Les Echos du 29 mai 2007
DEPOTS ANARCHIQUES DE MEDICAMENTS
Des pharmaciens indignés, tapent du poing sur la table
Des pharmaciens dénoncent le silence des autorités devant l'entêtement des dépositaires qui foulent au pied les textes réglementaires de la profession.
Le processus de privatisation du secteur pharmaceutique enclenché par l'Etat malien dans les années 1980 a vu la création aussi bien dans les villes que dans les campagnes de dépôts de produits pharmaceutiques à côté des officines.
Toutefois, le décret n°91-106/PRM du 15 mars 1993 portant organisation des professions sanitaires en son article 54 stipule que « une autorisation d'exploiter un dépôt de produits pharmaceutiques devient caduque dans un délai d'un an à compter de la date d'ouverture d'une officine de pharmacie sise dans un rayon de 10 km à la ronde » . Aujourd'hui, cette disposition n'est pas appliquée sur le terrain au vu et au su des autorités compétentes qui n'ont pas daigné lever le petit doigt pour rétablir l'ordre dans le secteur.
Indignés, de jeunes pharmaciens tirent la sonnette d'alarme devant la violation flagrante des textes portant création et fonctionnement des dépôts et officines. « Les jeunes pharmaciens cohabitent avec des dépôts de produits pharmaceutiques en situation irrégulière. Entre deux officines, il faut un minimum de 500 m. Par contre, entre une officine et un dépôt de produits pharmaceutiques, il faut un minimum de 10 km à la ronde. Au cas où c'est l'officine qui venait de trouver le dépôt dans la localité, le dépôt a 1 an pour se délocaliser. Mais les textes tranchent avec la réalité sur le terrain » , explique écœuré Dr. Abdoulaye Konaré, pharmacien à Yélimané et membre du Collectif des jeunes pharmaciens. Pour lui, cette situation est voulue et entretenue par certains de leurs confrères approvisionnant des dépôts en médicaments sans se soucier des textes au grand dam des officines.
Conspiration du silence
Au-delà de la concurrence déloyale dont ils sont victimes, Dr. Konaré affirme ne pas comprendre le silence radio des autorités compétentes. « Tout le monde sait que les dépôts appartiennent à des gens de la corporation. Les autorités compétentes n'ont jamais pipé mot pour mettre le holà sur ce qui se passe. L'entêtement des dépositaires ne s'explique ni plus ni moins que par le soutien de certains qui ont en charge l'application des textes réglementaires de la profession. Il faut de la bonne foi pour faire appliquer la loi » , insiste-t-il.
Pour rendre à la profession ses lettres de noblesse, Dr. Konaré appelle les autorités compétentes à l'application correcte et scrupuleuse des textes. Aux membres de la corporation, il réclame un examen de conscience. « Le métier de pharmacien n'est pas une course à l'argent. C'est d'abord assurer la bonne distribution des médicaments » .
Comme pour apporter de l'eau à son moulin, Dr.Talhata Haïdara, excédé par le comportement de ceux qui sont les fournisseurs de médicaments aux dépôts et qu'ils avaient malheureusement d'ailleurs pris pour référence, pense qu'avec « l'Initiative Bamako » les dépôts pharmaceutiques doivent mettre la clé sous la porte pour la simple et bonne raison que les centres de santé du pays disposent actuellement des médicaments génériques.
« Nous décrions l'inapplication des textes. La profession doit se préoccuper de comment absorber les jeunes pharmaciens. Le problème nous intrigue » .
Les chiffres de répartition des officines au plan national en 2002 laissaient comprendre que plus de 70 % d'entre elles étaient basées à Bamako. Naguère accusés de vouloir rester à Bamako, des jeunes pharmaciens, qui ont pris le courage de s'installer dans d'autres localités du pays, se sentent malheureusement abandonnés à leur sort.
Mohamed Daou
Acceuil
DENONCIATIONS
Intrigues à la direction des domaines de Bamako
Des informations relatives à des malversations financières à la direction régionale des domaines et du cadastre du district de Bamako (DRDC-DB) ont fait le tour de la ville la semaine dernière. L'affaire, qui a des relents de règlement de comptes au niveau interne, est néanmoins prise au sérieux au ministère des Domaines de l'Etat et des Affaires foncières (MDEAF). Une mission d'inspection a été envoyée sur place.
Le directeur national des domaines et du cadastre, Cheick Oumar Cissé, que nous avons rencontré en présence de son adjoint et d'un autre cadre de son service, explique que la DRDC-DB relève administrativement du gouvernorat du district. Les dénonciations, qu'il qualifie de tract (parce que non signées) seraient, dit-il, l'œuvre de cadres mécontents du service. Ces derniers, poursuit M. Cissé, ont peint les choses de telle manière qu'on sent nettement qu'ils ont la main à la pâte et qu'ils connaissent les rouages de la DRDC-DB. « Ce sont des personnes identifiées qui se vengent du fait qu'elles ont été relevées de leurs postes » , objecte M. Cissé.
M. Cissé se garde de confirmer ou d'infirmer les accusations portées contre le chef de bureau et le chef de section en l'absence de preuves formelles. Il préfère laisser ce soin à une mission d'inspection envoyée par le département le jeudi 24 mai 2007 à la DRDC-DB.
Son adjoint, M. Sissoko, pour sa part, ajoute que la section promoteurs immobiliers a été instituée par la loi 105 votée par l'Assemblée nationale en 2002. Selon lui, elle procède de la politique d'accès au logement à moindre coût aux usagers par le biais des promoteurs immobiliers à qui l'Etat a consenti des facilités.
Flash back. Une note d'information envoyée à la presse avec ampliation au Vérificateur général, à la direction nationale des domaines et du cadastre, à la DRDC-DB, aux conseillers techniques du ministère des Domaines de l'Etat et des Affaires foncières, au gouverneur du district, entre autres, est un condensé de griefs portés contre des cadres de la direction régionale des domaines.
La lettre, anonymement rédigée, fait état de l'exclusion des autres sections au profit de la section « promoteurs immobiliers » où tout serait centralisé avec comme conséquences : la mal gérance et le détournement de deniers publics. La note d'information déplore la concentration du travail entre les mains du chef de bureau de la section promoteurs immobiliers et son collègue chef de section qui ont tout loisir de s'en mettre plein les poches.
Un panier de crabes
Le ou les auteurs de la dénonciation décrivent avec professionnalisme comment leurs deux collègues trichent l'Etat. Selon eux, les deux complices procèdent à l'enregistrement des ventes notariées qui ne passent pas par le bureau de la directrice régionale des domaines et du cadastre. « L'enregistrement des ventes notariées se fait dans l'irrégularité et l'opacité en ne tenant pas compte des pourcentages retenus en la matière » , peut-on lire dans la lettre.
Exemple : au lieu de calculer les frais d'enregistrement de 15 % d'un immeuble dont le prix dépasse 30 millions de F CFA, le chef de section en complicité avec le chef bureau des domaines et le clerc notaire, s'arrange à ne prendre que 2 ou 5 % sur le bon d'encaissement. Les 10 ou 13 % indûment défalqués tombent dans leurs escarcelles.
Last but not least. Les frais d'enregistrements des inscriptions hypothécaires et des ventes notariées passeraient dès fois à la pelle pour la simple raison qu'ils ne sont pas versés au Trésor public. La preuve avancée fait cas de la saisie du bordereau analytique par l'agent et directement signé par le chef de bureau et remis au propriétaire sans reçu.
Les auteurs de la lettre expliquent que le train de vie hautement décent de ces deux cadres est fonction de leurs magouilles faute de contrôle à la DRDC-DB. Ils ajoutent en outre que le poste de chef d'enregistrement, créé selon les textes, est vacant depuis la venue du chef de bureau pour que celui-ci s'enrichisse à satiété.
Les dénonciateurs imputent l'incapacité du département des Domaines de l'Etat à faire face à des objectifs de recettes à cause des pratiques de ce genre qui sont dignes, selon eux, d'une mafia. A leurs dires, le chef de bureau qui est un contrôleur des impôts et celui de la section bénéficient de la protection bienveillante de leurs chefs hiérarchiques qu'ils tiennent par l'argent. Ils ne comprennent pas pourquoi un contrôleur est nommé chef de bureau alors qu'il y a suffisamment d'inspecteurs des services économiques et des impôts, délibérément ignorés.
Pour la preuve de leurs allégations, les auteurs renvoient les enquêteurs aux copies des actes notariés de fin 2006 à 2007. Ils les invitent à comparer les prix sur les actes et les frais d'enregistrement sur les souches des bons d'encaissement.
La terre risque de bouffer des hommes vivants.
Abdrahamane Dicko
Acceuil
UN NOUVEAU PARTI POLITIQUE EN VUE
Soumeylou Boubèye Maïga va créer la CRD
L'ancien 1er vice-président de l'Adéma/PASJ et membre fondateur de ce parti, Soumeylou Boubèye Maïga alias SBM, ne voit décidément plus dans la même direction que son parti originel. Il serait prêt à porter sur les fonts baptismaux, dans les prochains jours, son propre parti politique. Celui-ci s'appellera Convention pour la République et la démocratie (CRD).
A la conférence de presse du 25 mai 2007, commémorant le 16e anniversaire du parti, les responsables de l'Adéma/PASJ déclaraient qu'ils étaient prêts à réintégrer Soumeylou Boubèye Maïga qu'ils avaient exclu lors du congrès extraordinaire de mars dernier. SBM et d'autres camarades frappés par la même mesure disciplinaire payaient leur refus de soutenir la candidature du président ATT.
A défaut d'une candidature du parti, SBM a préféré présenter la sienne à la présidentielle du 29 avril 2007 sous la bannière de Convergence-2007. Un mois jour pour jour après la tenue du scrutin présidentiel, SBM a jugé nécessaire de tourner définitivement la page Adéma.
La création de la CRD ne serait plus qu'une question de jours. L'Adéma en sera alors à son quatrième schisme après la naissance du Miria de Mamadou Lamine Traoré en 1994, le RPM d'Ibrahim Boubacar Kéita en 1999 et l'URD de Soumaïla Cissé en 2003.
Abdrahamane Dicko
Acceuil