La marche de protestation pour la libération des quatre directeurs de publication de journaux privés et du journaliste SOD est partie de la Maison de la presse, où tous les hommes des médias du Mali s'étaient rassemblés. La marche a emprunté le boulevard de l'Indépendance jusqu'au ministère de la Justice. Les hommes des médias maliens, les uns avec des brassards rouges d'autres avec des pancartes sur lesquels étaient écrits : « Pour la liberté totale de la presse » ; « Contre l'intimidation et les harcèlements des journalistes ».
Arrivés au ministère de la Justice, la masse a de nouveau scandé les différents slogans avant que certains de leurs représentants soient reçus par les autorités du département. Tout au long de la marche, les manifestants ont été encadrés par des éléments des forces du maintien de l'ordre.
Mais cette situation allait quelque peu dégénérer en affrontements lorsque le président de l'Union des journalistes d'Afrique de l'Ouest (UJAO), Ibrahima Famakan Coulibaly , a reçu en plein visage un jet de gaz lacrymogène. Il a été transporté d'urgence à l'hôpital pour y recevoir des soins. Aux dernières nouvelles, M. Coulibaly serait en réanimation au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Gabriel Touré.
Les émissaires ont remis une déclaration à Me Fanta Sylla, garde des Sceaux ministre de la Justice. Dans cette déclaration, les journalistes interpellent le président Amadou Toumani Touré « afin qu'il mette fin aux arrestations arbitraires, illégales, indignes de notre époque » . Me Fanta Sylla a promis que le « meilleur traitement sera réservé à votre déclaration » .
Pour l'heure les journalistes maliens sont engagés à user de toutes les voies légales pour obtenir la libération de leurs camarades emprisonnés. Hier aux environs de 18 h, un des avocats des journalistes, Me Mamadou Gakou , a annoncé avoir déposé un recours de mise en liberté provisoire. L'audience est prévue pour ce matin à 9 h au Tribunal de première instance de la Commune III.
ARRESTATION DE DIRECTEURS DE PUBLICATION
Une volonté de décapiter la presse privée
Ils sont aujourd'hui quatre directeurs de publication écroués à la Maison centrale d'arrêt (MCA) de Bamako dans l'affaire « SOD ». Cela donne raison à ceux qui pensent que le régime veut régler ses comptes avec la presse privée en la décapitant. Une dérive liberticide qui suscite peu de réaction dans le cercle des démocrates et dans la société civile.
« La situation de la liberté de la presse s'améliore dans un nombre croissant de pays d'Afrique et d'Amérique latine, dit RSF. Il s'agit notamment du Bénin, de la Namibie, des îles du Cap Vert, de l'île Maurice, du Mali, du Costa Rica , de la Bolivie et du Salvador » ! C'était la conclusion d'un rapporter de Reportes sans frontières (RSF) en octobre 2005.
Si l'association devait revenir sur cette conclusion, il est évident qu'elle reverrait sa copie en ce qui concerne le Mali. En effet, depuis cinq ans, les journalistes maliens sont victimes de toutes sortes d'attaques pour les empêcher de faire leur travail. Cela va des menaces verbales aux agressions physiques en passant par des convocations régulières à la Sécurité d'Etat.
Aujourd'hui, ces actions antidémocratiques ont atteint leur paroxysme avec ce qui est convenu d'appeler l'affaire « SOD ». Une violation de la liberté d'expression très triste et humiliante pour une nation qui se dit démocratique.
Un sujet de dissertation sur la « maîtresse du président » a servi de prétexte au régime pour essayer de décapiter la presse privée, du moins sa partie non soumise au pouvoir en place. Ainsi, mercredi dernier, les directeurs de publication des journaux les plus influents et les plus critiques à l'égard du pouvoir se sont retrouvés derrière les barreaux pour avoir soutenu leur confrère arbitrairement écroué.
Du jamais vu dans l'histoire du Mali indépendant. Si cela était arrivé sous Moussa Traoré , personne n'aurait crié au scandale parce que cela aurait été dans la nature des choses dans un régime dictatorial. Si Alpha Oumar Konaré avait emprisonné des journalistes, cela allait provoquer peu d'émoi puisque, même au sein de la profession, on se disait que les confrères dépassaient les limites de la liberté accordée. Mais, conscient de l'apport de la presse dans l'avènement de la démocratie et de son rôle dans sa consolidation, AOK n'a jamais voulu lever le petit doigt contre un journaliste dans l'exercice de ses fonctions.
Justice manipulée, presse embastillée
Nous voudrions bien croire que ce qui arrive maintenant ne soit une volonté du président de la République, mais plutôt le zèle de quelques magistrats et de son entourage qui veulent monter dans son estime et bâtir leur carrière au détriment des libertés fondamentales acquises au prix du sang des martyrs. Le sujet de dissertation a parlé de la « maîtresse du président » ! De quel président ? Le professeur incriminé avait tenu à préciser que c'est un sujet comme n'importe quel autre et qu'il ne visait personne.
Alors pourquoi le procureur et la Sécurité d'Etat voudraient que cela soit forcément le nôtre, l'actuel ? Où est l'offense au chef de l'Etat dans un sujet de dissertation ? Pis, le crime de notre confrère a été d'avoir commenté ce sujet en mettant en relief son caractère amoral et immoral. Et il est universellement admis que « les faits sont sacrés, mais le commentaire libre » . Mais, des journalistes se retrouvent en prison au Mali pour avoir commenté une dissertation. Plus grave, le magistrat abandonne la voie du délit de presse pour enclencher la procédure pénale. La manipulation de l'appareil judiciaire et le règlement de compte sont plus qu'évidents.
Le président n'avait pas besoin d'un scandale de ce genre, ternissant l'image du pays aux yeux d'une opinion publique internationale qui le citait en exemple, pour entamer son deuxième et dernier mandat. Cette réaction disproportionnée est très inquiétante parce qu'elle démontre jusque où les zélés de la République sont prêts à aller pour éliminer tous les contrepouvoirs au régime.
Des libertés bientôt hypothéquées
Les journaux qui sont aujourd'hui dans l'œil du cyclone ne le sont pas fortuitement. Il s'agit des titres (Les Echos, Le Républicain, Info-Matin et Le Scorpion) qui sont les plus critiques face à la gouvernance actuelle du pays, à la dérive autocratique de ses gouvernants et au sacrifice de l'intérêt public au profit de ceux d'une minorité.
Il est temps de revenir à la raison. En s'attaquant à la presse, le pouvoir amorce une dérive liberticide grave. En effet, la liberté de la presse est l'un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques. Elle repose sur la liberté d'opinion , la liberté mentale et d' expression . Ainsi, l'article 11 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 dispose que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement… »
Curieusement, il y a peu de réactions par rapport à cette tentative d'embastiller la presse indépendante. Si réactions il y a, elles sont timides. Mais, comme on le dit, chacun a son tour chez le coiffeur. Si jamais le pouvoir parvient à museler la presse, la classe politique, les syndicats et les organisations de la société civile doivent s'attendre aussi à la confiscation de leurs libertés. C'est sur cette voie que le Mali se trouve aujourd'hui. Et c'est dommage que les démocrates se taisent en ce moment précis. De peur de se retrouver à leur tour à la MCA ?
Moussa Bolly
Acceuil
COOPERATION MALI-LIBYE
Kadhafi à Bamako ce vendredi
Le Frère Guide de la révolution libyenne, en route pour Accra où il participera au sommet de l'Union africaine, séjournera pour 48 h dans notre pays à compter de ce vendredi.
En marge des entretiens politiques, le Guide libyen rencontrera demain samedi au CICB des intellectuels maliens et la société civile malienne. Il sera largement question d'unité et d'intégration africaines, deux grandes ambitions du Guide de la révolution libyenne.
Au cours d'une rencontre internationale à Tripoli les 20 et 21 juin 2007, le dirigeant libyen a fustigé le comportement de certains de ses pairs africains qui ne feraient pas assez dans l'accélération de l'unité et l'intégration africaines.
La Libye entretient de dynamiques rapports de coopération avec notre pays depuis plusieurs décennies. De fructueux partenariats, qui se traduisent par de nombreuses réalisations comme le chantier de la Cité administrative, d'importants projets d'investissement dans le domaine de l'hôtellerie, des BTP et de l'industrie, qui se chiffrent à plus de 250 milliards de nos francs.
Acceuil