De tous les pouvoirs qui contribuent normalement à l'enracinement de la démocratie et de l'Etat de droit, seule la presse continue aujourd'hui encore de jouer pleinement son rôle. Malgré la multiplication des tentatives visant à la banaliser, elle reste, pour le peuple, la dernière bouée de sauvetage face au naufrage collectif des garde-fous traditionnels de l'Etat de droit.
En dépit de couacs çà ou là, “le quatrième pouvoir” reste collé au peuple. Car pour être informé, voire soulagé, celui-ci n'a que la presse. C'est à travers elle qu'il est au courant des injustices, des détournements, de l'impunité qui ont été érigés en mode de gouvernance.
De nos jours, au Mali, la mission de service public n'existe plus que pour ceux qui y croient. L'administration publique est devenue un espace où chacun des protagonistes, plutôt que de servir les masses populaires, transforme sa parcelle de pouvoir en moyen d'enrichissement personnel sur le dos du contribuable. Même pour le moindre acte gratuit, il faut “payer cash” au vu et au su de tous.
La justice ? N'en parlons même pas ! Sinon qui peut jurer que les jugements sont dans tous les cas rendus au nom du peuple souverain du Mali ? Qui a dit que “le juge est indépendant de tout sauf de l'argent sale” ? Hatè !
Où est la société civile malienne ? Happée ? Toujours est-il qu'elle aussi assiste impuissante aux dérives, bouche bée. Les syndicats, qui ont joué un rôle capital dans l'avènement de la démocratie, n'ont plus leurs ressorts. Voilà pourquoi ils sont obligés d'avaler toutes sortes de couleuvres du genre “dialogue social” ou autre slogan de démission.
L'idéal, pour les fossoyeurs de la démocratie et de l'Etat de droit, aurait été de faire rentrer la presse dans les rangs. Mais ni les menaces, ni les intimidations ou encore les agressions n'ont permis d'atteindre ce résultat machiavélique. Que tous abdiquent donc ! La presse, forte du soutien populaire et de la noblesse de sa mission, s'érigera toujours en sentinelle de l'Etat de droit.
AUTOUR D'UN “ARRET SANS APPEL”
La Cour “saborde” ATT
Le général-président a donc finalement été proclamé, dès le 1er tour des élections du 29 avril 2007. Tel est le verdict de la Cour constitutionnelle. Arrêt n°07-175/CC-EP du 12 mai 2007. Au bout du compte, la Cour a littéralement « crotté » le « takokélen ». Elle a plutôt enfoncé le général président. Au point d'en faire un indéniable mal élu. Elle a préféré « laver le caca avec de l'urine ». Ou l'inverse est « sans appel ni recours ». C'est du propre…
Plus que de simples anecdotes, trois événements ont constitué autant d'éclairages sur le « sérieux » du travail des neuf sages.
D'abord, ces indignes flottements pour l'ouverture de la session. Annoncée pour 17 h par un communiqué de la Cour elle-même, elle ne fut effective qu'après 19 h. Maintes interrogations supputations s'en suivirent. Quelles négociations de dernière minute se trouvaient alors engagées ? Etaient-elles internes aux « sages » ? Se menaient-elles avec un certain extérieur ? Beaucoup d'observateurs n'ont pas pu s'empêcher de se rappeler que la commission nationale de centralisation des résultats était déjà connectée à la présidence de la République. Quels derniers litiges restaient-ils à trancher pour conclure au « takokélen » ?
Ensuite, les propos du président « concernant Oumar Boubèye Maïga » qui lui ont valu de faire couper la parole par tous ses honorables pairs. Dressés comme un seul homme pour sauvegarder quel secret ? Et combien d'autres non-dits enfouis dans leurs cœurs et leurs sacoches ?
Enfin, cette inimitable et désespérante « perle » du président de la Cour « le général ATT est déclaré élu ; il sera investi le 8 juin 2007, conformément à l'article 37 de la Constitution ». Réélu et ré-investi le 8 juin, telle était sûrement la programmation de la machine ATT. Par contre, l'authentique article 37 de notre Constitution stipule que le président élu est « investi 15 jours après la proclamation définitive des résultats ». Constitutionnellement donc le 27 mai. Entre cette date et le 8 juin, quelle sera la position légale et légitime du général ATT ? Président intérimaire ?
Le mieux est l'ennemi du bien
Les résultats, laborieusement concoctés par l'administration territoriale ont été visiblement améliorés par nos « sages ». Le clan et ATT peuvent savourer leur « takokélen ». Un éventuel 2e tour n'avait jamais été envisagé. Même pas budgétisé, assurent certains commentaires.
Mais quel goût amer, cette victoire du 29 avril ! Comme celle que jadis (280 ans avant Jésus-Christ) un certain roi Pyrrhus remportait à Héraclès, dans la Grèce antique. Le genre de victoires aux lendemains tristes et destructeurs de certaines images d'Epinal.
L'image de républicain et de chevalier servant de la démocratie dont se trouvait affublé le général s'était passablement ébréchée avant même l'arrêt de la Cour. Notamment des moyens illégaux, des méthodes illégitimes mobilisés pour son « takokélen ». Les actes de félonie de hauts responsables de l'Etat qui, au lieu de la loyauté due à notre peuple, ont choisi de se vendre au service exclusif des intérêts particuliers du président-candidat ont été encouragés. A quoi se sont ajoutés les tripatouillages des chiffres. Les jalons étaient ainsi posés pour un verdict « sans recours ni appel ». La démission courageuse du ministre Nankoman Kéita, pour ne pas cautionner l'abjection, d'un véritable « coup d'Etat électoral » a sonné le glas des dernières illusions.
Du caca pour déterger l'urine
Il était attendu de la Cour qu'elle dise le droit quant à l'annulation des élections du 29 avril 2007. Pour des raisons évidentes et avérées : circulation des bulletins de vote dans des localités avant le jour du vote et en dehors des bureaux. Le jour du scrutin, passage du nombre d'électeur de 6 400 000 à 6 800 000 entre l'ouverture et la clôture des opérations de vote, entre autres incongruités.
Comme pour ne prendre quelque risque que ce soit de sortir du schéma du « takokélen », la Cour a choisi de s'en remettre aux appréciations de « mémorants » qui n'étaient pas concernés par les requêtes en annulation des élections. A ceux-ci, la Cour constitutionnelle a soumis lesdites requêtes pour des analyses et commentaires qu'elle a tout simplement reconduits.
« Inopérant ! » tel fut le sempiternel refrain. Par contre, les observations des « avocats » d'ATT ont été tenues secrètes (top secret d'Etat ?) pour les défenseurs des candidats membre du FDR. Deux poids deux mesures ? Déni de justice ? Refus de dire le droit ? Et plein d'autres interrogations que notre peuple continuera, longtemps encore, de poser.
Au bout du compte, la Cour a littéralement « crotté » le « takokélen ». Elle a plutôt enfoncé le général président. Au point d'en faire un indéniable mal élu. Elle a préféré « laver le caca avec de l'urine ». Ou l'inverse est « sans appel ni recours ». C'est du propre…
Ibrahima Khaliloullah
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AN XVI DE L'ADEMA-PASJ
L'Abeille veut conquérir la majorité à l'AN
L'Alliance pour la démocratie au Mali/Parti africain pour la justice et la solidarité (Adéma/PASJ) a bouclé ses 16 ans d'existence vendredi dernier. Pour commémorer cet anniversaire, les membres du comité exécutif étaient face à la presse au siège du parti. Pour Dioncouda Traoré son président, le parti de l'Abeille a gagné en maturité et compte obtenir une majorité des sièges à l'Assemblée nationale lors des législatives de juillet .
Au cours de la conférence de presse, les responsables de l'Adéma n'ont pas caché leurs ambitions pour les élections législatives. A défaut d'une majorité absolue, l'Adéma veut avoir une majorité relative à l'Assemblée nationale. Le parti, pour ce faire, a élaboré un document intitulé « la stratégie électorale de l'Adéma aux élections législatives de 2007 » .
Selon Dioncounda le parti ira, en plus de ses listes propres, en listes communes avec les partis membres de l'Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP), la mouvance présidentielle. Il ajoutera que malgré les déchirures qu'elle a connues, l'Adéma demeure un grand parti avec 35 % de l'électorat malien. Mettant les crises qui ont abouti aux déchirures et à la création du Miria, du RPM, de l'URD et de Convergence-2007 au compte d'une recherche d'identité et non d'un rejet du projet de société de l'Adéma, Dioncounda Traoré a indiqué que le vœu de son parti est d'avoir une majorité relative à défaut d'une majorité absolue à l'Assemblée nationale à l'issue des élections de juillet prochain.
L'Adéma a 103 candidats sur listes propres qui restent encore à valider par la Cour constitutionnelle. Sur le chapitre des relations inter partis politiques, le président de l'Adéma a dit que l'Abeille allait continuer à œuvrer à la réconciliation, voire à la reconstruction de l'Adéma originelle.
Mais, pour l'heure, elle veut instaurer une discipline en son sein. Ainsi a déclaré le président du PASJ, le parti va désormais sévir « avec discernement » contre ceux qui manqueraient aux règles. Selon Dioncounda Traoré, ce sera une des priorités pour les cinq ans à venir afin de consolider le parti. « Nous avons décidé de mettre de l'ordre dans le parti » , a-t-il indiqué en insistant encore que l'indiscipline au sein du PASJ ne serait plus tolérée.
Haro sur la corruption, l'injustice…
Abordant la question de la publication du document bilan des 10 ans de gestion du pouvoir, Dioncounda Traoré, qui était, pour la circonstance, entouré des membres du comité exécutif, a fait comprendre que ce document était toujours à la phase de correction. A l'en croire, ce sont des contrevérités et inexactitudes, que contiendraient le document et dont les corrections sont nécessaires, qui font qu'il n'a pas encore vu le jour.
Et à Dioncounda d'ajouter que « le document sera tout de même publié » . Mais la réalité pourrait plutôt être que la publication du document bilan de l'Adéma n'était pas du goût de la plupart des membres du CE qui avaient opté pour un soutien au candidat indépendant ATT. La publication d'un bilan des 10 ans de pouvoir de l'Adéma dans de telles conditions et à l'orée de l'élection présidentielle serait incompréhensible pour le candidat ATT et mal vue de la part des membres du CE.
Evoquant les 10 ans de gestion du pouvoir, le président du PASJ reconnaît que l'Abeille n'avait pas tout réussi en tant que parti politique au pouvoir. « Mais on ne nous a pas laissé travailler » , ajoutera-t-il, faisant allusion au travail de sape avec les violences du défunt Collectif des partis politiques de l'opposition (Coppo).
Expliquant les motifs du soutien apporté par l'Adéma au candidat ATT, il a estimé que c'est une des stratégies du parti de conquérir le pouvoir. Mais à en croire Dioncounda, ce soutien est sans contrepartie « Il, (Ndlr : ATT), ne nous a rien promis et demandé et nous ne lui avons rien demandé » .
Au plan social, le président de l'Adéma trouve que la corruption, une bonne justice, une administration performante sont des défis à relever.
Denis Koné
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