Beaucoup de gens se sont posés la question de savoir si c'est la cause d'ATT qui le rallie à Bittar ou s'il a transgressé les consignes de boycott données par son camp ? Celui-ci a préféré tenir son propre meeting que participer à celui de Bittar, dont le leadership est contesté.

Alou Tomota est l'un des ennemis intimes de Bittar. Ils se sont donnés en spectacle dans les journaux courant 2003-2004 à propos du marché des imprimés de carte grise, des cartes de transport et permis de conduire. Le marché, attribué à Tomota, n'a pas été du goût de Bittar qui venait de créer sa nouvelle imprimerie. Depuis lors, Tomota voit en Bittar un ennemi à abattre à tout prix. Il avait même menacé de créer un groupe de transport pour faire couler Bittar-Trans. La suite du différend s'est jouée aux élections consulaires du 1er octobre.

Participer à un meeting proscrit par son propre camp relève du parjure. Il faut être motivé par l'impunité que procure un soutien à ATT pour accepter un virage à 360°. Dioncounda Traoré, le président de l'Adéma finira toujours par avoir raison, lorsqu'il disait, il y a peu, que si son parti n'avait pas suivi la voie d'ATT, il aurait la Sécurité d'Etat, l'administration et la justice sur le dos.

Alou Tomota accusé dans le livre « ATTcratie : la promotion d'un homme et de son clan » d'avoir bénéficié de marchés juteux et complaisants du régime en place ne fait alors qu'appliquer à la lettre la leçon de l'année donnée par Dioncounda Traoré. Que Dieu sauve le Mali !

Abdrahamane Dicko

Amadou Sidibé

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TRANSPARENCE DES ELECTIONS

ATT est-il sincère ?

Profitant de la Journée internationale des femmes, célébrée hier au CICB, le président de la République Amadou Toumani Touré a déclaré qu'il voulait que les élections à venir se tiennent dans la transparence, la bonne organisation et dans la courtoisie entre les différents candidats.

ATT a également appelé les femmes à voter, tout en les exhortant à lutter contre la fraude. Si notre mémoire ne nous trahit pas, c'est bien la première fois que le chef de l'Etat sort de sa réserve et évoque publiquement les questions de bonne organisation, de transparence et de fraudes. Mais la question qui revient est de savoir si le président est sincère dans ses déclarations ?

A observer tout ce qui s'est passé sur la scène politique nationale, le doute est permis. A commencer par la Céni. A ce niveau, rien ne pouvait empêcher le président de la République d'intervenir pour exiger une représentation du RPM sachant que son président IBK est candidat à la présidentielle. La présence du RPM à la Céni nationale aurait écarté certaines suspicions à ce niveau. Et rien, on le pense, ne pouvait empêcher le président ATT d'user de tout son pouvoir pour « imposer » un représentant du RPM à la Céni nationale, comme l'avait fait le ministre de l'Administration territoriale.

Secundo le président de la République, le sait, on le suppose, que tout un arsenal qui jure d'avec les règles démocratiques et républicaines est mis en branle par ses partisans pour lui offrir Koulouba sur un plateau… de pétrole du Nord. Il suffit d'un seul mot de lui pour que tout cela cesse. Or ATT est ou reste motus et bouche cousue sur les dérives partisanes.

Pour ce qui est de la fraude, il est étonnant que le président ATT ait des inquiétudes à ce sujet au point d'exhorter les femmes à la combattre. En Afrique, tout le monde sait d'où partent les bourrages des urnes, l'élimination des militants de ses adversaires des listes électorales… Arrêtez donc M. le président !

Denis Koné

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MECHAGE

Entre agacements et mensonges

La campagne n'a pas encore officiellement démarré qu'on a l'impression que les élections sont terminées. En tout cas, c'est ce que certains tentent d'accroire aux Maliens. Les propos qu'ils tiennent pourraient schématiquement se résumer à ceci : « Bonnes âmes, ne vous fatiguez pas, ce n'est même pas la peine d'organiser les élections parce que le président sortant gagnera haut la main ». C'est leur droit parce que comme on dit « à la guerre comme à la guerre ».

Tous les moyens sont bons mêmes les non conventionnels. Conséquence, on entend très souvent des Maliens en toute bonne foi dire qu'ils n'iront pas voter parce que les jeux sont déjà faits ; ou d'autres encore pour dire qu'ils ne se fatigueront pas au motif qu'on n'a jamais vu en Afrique un président sortant sorti par les urnes (ce qui n'est pas exact). Heureusement, il y en a aussi qui estiment qu'on ne peut pas passer tout son temps à dire que ça ne va pas et croiser les bras, faire le rond des jambes sans tenter quelque chose.

Ceux qui prêchent la « bonne parole » qui consiste à déclarer que tout est joué ne rendent pas service au président ATT. Voilà un homme qui a pris son bâton de pèlerin depuis maintenant un bon mois pour mobiliser les Maliens autour des élections. Partout où il passe, en France, à Banamba, à Sikasso, à Koutiala, à Ségou, à Accra et demain dans la région de Gao, il exhorte les populations à sortir massivement pour voter pour le candidat sincère, patriote, etc. « On ne peut pas mettre 15 à 20 milliards dans les élections pour un taux de participation dérisoire » martèle-t-il. Et c'est dans son propre camp ou disons ceux qui se réclament de lui qui tiennent un discours contraire.

Il y a deux semaines, j'écrivais que le président sortant risque de traîner ses amis comme des boulets. C'était par rapport aux suspicions et aux discriminations au sein de l'ADP qui ne parvient à s'entendre sur rien du tout. Au passage, je signale que sur RFI l'autre jour, les auditeurs ont pu se demander si Me Mountaga Tall et Me Wahab Berthé de l'URD boxaient dans la même catégorie pour le même camp. Autant on a senti l'enthousiasme débordant du premier tout heureux de son poste de 1er vice-président obtenu avec 13 députés, autant on a senti la lucidité du second qui mettait en avant ce que le consensus aurait pu permettre, mais qu'il n'a pas pu faire.

Mais les difficultés que l'ADP rencontre pourraient n'être que pipi de chat comparées au zèle et aux déclarations mensongères de ceux qui pensent que la meilleure façon de montrer à ATT qu'ils le soutiennent, c'est d'exceller dans l'outrance et dans les excès. On a pu lire l'honorable Hamadaou Sylla, député indépendant, déclarer dans les colonnes de notre confrère du Nouvel Horizon après un meeting plus que mitigé à Koulikoro que « ce que ATT a réalisé en quatre ans n'a pas été pendant quarante ans dans notre pays ». Il ne lui restait plus qu'à dire que le Mali a commencé avec ATT. Il est clair qu'en se complaisant dans de telles déclarations, il raconte des histoires.

Et je suis loin d'être sûr qu'il rend service au président. Banamba dont il est député a eu sa route, ses logements sociaux et son accès au téléphone mobile. Comme tous les Maliens, je suis très content pour eux et de leur intégration dans le pays. Mais il sait très bien que le Mali n'a pas connu ses premières routes, ses premiers centres de santé, ses premières écoles, ses premières infrastructures avec ATT. Il y en a eu avant lui et il y en aura après lui. C'est cela le fameux passage de témoin. Chacun fait ce qu'il peut dans le temps imparti et laisse la place à d'autres. Parce que tout passe sauf le Mali. Les hommes passent, le Mali reste. Tout le reste n'est que forfanterie et propagande de bas étage.

Soutenir ATT peut se faire dans la plus grande élégance, dans l'absolue courtoisie et la totale correction. Il ne faudrait pas que par leur zèle, eux-mêmes ne donnent les verges par lesquelles eux et leur idole seront flagellés.

Pour ce qui est d'ATT lui-même, j'ai cru déceler dans certaines de ses déclarations comme de l'agacement. Et ce qui est regrettable, c'est qu'il répond généralement à ce qu'il considère comme des insultes devant les populations de l'intérieur qui ne savent même pas de quoi il parle. Présentant les faits sous les traits qui l'avantagent, il me donne le sentiment de biaiser. Sinon personne ne l'a insulté alors qu'il ramenait plus de « 500 milliards dans notre pays ». Tout comme par rapport à son absence à Addis-Abeba, il n'y a pas eu d'insultes contre sa personne. Par rapport à l'Accord d'Alger également, il y a eu des personnes qui ont exprimé leur trouble quant à la façon dont les négociations ont été menées. Sincèrement je ne pense pas que cela vaut la peine de soulever des vagues sur un ton outré. Et j'estime qu'il n'est pas heureux dans la bouche du président d'un pays comme le nôtre qui s'est battu pour l'Afrique et qui est prêt à céder tout ou partie de son territoire pour l'unité africaine de dire qu'à Addis-Abeba il n'y a que du bavardage.

Que dire de cette propension à rappeler qu'il est un soldat à chaque fois que quelqu'un s'avise de parler de l'Accord d'Alger ? Le connaissant, je n'ose pas penser qu'il regarde les civils de haut, mais pour avoir bataillé pour ramener la paix dans certaines zones de conflits, il sait sans doute mieux que beaucoup de personnes que la guerre est une affaire trop sérieuse pour la confier aux seuls militaires.

Je ne terminerai pas sans un mot sur les femmes qui ont fêté leur journée internationale le jeudi dernier. Je pense que, sans les avoir totalement mangées, la révolution du 26 mars 1991 a mal récompensé ses héroïnes. Sans elles, le sort du pays n'aurait certainement pas basculé dans le sens qui est le sien aujourd'hui. Or, malheureusement, elles n'ont pas pu s'émanciper. Il y a certes eu des progrès, mais elles continuent toujours à meubler le décor et à jouer les applaudisseuses professionnelles. Elles n'ont aucune visibilité sur le plan politique. A la veille de l'élection présidentielle, il serait bon de rappeler qu'elles ont toujours manqué à l'appel.

En 1992, la seule femme qui ambitionnait de se présenter a subitement disparu en rase campagne. En 2002, la femme qui avait annoncé sa volonté de briguer la magistrature suprême a également disparu dans les méandres du dépôt de sa caution. Cette année, rien ne me dit qu'il y aura une femme qui aura le « courage » de participer.

Au niveau de l'Assemblée nationale, la législature en cours fut un recul en terme de représentativité des femmes. Tout comme au niveau des gouvernements successifs depuis 2002 où l'on a constaté que le nombre a baissé comparativement aux mandats d'Alpha où il y a une qui a occupé le prestigieux portefeuille ministériel des Affaires étrangères. Au sein des départements, on ne croise aucune femme secrétaire générale et on peut compter sur les doigts d'une seule main, et il en restera, les femmes chefs de cabinet.

Au niveau de la haute administration, elles sont invisibles. Il n'y a aucune femme gouverneur et seulement une comme préfète. Je dois signaler qu'il y en a deux qui président d'importantes institutions : la Cour suprême et la Médiature. Or c'est en « exposant » la femme comme chef que certains tabous peuvent tomber. Je leur souhaite bonne fête et la lutte continue.

El hadj TBM

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DOSSIER

L'aura perdue des syndicats

Le syndicalisme (de syndic , venant lui-même du grec sundikos , qui assiste quelqu'un en justice) est le mouvement qui vise à unifier les travailleurs dans des organisations, les syndicats , pour défendre leurs intérêts communs (hausse des salaires, meilleures conditions de travail, baisse du temps de travail, lutte contre le licenciement…)

Le syndicalisme désigne également l'action militante qui cherche à poursuivre les buts d'un syndicat. Dans son sens le plus courant et le plus accepté, le terme syndicalisme s'applique aux syndicats professionnels et dans une moindre mesure aux syndicats étudiants et lycéens .

Au Mali, le syndicalisme a connu ses heures de gloire, avec les luttes d'émancipation, les combats pour de meilleures conditions de vie et de travail.

Tout n'a pas été rose dans ce parcours. Et certainement, aujourd'hui, en tentant de jeter un regard rétrospectif sur le parcours, les acteurs du monde syndical auraient du mal à justifier certaines prises de position, à expliquer certaines accointances. Nous avons connu des moments d'affrontement avec le pouvoir en place comme d'autres dits de « participation responsable » .

Aujourd'hui, les grandes organisations syndicales sont moins puissantes, les syndicats sont certes présents dans la réalité du travail, mais, du fait des divisions et de l'intrusion de plus en plus grandissante d'une certaine politique dans le champ syndical, le milieu semble avoir perdu de sa superbe.

Ce déclin est dû également à d'autres conjonctures comme une insuffisante prise en compte du secteur tertiaire et des PME par les syndicats, la privatisation d'entreprises, un phénomène d'externalisation, l'insuffisante prise en compte du travail féminin, la chute du communisme…

Alexis Kalambry

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SYNDICATS ET PRIVATISATION

Une épine dans les pieds des défenseurs des travailleurs

Dans leur quête du bien-être social, la privatisation est l'une des choses les plus redoutées par les syndicats. Nécessaire pour redresser l'économie d'une entreprise ou d'une société en faillite selon les économistes, la privatisation est perçue en milieu syndical comme source de paupérisation.

Selon Amadou Djéry Bocoum, économiste, la privatisation est la cession d'une entreprise ou d'une société à un privé. Elle a généralement lieu lorsque l'Etat ou son propriétaire ne parvient plus à supporter tous les frais afférents à sa bonne marche.

A ses dires, la privatisation est une des solutions préconisées par les pouvoirs publics ou les propriétaires et leurs partenaires financiers et techniques pour remédier à une disparition inéluctable de leurs moyens de production. Il s'agit, pour eux, à travers la privatisation ou vente à un privé, de relancer la production et assainir l'économie de l'entreprise.

De ce point de vue, selon l'économiste, la privatisation n'est pas une mauvaise chose en soi. Elle permet de contribuer au développement de l'économie nationale par l'augmentation du produit intérieur brut. « La privatisation n'est pas toujours une course au profit, mais une méthode de gestion généralement imposée par les lois du marché » , dit-il. Cette thèse est réfutée par Lassane Coulibaly, membre de l'ancien bureau syndical de l'Industrie du textile du Mali (Itema).

Pour lui, la privatisation, comporte des effets collatéraux qui se manifestent par un licenciement partiel ou total des travailleurs salariés. C'est pourquoi, indique-t-il, dans le milieu des syndicats maliens, elle est la chose la plus redoutée. Elle s'explique, argumente-t-il, par un constat chez nous, que les privatisations se font ou se sont passées dans de conditions qui ne respectent pas les droits des travailleurs.

Aussi, indique-t-il, les licenciés de son entreprise, tout comme ceux de beaucoup d'autres courent jusqu'à présent après leurs indemnités de licenciement alors que « celles-ci devaient être payées dès l'obtention du préavis de licenciement. La plupart des licenciés n'ont pas eu de travail dans l'immédiat. Ils sont partis grossir le lot des jeunes diplômés et chômeurs » .

Partant de l'exemple des privatisations en Europe et du cas d'Airbus en cours en France de nos jours, M. Coulibaly estime que la privatisation n'est pas une mauvaise chose en soi, lorsque le processus est mené dans la transparence et dans un dialogue franc avec les syndicats.

Contrairement à M. Bocoum, M. Coulibaly, voit en la privatisation une course au profit. « Une privatisation bénéficie plus à l'Etat, à celui qui acquiert l'entreprise qu'aux travailleurs » , tranche-t-il.

Selon le syndicaliste si les programmes de réinsertion socio-économique avaient donné tous les résultats escomptés au Mali, les grandes inquiétudes des syndicats sur ce mode de gestion économique et de pérennisation des entreprises auraient été dissipées. Malheureusement, ces programmes de réinsertion sociaux n'ont pas apporté les résultats escomptés. Toutefois, le syndicaliste reconnaît que la privatisation a contribué à sauver certaines entreprises.

Denis Koné

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LES SYNDICATS AU MALI

Tout puissants dans la légalité

Selon Noumadi Kanté, vice-président du Tribunal de la Commune IV, la liberté de se regrouper en syndicat a été rendue possible par la Constitution dans son chapitre I. « Cette disposition essentielle a été renforcée par certaines dispositions du code du travail qui reconnaissent également aux citoyens la liberté de se regrouper en syndicat » . Toutefois, précise-t-il, le code du travail n'impose pas une condition pour la création d'un syndicat.

Si condition, il y a, pour la création et la validité d'un syndicat, elle n'est autre que l'élaboration des statuts qui indiquent l'objectif poursuivi, le siège social, les membres fondateurs. C'est ce document qui est adressé au procureur de la République du siège du syndicat avant d'être déposé au niveau de l'administration locale, qui délivre un récépissé de reconnaissance du syndicat.

Cependant, indique M. Kanté, la délivrance du fameux sésame par l'administration n'est pas une condition de validité du syndicat qui est déjà créé, mais uniquement la réponse au dépôt. En clair, la non obtention du récépissé n'est pas une condition d'annulation du syndicat.

Le syndicat des communes, le syndicat des fonctionnaires et le syndicat professionnel sont les trois types de syndicats que nous rencontrons au Mali. Le 1er est un établissement public créé par les communes pour gérer en commun les tâches de leur développement. Groupement de même nature, le syndicat des fonctionnaires est créé par les agents de l'Etat. Par contre le syndicat professionnel est un syndicat créé par les travailleurs tels que le syndicat des banques, des miniers, etc. Il s'intéresse plutôt aux privés.

Les limites de l'activité syndicale sont fixées par la loi. « Un syndicat a la liberté de défendre les intérêts de ses membres, mais dans la légalité » . Ce qui implique qu'il a le droit de grève, de revendiquer, de défendre un de ses membres qui est en difficulté vis-à-vis de l'employeur ou de l'administration.

En tout état de cause, un syndicat ne peut jamais aller en grève sans observer le service minimum. « Sinon il violerait la légalité constitutionnelle. Il a le droit d'éduquer ses membres dans le sens de la légalité et de la bonne citoyenneté » . Néanmoins, lors des négociations avec le gouvernement ou le patronat, si des engagements ont été pris mais jamais exécutés ou respectés, le syndicat est en bon droit de faire constater l'existence de ses engagements par la justice et de demander leur exécution.

Mais le problème qui existe avec l'Etat, commente Noumadi Kanté, « il n'y a pas de voie d'exécution forcée contre lui. Car, l'on est toujours obligé de négocier avec l'Etat même en ayant en main une décision de justice » .

Mohamed Daou

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CE QUE J'EN SAIS

Une force de changement

Un syndicat est une association de personnes qui a pour but de défendre les intérêts professionnels et économiques de ses membres (salariés, ouvriers, cadres, patrons, professions libérales). Le syndicat cherche à faire aboutir des revendications en matière de salaires, de conditions de travail, de prestations sociales... A première vue, les intérêts primordiaux de l'employeur et ceux des salariés peuvent apparaître contradictoires.

Si la finalité de l'entreprise est la satisfaction du client, le profit est le moyen de son existence qui prend aujourd'hui souvent la valeur obsédante d'un absolu. Le salarié, quant à lui, est motivé en premier lieu par le besoin de gagner sa vie. D'où certaines tensions qui peuvent conduire à l'affrontement. Le syndicalisme prend alors tout son sens de structure de lutte. Son action est également dans ce cas une résistance au poids des impératifs économiques et financiers, lorsqu'ils dictent comme étant la seule voie le mépris des hommes et des femmes.

Au-delà de ces considérations socioéconomiques et corporatistes, le syndicat apparaît le plus souvent comme une structure de lutte, de résistance. Par nature, le syndicalisme a une dimension de lutte, puisqu'il est le droit reconnu aux travailleurs de s'unir pour défendre leurs intérêts. Mais, cette lutte peut être politique. En effet, la lutte des travailleurs, qui vise à parvenir au progrès économique et social, conduit à exiger un système politique démocratique car les divergences de vue entre les pouvoirs et les syndicats peuvent être nombreuses.

Les syndicats estiment généralement que les dirigeants politiques élus par les peuples et soumis aux sanctions du vote, sont enclins à gérer pour le bien être des peuples contrairement aux despotes qui n'ont de compte à rendre à personne. Ainsi, les syndicats ont participé activement, avec d'autres organisations de la société civile, aux mutations politiques, sociales et économiques profondes que connaît le monde, particulièrement l'Afrique.

Sur le continent, les exemples de l'engagement des syndicats sur le terrain politique ne manquent pas. Récemment, ce sont les syndicats qui ont poussé le régime guinéen à des concessions politiques inimaginables comme la nomination d'un Premier ministre indépendant du pouvoir en place. Dans notre pays l'Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) a énormément contribué à la chute de la dictature du général Moussa Traoré.

Cette centrale syndicale a été l'une des premières organisations de la société civile à réclamer la démocratie. En Zambie, la campagne pour la démocratisation du système politique a été menée par des syndicats. Leur lutte a abouti à l'organisation d'un référendum qui a introduit des modifications constitutionnelles qui ont mis fin au système du parti unique. Quelques années plus tard, un syndicaliste a été élu président de la République de Zambie. En Amérique latine, des syndicalistes ont été portés à la tête de leur pays (Brésil et Bolivie).

Selon des analystes, la conception des rapports entre syndicalisme et politique représente une ligne de clivage forte à travers l'histoire syndicale. Mais, à notre avis, dans une démocratie bien comprise, syndicalisme et politique ne doivent pas être liés, au sens de dépendants l'un de l'autre. L'exercice sain de la démocratie requiert en effet une stricte distinction des responsabilités entre actions syndicale et politique. Les syndicats appartiennent à ce que l'on appelle la société civile, c'est-à-dire des personnes organisées pour des objectifs qui leur sont propres, hors des sphères politique et étatique.

Les organisations de la société civile jouent un rôle considérable dans la structuration de la société et dans le débat politique. Au sein de la société civile, les syndicats ont plus particulièrement pour mission de représenter et défendre les intérêts des travailleurs, d'alerter l'opinion publique sur la situation connue dans le monde du travail et d'apporter leur expertise d'acteurs proches du terrain. La sphère politique, quant à elle, a pour fonction d'agréger les divers intérêts qui s'expriment dans la société afin d'élaborer des décisions conformes à l'intérêt général.

La politisation est un facteur de l'affaiblissement du syndicalisme. Beaucoup de nos organisations syndicales, surtout celles de l'éducation nationale, foncent malheureusement sur ce piège. Croyant prendre l'Etat, les élèves et les parents d'élèves en otage, elles œuvrent le plus souvent à leur propre affaiblissement.

Moussa Bolly

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POLITIQUE ET SYNDICALISME

La CSTM opte pour l'autonomie

Le secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Mali, (CSTM), Hamadoun Amion Guindo, définit le syndicalisme comme une volonté des travailleurs et travailleuses de communiquer en s'organisant pour mieux défendre leurs intérêts matériels et moraux. De l'avis de M. Guindo, le syndicaliste doit se démarquer de la politique sans pour autant l'abandonner.

Selon lui, il y a des syndicalistes qui acceptent de s'aliéner à la politique, estimant que leurs doléances seront prises en compte lorsqu'ils accordent leur soutien électoral à un homme politique. Le patron de la CSTM est surtout favorable à ce qu'il appelle, le syndicalisme libre et indépendant. «  Pour éviter de subir toute influence, la CSTM souhaite travailler dans le partenariat avec les politiques » , précise-t-il.

Cette démarche permet, aux yeux de notre interlocuteur, d'avoir une marge de manœuvre pour plaider ce qu'il y a de mieux pour l'ensemble des travailleurs.

A la CSTM, on pense que la liberté syndicale n'est pas réelle au Mali. M. Guindo soutient que, théoriquement, la législation du travail approuve l'autonomie syndicale. Mais, « dans la pratique, il faut reconnaître que l'Etat est trop impliqué dans le choix, le financement et la gestion des revendications » , note-t-il.

C'est dire que, malgré son dynamisme, le syndicalisme malien est confronté à certaines difficultés. Au nombre de celles-ci, le chef de la CSTM pointe un doigt accusateur sur le climat politique actuel qui n'est pas favorable à la contradiction. Toutes choses qui constituent, selon lui, un obstacle à l'épanouissement d'un syndicalisme libre.

Amadou Waïgalo

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TIBOU TELLY, SGA DE L'UNTM

« L'ouverture démocratique est partie de l'UNTM »

« Le déclic du sursaut ayant abouti aux événements de mars 1991 a été donné au 7e congrès de l'UNTM en 1985. J'étais le rapporteur général et secrétaire du congrès avec le camarade Me Amidou Diabaté du Syntade dans la commission de résolutions générales. C'était le ras-le-bol, Les gens n'en pouvaient plus. Il fallait en découdre avec le régime en place. Tout le monde se disait : ou c'est la victoire, ou c'est la mort. Des gens doutaient si on pouvait répéter les mêmes propos devant Moussa Traoré qui présidait la clôture des travaux du congrès. Dans les résolutions, on avait dit que le peuple malien se trouvait dans son dernier retranchement et qu'il fallait tout faire pour éviter un mouvement insurrectionnel qui pouvait nous être fatal. Mais Moussa ne l'avait pas compris.

Il faut dire que nous nous sommes retrouvés ensuite dans la mouvance de la chute du mur de Berlin avec le déclin du socialisme, la conférence de La Baule en France demandant l'ouverture démocratique dans le continent. L'UNTM est allée par la suite à un conseil central extraordinaire en mai 1990. Un conseil placé sous haute surveillance et infiltré par la Sécurité d'Etat. Avec une majorité écrasante, nous avons pris la décision de faire réviser l'article 5 de la Constitution et qui devait enlever au parti UDPM son caractère constitutionnel et de parti unique permettant l'ouverture politique.

Tout est parti de là y compris le foisonnement d'associations démocratiques. Même le marcheur solitaire qui a été traqué par les forces de l'ordre a pris cette initiative après notre conseil. Avant personne n'osait se manifester et prendre une décision publique que celle édictée par le pouvoir de Moussa. Bakary Karambé notre secrétaire général, à qui il faut rendre un vibrant hommage, n'a pas été tendre avec Koulouba qui avait essayé de l'intimider. Il a répondu qu'il n'a de compte à rendre qu'à ses mandants et que ceux qui sont en train de parler n'ont rien compris de l'histoire politique de notre pays.

Pour répondre coup pour coup Bakary Karambé a pris la décision le 11 mars 1991 de la grève générale illimitée jusqu'à la démission du président de la République et du gouvernement. Trop de sang avait coulé. Les militaires sous la direction d'ATT, ont parachevé le reste ».

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

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SYNDICALISME AU MALI

Des travailleurs se prononcent sur leur syndicat

I. K.   (ONP)   :

« Notre syndicat ne joue pas du tout son rôle. Jusqu'à présent on n'a pas eu nos salaires. Je dirai même qu'il n'y a pas de syndicat à la poste. Aussi le gouvernement se fiche de nous. La poste est en train de vivre de ses minimes recettes. Notre ministre doit être interpellé par l'Assemblée nationale pour savoir ce qui ne va pas à la poste. Ce que je viens de dire est l'avis de tous les agents de la poste ».

T. D. (Sonatam)   :

« Le syndicat fonctionne à merveille à la Sonatam. On a nos salaires à temps. On ne se plaint de rien. La Sonatam n'a aujourd'hui aucun problème. A ma connaissance, notre syndicat n'a jamais été incapable de régler nos problèmes ».

A. S (Sotelma)  :

« Je travaille à la Sotelma, mais je ne sais pas si on a un syndicat ou pas. Je viens chaque jour travailler et retourner. J'ai à la fin de chaque mois mon salaire qui n'a jamais pris de retard. Les travailleurs de Sotelma ont rarement des problèmes avec la direction ».

S. M. (agent à la mairie)  :

« On a un syndicat très efficace. A mon avis le syndicat de la mairie joue bien son rôle, mais il doit encore renforcer ses activités. Parce que bien qu'il joue son rôle, on a permanemment des problèmes ».

Propos recueillis par

Sidiki Doumbia

( stagiaire )

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OpeneNRICH

 

 




 
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