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2007

Mois de mars

Les Echos du 05 mars 2007

IL FAUT LE DIRE

Rien de rien

Rarement le chef de l'Etat aura fait preuve de pugnacité qu'à Koutiala à l'occasion de sa récente visite. Là-bas, pour une ampoule d'éclairage public grillée, il a réprimandé le maire. Le couteau entre les dents, il l'a menacé de sanctions en cas de récidive. L'édile était pauvre comme Job.

Dans un autre Etat, tous les autres « malfrats » auraient pris leurs jambes à leur cou. Parce que quand le président s'engage à punir une négligence sur laquelle on peut passer, quel serait, s'interrogerait-on alors, le sort de tous ces citoyens qui vivent du sang du peuple ; qui détournent ou dilapident, sans rémission, le denier public. Ils seraient peut-être été envoyés à la potence ! Ici, on en rit sous cape.

Car, à analyser la situation, on ne peut s'empêcher d'avoir le sentiment, qu'au Mali, en principe Etat de droit depuis bientôt 20 ans, la justice et les blâmes n'existent que pour les pauvres. Il suffit d'avoir une « couverture » pour que vos actes pendables soient sinon pardonnés, du moins justifiés.

Sinon comment comprendre que le 1er rapport du Vérificateur, qui fait état de plusieurs milliards de F CFA de manque à gagner, qui cite nommément des présumés coupables soit encore dans les tiroirs alors que l'un des engagements du chef de l'Etat pour le Mali en 2002 portait sur la lutte contre la corruption ? Et le 10e Bulletin de la Casca qui démontre que des centaines de millions de F CFA ont été pompés des caisses de l'Etat ? Et les scandales autour de marchés publics attribués dans des conditions douteuses. Le président ignore-t-il encore ces faits ? Les accusés sont-ils plus Maliens que le maire de Koutiala ? Sans doute, d'un certain point de vue.

Mais, entre nous, que représente une ampoule grillée face à la prédation généralisée ? Que vaut un défaut d'éclairage public à côté des fuites d'eau, de l'utilisation abusive des climatiseurs dans les services ? Le boss ne sait-il pas aussi que des véhicules de l'Etat servent plus des intérêts égoïstes que les motifs pour lesquels ils ont été acquis à la sueur du front du peuple ?

S'il y a bien nécessité de moraliser la vie publique, il faudrait alors partir de haut en bas pour ne pas donner l'impression à ses concitoyens, qu'à l'orée des élections, tous les moyens sont bons pour s'attirer toutes sortes de sympathies.

A. M. T.

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COOPERATION

Les femmes de l'Afrique de l'Ouest, centre d'intérêt des Italiens

Sous le signe d'un nouveau type de partenariat, l'Italie s'engage aux côtés des femmes de la région Afrique de l'Ouest. Pendant deux jours, Bamako a été le point de convergence d'Italiens et de femmes de l'Afrique de l'Ouest dans le cadre d'un dialogue fécond.

Depuis une trentaine d'années, la coopération italienne est active dans notre pays et dans plusieurs autres Etats africains dans les domaines de la santé, de l'agriculture, entre autres. La péninsule veut quitter les sentiers battus en ajoutant à la traditionnelle coopération bilatérale et multilatérale, le partenariat direct avec les femmes.

Bamako a servi de cadre pour le lancement de cette nouvelle forme de partenariat entre l'Italie et le continent. Environ une vingtaine de délégations ministérielles venues de l'ensemble des pays de l'Afrique de l'Ouest ont pris part du 2 au 3 mars 2007 à cette rencontre.

« Les femmes protagonistes : dialogue entre les femmes de l'Afrique de l'Ouest et la coopération italienne » , était le thème de cette conférence internationale. Plusieurs sujets étaient au cœur des débats. Ils étaient relatifs à la lutte contre la pauvreté et « empowerment » économique ; la santé, droits de la reproduction et lutte contre les violences faites aux femmes ; la présence des femmes dans la gouvernance et dans les situations de conflit et post-conflit ; les migrations, etc.

La conférence, initiée par la coopération italienne à Bamako en symbiose avec les gouvernements, les agences internationales et surtout la société civile, se veut une occasion de lever les obstacles liés au développement social des femmes de cette partie du continent. L'objectif est d'ouvrir une vision large des politiques de genre en vue d'amorcer un dialogue avec les acteurs concernés.

Plus de 9 milliards dans la cagnotte

La vice-ministre italienne déléguée à la Coopération, Patrizia Sentinelli, a déclaré, qu'il « s'agit là d'une première étape d'un nouvel élan de la coopération italienne. Il s'agit ici d'une nouvelle volonté d'introduire dans les politiques de coopération multilatérale de nouvelles formes de partenariat » . Selon elle, l'Italie, par le biais de la coopération décentralisée, l'activisme pacifiste et la participation directe de la société civile du Nord comme du Sud, peut représenter une force de changement dans le concert des nations.

En termes de retombées financières, l'Italie décide de mettre dans la cagnotte symbolisant le partenariat en gestation, une enveloppe financière de 6,5 à 9,8 milliards de F CFA. Selon la vice-ministre italienne, ce n'était pas, pour eux, une conférence de donation, mais une conférence politique placée sous le signe des échanges pour connaître à fond les préoccupations des femmes.

Une conférence du genre est prévue courant mai 2007 à Rome en faveur des Somaliennes, a promis Mme Sentinelli.

Les femmes des organisations paysannes de l'Afrique de l'Ouest, des alter mondialistes comme Aminata Dramane Traoré et d'autres organisations de femmes de la société civile ont pris part aux travaux. Elles vont remettre à la partie italienne la déclaration dite « déclaration de Bamako » retraçant leurs points de vue, suggestions et préoccupations sur la conférence.

Abdrahamane Dicko

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IBK, PRESIDENT DU FDR :

« Rien ne nous ébranlera »

Profitant samedi au siège du Parena de la présentation du présidium du Front pour la démocratie et la République (FDR) dont il est le président, Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK), n'est pas allé par quatre chemins pour fustiger la campagne anticipée « hautement désobligeante » entreprise par le président de la République sortant. Plus que jamais confiant, IBK s'est dit au nom du Front, totalement prêt pour faire mordre la poussière à ATT lors de l'élection présidentielle d'avril prochain.

« Homme de raison nous sommes, mais homme de réédition et d'allégeance, nous ne saurons jamais l'être » . Ainsi s'exprimait le 3 février dernier au siège du Parena face à la presse, le président du RPM, et désormais président du FDR créé le 25 février dernier à l'initiative de l'ADJ. Venu pour informer les journalistes de la mise en place du présidium du Front, IBK entouré de Tiébilé Dramé du Parena, de Mamadou Sangaré dit Blaise de la CDS, d'El Madani Diallo de l'ADJ, d'Issa Diarra de Convergence-2007, n'a pas fait dans la dentelle pour dénoncer certaines dérives « hautement » dangereuses pour notre démocratie en l'occurrence, la campagne électorale anticipée entreprise par le président de la République sortant depuis un certain temps.

« La démagogie a ses limites. La campagne anticipée en cours est hautement désobligeante à telle enseigne que la Céni a appelé de manière ferme leurs instigateurs à mettre le bémol. Nous n'avons pas besoin de folklore électoraliste. Tout ce qui est excessif est insignifiant. Ce qu'on voit aujourd'hui déshonore ceux qui le font. User mais pas abuser » a-t-il averti.

Pour autant, IBK qui dit avoir pour souci le Mali, un pays au travail, confiant en lui-même… reste plus que jamais serein. « Rien ne nous ébranlera. Nous sommes inébranlables. Ce qui se passe aujourd'hui constitue un recul fantastique pour notre démocratie. Que d'affairistes, que de clientélistes… cela nous fait peur ! » . Et d'ajouter qu'ils sont totalement prêts pour battre ATT en avril prochain.

Habité par la foi en Dieu, le président du FDR a laissé entendre que « l'homme a beau être intelligent, il ne sera jamais l'être plus que celui qui l'a créé » . Selon lui, nous sommes loin d'être en démocratie. « Nous sommes dans un système qui frise le culte de la personnalité » . Visiblement remonté et déçu, IBK sans procès d'intention mais appréciant les faits, n'a cessé de s'interroger. « Où en est-on avec la démocratie malienne aujourd'hui ? Que sommes nous devenus ? Des hommes politiques aplatis, rampants dans le plus grand irrespect de leur base pour des prébendes » . Alors que le combat démocratique qui date de longtemps est jonché de pages de gloire. Telle est la conviction de ceux qui sont au Front.

« Les Maliens ont souci de manger que de voir tous les jours à la télé des inaugurations par-ci et par-là. Ils ne vivent pas de ça. Les logements sociaux ont commencé sous notre gestion. Mais, on n'a jamais entendu parler de Konarébougou. N'est pas démocrate qui le veut. C'est à l'usage qu'on reconnaît le démocrate » , a humblement rappelé IBK qui s'est encore interrogé sur le sort de l'école malienne. « Le niveau de l'école a baissé. Cela est inquiétant. Quel discours sera tenu en des lieux où se décide le sort du Mali ?»

Au sujet de l'ORTM, qui serait à la solde de Koulouba, il a été appuyé par Tiébilé Dramé et Mamadou Sangaré dit Blaise. A l'unanimité, ils ont indiqué que les médias publics appartiennent au public. « Ce qui se passe à l'ORTM est honteux. Mais je comprends que c'est imposé aux cadres, aux journalistes de l'ORTM. C'est évident que ce n'est pas digne de notre pays. L'on n'agresse pas, l'on ne violente pas tout un peuple de cette façon » , a déploré M. Dramé. « Si l'ORTM n'arrête pas, nous allons arrêter l'ORTM » , a menacé Blaise.

IBK qui s'est soumis à la curiosité des journalistes, a précisé qu'au Front, il n'y a pas de bousculade pour la préséance. « Notre souci, c'est le Mali. Le bureau du Front a été mis en place de manière sereine. Ainsi va le Front, ainsi ira le Front » , a-t-il dit. Foncièrement convaincu de la justesse de leur combat, le président du FDR a assuré que le Front n'est pas et ne saurait être un rassemblement d'aigris, « mais en colère contre ce qui se passe » .

Mohamed Daou

Bureau du FDR mis en place le 2 mars 2007

Président : El hadj Ibrahim Boubacar Kéita (RPM)

1er vice-président  : Tiébilé Dramé (Parena)

2e vice-président  : Soumeylou Boubèye Maïga (Convergence-2007)

3e vice-président  : Mamadou Sangaré dit Blaise (CDS)

4e vice-président  : Abdoul Traoré dit Diop (ADJ)

5e vice-président  : Me Mamadou Gakou (COPP)

Secrétaire général  : El Madani Diallo (ADJ)

Secrétaire général adjoint  : Amadou Sidibé (PDR)

Trésorier  : Issa Diarra (Convergence-2007)

Trésorier adjoint  : Mamadou Bagayogo (CDS)

Porte-parole  : Djiguiba Kéita dit PPR (Parena)

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Petites phrases

Fraude planifiée

Selon IBK, la fraude est déjà là avec les 7,2 millions d'électeurs annoncés par la Céni puisque craignant les risques de doublon. « A ce jour, il n'existe aucune information fiable, sur la localisation des bureaux de vote, ni leur nombre. Aucune clarté sur le nombre de ceux qui vont être chargés d'animer les bureaux de vote à moins de 2 mois du scrutin. Cela nous inquiète » .

Audit

Face au complot qui se tramerait déjà, IBK a annoncé qu'ils vont demander dans les jours à venir l'audit du fichier électoral afin de tirer les choses au clair. « Il était facile de tout entreprendre et imaginer contre IBK isolé, mais aujourd'hui par la grâce d'Allah ce n'est plus le cas. L'audit du fichier électoral sera demandé. Ce qui va se passer dans quelques semaines sera passé par beaucoup de loupes par ceux qui ont un patriotisme fondé » .

Moyens de l'Etat

IBK a accusé le président sortant d'utilisation abusive des moyens de l'Etat aux fins de campagne anticipée. En témoignent ses nombreuses sorties ces derniers temps à l'intérieur du pays. « Nous n'avons pas le patrimoine de l'Etat. Qu'à Dieu ne plaise, nous n'en ferons jamais usage » .

Le gouverneur du district en mire

Les prises de position du gouverneur du district, Ibrahim Féfé Koné, à l'égard du Mouvement citoyen ne sont un secret pour personne. Il participe aux meetings et autres manifestations organisées par celui-ci. Alors que son statut lui impose la neutralité. Pourtant, c'est lui qui est encore chargé de désigner les présidents de bureaux de vote, les assesseurs dans le district. Conscient que le gouverneur a pris fait et cause pour le camp présidentiel, le 1er vice-président du FDR, Tiébilé Dramé a demandé sa démission pure et simple pour éviter les fraudes à grande échelle. Aux gouverneurs de région et aux préfets, il leur a demandé de se ressaisir pour le bonheur de notre démocratie pluraliste.

Rassemblées par M. D.

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MALI

Les problèmes d'ATT

Le président de la République du Mali a visiblement des problèmes de compréhension de la démocratie dans son essence.

En l'espace de quelques jours, le chef de l'Etat, Amadou Toumani Touré a subi deux « affronts » selon sa définition de la fonction présidentielle. A Montreuil, dans cette banlieue chaude de Paris où plus de 6000 immigrés économiques maliens tentent de gagner dignement leur vie, où on lui avait promis un accueil triomphal, il s'est fait proprement huer par des compatriotes qui le suspectent de gérer sur leur dos une entente sécrète avec le démagogue en chef de France et ci-devant ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.

Puis, lors de la signature du protocole FDR, des leaders politiques lui ont rappelé qu'il aura des adversaires face à lui et qu'il devra défendre son bilan. Enfin, dans une interview accordée à un hebdomadaire parisien dont le propriétaire est un ami personnel d'ATT, Ibrahim Boubacar Kéita n'a pas pris de gants pour dénoncer une gestion erratique et patrimoniale du pouvoir.

Ces différentes péripéties, quoique banales en démocratie, ont suffi à hérisser le peu de cheveu que le général porte sur la tête. Selon les comptes rendus faits par les médias et non encore démentis, lors de la pose de la première pierre de ce qui est prévu être l'hôpital régional de Sikasso, il a parlé des gens qui « insultent » sa personne avant de prononcer un « je m'en fous » retentissant. Passons sur la familiarité du langage tenu et venons-en au fait.

M. le président n'a pas du tout été « insulté » , en tout cas pas par les animateurs du Front pour la démocratie et la République. Il y a là un sérieux problème de sémantique. Les opposants ont critiqué sa gestion de l'Etat. Entre l'injure et la critique, ATT a intérêt à comprendre que la nuance est énorme. Et malheureusement, en démocratie, le chef n'a pas le choix, il devra vivre avec la critique.

Il revient là une constante dans la gouvernance ATT et sur l'attitude de l'homme envers les autres. Le 26 mars 1991, en faisant irruption sur la scène politique, ATT est devenu un « héros » tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du Mali. Il est sans doute celui qui a permis au mouvement démocratique de porter l'estocade finale au régime nécrophage de l'UDPM. Pendant 10 ans, ATT a bénéficié de cette aura et se bâtissait tranquillement une statue de mythe. Mais il lui était très difficile de résister aux dizaines de pressions exercées sur lui pour revenir aux affaires.

Une fois installé à Koulouba, ATT croyait sans doute perpétuer ce mythe, rester intouchable ou gouverner le doigt dans le nez. Non ! Il ne reste plus que la Corée du Nord au monde où personne n'ose critiquer le président. Y a-t-il des Maliens qui ont envie d'émigrer à PyongYang ? Soyons sérieux… ATT doit comprendre qu'il est président d'un pays démocratique. Que cette démocratie porte une mémoire qui se trouve au Carré des martyrs, au cimetière de Niaréla. Ces hommes et femmes ont donné leur vie pour permettre à leur peuple de parler librement, sans peur ni crainte.

Le Mali n'est pas le Sénégal

Et ATT doit également reconnaître la valeur morale et patriotique de ses adversaires, leur droit absolu de briguer la présidence de leur pays. Leur cursus démocratique prouve, si besoin en est, leur amour du Mali et leur engagement en faveur de la liberté. S'il ne s'en souvient plus, il paraît utile de lui brosser un portrait rapide de ses futurs adversaires pour qu'il se convainque qu'il n'a pas affaire à des voyous mais à des hommes respectés et respectables.

Soumeylou Boubèye Maïga est reconnu, même par ses plus farouches ennemis, comme une des pièces maîtresses du Mouvement démocratique de mars 1991. Il n'a jamais eu peur de Moussa Traoré et risqué plusieurs fois sa vie en s'engageant ouvertement dans la contestation. Il a permis à la démocratie malienne de prendre racine quand bien même certains des supporters les plus zélés d'ATT aujourd'hui, des individus qui n'ont jamais été des démocrates, avaient juré de renverser Alpha Oumar Konaré par la rue ;

- Ibrahim Boubacar Kéita, en avril 2002, aurait pu mettre le Mali à feu et à sang si, par patriotisme, il n'avait pas empêché ses partisans de réclamer justice après la forfaiture du Conseil constitutionnel. Comme Premier ministre, il a administré les preuves de son sens élevé de l'Etat et des ses compétences. A l'Assemblée nationale, il a donné une dignité au mandat de député ;

- Tiébilé Dramé a acquis ses lettres de noblesse dans la lutte du mouvement étudiant contre la dictature du général Moussa Traoré. Eh oui, M. le président, quand Tiébilé, ami de Cabral, se battait contre Moussa, vous étiez malheureusement de l'autre côté ! Défenseur engagé des droits de la personne, observateur des Nations unies à Haïti et Fellow d'une des plus grandes universités américaines, M. Dramé est un homme à qui on doit le respect ;

- Oumar Mariko pourrait faire l'objet de toutes sortes d'attaques, mais personne ne lui reprochera de manquer de courage et d'amour pour le Mali. Dans les chaudes journées de janvier et mars 1991, alors que des millions de Maliens se réfugiaient derrière des murs, Oumar Mariko, ne l'oubliez pas, dirigeait le fer de lance de la révolution, le mouvement étudiant. Si Moussa Traoré est tombé c'est aussi quelque part par la bravoure de Dr. Mariko ;

- Le Pr. Abdoul Traoré dit Diop est un pionnier de la culture et de l'information libre au Mali parce qu'il fait partie des fondateurs de la Coopérative culturelle Jamana. Libre d'esprit et de parole, ce chirurgien reconnu par ses pairs n'a pas besoin de passer un concours national pour prouver son patriotisme.

Nous le voyons donc, ATT ne peut se permettre une poussée d'urticaire parce que ces hommes lui font des reproches ou le critiquent. Nous avons l'impression que, phagocyté par les louanges des gens qui profitent de son pouvoir, ATT est en train de succomber au syndrome du messie incompris. On lui a tellement servi la sérénade de l'homme providentiel qu'il a perdu de vue qu'il est un Malien parmi d'autres, un humain qui peut et doit être critiqué. Son statut de général et de tombeur de Moussa Traoré n'est pas non plus un antidote aux critiques.

Des généraux cent fois plus célèbres (par la politique et les faits d'armes) sont passés par là : Charles de Gaulle, le leader de la France libre, a été mis en ballottage par François Mitterrand, conspué par les étudiants de mai 1968 et sévèrement malmené par les médias sans qu'il n'y ait un drame.

Le général Dwight Eisenhower, architecte du débarquement de Normandie et président des USA s'est plusieurs fois fait traiter de « crétin » ou d'individu « irrationnel » par ses adversaires sans que le ciel ne leur tombe sur la tête. Un ancien Premier ministre du Canada qui n'avait pas la langue dans la poche disait : « Le plus grand danger du pouvoir, c'est de s'entourer de laquais et de gens sans envergure intellectuelle qui ne te critiquent jamais. Je vous jure qu'un homme à qui on dit tout le temps oui monsieur , parfait monsieur , finit par devenir un dictateur, donc un mauvais leader. Il n'acceptera plus son statut de simple citoyen ».

Il serait important que les Maliennes et Maliens se rappellent que la démocratie ne meurt que quand on ne s'en sert pas. Ceux qui croient que le cas Wade au Sénégal (réélection triomphale au 1er tour) est transposable mécaniquement au Mali sont des aventuriers dangereux qui risquent de semer le désordre. Wade et ATT n'ont ni le même cursus ni la même histoire.

Wade a passé 26 ans dans une opposition démocratique, passant une partie de son temps en prison, humilié et traité de « fou » . La relation qu'il a bâtie avec les Sénégalais l'a été dans le temps, la douleur et l'espérance. Au lieu de conclure à des similitudes hâtives, un minimum de connaissance de la sociologie sénégalaise est utile.

Le Mali a besoin d'un président visionnaire et déterminé à combattre la corruption, l'impunité, l'incivisme et la médiocrité. Pas d'un messie tropical que personne n'ose critiquer. Et seul le peuple malien décidera souverainement de son avenir.

Ousmane Sow

( journaliste , Montréal)

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PRECAMPAGNE A NIAMAKORO

ATT nuitamment aperçu dans une mosquée

A quelques encablures de la présidentielle, ATT n'est pas seulement omniprésent à la télévision, il fait aussi des déplacements nocturnes. A Niamakoro où il a été aperçu vendredi dernier après 20 h, il a remis un chèque de 10 millions destinés à achever les travaux de construction de la mosquée de Batiékorobougou.

A bord de quatre véhicules banalisés et un autre du commissariat de police du 10e arrondissement, ATT s'est rendu dans la nuit de vendredi à samedi, à la mosquée de Batiékorobougou jouxtant l'ancien marché de Niamakoro en Commune VI.

Il n'était pas venu pour prier puisque l'hôte de la mosquée et ses gardes du corps sont arrivés bien après la dernière prière de la journée, « Safo » aux environs de 20 h. L'imam de la mosquée, Mamadou Traoré et son entourage, qui étaient certainement avertis de cette visite, étaient restés pour accueillir leur hôte.

ATT n'a pas perdu de temps pour aborder le sujet qui l'a conduit en ces lieux. Il a dit à ses interlocuteurs qu'il avait déjà prié dans cette mosquée et qu'il avait promis de donner une contribution pour achever les travaux d'extension en cours. Il a aussitôt tendu un chèque de 10 millions de F CFA à l'imam.

Ce chèque de 10 millions de F CFA, qui défraie la chronique à Niamakoro, s'interprète en cette veille de campagne électorale, comme une manière pour ATT, qui prépare sa réélection, de se faire des voix parmi les fidèles musulmans. Une donation à une maison de Dieu comme la mosquée est bien un acte de foi s'il vient du fond du cœur. Mais, il ne doit en aucun cas être sous-tendu par une autre motivation que Dieu.

La question qui taraude les esprits est que l'extension de la mosquée de Niamakoro est en cours depuis plus de six ans, pourquoi n'y avoir pensé qu'à ce moment précis ? Pour certains, les 10 millions sont insignifiants pour finir le bâtiment à moitié dallé. Les travaux dans l'ensemble n'ont pas dépassé 55 %.

Des populations de Niamakoro voient plutôt en ce don, un cadeau qui va au contraire semer la discorde et la suspicion entre les gestionnaires de la mosquée. Selon certaines personnes, la manière la mieux pensée et désintéressée pour ATT serait, de prendre en charge la totalité des travaux sous la conduite d'une entreprise de construction.

ATT, de source informée, n'est pas à son premier coup. Il s'est lancé depuis peu dans les mêmes largesses en direction du bureau des personnes âgées, à qui il aurait donné également 10 millions de F CFA. Il fait aussi le bon samaritain en faveur de la toute puissante coordination des chefs de quartier de Bamako.

Cette fameuse coordination qui a empoché des dizaines de millions de F CFA payés rubis sur ongle par ATT remue ciel et terre en organisant meeting sur meeting pour susciter la candidature du chef de l'Etat, qui n'est d'ailleurs plus un secret pour le commun des Maliens. Une façon à peine voilée de tromper la conscience populaire. La loi électorale permet-elle l'achat de conscience ?

Boucky Ndiaye

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DEBATS

Insulter IBK, c'est augmenter l'estime des gens envers lui

En ce vendredi matin, 2 mars 2007, nous subissons à Montréal la deuxième grosse tempête de neige de l'année. Les piétons et automobilistes qui sortent de chez eux par nécessité s'exposent aux risques de glissade et de dérapage dangereux. Glissant et périlleux est aussi le terrain politique où des dérapages verbaux de la veille incommodaient encore des acteurs de ce milieu.

Malgré cette température glaciale, les politiciens québécois qui sont à leur dixième journée de campagne électorale ne chôment pas du tout. Devant mon écran de télévision, j'ai vu M. Jean Charest, chef du Parti libéral du Québec, Premier ministre sortant (équivalent du président de la République au Mali) qui réagissait pour la toute première fois, en point de presse, au dérapage médiatique d'hier jeudi en ces termes : « … Ces commentaires sont inacceptables… c'est l'occasion de faire le point et de dire que nous voulons faire campagne sur les idées et sur le fond et non pas sur les questions qui relèvent de la vie privée des personnes » .

Le plus haut dirigeant du Québec intervenait ainsi suite aux nombreux commentaires soulevés par les propos d'un animateur de radio. Celui-ci déclarait qu'il ne pense pas que les gens voteraient pour des « tapettes » que sont André Boiclair, le chef du Parti québécois (opposition officielle) et un de ses candidats à la députation qui ont tous deux déclaré leur homosexualité bien avant la campagne électorale.

Je me tourne vers mon écran d'ordinateur pour avoir des nouvelles du Mali où règne une turbulente atmosphère de campagne déguisée depuis plusieurs mois pour la présidentielle du 29 avril prochain. Une fois de plus, je vois sur Internet un des articles pleins d'insanités préparés et propagés par des médias d'information qui font honte à la civilité légendaire du Mali.

En approuvant et publiant un article truffé d'attaques personnelles et de propos diffamatoires comme « … Ibrahim Boubacar Kéita alias IBK continu de boire de l'alcool… dans les missions à l'étranger, il titube dans les réceptions sous le coup de l'ivresse… » la presse est-elle capable d'apporter la moindre précision crédible de lieu, de temps ou de témoignage sur une telle affirmation ? De même qu'IBK, tous ceux qui ne louangent pas le président de la République sont souvent attaqués dans leur vie privée.

Comme l'a fait l'homme fort du Québec, c'est le président ATT qui doit intervenir pour mettre fin à de telles campagnes de désinformation, d'intoxication, d'injures et de diffamations contre les personnalités du pays. Les critiques sont démocratiques mais les attaques personnelles impunies sont oligarchiques. Une telle impunité favorise des comportements anarchiques qui fragilisent la paix sociale. Oui, c'est le président ATT qui insinue et encourage de telles pratiques antidémocratiques. Par concision, je ne soulignerai que deux preuves justifiant mon affirmation :

Au moment où IBK était la seule personnalité à désapprouver publiquement l'Accord d'Alger signé le 4 juillet entre le gouvernement et les rebelles de Kidal, le ministre Ousmane Thiam, porte-parole du gouvernement, a ainsi répliqué : «  … Il y a des gens qui prônent la guerre parce qu'ils ont leurs familles à l'étranger. Mais ATT, lui, a sa famille à Bamako… » , rapporte le journal L'Observateur du 31 juillet 2006 sous la plume d'Abdoulaye Diarra.

Cette attaque personnelle de la part d'un ministre de la République est fallacieuse. Car, ce n'est pas la famille d'IBK qui est à l'étranger mais plutôt deux de ses enfants étudiants. S'il est un délit pour tout parent malien d'envoyer ses enfants à l'étranger, le très dévoué ministre Thiam doit savoir que les deux filles de son employeur président ATT ont étudié ici au Canada pendant près d'une dizaine d'années avant de rejoindre leur père à la présidence au Mali.

Au tour du président ATT qui est allergique aux critiques d'abonder dans le même sens que son ministre avec un ton menaçant pour protéger seulement son entourage et lui-même. C'était le mardi 10 octobre 2006, lors d'une cérémonie à l'Ecole nationale de police, que ATT lança en bamanan : « Ceux qui se lèvent, parlent mal du président et des siens, il faut qu'ils arrêtent sinon nous allons les y obliger, d'une manière ou d'une autre » , rapporte Abdoul Karim Dramé, journaliste indépendant.

Je viens de fouiller dans mes archives de journaux maliens constituées de juin 1990 à maintenant. Je n'y ai pas trouvé un seul mot d'IBK attaquant la vie privée d'une personnalité malienne. Je crois qu'il n'a jamais prononcé ce genre de mot immoral. Peut-être que je me trompe. Dans ce cas, si quelqu'un a connaissance d'une intrusion verbale d'IBK dans le domaine privé d'une des personnalités, qu'on le porte à ma connaissance et à celles de tous les lecteurs et auditeurs.

Si le président de la République avait réprouvé les attaques malicieuses de la vie privée d'autrui faites par son ministre et des journaux, nos valeurs socioculturelles seraient préservées de toute dégradation contagieuse. Ainsi, la forte tension électoraliste baisserait.

Toutes personnes et tous médias qui participent à la fabrication et la propagation des propos injurieux et diffamatoires sur la vie privée des autres, contribueront à augmenter l'estime des personnes offensées dans le cœur de nos compatriotes. Car, culturellement le Malien répugne la provocation futile.

S'évertuer à vilipender des personnes publiques, c'est prouver l'enfantillage de son âge mental. ATT pourra fermement les rappeler à l'ordre s'ils ne sont pas vraiment à ses ordres.

Lancine Diawara

( écrivain et animateur de radio à Montréal, Canada)

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BURKINA FASO

La seconde vie de Blaise Compaoré

Le président burkinabé, Blaise Compaoré, est en train de donner une nouvelle image de lui-même : celle d'un faiseur de paix.

Blaise Compaoré est devenu président du Burkina Faso le 15 octobre 1987 , à la suite d'un coup d'Etat au cours duquel son prédécesseur et ami Thomas Sankara a été assassiné.

Considéré, il y a peu, comme le grand satan de la sous-région, le président burkinabé, Blaise Compaoré, a été présent sur tous les foyers de tension et de guerre de l'Afrique. A tort ou à raison (plutôt à raison qu'à tort), il n'est pas un conflit, même entre des personnalités politiques locales, où son nom n'a pas été cité.

Ceux qui voulaient être craints se réclamaient de lui. Il n'y a pas un seul chef d'Etat de la sous-région qui ne se battait pour être dans ses bonnes grâces. Et pourtant, l'homme lui-même est très avare en mots. On l'entend parler très peu, ce qui contribue d'ailleurs à épaissir le mystère autour de sa personne et à obscurcir la légende.

Il est, ou a été l'ami de tous les Africains voués aux gémonies et coupables des pires exactions contre les populations : Jonas Savimbi, Charles Taylor… Il est considéré comme le parrain ou le mentor d'autres, tel Guillaume Soro.

Mais, depuis peu, le président burkinabé semble se reconvertir en apôtre de la paix. Dans la recherche de solution au cas libérien, et de… Taylor, tout le monde avait pensé que c'est acculé et sans autre solution qu'il s'était résolu à lâcher celui-ci. En 2006, unanimement, les Togolais l'ont chargé d'être le médiateur entre les successeurs d'Eyadema et l'opposition. A l'époque, les plus optimistes s'étaient contentés de sourire. Mais, le résultat est   : en moins de temp s qu'il ne faut pour le dire, Blaise a ramené la paix au Togo, laissant tout le monde incrédule.

Cette réussite a donné des idées à d'autres, qui, il y a peu, ne lui auraient même pas confié leur péché. Fin 2006, il est sollicité par le président ivoirien pour intervenir également en tant que médiateur dans la crise ivoirienne. Sans tambour ni trompette, il a trouvé une solution. Si le contenu de cet accord n'est pas encore dévoilé, il reste indéniable qu'il vient de réussir encore une fois, en deux mois, là où la Cédéao, l'ONU et bien d'autres ont lamentablement échoué des années durant.

C'est sûr : le président Compaoré s'est bien reconverti.

Alexis Kalambry

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HOPITAL OU CENTRE DE SANTE

ATT se moque-t-il des Koutialais ?

Hôpital en 2003 et centre de santé de référence de très haut niveau en 2007. Jusqu'où s'arrêteront les promesses du président de la République à Koutiala ? C'est la question que se posent aujourd'hui de nombreux Minianka après le passage d'ATT la semaine dernière dans la localité.

La parole d'un président de la République est sacrée. Plus que tout autre, il doit remuer sept fois la langue dans la bouche avant de parler. Et quand, il promet, il s'exécute. C'est certainement cette sagesse qui échappe à notre président de la République, Amadou Toumani Touré. En mars 2003, au cours d'une visite dite de reconnaissance aux populations de la 3e région, ATT avait promis aux Koutialais un hôpital « digne » de ce nom. Il avait même provoqué la colère de certains en qualifiant l'actuel centre de santé de référence de la Capitale de l'Or blanc de gros dispensaire. Ce que les Koutialais ignoraient, c'est que ATT venait de construire l'hôpital en question avec sa bouche. Car, depuis ce jour, rien. Pas même une association de santé communautaire.

A peine, les Minianka finissent de digérer ce coup de « bluff » présidentiel qu'ils reçoivent la visite du président. Même discours et même doléance : l'hôpital. Le président qui s'est, sans doute, rappelé de sa promesse d'antan fait une petite digression en parlant de la première pierre de l'hôpital de Sikasso qu'il venait de poser. S'est-il trompé de localité ? Non, car il reconnaîtra par la suite qu'il y a plus de 130 km entre les deux villes. Donc, difficile pour Koutiala de transporter ses malades à Sikasso. Les plus malins criaient déjà victoire croyant que le président n'avait plus le choix sur la question.

Coup de théâtre, sa réponse tomba comme une pierre dans la mare aux crapauds. Si les promesses sont, d'habitude, saluées par une ovation nourrie, celle du président a laissé perplexe plus d'un. « Je ne sais pas si c'est l'ancien centre de santé que vous avez toujours. Mais, si c'est cela, il est largement dépassé. Nous allons construire ici et cette année même un centre de santé de référence de très haut niveau » , a promis ATT.

Moquerie, mépris ou indifférence. En tout cas, les mots n'ont pas manqué pour qualifier cette tournure de langage du président de la République. « Entre un hôpital et un centre de santé, il y a bien une différence et une très grande différence. Ne le sait-il pas ou joue-t-il avec les mots ? Le maire a bien dit un hôpital. C'est pas possible » , échangeaient deux voisins.

« Espérons qu'il réalise ce fameux centre de santé de très haut niveau d'abord. Dire et faire, ça fait déjà deux » , a répliqué un conseiller à la mairie. En plus de ce centre de santé, ATT a promis de bitumer les principales voies de la ville, d'étendre le réseau d'adduction d'eau, etc.

Attendons de voir.

Sidiki Y. Dembélé

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