Les Echos du 28 juin 2007
CONDAMNATION DE JOURNALISTES
Le glas qui sonne pour la presse malienne
Le verdict du procès dans l'offense et complicité d'offense au chef de l'Etat contre cinq de nos confrères et un enseignant dans l'affaire « La maîtresse du président de la République ! », tel un couperet, est tombé le mardi. La condamnation qui s'en est suivie témoigne de la détermination des autorités à mettre la presse privée au pas.
Quatre mois de prison avec sursis pour Birama Fall (Le Républicain), Alexis Kalambry (Les Echos), Mahamane Hamèye Cissé (Le Scorpion) ; huit mois de prison avec sursis pour Sambi Touré (Info-Matin), 13 jours fermes pour Seydina Oumar Diarra (SOD) journaliste à Info-Matin (il a déjà purgé sa peine), deux mois fermes pour Bassirou K. Minta avec interdiction d'exercer le métier d'enseignant. Des peines assorties d'amende variant de 100 000 à 200 000 F CFA, infligées par le Tribunal de la Commune III, à nos confrères et à l'enseignant, l'auteur du sujet de dissertation qui est à l'origine de ce procès inédit d'offense et de complicité d'offense au chef de l'Etat.
Qu'ils soient de la presse nationale ou internationale, des associations de presse nationales ou internationales ou tout simplement des avocats de la défense, tout le monde a été unanime à dénoncer en sa manière, ce procès, qui, à leurs yeux, n'en valait pas la peine. Tout portait à croire que des sbires du pouvoir avaient la ferme intention de réduire la presse à sa plus simple expression. La stratégie mise en branle a consisté à mettre sous mandat de dépôt avec refus délibéré de liberté provisoire pour SOD et l'enseignant ainsi que les quatre directeurs de publication.
La manœuvre a été vite démantelée par les avocats de la défense et qui ont crié à une mascarade de procès au cours d'une conférence de presse le vendredi 22 juin 2007. Pour Me Aboubacrine Boubèye Maïga, parlant au nom de ses confrères, ils avaient été incités à introduire une demande de liberté provisoire pour leurs clients le jeudi après-midi. La demande a été introduite séance tenante et une audience extraordinaire était enrôlée pour le lendemain vendredi à 9 h.
Les avocats jettent la robe
La surprise des avocats a été grande d'entendre à l'ouverture du procès à huis clos, le président du Tribunal de la Commune III, Moussa Sara Diallo, renvoyer l'audience au mardi 26 juin, date prévue pour le jugement au fond. Les avocats ont vite compris que quelque chose a pu se tramer dans leur dos en l'espace de 24 h et que le verdict, celui de la condamnation tous azimuts était connu d'avance. Dans ce cas, ils ont refusé de servir de faire-valoir au procès en décidant de commun accord avec leurs clients de ne pas plaider.
Sans la présence de leurs avocats et dans une salle d'audience vidée du public à la demande du procureur Sombé Théra pour dit-il, « affaire de mœurs et présence de mineurs dans la salle » , le jugement a eu lieu en présence d'un impressionnant dispositif de sécurité. La défense se propose d'interjeter appel dès ce matin pour tirer nos confrères des liens de la culpabilité.
Un procès et des condamnations qui ne font que faire reculer le Mali vingt ans en arrière non seulement dans le domaine de la liberté de la presse mais aussi des libertés individuelles tout court. Jamais de mémoire de Malien, notre pays n'a connu en 47 ans d'indépendance de procès de diffamation ou d'offense au chef de l'Etat. La ligne jaune est bel et bien franchie.
Abdrahamane Dicko
Acceuil
Mes KONATE ET DIARRA SUR LE BOYCOT DU PROCES
« Nous avons refusé de faire de la figuration »
La conférence de presse animée mardi après-midi par les avocats Mamadou Konaté et Mamadou G. Diarra, mandataires du collectif des avocats constitué pour la défense des journalistes et de l'enseignant accusés « d'offense et de complicité d'offense à chef de l'Etat » , avait pour but d'éclairer la lanterne des médias maliens et internationaux sur les raisons du boycot du procès.
Selon Me Konaté, le collectif des avocats (une quinzaine) a décidé le boycot du procès en raison de violations flagrantes de la procédure. Pour Me Konaté, le collectif avait comme l'impression que les jeux étaient faits d'avance et que de ce fait, ils n'avaient pas l'intention d'aller faire de la figuration au procès.
Sur demande du procureur accusateur, le collectif des avocats, a poursuivi Me Konaté, avait formulé jeudi 21 juin, une demande de mise en liberté provisoire de leurs clients. Mais à leur grande surprise, cette demande fut rejetée pour un jugement au fond le mardi 26 juin. A en croire Me Konaté, l'absence du collectif des avocats n'a pas eu comme effet, ce « verdict insatisfaisant » .
Selon Me Konaté, le collectif continuera à se battre en appel afin d'obtenir un verdict satisfaisant avant d'inviter l'ensemble hommes et femmes des médias à tirer les enseignements idoines de ce procès. Sur ce point, l'avocat suggère à la presse malienne la création d'un comité de veille et de défense de la liberté de la presse.
En tout état de cause, il est bon que l'ensemble de la presse mette de côté ses conflits d'intérêt et de personne. En effet, n'ayons aucun complexe à le dire : toute la presse malienne n'a pas soufflé dans la même trompette dans les événements qu'elle vient de connaître.
Denis Koné
Acceuil