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2007

Mois de mai

Les Echos du 14 mai 2007

EDITORIAL

Fin du copinage ?

Ainsi, la Cour constitutionnelle a tranché. Sans rémission et sans possibilité de commentaire. En démocrates et républicains, nous n'ajoutons rien.

Cependant, s'il est urgent, pour le Mali, de tourner la page de la campagne et de se remettre au boulot. Il y a lieu, pour le nouveau président élu, de présenter une nouvelle facette : celle de l'homme d'Etat, à équidistance entre les clochers et les chapelles, les querelles d'intérêts et les sangsues.

Le chef de clan ATT a déçu. Avec lui, ce fut le culte de la personnalité à outrance, la gabegie financière, la léthargie économique, le clientélisme et le clanisme pour ne citer que les moindres parmi les maux constatés.

Aujourd'hui, le peuple a élu son chef d'Etat, le président de la République, il se doit d'abord de rassurer les Maliens et de s'atteler à quelques entreprises majeures. Celles-ci portent sur une révision constitutionnelle visant à interdire la transhumance politique des élus, à réglementer les mandats et les prérogatives, le rôle de certaines institutions comme la Cour constitutionnelle. Mais en aucun cas, la durée du mandat présidentiel et sa limitation dans le temps ne doivent être remis en cause.

Il faudrait également revoir toute la procédure des élections, des structures chargées de l'organisation aux instruments. Dans un climat serein et apaisé, avec un chef d'Etat n'ayant plus d'ambitions de se succéder à lui-même, il serait plus facile de léguer aux successeurs des instruments moins polémistes. ATT doit réussir là où son prédécesseur, malgré sa bonne foi, n'a pas réussi : la révision constitutionnelle.

Dans tous les cas, il revient à ATT et à lui seul de faire en sorte que les cinq prochaines années ne soient pas un regret et un fardeau pour les uns, et un partage de gâteau pour ceux, trop nombreux, qui pensent que leur tour est venu d'être conviés « à la table du Seigneur ». Seul le Mali, notre pays à tous doit compter.

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PRESIDENTIELLE DU 29 AVRIL

La Cour constitutionnelle confirme ATT

La Cour constitutionnelle a confirmé les résultats complets provisoires de l'élection présidentielle du 29 avril publiés par le ministère de l'Administration territoriale et des Collectivités locales en rejetant dans le fond les requêtes formulées par les conseils des candidats IBK, Tiébilé Dramé, Soumeylou Boubèye Maïga et Mamadou Bakary Sangaré. Alea jacta est !

Amadou Toumani Touré, président de la République et candidat à sa propre succession, remporte l'élection présidentielle du 29 avril dès le 1er tour et rempile pour un second mandat de cinq ans à la tête du Mali. Ainsi l'a décidé la Cour constitutionnelle dans son arrêt rendu public, samedi à son siège à l'occasion de la proclamation définitive des résultats du scrutin.

Déjà en début du mois de mai, les résultats complets provisoires, publiés par le MATCL, donnaient une large victoire (70,86 %) au candidat ATT sur les autres en l'occurrence IBK, Tiébilé Dramé, Soumeylou Boubèye Maïga, Mamadou Bakary Sangaré, Oumar Mariko, Mme Sidibé Aminata Diallo et Madiassa Maguiraga. Une victoire contestée par les quatre premiers candidats au motif que le scrutin a été entaché d'irrégularités qui portent atteinte à la transparence et à la sincérité du vote.

Ces candidats, membres du Front pour la démocratie et la République (FDR), avaient, par l'intermédiaire de leurs conseils et représentants, formulé plusieurs requêtes aux fins d'annulation des résultats. Ainsi, deux hypothèses se présentaient. Ou la Cour reconnaissait les requêtes des quatuor fondées et elle annule sans autre forme les résultats du scrutin ou elle juge les requêtes non-fondées et valide le scrutin, mais avec des redressements ou des annulations dans certains bureaux de vote. C'est la deuxième voie que la Cour a empruntée.

Les nombreuses requêtes formulées par les candidats Ibrahim Boubacar Kéita du Rassemblement pour le Mali, Tiébilé Dramé du Parena, Soumeylou Boubèye Maiga de Convergence-2007, Mamadou Sangaré dit Blaise de la CDS ont été rejetés par les 9 sages au motif qu'elles sont sans fondement.

Selon les résultats définitifs proclamés par la 5e institution du Mali, dont la décision est sans appel, le candidat Amadou Toumani Touré recueille 1 612 912 voix (71,20 %) contre 433 897 (19,15 %) pour son principal challenger, Ibrahim Boubacar Kéita. Ensuite arrivent Tiébilé Dramé avec 68 956 voix (3,04 %), Oumar Mariko 61 670 voix,( 2, 72 %), Mamadou Sangaré dit Blaise 35 767 voix (1,58 %), Soumeylou Boubèye Maïga 32 973 voix (1,46 %) Mme Sidibé Aminata Diallo 12 443 voix et Madiassa Maguiraga 6856 voix (0,30 %).

Fins de non recevoir

Aux dires du président de la Cour, Salif Kanouté, l'institution qu'il préside a examiné les 20 000 procès-verbaux venant des 20 000 bureaux de vote. Il a ajouté que la Cour constitutionnelle a estimé que des erreurs avaient été commises, surtout par méconnaissance des textes, dans certains bureaux de vote dont les résultats ont été annulés ou redressés. Ainsi, aux termes de l'examen de ces procès-verbaux, la Cour a annulé 30 245 voix. Quant aux autres résultats généraux, ils sont comme suit : nombre des inscrits 6 884 352, nombre des votants 2 494 846, le suffrage exprimé 2 265 483, taux de participation 36,24 %.

Une dizaine de requêtes déposées à la Cour par des représentants des candidats du Front pour la démocratie et la république (FDR) ont été rejetées par les "neuf sages" pour non-respect des délais de dépôt. Les requêtes, selon la loi en la matière, doivent parvenir à ma Cour dans les cinq jours qui suivent la date de l'élection. Ces requêtes demandaient l'annulation des votes dans les localités de Nioro, Ansongo, Ménaka et autres villes. Une autre dizaine de requêtes, cette fois-ci formulée par les conseils des candidats IBK, Tiébilé Dramé, Soumeylou Boubèye Maïga et Mamadou Sangaré, aux fins d'annulation pure et simple des résultats de l'élection présidentielle du 29 avril aux motifs que le vote a été entaché d'innombrables irrégularités qui affecteraient la transparence, la crédibilité et la sincérité du vote ont été aussi rejetées par la Cour.

L'institution chargée de la proclamation des résultats définitifs a estimé que ces requêtes étaient sans fondement, c'est-à-dire qu'il n'y avaient pas de preuves. En termes clairs, la Cour a dit que le candidat ATT n'avait pas battu campagne avant la date officielle de démarrage de la campagne comme l'avaient souligné les conseils des candidats fédéristes dans leurs requêtes en annulation du scrutin.

Pour ce qui concerne l'accaparement des médias d'Etat par le candidat Amadou Toumani Touré considéré comme une autre entorse à l'élection, la Cour a dit qu'elle n'avait jamais été saisie lors de la campagne et que cet aspect relève du Comité d'égal accès aux médias d'Etat.

Sur le fichier électoral, des explications fournies par la Cour constitutionnelle, l'on retient que la loi électorale n'autorise pas l'audit du fichier électoral, tout comme sa mise sur l'Internet ne serait pas une obligation.

Sur le comportement des associations et autres partis politiques qui ont, de façon ostentatoire, fait appel ou soutenu la candidature du candidat ATT, selon la Cour cela n'est pas interdit par la loi. Sur le problème des bulletins de vote retrouvés à Kadiolo et Koutiala avec l'empreinte dans la case du candidat ATT, il apparaît d'après les explications fournies par la Cour qu'il s'agissait de bulletins-spécimens remis à dix chefs de village.

Bref, point par point, la Cour constitutionnelle a expliqué que les candidats requérants n'avaient pas apporté les preuves suffisantes pour que les résultats soient invalidés.

Denis Koné

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Dans les coulisses

Un retard d'une heure

La cérémonie de proclamation des résultats a pris plus une heure de retard. Initialement prévue à 17 h, les "neuf sages" n'ont fait leur apparition dans la salle qu'aux environs de 19h 20. Aucune explication n'a été donnée par la Cour et les supputations allaient bon train. Selon certaines indiscrétions, le président sortant devrait être en premier lieu informé des résultats et donc les membres de la Cour étaient à Koulouba. Selon d'autres, les membres de la Cour ne rentraient pratiquement plus chez eux durant la semaine et travaillaient jusque tard dans la nuit. Ils auraient eu une permission ce samedi après-midi après la fin de leurs travaux, de voir leur famille, se restaurer, changer d'habit…

Sous haute sécurité

Un grand nombre de policiers et autres membres des forces de sécurité avait été mobilisé pour assurer la sécurité dans les locaux de la Cour constitutionnelle et dans ses environs. Les routes menant à la Cour ont été bouclées. Pour accéder à la salle d'audience, il fallait passer par quatre ceinture de sécurité et chaque fois, l'invité à la cérémonie devrait montrer pattes blanches.

Salle exiguë

La salle d'audience de la Cour a été trop petite pour contenir les nombreux invités à la cérémonie de proclamation des résultats. Déjà aux environs de 16 h 30, elle refusait du monde. Les forces de sécurité placées juste à l'entrée ont été obligées de "refouler" des invités, dont le président de la RDS, Younous Hamèye Dicko, qui, très compréhensif, s'en est retourné. La décision de tenir la cérémonie dans cette salle d'audience n'a pas été vraiment réfléchie à moins que la Cour ne soit pas susceptible de se transporter ailleurs comme au CICB par exemple.

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INTERVIEW IMAGINAIRE

Mountaga Tall : « ATT est le Dieu du Mali »

Ce ne fut pas facile. La rédaction des Echos a eu des difficultés énormes pour joindre Me Mountaga Tall, leader du Cnid et porte-parole d'ATT sur un de ses 53 portables. L'idée d'une interview à bâtons rompus ne fut pas aisée à imposer. C'est finalement Dioncounda Traoré qui a une peur bleue de la Sécurité d'Etat, de la justice et de l'administration qui a convaincu son nouveau copain de nous recevoir. Mountaga, très remonté contre Les Echos qui ont « osé être contre ATT », a servi toute une leçon de morale à notre reporter et notre photographe avant de les laisser entrer, « par modestie » dans son salon. Me Tall arborait un grand boubou et un pantalon bouffant à l'effigie d'Amadou Toumani et le message « Un Mali qui gagne ». Il portait une casquette avec photo scintillante d'ATT et ses babouches blanches étaient ornées de portraits du général de Djicoroni Para. Sur les murs de son salon, sont fixés des portraits géants de son gourou. Juste à l'entrée de sa chambre à coucher, une photo autographiée du général portait la mention : « Quand un homme a peur, qu'il se réfugie chez un autre plus courageux ». Me Tall, après la frousse de 1991 face à Moussa Traoré, ne pouvait prendre le risque d'affronter un autre général. Après les salamalecs d'usage, l'interview peut commencer.

Les Echos : Me Tall, vous n'arrêtez pas de vous tortiller, êtes-vous courbaturé ?

Me Tall : (Nous fixant du regard sévère de maître d'école) Effectivement, mes os sont malmenés, il n'est pas facile de passer 21 jours dans le coffre d'une voiture et d'entendre Oumar Mariko dire sur les ondes de Radio Kayira que quand on parle d'hommes dans ce pays, point n'est besoin de me citer parce que je n'en suis pas un…

Les Echos : Pardon, dans le coffre d'une voiture…

M. T. : Vous faites semblant hein… Bon, je vais vous dire la vérité. Dans la voiture d'Amadou, il y avait le chauffeur et le garde du corps à l'avant, lui et son épouse en arrière. Vous ne pensez tout de même pas que j'allais m'asseoir entre les deux, les généraux me donnent la frousse. Puisque depuis 2002, je considère ATT comme le Dieu par substitution du Mali, j'ai fait don de ma personne et accepté de voyager dans son coffre à bagages. Bon… c'est un peu honteux à dire, mais comme j'étais le porte-parole officiel du général, il fallait accepter un peu de secousses. Bon… disons que mon ventre en a profité pour perdre un peu de graisse, ce qui n'est pas mal. On ne sait jamais avec les généraux. Il faut être en forme au cas où il serait nécessaire de fuir…

Les Echos : Vous avez bien dit « fuir »…

M. T. : Ecoutez les jeunes… fuir n'est pas un déshonneur. Vous savez bien qu'en 1991 Moussa voulait m'assassiner. J'ai des preuves… Et ne souriez pas. Il ne s'agit pas de preuves comme l'incendie de mon bureau. Non, de preuves très sérieuses. (Il secoue son épaule droite).

Les Echos : Mais Me Tall, fuir…

M. T. : (Il prend un air rêveur et fredonne) Bori, bori Samory, bori bori Samory. Si fuir était un déshonneur, beaucoup de gens seraient morts de honte dans ce pays. Ce n'est pas pour rien qu'il y deux Bolibana à Bamako. Quand on surnomme deux quartiers « la fuite est finie », c'est que des gens y ont terminé leur course. Avez-vous remarqué d'ailleurs que le siège du Parena, le parti de notre beau-frère national et membre du FDR se trouve à Bolibana (ha ha ha). Non, avec les généraux, il y a toujours le feu. Moussa Traoré également est un para-commando (coui ! coui ! coui !). Tiébilé ne connaît pas le feu, il va le connaître !

Les Echos : Vous avez mal à l'épaule aussi ?

M. T. : Je sais que vous êtes des fouineurs, alors je vais tout vous dire. J'ai mal à l'épaule parce que, pendant 21 jours, j'ai transporté le sac d'ATT avec moi. J'ai mal au cou parce que j'ai remué la tête en signe d'approbation aux propos d'ATT exactement 14 327 fois pendant la campagne. J'ai mal à la gorge parce que j'ai crié 1973 fois : « Solou yé Djimbé, solou yayé Amadou Toumani, Mali président, djakoumaw la wara nin kélen, Mountaga bi fè fo lahara, etc. » (Seul lion parmi des chats, je t'aime jusqu'à la mort).

Les Echos : Mais, maître, vous risquez de mettre les griots du Mali au chômage. Vous leur enlevez le pain de la bouche, c'est une concurrence déloyale…

M. T. : (Il nous coupe la parole) Je le savais hein : vous ne n'aimez pas, vous ne m'avez jamais aimé. Pourquoi me faire une telle remarque ? J'ai fait la même chose que Choguel K., Dioncounda T., Younoussi T. Pourquoi vous acharnez-vous sur moi ? Avec la mort de Maribatrou, je pensais avoir la paix. Mais vous êtes pires que le petit Sarakolé !

Les Echos : A propos, maître, est-ce que Maribatrou vous manque souvent ?

M. T. : (Il bondit de son fauteuil et se met à nous menacer de ses poings bien serrés) Je le savais ! C'est IBK qui vous a envoyé pour m'insulter. Ce type, je le mettrai en prison un jour. Non ! IBK ne ferait pas ça avec des minables comme vous, c'est Soumeylou Boubèye Maïga, Satan personnifié, qui vous a envoyés pour m'humilier. Soumeylou ! Je hais ce type. Je vais l'expédier par colis express à Gao. Nous avons des dossiers sur lui. Il ne sera jamais président de ce pays. (Il crie jusqu'à effrayer son fils qui s'amusait à côté) Je vais me venger de ces gens ! Quant à Blaise Sangaré le rouquin, il ira en prison pour expliquer l'affaire de la Caisse des retraites. Et le Pr. Diop, Ouzoubillahi, je ne me ferai jamais soigner par lui ! De toutes les façons, nous avons gagné les élections…

Les Echos : Il serait peut-être mieux de dire que si quelqu'un a gagné, ce pourrait être ATT, pas vous…

M. T. (Il lève les bras au ciel en signe de désespoir) : Mais que me voulez-vous bon sang ! Je vous dis qu'ATT est mon deuxième Dieu, mon Guide, mon Sauveur. J'ai passé 21 jours à voyager dans le coffre de sa voiture, je suis prêt à l'apostasie s'il se déclarait Allah. Que voulez-vous de plus… La moitié du Mali dit que je suis devenu un griot, une insulte pour un Tallo-Sy, mais j'assume mon choix. Bon, disons que, comme Dioncounda l'a dit, nous n'avions pas le choix ; le Cnid en réalité est un parti moribond et je ne veux pas savoir combien je pèse réellement dans ce pays. Ce qui est bon au Mali, c'est qu'on peut profiter d'une voiture sans payer l'essence. C'est comme les consultations familiales. Oh, oh, oh ! Le train entrera en gare et moi, Mountaga, sortirai honoré et adulé par le peuple car, c'est Dieu qui m'aime…

Les Echos : Maître, parlons de la présidentielle du 29 avril. Ça ressemble à une grosse farce et 71 %, même en Corée du Nord, les gens ont maintenant honte de publier des résultats de ce genre…

M. T. : Vous savez, la Corée du Nord est plus développée que le Mali. Ils ont même des armes nucléaires. Il y a la honte en Corée, pas au Mali. Quand j'étais étudiant, mon idole était Kim il Sung…

Les Echos : Vous avez eu beaucoup d'idoles dans votre vie…

M. T. : Vous savez, c'est la logique humaine : après avoir adoré des idoles, on se tourne vers un succédané de Dieu et pour moi, c'est ATT. Plus tard, je me tournerai vers le vrai Dieu, qui est Allah Soubhana wa talla…

Les Echos : Vous imitez le langage d'IBK…

M. T. : Astafourlah, Soubhanallah… Jamais de la vie. Quelqu'un qui m'a mis en prison ! Non, j'aimerai juste le voir entre quatre murs et non à Sébénikoro.

Les Echos : Maître, pour terminer, des rumeurs laissent entendre que vous voulez être président de l'Assemblée nationale. Que ferez-vous de Dioncounda T. et Younoussi T. qui lorgnent également le perchoir ?

M. T. :  (Levant les bras au ciel). Moi, Mountaga Tall, descendant d'El hadj Omar, surnommé aujourd'hui le griot attitré d'ATT, laudateur devant l'Eternel du général sauveur du Mali, vous osez me comparer à des loufiats et des has been  ! D'ailleurs, ne dit-on pas au Mali que le « sang de Dioncounda ne circule pas » ! Et Younoussi T., un type qui a fui dès les premières manifestations d'étudiants quand il était Premier ministre, qui le connaît au Mali ? Non, mais vous blaguez ? Ecrivez : Moi, Me Mountaga Tall, suzerain autoproclamé de la cour présidentielle, héritier probable du trône toucouleur et avocat international, serai le président de l'Assemblée nationale du Mali incha'ATT. Merci, et sortez de chez moi. Je vous ai assez vus, suppôts d'Alpha Oumar Konaré !

Les Echos : Il paraît que votre général est malade…

M. T. : C'est de la malveillance, de l'infamie, de la jalousie, des ragots diffusés par des aigris et des malhonnêtes. Je n'ai pas vu le général depuis deux semaines mais son boy m'a dit que le chauffeur lui a dit que le garde du corps a dit que l'aide de camp a dit que le directeur de cabinet a dit que le secrétaire général de la présidence a dit qu'ATT va bien.

Les Echos : Il paraît que le président a découvert le double-jeu et le manque de franchise de ses laudateurs, qu'il veut régler des comptes avec son entourage ; ne craignez-vous pas une réouverture du bagne de Kidal ?

M. T. : ATT est prêt à travailler avec tous les Maliens honnêtes qui n'ont pas de dossiers sales ou qui ne sont pas dans le collimateur de la justice. Oui, je sais qu'il ne restera quasiment rien du Mouvement citoyen et des créateurs de clubs de soutien mais cela me donne l'occasion de devenir Premier ministre. Oui, je vous vois venir. Ne pensez pas que Modibo Sidibé ou Moctar Ouane sont mieux placés. Je suis le plus beau, le plus instruit, le plus malin des amis d'Amadou. Vous allez voir, je vais dribler tout le monde…

Propos inventés et presque recueillis par

Djéli Baba Kouyaté

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LE MALI FLOUE

200 millions pour un DVD !!!

Deux cent millions de F CFA à un touriste de l'Afrique pour bricoler un DVD qui peut être fait par une boîte locale à moins de 10 millions, cela nous donne une idée exacte des eaux troubles dans lesquelles nagent certaines personnes qui occupent des postes prestigieux dans ce pays.

Le jeudi 10 mai 2007, dans le douillet confort d'un hôtel de Bamako, le Gotha bamakois s'est réuni pour visionner un vulgaire film couché sur DVD et pompeusement intitulé : « Mali, l'avenir en construction » . L'homme-orchestre de cette sinistre farce est un prétentieux franchouillard du nom de Roger Gotsman qui se dit journaliste indépendant et patron d'une confidentielle boîte à images, dénommée SPI-Production.

Ce navet d'une qualité professionnelle et déontologique douteuse se veut un résumé en 26 brèves minutes des « grandes réalisations » de ce pays de 1991 à 2007. Et péremptoire, notre Français nostalgique des tropicaux que l'on caresse dans le sens du poil, de lâcher dans un accès de concupiscence qui pue le paternalisme de mauvais aloi : « J'ai voulu montrer un Mali composé d'ingénieurs, de chercheurs, d'étudiants, d'artistes, de sportifs et d'entrepreneurs » . Merci pour la démonstration, nous n'en demandions pas tant.

Cet épisode aurait pu passer pour une franche rigolade de la part d'un métropolitain condescendant et tristouillard qui vient expliquer aux Maliens qu'ils avancent sans le savoir vers le bonheur. Malheureusement, il se cache derrière cette bancale opération de séduction plus de questions éthiques que de raisons de pavoiser. D'abord, on nous apprend que cette plaisanterie sur pellicule a coûté 200 millions de francs CFA dans un « partenariat » entre cet énigmatique M. Gotsman et le ministère de la Promotion des investissements et des Petites et moyennes entreprises.

Dans quelles conditions et selon quel article de loi sur les marchés publics le ministère du tonitruant et bavard Ousmane Thiam a passé ce contrat avec notre cinéaste de bamboula ? Quel montant exact le Mali a payé sur cette somme ? N'aurait-on pas pu investir plus judicieusement cette manne, notamment en accordant des subventions à de jeunes entrepreneurs porteurs de projets sérieux et profitables ?

Au Burkina également…

Une recherche sur Internet nous a permis de découvrir que le même Roger Gotsman était au Burkina Faso en octobre 2006 pour le lancement de ce même type de feuil racontant le même baratin.

Dans la parution du quotidien national burkinabé Sidwaya du 25 octobre 2006, la journaliste Fatouma Sophie Ouattara écrivait ceci : «  Le Burkina Faso : un autre visage de l'Afrique qui gagne » , est le titre d'un film promotionnel sur le « pays des Hommes intègres » . Il a été officiellement lancé, ce mercredi 18 octobre à Ouagadougou. A travers ce film, son producteur, Roger Gotsman de SPI-Productions, journaliste indépendant, entend donner un autre visage du Burkina, celui d'un Burkina Faso qui se développe très rapidement.

« J'ai voulu montrer un Burkina Faso joyeux et indépendant, composé d'ingénieurs, de professeurs, de chercheurs, d'artistes, de sportifs et d'entrepreneurs » , a soutenu Roger Gotsman. Du « pays des Hommes intègres » , le film ne présente que le bon côté. Il fait un étalage des immenses potentialités agricoles, minières et touristiques du pays, ses richesses culturelles et ses hommes.

Egalement, dans ce même pays il a promis une large diffusion de son navet. Dans sa courte interview à l'ORTM, l'ami intéressé du Mali promet une diffusion sur Euronews qu'il présente comme une grande chaîne écoutée à travers le monde. Pourtant, même les connaisseurs les plus niais du paysage audiovisuel européen savent qu'Euronews est une vulgaire antenne confidentielle regardée par des vacanciers de passage dans des hôtels bon marché du monde. Et comme chaque bon français, Roger Gotsman est complexé par les Etats-Unis et annonce une diffusion sur NBC , la 2e audience du pays de l'oncle Sam.

Que fera-t-il pour obtenir une diffusion sur NBC alors que des télévisions moins prestigieuses comme France 2 ou M6 ne sont pas dans son listing ? Et quel est l'intérêt d'une diffusion sur des chaînes africaines ? Pour quelle raison la RTS au Sénégal ou la RTI en Côte d'Ivoire diffuserait des messages grossiers de propagande sur le Mali ? Est-ce que M. Gotsman a des preuves que son film sur le Burkina Faso a été vu « à travers le monde »  ?

Franchement, 200 millions de F CFA à un touriste de l'Afrique pour bricoler un DVD qui peut être fait par une boîte locale à moins de 10 millions, cela nous donne une idée exacte des eaux troubles dans lesquelles nagent certaines personnes qui occupent des postes prestigieux dans ce pays. En attendant, Roger Gotsman, journaliste indépendant et bon ami de l'Afrique peut se frotter les mains : il ne sera pas dans le besoin pour les deux prochaines années et restera loin des bureaux de l'ANPE.

En sus de l'immigration maîtrisée, Nicolas 1er roi de Navarre devrait mieux contrôler les derniers spécimens de la Françafrique vampirique.

Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

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APRES LA « TRAHISON » DE YORO

Le Bara fait sa cure d'amaigrissement

Le Bara du Pr. Yoro Diakité implose. Le parti connaît une saignée depuis la semaine dernière consécutive à la démission des membres influents de son bureau politique dont le 1er vice-président. La décision du président du parti à prendre coûte que coûte le train ATT est à l'origine de la crise.

La nouvelle est tombée en fin de semaine dernière. Des membres de la section de la Commune IV, des sous-sections et comités de la Commune VI du district de Bamako ayant à leurs têtes des personnalités du bureau politique du Bara ont claqué la porte. Ils sont suivis par d'autres militants de l'intérieur.

Les périodes électorales sont des moments difficiles dans des formations politiques. C'est la période où chacun essaie de se donner une identité propre en faisant le choix de prendre part aux élections, de soutenir ou de s'allier à un parti ou à un candidat. Le Bara du Pr. Yoro Diakité, ancien ministre d'Etat, ministre des Mines et de l'Energie sous Alpha Oumar Konaré et 2e personnalité du gouvernement d'Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), n'a pas échappé à cette situation.

Depuis 2003, le débat portant sur une alliance politique avec un parti issu du Mouvement démocratique était d'actualité au Bara. A cette époque, des réflexions étaient en cours pour déterminer le portrait de la future alliée. Des militants et non moins ténors avaient même des penchants pour le parti Sadi. Mais, aucun choix n'a été fait, le bureau politique ayant confirmé son statut de parti d'opposition. Son président a passé un bon moment à se glorifier d'être le seul parti se réclamant de l'opposition et invitait d'autres à faire comme lui.

Cependant, plus le temps passait, plus le président Yoro Diakité se lassait de cette situation qui, semble-t-il, ne nourrit pas son homme. Il avait commencé à faire les yeux doux à ATT pour qui il a fait une sortie dans la presse visant à appuyer les accords d'Alger.

Tout a fini par basculer à l'orée de la présidentielle. Le 5 avril 2007, le Pr. Yoro Diakité a pris la décision, jugée unilatérale par ses camarades, de diffuser dans la presse une déclaration de soutien du Bara à la candidature d'ATT. Le 1er vice-président du Bara, Inzan Coulibaly, ex-conseiller municipal en Commune VI de 1997 à 2003, a estimé que cette décision a été prise en violation des textes.

Volte-face

Selon M. Coulibaly ni la conférence nationale, ni aucune instance du Bara ne s'est prononcée sur le sujet. « Nous devrions nous réunir le 5 avril pour décider du soutien du Bara à un candidat. Le choix était entre ATT et IBK. Mais, contre toute attente, notre président a pris tout le monde à contre-pied en balançant la déclaration de soutien dans la presse le 3 avril 2007 », témoigne M. Coulibaly, qui ajoute que sa motivation était claire en ce sens qu'il savait qu'il allait être mis en minorité dans sa volonté de soutenir ATT.

M. Coulibaly précise qu'ils n'étaient pas contre un soutien à ATT en tant que tel. Mais, explique-t-il, le bureau avait demandé au président de chercher à rencontrer le président ATT pour négocier avec lui des conditions de leur soutien surtout qu'ils sont restés dans l'opposition pendant 5 ans.

A l'en croire, le Pr. Yoro Diakité a traîné les pieds pendant un an sans voir ATT. Dans le même temps, le RPM d'IBK est allé plusieurs fois au siège du Bara avec lequel il a entretenu une relation épistolaire. « Un parti se vend, mais il ne se brade pas », tranche M. Coulibaly.

D'autres militants qualifient leur président "d'analphabète politique" , qui a son avenir derrière lui. Selon certains, le Pr. Yoro Diakité a déjà enterré le Bara en refusant depuis sa création de se présenter lui-même aux échéances électorales comme la présidentielle, les législatives ou même les municipales. De plus téméraires l'accusent d'avoir vendu son âme au diable et d'être un partisan du double langage et de la trahison. Il aurait même provoqué la dégringolade du Bara qui se retrouve avec seulement 25 conseillers municipaux alors qu'il en comptait plus de 200 à sa création en plus d'un siège de député.

Les dissidents se gardent de créer un nouveau parti politique qui sera un de trop. Ils n'ont pas non plus précisé pour le moment leur prochaine destination. Toutefois, ils sont déterminés à s'arrimer à un parti du Mouvement démocratique qui reconnaît leur valeur. Ils seraient en discussions poussées avec Sadi, le RPM, le Parena et le Miria.

Porté sur les fonts baptismaux en 1999, le Bara en est à sa deuxième scission.

Abdrahamane Dicko

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COMITE AEEM DE LA FSJP

Les étudiants exigent la libération de leurs camarades

Le comité AEEM de la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) exige la libération de son secrétaire général et de ses camarades détenus arbitrairement.

A la faveur de la conférence de presse, tenue le samedi 12 mai 2007, le comité AEEM de la FSJP a réclamé la libération de son secrétaire général et de ses camarades, « arrêtés, jugés et condamnés de façon arbitraire » .

Le 18 avril 2007, le Tribunal de première instance de la Commune III a condamné le secrétaire général de l'AEEM et trois de ses camarades à 3 mois de prison ferme pour trouble grave à l'ordre public, incitation à la violence. Les faits reprochés à Ousmane Diarra et autres sont sans fondement « parce que le dossier est vide et les camarades sont innocents » .

A en croire le secrétaire à l'information, Siriki Kouyaté, le SG du comité AEEM, contrairement aux propos tenus, ne faisait que s'occuper de la mise en place de responsable des classes, chose qui, notera-t-il, relève de la compétence du comité AEEM locale. Pour les conférenciers, la crise qui sévit à l'ex-ENA a été commanditée et orchestrée par le département de l'Education nationale en complicité avec le bureau de coordination de l'AEEM qui voulait imposer une commission en lieu et place du bureau local de la Faculté. Le rejet de la commission par les étudiants a été la pomme de discorde entre eux et le département. Aussi fallait-il trouver un alibi pour mettre hors d'état de nuire les responsables de l'AEEM locale.

Le mardi 29 février, le président de la commission, Souleymane Diarra fit donc irruption dans la cour de la FSJP arme à la main pour évacuer tous les étudiants. Au lieu d'arrêter Souleymane Diarra, Ousmane Diarra et ses camarades ont été arrêtés pour incitation à la violence.

Le secrétaire à l'information a nié les accusations sur la présence d'un plan du SG qui visait à mettre le pays à feu et à sang. A ses dires, M. Diarra et ses camarades ont été victimes d'un complot monté de toutes pièces par des hommes politiques qui les accusent d'être à la solde de l'opposition. « Si nous devions mettre le pays à feu et à sang voici une excuse valable pour le faire. Nous avons la capacité et les moyens de riposter contre l'injustice ». M. Kouyaté a affirmé que le comité AEEM de la FSJP n'est pas manipulé et ne saurait l'être.

Selon le secrétaire à l'information le pouvoir négocie uniquement avec ceux qui se font entendre par la violence. Et le comité AEEM de la FSJP a banni cette forme de lutte pour laisser place à la négociation, gage de paix. « Aucun feu n'a été allumé, aucun véhicule n'a été cassé. Sinon ils ont négocié avec les rebelles » . A l'en croire le comité AEEM a toujours prôné la voie du dialogue. Pour preuve, dira-t-il, le SG, au lendemain de sa condamnation, a demandé à ses camarades de reprendre les cours afin que l'année puisse être sauvée. « Cet esprit de sagesse et de sacrifice est la source de l'apaisement qui règne à la Faculté » , a affirmé Boubacar Sidibé, rapporteur général du bureau.

Les conférenciers ont affirmé qu'ils ont entretenu la société civile, les niamakalas, les familles fondatrices de Bamako et même le président de la République de la situation qui prévaut à la Faculté.

Amadou Sidibé

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