Dans notre parution du 7 mai dernier, nous évoquions « la naissance d'une opposition au président de l'Apcam » à savoir la mise en place de la Fédération nationale des unions des sociétés coopératives des producteurs de coton du Mali (FNA-USCP).
La création de cette organisation, présidée par Tahirou Bamba, n'aura pas été du goût du président de l'Apcam, Bakary Togola. Car, la FNA-USCPC se proposait de rassembler tous les exclus de l'Union des coopératives dans les zones CMDT et OHVN. Le président de la Fédération, de passage, avait aussi critiqué la gestion du président de l'Apcam en l'invitant à être « le président de tous les producteurs au lieu de jouer à l'exclusion et à la marginalisation » .
Dans une interview qu'il nous a accordée après la mise en place de la Fédération, Tahirou Bamba déclarait qu'il voulait mettre fin « à la dictature de Bakary Togola » . C'est ce passage de l'interview, diffusé sur certaines ondes, qui aurait poussé le président de l'Apcam à porter plainte contre M. Bamba auprès du tribunal de Bougouni pour « menaces verbales et écrites de mort sur sa personne » . Pour ces motifs, le juge de Bougouni a condamné et emprisonné Tahirou Bamba hier matin.
Les propos, faut-il le souligner, ont été tenus dans un cadre purement syndical. Des groupes de producteurs, qui n'ont pas apprécié les prises de positions politiques de Bakary et estimant que ce dernier ne répondait plus à leurs aspirations ont, tout simplement, voulu se désolidariser de ses actions pour mettre en place une organisation neutre et dédiée à la défense exclusive de la cause des producteurs. Le passage « nous voulons en finir avec Bakary Togola » , doit être compris dans ce sens et non dans celui d'une agression mortelle. L'intéressé, du reste, le sait très bien, mais cherchait juste un prétexte pour étouffer dans l'œuf une « rébellion » qui n'a vu le jour que par sa propre faute.
Au demeurant, quelqu'un qui veut porter atteinte à la vie de son prochain n'a pas besoin de passer par les colonnes d'un journal ou les ondes d'une radio pour le dire. L'argumentaire développé par le tribunal de Bougouni selon lequel il y a menace de mort à travers cette phrase sur la personne de Bakary Togola est une interprétation hasardeuse de la langue de Molière.
Toujours est-il que la condamnation de M. Bamba pour son opinion n'honore pas la liberté d'expression et démontre encore une fois que notre justice demeure une écurie d'Augias qui mérite d'être nettoyée à grande eau.
ELECTIONS MALIENNES
Le temps des révisions
Au-delà des péripéties ayant marqué l'élection présidentielle du 29 avril et les législatives qui se profilent à l'horizon, c'est à un bouleversement complet du jeu politique que nous souhaitons assister.
Lors de son meeting organisé au CICB le samedi 19 mai 2007, les leaders du Front pour la démocratie et la République (FDR) ont décidé de rester légalistes jusqu'au bout, en optant pour des moyens de lutte démocratiques et pacifiques afin de faire avancer la démocratie et les institutions maliennes. Cette position, motivée par le souci de préserver la paix sociale et d'éviter au Mali le spectre d'une bataille de rue meurtrière aura eu, néanmoins, le mérite de marquer une différenciation nette entre les méthodes du FDR et celles du défunt Coppo.
Mais, ce serait une erreur de croire que ce légalisme est une capitulation ou un renoncement motivé par la peur. La vie réserve tellement de surprises qu'il est imprudent de nager avec un bras sous prétexte que la houle est en sommeil. Cependant, force est de reconnaître qu'à l'analyse, au stade actuel, cette position sera diversement appréciée.
D'un côté, il y a, au sein des militants les plus déterminés du FDR, ceux qui ne rêvaient que d'en découdre, d'imposer un rapport de force au général Amadou Toumani Touré, de lui rendre la vie dure en entretenant en permanence la contestation. En démocratie, cette attitude est parfaitement compréhensible. Ailleurs, en France ou au Royaume-Uni, nous assistons souvent à la remise en cause violente de pouvoirs issus des urnes et dans des conditions claires.
De l'autre côté également - comprendre le camp présidentiel - la ligne de conduite du FDR a causé une certaine inquiétude résumée ainsi par un leader de l'ADP : « Personnellement, j'avais tablé sur un affrontement entre le FDR et l'ADP. Je pensais que le FDR allait réagir de manière tellement violente que la rupture aurait été définitive. Mais, face à la nouvelle donne, je me demande bien ce que l'avenir nous réserve » .
Cet avenir, que personne n'arrive à lire dans sa boule de cristal ou dans ses cauris magiques, a déjà commencé avec la bataille des législatives. Nous avons assisté à des alliances et combinaisons que seule la réalité du terrain a déterminées. Des partis membres du FDR ou de l'ADP se sont retrouvés sur des listes dans plusieurs communautés. Cela n'empêche cependant pas de lire, en filigrane, le message sans équivoque de Dioncounda Traoré, chef de l'Adéma qui disait, en substance, vouloir offrir, une majorité confortable d'au moins 90 députés à ATT.
S'agit-il d'un vœu pieux ou existe-t-il des chances réelles que l'ADP atteigne un tel score et quelles seront les conséquences politiques d'un tel résultat. Il faut d'abord souligner qu'entre Dioncounda Traoré et le suffrage universel, ce n'est pas une histoire d'amour. Battu à plate couture en 1992, il n'a réussi à se faire élire en 1997 qu'au deuxième tour face à un indépendant et ce, malgré le boycott de l'opposition. En 2002, malgré l'appui massif du pouvoir sortant, il a encore mordu la poussière dans son patelin de Nara. Mais, plus que la personne de Dioncounda qui est, somme toute, d'intérêt secondaire, c'est le manque de lucidité même de l'ADP qui pose problème.
S'opposer démocratiquement
Certes ATT est un militaire et pas un politique, mais il n'est pas si étranger à nos mœurs locales au point de se faire hara-kiri. Parce qu'une majorité claire à un parti ou un groupe de partis, pour un indépendant, signifie clairement le contrôle du gouvernement et une cohabitation forcée, dans une « castration » de la présidence. C'est peut-être ce qui explique les informations actuelles qui circulent à Bamako et qui laissent entendre que le président refuse systématiquement de se mêler des jeux politiques locaux. Tant qu'il n'y aura pas une majorité claire à l'Assemblée, il est sûr de gouverner en comptant sur des partisans.
Il est cependant clair que la configuration de l'Assemblée nationale ne connaîtra pas un grand bouleversement. La seule constante à l'Hémicycle restera la transhumance des députés et leur manque de loyauté envers leurs partis. Malgré 16 années de pratique de la démocratie, malgré les séminaires, colloques et symposiums organisés afin de responsabiliser les élus et leur donner une honorabilité qui sied à leur rang, la grande majorité des députés maliens continue malheureusement à entretenir ce réflexe primaire d'hommes et de femmes affamés qui ne suivent que leur instinct de survie.
Il est dommage aujourd'hui qu'une grande frange de Maliens ne comprenne pas qu'exercer son droit démocratique, c'est vivre, agir et parler en citoyens libres. Les applaudisseurs professionnels et les laudateurs impénitents qui déversent leur fiel sur les mal pensants ne font pas avancer un pays. Car, du point de vue de l'histoire, ce sont les mêmes personnes ou leurs ascendants qui, depuis Modibo Kéita, ne font qu'applaudir et mendier leur pitance.
Espérons que 2007 sera le temps des révisions, non pas sur le modèle Mao Zedong mais le modèle Atatürk ou, plus loin dans l'histoire, l'ère Meiji. Car, si chacun a vraiment pour ambition de bâtir un Mali prospère, le débat ne sera jamais l'injure ou l'invective. Il sera une confrontation d'idées dans un Parlement multicolore.
Le premier mandat d'ATT qui fut un sommeil de l'affrontement politique ne ressemblera pas au second. Car, cette fois, une vraie opposition peut naître et jouer son rôle : s'opposer démocratiquement. Pour cela, il faut que le FDR reste dans l'opposition et l'ADP continue son cheminement avec ATT. C'est avec plaisir que les Maliens attendent de voir comment le général arrivera à gérer 43 politiques et 240 associations qui se réclament de lui.
Ailleurs, cela voudra dire qu'avant même la vraie opposition, les premiers ennemis d'Amadou Toumani Touré viendront de la cohorte de ces « amis » et supporters qui, évidemment, ont des idées derrière la tête et attendent des récompenses ; ou de ces innombrables gestionnaires de structures publiques qui, pour mieux cacher leurs turpitudes, ont préféré s'abriter sous le parachute du général. Du plaisir et de la franche rigolade en perspective…
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
Acceuil
ASSOCIATIONS DE CONSOMMATEURS
Y a-t-il quelqu'un ?
En cette période de soudure, les prix des céréales et autres denrées de première nécessité connaissent une hausse fulgurante. Les consommateurs, laissés à la merci des commerçants véreux, se disent excédés. Les associations de défense de consommateurs, à l'image du Redecoma, invitent les uns et les autres à utiliser l'arme du refus.
Il n'y a qu'a se référer au prix à la consommation des produits de première nécessité ces dernières semaines, pour se rendre compte que les conditions de vie des Maliens se précarisent. Cette année encore et comme en toute période de soudure, la « tradition » s'impose : les consommateurs subissent la loi implacable des commerçants.
Ce sont surtout les amateurs de lait en poudre qui souffrent le plus car le kilo de ce produit est monté en flèche dans l'espace d'une journée de 2200 F à 2700 F CFA. Les accros de Mali-Lait et de lait caillé devront débourser désormais, non pas 125 F le sachet mais 150 F CFA, soit une hausse de 25 F. Sur le marché, il existe une disparité énorme entre les prix du riz, l'une des denrées les plus prisées de la capitale. Ils varient, en effet, entre 250 et 300 F CFA.
Si le marché de la viande connaît une légère accalmie, celui du pain remet sur la table la question de l'augmentation du prix de la baguette. Et certaines boulangeries comme celles des 1008-Logements, sans autre forme de procès, ont ajouté 25 F CFA à la baguette de 225 F CFA.
Le litre d'huile aussi frétille. Qui plus est, ce produit de grande consommation risque de dominer les débats les prochains jours tant sa qualité est sujette à caution. Présentement, sur les marchés, on en trouve de toutes les couleurs et de toutes les provenances.
Mais, à défaut de faire baisser le prix, les autorités peuvent, en revanche, le maintenir à un niveau abordable pour le Malien moyen. La grande déception vient du côté des associations de défense des consommateurs. Dieu sait qu'elles ne manquent pas au Mali. Tous ces regroupements visent, pratiquement, le même objectif : veiller au respect des droits des consommateurs.
Tous les Maliens ont en mémoire la hausse vertigineuse des prix qui a accompagné la crise céréalière que notre pays a traversée en 2005. Les commerçants ont fait valser les prix. Même les mesures prises par les pouvoirs publics pour garantir la disponibilité des produits céréaliers sur le marché n'ont pas suffi à faire baisser une tension artificiellement entretenue par des commerçants obsédés par les gains mirobolants.
En plus des associations de défense des consommateurs, il existe des structures de contrôle de la qualité des aliments. Celles-ci doivent travailler à mettre le public à l'abri de la consommation d'aliments de mauvaise qualité. Malgré cet arsenal de contrôle, les prix prennent l'ascenseur au gré de l'humeur des commerçants et le marché bamakois regorge de produits à la qualité et à la provenance douteuses.
Le front du refus
Le président du Regroupement de défense des consommateurs du Mali (Redecoma) Badou Samounou reconnaît la difficulté que les consommateurs traversent et qu'il assimile à une désorganisation totale. « C'est une période de tension, il y a une désorganisation totale créée on ne sait pour quel but. En tout cas, on est dans ce cycle depuis des années » , dit-il. Selon lui, son association est constamment interpellée par les consommateurs. Mais, disposant de peu de moyens, il essaie comme il peut de s'investir et d'interpeller qui de droit chaque fois qu'il y a un problème.
Sur l'augmentation du prix, M. Samounou invite les consommateurs à user de leur arme, c'est-à-dire le refus pur et simple du produit. « La liberté du prix et de la concurrence sont une réalité au Mali » , relève-t-il. Saisi du problème de lait, le président du Redecoma affirme avoir tenté en vain de rencontrer les responsables de Mali-Lait. Il préconise le lait de vache, plus nourrissant et plus abordable que Mali-Lait. Le débat sur l'augmentation du pain, souligne-t-il, n'est plus à l'ordre du jour.
« Aux termes de débats houleux entre les différents intervenants du secteur, les autorités et les associations de consommateurs, il a été convenu que les boulangers cèdent la grosse baguette à 210 F aux livreurs. Ces derniers devront les céder aux boutiquiers à 225 F pour les vendre aux consommateurs à 250 F CFA. Donc, il n' y a pas d'augmentation à ce niveau » , explique-t-il. Et tout comme les consommateurs, il interpelle les autorités. « Nous devons avoir des autorités qui gèrent nos problèmes. Elles ne doivent faire autre que ça : l'amélioration de notre quotidien. Elles doivent éviter la gestion politique et arrêter de sacrifier la santé des populations » , avertit-il.
Sur l'épineuse question de l'huile, un produit hautement cancérigène, et des pressoirs, le Redecoma, affirme son président, a rappelé le ministre de l'Industrie et du Commerce. En vain. « Nous avons interpellé le directeur national de l'industrie qui nous a dit que le dossier se trouve au niveau du Premier ministre. Il faut qu'on se préoccupe de notre santé, sinon la lutte contre la pauvreté tant prônée par les autorités ne sera qu'un slogan creux » .
En attendant, l'huile est en train d'occasionner des dégâts sur de pauvres citoyens à Sikasso et Koutiala où pullulent les pressoirs locaux.
Sidiki Y. Dembélé
Acceuil