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2007

Mois de juin

Les Echos du 28 juin 2007

CONDAMNATION DE JOURNALISTES

Le glas qui sonne pour la presse malienne

Le verdict du procès dans l'offense et complicité d'offense au chef de l'Etat contre cinq de nos confrères et un enseignant dans l'affaire « La maîtresse du président de la République ! », tel un couperet, est tombé le mardi. La condamnation qui s'en est suivie témoigne de la détermination des autorités à mettre la presse privée au pas.

Quatre mois de prison avec sursis pour Birama Fall (Le Républicain), Alexis Kalambry (Les Echos), Mahamane Hamèye Cissé (Le Scorpion) ; huit mois de prison avec sursis pour Sambi Touré (Info-Matin), 13 jours fermes pour Seydina Oumar Diarra (SOD) journaliste à Info-Matin (il a déjà purgé sa peine), deux mois fermes pour Bassirou K. Minta avec interdiction d'exercer le métier d'enseignant. Des peines assorties d'amende variant de 100 000 à 200 000 F CFA, infligées par le Tribunal de la Commune III, à nos confrères et à l'enseignant, l'auteur du sujet de dissertation qui est à l'origine de ce procès inédit d'offense et de complicité d'offense au chef de l'Etat.

Qu'ils soient de la presse nationale ou internationale, des associations de presse nationales ou internationales ou tout simplement des avocats de la défense, tout le monde a été unanime à dénoncer en sa manière, ce procès, qui, à leurs yeux, n'en valait pas la peine. Tout portait à croire que des sbires du pouvoir avaient la ferme intention de réduire la presse à sa plus simple expression. La stratégie mise en branle a consisté à mettre sous mandat de dépôt avec refus délibéré de liberté provisoire pour SOD et l'enseignant ainsi que les quatre directeurs de publication.

La manœuvre a été vite démantelée par les avocats de la défense et qui ont crié à une mascarade de procès au cours d'une conférence de presse le vendredi 22 juin 2007. Pour Me Aboubacrine Boubèye Maïga, parlant au nom de ses confrères, ils avaient été incités à introduire une demande de liberté provisoire pour leurs clients le jeudi après-midi. La demande a été introduite séance tenante et une audience extraordinaire était enrôlée pour le lendemain vendredi à 9 h.

Les avocats jettent la robe

La surprise des avocats a été grande d'entendre à l'ouverture du procès à huis clos, le président du Tribunal de la Commune III, Moussa Sara Diallo, renvoyer l'audience au mardi 26 juin, date prévue pour le jugement au fond. Les avocats ont vite compris que quelque chose a pu se tramer dans leur dos en l'espace de 24 h et que le verdict, celui de la condamnation tous azimuts était connu d'avance. Dans ce cas, ils ont refusé de servir de faire-valoir au procès en décidant de commun accord avec leurs clients de ne pas plaider.

Sans la présence de leurs avocats et dans une salle d'audience vidée du public à la demande du procureur Sombé Théra pour dit-il, « affaire de mœurs et présence de mineurs dans la salle » , le jugement a eu lieu en présence d'un impressionnant dispositif de sécurité. La défense se propose d'interjeter appel dès ce matin pour tirer nos confrères des liens de la culpabilité.

Un procès et des condamnations qui ne font que faire reculer le Mali vingt ans en arrière non seulement dans le domaine de la liberté de la presse mais aussi des libertés individuelles tout court. Jamais de mémoire de Malien, notre pays n'a connu en 47 ans d'indépendance de procès de diffamation ou d'offense au chef de l'Etat. La ligne jaune est bel et bien franchie.

Abdrahamane Dicko

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Mes KONATE ET DIARRA SUR LE BOYCOT DU PROCES

« Nous avons refusé de faire de la figuration »

La conférence de presse animée mardi après-midi par les avocats Mamadou Konaté et Mamadou G. Diarra, mandataires du collectif des avocats constitué pour la défense des journalistes et de l'enseignant accusés « d'offense et de complicité d'offense à chef de l'Etat » , avait pour but d'éclairer la lanterne des médias maliens et internationaux sur les raisons du boycot du procès.

Selon Me Konaté, le collectif des avocats (une quinzaine) a décidé le boycot du procès en raison de violations flagrantes de la procédure. Pour Me Konaté, le collectif avait comme l'impression que les jeux étaient faits d'avance et que de ce fait, ils n'avaient pas l'intention d'aller faire de la figuration au procès.

Sur demande du procureur accusateur, le collectif des avocats, a poursuivi Me Konaté, avait formulé jeudi 21 juin, une demande de mise en liberté provisoire de leurs clients. Mais à leur grande surprise, cette demande fut rejetée pour un jugement au fond le mardi 26 juin. A en croire Me Konaté, l'absence du collectif des avocats n'a pas eu comme effet, ce « verdict insatisfaisant » .

Selon Me Konaté, le collectif continuera à se battre en appel afin d'obtenir un verdict satisfaisant avant d'inviter l'ensemble hommes et femmes des médias à tirer les enseignements idoines de ce procès. Sur ce point, l'avocat suggère à la presse malienne la création d'un comité de veille et de défense de la liberté de la presse.

En tout état de cause, il est bon que l'ensemble de la presse mette de côté ses conflits d'intérêt et de personne. En effet, n'ayons aucun complexe à le dire : toute la presse malienne n'a pas soufflé dans la même trompette dans les événements qu'elle vient de connaître.

Denis Koné

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IL FAUT LE DIRE, C'EST NORMAL !

Les beaux draps de la République

Il faut le dire c'est normal ! Le président de la République Amadou Toumani Touré se trouve dans de beaux draps. Le juge Sombé Théra n'a pas hésité à mettre l'impertinent journaliste Seydina Oumar Diarra d'Info-Matin pour avoir rédigé un article sur un sujet de littérature proposé par un enseignant qui a voulu attirer l'attention de ses élèves sur les déviances actuelles de notre société. Non content d'être dénoncé, le même juge a envoyé 4 directeurs de publication sous les verrous pour « complicité d'offense au chef de l'Etat ».

Outre Atlantique, les beaux draps sont en soie. Sous nos latitudes les beaux draps sont en « kosso ». Mais le « kosso » ne doit pas dépasser plus de 7 lés. Il faut le dire c'est normal, le « kosso » en l'occurrence a largement dépassé les 7 lés dans cette affaire désormais dite de « La maîtresse du président de la République ! » avec l'arrestation d'Alexis Kalambry (Les Echos), Sambi Touré (Info-Matin), Birama Fall (Le Républicain) et Mahamane H. Cissé (Le Scorpion).

Il faut le dire c'est normal ! le « kosso » a largement dépassé les 7 lés car jamais dans notre pays, une telle hargne contre la presse n'a été vue. Il faut le dire c'est normal ! Et j'ose le croire, ce n'est pas la décision ni la volonté d'ATT. Le juge Théra a peut être cru bon de rendre justice en foulant au pied royalement un principe sacré de notre démocratie : la liberté de la presse. Mal lui en a pris, il s'est pris les pieds dans le tapis, pardon dans les beaux draps de la République, son autorité mise à mal.

Il faut le dire, c'est normal ! Le procureur Théra sans le vouloir a mis le président de la République dans de beaux draps en voulant faire taire une sombre banale affaire de sujet de composition. Par son acte, le juge Théra, vient de salir le nom de notre pays, le Mali salué dans le monde entier pour sa grande liberté de la presse.

Il faut le dire, c'est normal ! Le journalisme au Mali n'est pas exempt de reproches. Le professionnalisme, cela n'est pas inné. Il s'apprend au fil des épreuves. Mais en s'érigeant donneur de leçon de journalisme, le juge a révélé qu'il ne maîtrise pas lui-même les arcanes de la loi malienne sur la presse.

Il a foutu la République dans de beaux draps. Il a souillé notre nom, notre honneur. ATT peut-il en être fier ? Aux marcheurs de 1991, il montrait la route de Gao. Aux impénitents coureurs, il montre quoi ? La route de Suède, de Brasilia, des Philippines ou les incommensurables jambes du personnage du texte du Pr. Minta ?

Il faut le dire, c'est normal ! Toute la presse malienne doit se liguer sur ce chemin dangereux, puisque lui-même n'a pas levé le petit doigt.

Oussouf Diagola

(Paris)

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LETTRE OUVERTE DE BIRAMA KONARE

Au président de la République du Mali

Secoué par la condamnation arbitraire de cinq journalistes et d'un enseignant au motif qu'ils ont outragé le président de la République, un des enfants de l'ex-président Alpha Oumar Konaré en appelle à la clairvoyance et à l'engagement patriotique d'Amadou Toumani Touré après avoir rappelé les couleuvres gratuitement avalées par l'ancienne famille présidentielle.

Monsieur le président de la République du Mali, c'est avec une profonde tristesse que je vous envoie cette lettre. Je prends ma plume pour dénoncer l'arrestation injuste de cinq journalistes et d'un enseignant. On a arrêté des journalistes parce qu'ils ont parlé d'un problème de société. On a emprisonné des chefs de familles parce qu'ils ont parlé d'une relation entre une prostituée et un président de la République.

Permettez que je vous parle de mon expérience personnelle avec la presse. Depuis 15 ans, ma famille est exposée jour et nuit. Même après le départ de mon père, le président Konaré, pour Addis-Abeba que ne dit-on pas sur lui et les siens ! On nous a traînés dans la boue, on nous a diabolisés, on nous a détestés.

En tant que fils, j'ai entendu mille mensonges sur la santé de mes parents, sur des prétendus mariages inventés par des esprits tordus pour nuire, blesser, salir et faire plaisir à certains. Mais voyez-vous, les insultes, les calomnies, nous n'y prêtons guère attention. Savoir se mettre au-dessus, s'estimer à sa juste valeur et donner la priorité à ce pour quoi on a été élu : telle devrait être la règle de conduite.

De toutes les manières, les mots ne tuent pas et nous nous en remettons toujours à Dieu. A la maison, nous nous efforçons de ressembler à notre père, de nous rapprocher de son caractère et de ses pensées. Je vous demande d'en faire autant. Je vous rappelle que vous avez été son élève. C'est par lui que j'ai appris ce passage du poème de Kipling et c'est humblement que je vous propose de méditer sur cette pensée : « Si tu peux supporter d'entendre tes paroles travesties par des gueux pour exciter des sots, et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles sans mentir toi-même d'un seul mot… Et, ce qui vaut mieux que les rois et la gloire, tu seras un homme, mon fils » .

Monsieur le président ATT, comprenez que le Mali est une jeune démocratie. Comprenez qu'après des décennies de dictature et une démocratie acquise dans la douleur et dans le sang, l'apprentissage demande du temps et beaucoup de tolérance de la part des autorités. La plupart de nos journalistes, y compris ceux qui sont proches de vous-même ne vérifient pas toujours leurs sources. Oui, osons le dire, beaucoup manquent également de formation mais en emprisonnant un journaliste, vous vous mettez à dos toute la presse et tous les démocrates de ce pays. Pis, le héros du 26-Mars que vous avez été écorne son image et tue notre liberté d'expression. C'est une dérive et un plongeon dans les eaux les plus obscures de notre pays.

A cause de l'attitude gaillarde d'un procureur, une histoire banale devient une polémique qui sort de nos frontières. Encore une fois, ces arrestations prouvent que l'Etat écrase le peuple, le citoyen n'a presque pas de droit. En Afrique, le président a beaucoup trop de pouvoirs et nous avons l'impression que toutes les institutions sont à ses ordres. Cette arrestation reste arbitraire, et de loin démesurée. Le Mali n'a pas besoin de ce genre de dispersion. Ne croyez-vous pas qu'on a mieux à faire que de savoir le pourquoi du comment de la vie privée d'un chef d'Etat ?

Cette lettre que je vous envoie, je me demande si je ne devrais pas l'envoyer à tous les chefs d'Etat du monde car l'article incriminé ne dit pas qu'il s'agit du président de la République du Mali. Je suis sûr qu'en la recevant, la plupart des présidents auraient souri et seraient retournés au travail. Car du boulot, il y en a dans ce pays : le chômage des jeunes, les problèmes de santé, la cherté de la vie, la lutte contre la corruption et maintenant les coupures d'eau et d'électricité.

Monsieur le président, apprenez à vivre avec souplesse et ne perdez pas votre temps et votre énergie dans des futilités. Il en va de même pour le procureur de la République, n'y a-t-il pas des affaires plus urgentes, plus importantes à régler ?

Seuls les régimes dictatoriaux et fascistes ne supportent pas la critique. Là, je suis assis devant la télé regardant l'émission de Laurent Ruquier « On a tout essayé » sur France 2 et devinez le sujet de ce soir ?  On parle « de la queue de 7 mètres de long de Sarco… un crocodile » . Un langage pareil dans le Mali d'aujourd'hui conduira forcément dans la tombe. Si le président s'est senti vraiment blessé, eh bien nous sommes dans un Etat de droit. Il a le droit de préserver sa vie privée, il a droit au respect. Il aurait simplement dû porter plainte contre l'auteur de cet article.

Monsieur le président, pour l'amour du ciel, pour l'amour que vous dites ressentir pour le Mali et ses enfants, protégez les journalistes. Ils sont la conscience du monde, ils sont la voix du peuple. Ils nous aident à réfléchir, à critiquer, à proposer. Aidez-les car ils ont contribué à l'avènement de la démocratie au Mali. Je me rappelle encore la journaliste Aïssata Cissé lors des marches de protestation. Sa fille y laissera sa vie. Soyez fidèle à ce héros du 26-Mars qui nous a fait rêver. Quand j'ai appris l'arrestation du 1er journaliste, puis de quatre autres, je me suis dit encore un magistrat zélé qui enferme des innocents ! J'ai espéré un moment que notre héros allait descendre et libérer lui-même ces journalistes.

A défaut d'avoir été ce héros, libérez-les aujourd'hui, payez leur caution et présentez-leur des excuses au nom de la magistrature de ce pays car ils sont innocents et l'article ne mérite pas un séjour en prison. Désavouez ceux qui disent que votre régime bascule dans la dictature avec le passage à tabac du journaliste Dragon, avec le procès ATTcratie. Prouvez-leur que pendant les 5 années à venir vous avez mieux à faire. Une simple lettre à Info-Matin, pour demander au journaliste d'apporter plus de précisions, de dire que l'article ne concerne pas le président Amadou Toumani Touré ou si oui d'en apporter les preuves, aurait pu suffire.

Le procureur omet que ce sujet de dissertation avec comme fond les amourettes d'un chef d'Etat n'était qu'un prétexte pour aborder le mal qui détruit notre société : ces vieux qui draguent les petites filles. En plus d'être un acte de pédophilie, ces hommes, pères de familles inculquent de mauvaises valeurs à nos sœurs et à nos filles. Au lieu de travailler dur à l'école pour un jour avoir un diplôme, un travail, une maison, une voiture ou une moto, ces filles n'ont qu'à décrocher leur téléphone et composer le numéro de leurs « vieux cons ». Mais quelle facilité !

C'est important de soulever ce problème car dans les années à venir, ces filles se retrouveront avec des jardins d'enfants et sans bagage intellectuel dans un monde de plus en plus compétitif. M. Bassirou Kassim Minta a eu le mérite de soulever ce problème. Un problème qui touche nos familles. C'est fort de ce constat que M. Seydina Oumar Diarra a publié un article.

Fallait-il publier cet article ? Oui, car le chef d'Etat est une figure publique. Il a été élu par le peuple malien. Par conséquent, on peut le prendre en exemple. Oui, car cet article n'incrimine pas le président Amadou Toumani Touré.

Pour savoir s'il était utile de le publier, je fais recours à la pensée du philosophe John Stuart Mill et de son principe de « l'utilitarisme » . Avant de publier un article, les journalistes devraient se demander si leur démarche permettra de « maximiser le bien-être de l'ensemble » de la population. Dans ce cas, on peut répondre par l'affirmatif. Exposer ce problème est une sonnette pour les filles : attention, la grossesse n'est pas loin, attention, il ne va pas reconnaître son enfant. C'est aussi un avertissement aux vieux cons : vous ne pourrez point vous cacher à tout jamais.

Monsieur le président, soyez ce président que va aider nos journalistes à avoir un code déontologique. Que la presse malienne devienne moins partisane, moins intéressée par le matériel, les conflits d'intérêts, l'arbitraire, le mensonge...

Aidez la presse pour que partout dans les rédactions soit affiché ce code, qu'il y ait des sessions de formation avec des études de cas qui se sont passés ailleurs. Vous en sortirez grandi. Voyez vous, Monsieur le président, au moins l'article incriminé aura servi à lancer le débat sur les réformes à apporter au sein de la presse mais aussi au sein de l'Etat. Il faut assurer à la presse sa liberté. Rien que pour cette raison, sa publication est justifiée.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le président, mes salutations respectueuses que je dois à votre statut de chef de l'Etat de la République du Mali.

Birama Konaré

(auteur de la Colline sur la tête, master en communication et étude des médias)

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CONDAMNATION DE 5 JOURNALISTES ET D'UN ENSEIGNANT

Oh justice ! Où est ta victoire ?

Une longue tradition intellectuelle laisse croire que le pouvoir rend fou, ou en tout cas aveugle, que la connaissance, pour progresser exige d'être hors d'atteinte de l'autorité ; qu'il faut renoncer au pouvoir si l'on veut savoir.

L'expérience enseigne au contraire, que pouvoir et savoir se nourrissent l'un l'autre. Qu'un savoir exact et rigoureux est indispensable à l'exercice du pouvoir et que la pratique du pouvoir étend et précise le champ du savoir. Tout le monde l'avait espéré et bien naïfs ont été les Maliens qui avaient cru que leur justice s'affranchirait pour une fois de la tutelle du politique. Comme ce poète magistrat qui écrivait, il y a juste une semaine ces mots :

« Aujourd'hui, j'ai mal.

J'ai mal pour mon pays

Pour ces hommes

Pour son avenir bouché... »

Je redis à sa suite, non seulement j'ai mal pour le Mali, mais aussi j'ai honte de sa justice. Heureusement que je ne suis pas magistrat, car ce qui vient de se passer est un scandale juridique.

Mais heureusement, je fais partie d'un peuple, si digne qu'il a créé l'adage "mieux vaut la mort que la honte" (saya ka fisa malo yé). Que les magistrats maliens se rassurent et se le disent une fois pour toutes : ils sont investis de la mission de dire le droit certes, mais qu'ils comprennent qu'il y a des milliers de Maliens pour lesquels le droit n'a aucun secret et qui par vocation n'ont guère voulu du métier de la robe. Je suis l'un d'eux et c'est toujours avec effarement que j'analyse les décisions de nos juridictions.

La justice malienne pataugera pour longtemps, tant que ses principaux acteurs continueront à rendre une justice des années 1960, pour le pauvre berger de Douentza, par un ancien secrétaire des greffes et parquets, promu par la force des indépendances, au rang de juge de paix. L'affaire de l'enseignant et des journalistes est kafkaïenne.

Aucun fait répréhensible, sauf sous la lecture inquisitrice du procureur général, car selon ses dires, il s'est saisi sans aucune instruction de sa hiérarchie, de ce dossier. Voilà par sa seule volonté, que la sphère académique est violée par la justice. De quel droit, le juge devient censeur de l'enseignant ?

Cela me rappelle les années noires de la dictature du CMLN, où des enseignants comme Victor Sy, V-Zéro, Kary Dembélé, étaient cueillis à la sortie des classes, pour un mot de travers. L'histoire du Mali a jugé cette période, et en référence à ces actes de courage, le préambule de la Constitution, appelle chaque Malien et chaque Malienne, à se souvenir de ces temps de résistances à l'oppression.

La justice, sous le règne de l'Etat de droit et de démocratie, s'inscrit en contre-courant de la marche de l'histoire, pour des faits d'une navrante banalité et des positions datant de l'Inquisition.

Comme le ridicule ne tue pas, il y a des millénaires, parce que Galilée a osé dire la terre tourne, il a été sanctionné. Et pourtant elle tourne dira-t-il à ses tortionnaires.

Banale histoire d'un autre temps, que la justice fait revivre dans un Mali cité en exemple. Pour l'exemple, désormais c'est foutu. Naïvement donc, ceux qui avaient pensé à un sursaut d'orgueil en ont été pour leur frais.

Le verdict est tombé.

Un jugement à la Salomon, où le juge divise la poire en deux et tant mieux. Les journalistes sont libérés, et l'honneur du Mali est sauf, il sont condamnés à sursis avec une très lourde amende, et l'enseignant, pauvre type lâché par son syndicat est lui embastillé pour de bon cette fois et devra répondre de son patrimoine et est empêché d'exercer.

Match nul et merci la justice. Moi je dis, ça ne se passera pas comme cela. En catimini, sans avocat, dans un huis clos qui ne s'impose pas, le tribunal correctionnel rend le jugement ci-dessous :

- Bassirou Minta, enseignant, censeur du lycée Nanaïssa Santara, 2 mois de prison ferme plus 100 000 francs d'amende, interdiction de fonction ;

- Sambi Touré, directeur de publication d'Info-Matin, 8 mois de prison avec sursis plus 200 000 francs d'amende ;

- Seydina Oumar Diarra, journaliste, secrétaire de rédaction d'Info-Matin, 13 jours de prison plus 100 000 francs d'amende ;

- Hamèye Cissé, directeur du Scorpion, 4 mois de prison avec sursis plus 200 000 francs d'amende ;

- Alexis Kalambry, directeur de publication de Les Echos, 4 mois d'emprisonnement avec sursis plus 200 000 francs d'amende ;

- Birama Fall, directeur de publication du Républicain, 4 mois de prison, avec sursis plus 200 000 francs d'amende.

La question logique et normale, c'est pourquoi ce traitement discriminatoire entre les prévenus, car le code pénal déclare bien que les auteurs et les complices encourent la même peine.

Que l'on parle de la volonté du juge.

Alors comment expliquer que les directeurs de publication n'aient pas écopé de la même peine, et pourquoi, si Seydina Oumar Diawara est complice comme les autres, lui écope de 13 jours de prison ferme et pas les autres avec une peine d'amende disparate.

Le sursis, nul n'est dupe, est bel et bien une épée de Damoclès au-dessus de la tête de ces hommes de presse, pour les empêcher de l'ouvrir durant 5 ans, sous peine de révocation de la peine ci-dessus prononcée. Cinq ans, c'est le temps du mandat d'ATT et voilà comment la justice se rend complice du musellement de la presse.

Et comme par hasard, ce sont des titres qui en toute impartialité ont travaillé lors de la campagne, refusant le pain de la servilité de la plume au souverain. Ce qui à mon avis est impardonnable de la part de cette juridiction, c'est la gravissime méconnaissance du droit. Alors qu'on me permette de leur donner une leçon sur la complicité.

C'est par la théorie de la criminalité d'emprunt que le complice écope de la même peine que l'auteur des faits. Le caractère d'antériorité est donc une conséquence de cette théorie. Dans les rares cas de la postériorité, il faut s'en référer à l'article 24 aux alinéas 5 et 6 du code pénal.

Comment décemment messieurs les magistrats en charge de ce dossier on peut rentrer en voie de condamnation ? J'en suis malade !

En effet, les agissements du complice ne deviennent délictueux que par le lien qui les unit au délit d'autrui dont ils facilitent l'exécution ou empêchent la répression après la commission de l'acte.

Je me permets donc de citer in extenso deux auteurs majeurs du droit criminel, Jean Pradel et André Varinard : "Dès lors, la responsabilité de tous les participants trouvant sa source uniquement dans l'infraction principale, on conçoit mal qu'un acte d'aide ou d'assistance, intervenant après la consommation d'une infraction, puisse tomber sous le coup de la loi pénale, la criminalité du fait se trouvant épuisée au moment de sa consommation, comment dans ces conditions la lui emprunter ?"

Ainsi, pour reprendre plein de doctrinaires, "tous les actes postérieures à la consommation de l'infraction sont donc en principe exclusifs de complicité punissable".

Donc, non seulement les faits sont d'une banalité qui ne peut donner lieu à répression, mais même dans l'extraordinaire, comment peut-on poursuivre après coup, un acte de complicité qui n'en est pas un au regard de la loi, de la doctrine et de la jurisprudence, sans violer la loi ?

Déjà au 17e siècle, Bossuet, dans "Serment sur la justice" écrivait ceci : "Il est remarquable que si l'on ne marche pas d'un pas égal dans le chemin de la justice, ce qu'on fait même justement devient odieux" . Et quand c'est injustement... Dans le procès qui vient de se tenir à huis clos, avec un tel verdict, comment ne pas penser à Bossuet.

Comment ne pas également penser à Marcel Aymé, qui dans un bel ouvrage intitulé "La tête des autres" , écrivait : "La justice est quelques fois l'amour. Mais le plus souvent, elle en est le contraire et c'est une passion âcre qui ne se satisfait que dans la violence. Elle se moque bien de la vérité" .

C'est pour cela que nous tous qui avions eu confiance en la justice de notre pays, nous souffrons aujourd'hui. Nous sommes meurtris car des hommes et des femmes sont en train d'oublier un serment, celui-là que des centaines voire des milliers ont prêté et qui le respectent envers et contre tout. Les magistrats maliens ne doivent jamais oublier qu'ils viennent de loin, de très loin même. Qu'il se rappelle les années noires du CMLN et de l'UDPM.

On a vu au procès crime de sang le mea culpa du représentant du ministère public, déclarant dans son réquisitoire en substance ceci : "... Oumar Mariko était innocent, mais à cause du ministre de la Justice, je l'ai condamné" .

Cette époque fait revivre en moi, les critiques d'un autre âge qu'on collait à la magistrature française et que Alain Peyrefitte, alors garde des Sceaux, rapportait dans son livre, "Les Chevaux du Lac Ladoga" : "Les critiques disent en somme, sans crainte de contradiction : la justice est un monstre froid et les juges des pantins médiocres. La réponse est que la justice est une œuvre d'hommes, et que ces hommes doivent être sans cesse aidés à s'élever à la hauteur de leur tâche".

Nos juges devront tout faire pour éviter qu'un de ces jours, dans le prétoire, comme on l'a vu sous des cieux très proches, un avocat n'en viennent à leur déclamer les propos d'un excès avéré de Montesquieu dans "l'Esprit des lois" quand il affirme : "Les juges de la nation ne sont que la bouche qui prononce les paroles de la loi ; des êtres inanimés qui n'en peuvent modérer ni la force, ni la rigueur" .

Le jugement rendu ce mardi contre la presse et contre le savoir est un précédent dangereux. Aussi, je souhaite qu'il soit interjeté appel dans cette affaire par les prévenus. Leur innocence est le sens de leur liberté. Je souhaite qu'en dépit des prises de positions du parquet général, le président saura trouver dans son serment et dans ceux des conseillers, la force de résister et de dire le droit, au nom du peuple souverain du Mali.

Pensez à Dostoïevski qui disait : "Un peuple qui refuse de se rendre au rendez-vous de l'Histoire, qui ne se croit pas porteur d'un message unique, ce peuple est fini, qu'on le range au musée" .

La magistrature a déjà raté un premier rendez-vous par ce verdict en première instance. Souhaitons que la Cour d'appel respectera ce second rendez-vous, afin d'éviter qu'on écrive un jour aux frontons de nos palais ces mots terribles : Ici, on rendait la justice.

Assumez-vous, justice du Mali, pour la liberté tout court, celle de tout un peuple.

Docteur Panghalê

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BRAS DE FER PRESSE-JUSTICE

Partis, syndicats et société civile sur répondeur

« Quand la case du voisin brûle, il ne faut pas s'en réjouir. Le moins qu'on puisse faire est d'aider ce voisin à éteindre le feu »  ! C'est ce que nous enseigne un adage populaire bien connu dans les contrées maliennes, voire africaines.

Mais, il semble méconnu des partis politiques maliens. Exceptées quelques chapelles, les partis politiques, dans leur grande majorité, sont restés de simples spectateurs face au bras de fer qui a opposé des journaux à la justice malienne.

Pourtant, la vie d'un parti politique semble intimement liée à l'existence d'une presse libre, gage d'une vraie démocratie. Inutile de dire quels services une presse libre rend : en étant une courroie de transmission entre le sommet et la base.

Comme les partis politiques, les organisations et associations de la société civile et les syndicats sont restés également muets sur le sujet. Si le silence des partis ne nous a pas surpris, consensus politique oblige, celui de la société civile est incompréhensible. Ont-elles aussi adhéré au consensus au détriment des principes et des valeurs qu'elles sont censées défendre ?

En tout cas rien ne justifie le mutisme de ceux qui se disent démocrates convaincus. Mais, le silence observé par les partis et les organisations de la société civile en dit long sur les convictions réelles. Mais, à présent, personne n'est désormais à l'abri des dérives montagnardes.

La rédaction

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GREVE DE L'UNTM

L'administration paralysée

L'Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) a mis en exécution son préavis de grève de 48 h les 26 et 27 juin 2007. Hier à la mi-journée, le secrétaire général de la centrale syndicale, Siaka Diakité que nous avons joint au téléphone, confirmait la réussite totale de la grève. Selon lui, l'administration centrale, des services parapublics et privés ont suivi à la lettre le mot d'ordre de grève.

Au constat général, la grève a été largement suivie à Bamako et à l'intérieur du pays dans les 8 unions régionales et les 46 unions locales. Quelques banques de la place et le secteur du transport public n'ont pas observé d'arrêt de travail.

La Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) d'Hamadoun Amion Guindo n'a pas non plus pris part à la grève. Elle a au contraire joué son traditionnel rôle de casseur de grève : en essayant de démobiliser même des militants de l'UNTM.

Il faut rappeler que le lundi à la veille de la grève, le secrétaire général de l'UNTM, a animé une assemblée générale à la Bourse du travail. Il a galvanisé ses militants et leur a expliqué les raisons de l'échec des négociations avec le gouvernement sur les 20 points de doléances. Selon lui, sa centrale n'écarte pas l'éventualité d'une grève illimitée dans les prochains jours en cas de non-satisfaction.

Abdrahamane Dicko

 

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