Profitant de son investiture le 8 juin dernier à l'heure de la prière du vendredi par la présidente de la Cour suprême, le président réélu a annoncé un Programme de développement économique et social (PDES), qui serait la clef de voûte du bien-être national.
Tout ou presque y passe en tout cas : redressement économique et social, école, santé, recherche scientifique et technologique, infrastructures, sécurité alimentaire… Ce PDES-là ressemble, à s'y méprendre, aux douze travaux d'Hercule…
Et pour atteindre les objectifs qu'il s'est fixés, le chef de l'Etat a dit vouloir s'attacher les services d'hommes et de femmes de tous horizons à la probité intellectuelle et morale prouvée, à l'engagement patriotique reconnu et à la compétence avérée. Une pierre dans le jardin des partis de l'ADP ?
Toujours est-il que le discours, de ce point de vue, est clair et de nature à rassurer un peuple dont le moral reste encore en berne à cause des agissements d'une certaine coterie. Mais c'est surtout l'œil de Caïn qui va poursuivre ATT tout au long de son dernier bail à Koulouba. Car, entre le dire et le faire, il y a bien souvent un fossé difficile à combler.
Faut-il croire aux bonnes intentions quand jusque-là les critères de choix aux hautes fonctions de l'Etat sont fondamentalement basés sur les affinités politiques, le copinage, le népotisme… et la satisfaction matérielle des principaux concernés ?
Faut-il croire au PDES, dont l'une des composantes essentielles est l'atteinte de la souveraineté alimentaire, avec un monde paysan divisé et fortement politisé, des fonctionnaires qui s'érigent en négociants sans vergogne ? Faut-il croire au partage des fruits de la croissance quand des prédateurs de l'économie bénéficient ou pourraient bénéficier de protection leur permettant de narguer la justice et le peuple souverain ? Faut-il croire au PDES avec une école complètement à vau-l'eau, des soins de santé pour riches et d'autres pour pauvres ? Permettez-nous d'en douter.
Toutefois, pour redresser pour la postérité l'image du héros qu'il a été, le président devra se ceindre la taille, en renonçant à son pouvoir personnel et en ne privilégiant que l'intérêt supérieur de la nation en toute circonstance. Est-ce si difficile que ça ?
CEREMONIE D'INVESTITURE DU PRESIDENT
Après ATT, ATT
Le président ATT a été « renvoyé à l'exercice de ses fonctions », le vendredi dernier, par la présidente de la C our suprême après l'audience solennelle de prestation de serment.
C'est fait. ATT a été officiellement investi de la mission de conduire les destinées des 12 millions d'âmes maliennes pour les cinq ans à venir. La cérémonie a eu lieu au Centre international des conférences de Bamako, en présence de sept chefs d'Etat, d'une vingtaine de représentants de « pays amis » et d'une pléiade de représentants d'organisations régionales et internationales.
Après la lecture de l'arrêt de la Cour constitutionnelle, confirmant la victoire au 1er tour de la présidentielle avec 71,20 % par le greffier en chef, le brillant réquisitoire du procureur de la République, la présidente de la Cour suprême a proclamé ATT président de la République et l'a renvoyé à l'exercice de ses fonctions.
La cérémonie qui devrait prendre fin à midi a débuté à 12 h. Les multiples invités ayant souvent mis du retard à rallier Bamako. Aussitôt après le CICB, un banquet était prévu, agapes au cours desquelles, les tête-à-tête ont eu lieu. Mais, certains n'y ont pas pris part. Le président burkinabé, par exemple, devait aller attendre chez lui Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères.
Dans son discours d'investiture, le général a dégagé six axes qui, selon lui-même, constitueront l'épine dorsale de son action pour les cinq prochaines années : il s'agit d'une meilleure organisation de l'action publique ; l'amélioration de la production primaire ; développer le secteur privé ; insérer les femmes et les jeunes dans le circuit productif ; développer les secteurs sociaux et réformer les sociétés.
La différence fondamentale avec 2002, c'est que l'homme avait plus d'assurance dans le discours. Il n'y a pas eu les bourdes de 2002 (où il avait omis des chefs d'Etat présents dans son discours). Par contre, en 2002, il y avait la spontanéité du volontaire. Cette année, nous avons vu l'assurance et la froideur du politique.
Alexis Kalambry
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Dans les coulisses
Sept chefs d'Etat
ATT a battu un record : pas moins de 7 chefs d'Etat ont fait le déplacement de Bamako pour son investiture. Il s'agit de François Bozizé de Centrafrique, Denis Sassou Nguesso du Congo, Idriss Deby Itno du Tchad, Oumar Bongo Ondimba du Gabon, Blaise Compaoré du Burkina Faso, Thomas Yayi Boni du Bénin et Sidi Ould Cheick Abdalahi, le tout nouveau président de la Mauritanie. A côté de ceux-ci, il y avait la vice-présidente de la Gambie, les premiers ministres du Maroc, du Sénégal et de la Côte d'Ivoire, le ministre des Affaires étrangères de France, le secrétaire d'Etat à l'Agriculture des USA, le président du Sénat espagnol… la liste n'est pas exhaustive.
FDR discret
Certains ténors du Front pour la démocratie et la République (FDR, opposition) étaient dans la salle. Si IBK y était obligé, du fait de son statut de président de l'Assemblée nationale, on a également vu dans la salle Mamadou Blaise Sangaré de la CDS. Par contre, Soumeylou Boubèye Maïga (Convergence-2007) et Tiébilé Dramé (Parena) n'y étaient pas. Boycott ? Selon certaines sources, « jusqu'au soir du 7 juin, la veille, ils n'avaient pas reçu de carton d'invitation ». Par contre, Oumar Mariko qui n'était pas du FDR était bien visible dans l'assistance.
La longue attente de Blaise
Quand arrivait le président burkinabé, la piste n'était pas libre. Il lui a fallu tourner en l'air une vingtaine de minutes avant d'être autorisé à atterrir. Pour autant, il n'était pas au bout de ses peines, car, la porte de l'avion restera ouverte une dizaine de minutes avant qu'il ne sorte. Motif : personne à l'accueil.
Budget colossal
Officiellement, la cérémonie d'investiture du président de la République a été chiffrée à 100 millions de nos francs. Mais, au finish, et si l'on y ajoute toutes les fêtes connexes, c'est sûr que le double, voire le triple y a été englouti.
Deux salles de presse
La salle Jeli Baba Cissoko a refusé du monde pour la cérémonie d'investiture. Pour y accéder, il fallait une carte d'invitation. Tout le monde ne pouvant en avoir, le protocole a divisé la poire en deux : une salle de presse a été aménagée pour les confrères qui n'ont pas été parmi les élus. Comme ceux restés à la maison, ils se sont contentés de suivre la cérémonie à la télé, avec comme consolation qu'ils avaient un écran géant.
Un statut pour l'opposition
ATT, dans son discours d'investiture, a dit qu'il y aura un statut pour le chef de l'opposition. Cela est un tournant, et l'homme voudrait déjà marquer le clash avec le FDR et admettre la mort de son consensus ? Car, si tout le monde se retrouve dans un unanimisme, il n'y aura pas lieu de parler d'un statut pour une opposition inexistante.
Blaise le plus convoité
Le président burkinabé était certainement le plus convoité. Pas moins d'une dizaine de représentants d'organisations ou d'envoyés spéciaux avaient fait le déplacement pour le rencontrer à Bamako.
Bonnet, sans bonnet ?
En 2002, ATT a dû prêter serment deux fois : comme il portait un bonnet, on le lui avait fait retirer et reprendre le serment. Sur toutes les images officielles du serment de 2002, il apparaît décoiffé. Cette année, il a gardé son bonnet. Ni le colonel Kokè Dembélé, à cheval sur les principes, ni la présidente de la Cour suprême n'ont relevé ce manque de déférence à l'égard de la Cour.
La carte du président
Le président de la Cour constitutionnelle a failli ne pas assister à la cérémonie d'investiture du général ATT. Arrivé à la porte de la salle Jeli Baba, il a été arrêté par un agent du protocole qui a exigé à voir sa carte. « La carte, M. le président ! », a-t-il demandé. Heureusement que l'aide de camp de celui-ci (qui portait d'ailleurs sa toge) avait la carte d'accès.
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