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2007

Mois de juin

Les Echos du11 juin 2007

IL FAUT LE DIRE

L'œil de Caïn

Profitant de son investiture le 8 juin dernier à l'heure de la prière du vendredi par la présidente de la Cour suprême, le président réélu a annoncé un Programme de développement économique et social (PDES), qui serait la clef de voûte du bien-être national.

Tout ou presque y passe en tout cas : redressement économique et social, école, santé, recherche scientifique et technologique, infrastructures, sécurité alimentaire… Ce PDES-là ressemble, à s'y méprendre, aux douze travaux d'Hercule…

Et pour atteindre les objectifs qu'il s'est fixés, le chef de l'Etat a dit vouloir s'attacher les services d'hommes et de femmes de tous horizons à la probité intellectuelle et morale prouvée, à l'engagement patriotique reconnu et à la compétence avérée. Une pierre dans le jardin des partis de l'ADP ?

Toujours est-il que le discours, de ce point de vue, est clair et de nature à rassurer un peuple dont le moral reste encore en berne à cause des agissements d'une certaine coterie. Mais c'est surtout l'œil de Caïn qui va poursuivre ATT tout au long de son dernier bail à Koulouba. Car, entre le dire et le faire, il y a bien souvent un fossé difficile à combler.

Faut-il croire aux bonnes intentions quand jusque-là les critères de choix aux hautes fonctions de l'Etat sont fondamentalement basés sur les affinités politiques, le copinage, le népotisme… et la satisfaction matérielle des principaux concernés ?

Faut-il croire au PDES, dont l'une des composantes essentielles est l'atteinte de la souveraineté alimentaire, avec un monde paysan divisé et fortement politisé, des fonctionnaires qui s'érigent en négociants sans vergogne ? Faut-il croire au partage des fruits de la croissance quand des prédateurs de l'économie bénéficient ou pourraient bénéficier de protection leur permettant de narguer la justice et le peuple souverain ? Faut-il croire au PDES avec une école complètement à vau-l'eau, des soins de santé pour riches et d'autres pour pauvres ? Permettez-nous d'en douter.

Toutefois, pour redresser pour la postérité l'image du héros qu'il a été, le président devra se ceindre la taille, en renonçant à son pouvoir personnel et en ne privilégiant que l'intérêt supérieur de la nation en toute circonstance. Est-ce si difficile que ça ?

A. M. T.

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CEREMONIE D'INVESTITURE DU PRESIDENT

Après ATT, ATT

Le président ATT a été « renvoyé à l'exercice de ses fonctions », le vendredi dernier, par la présidente de la C our suprême après l'audience solennelle de prestation de serment.

C'est fait. ATT a été officiellement investi de la mission de conduire les destinées des 12 millions d'âmes maliennes pour les cinq ans à venir. La cérémonie a eu lieu au Centre international des conférences de Bamako, en présence de sept chefs d'Etat, d'une vingtaine de représentants de « pays amis » et d'une pléiade de représentants d'organisations régionales et internationales.

Après la lecture de l'arrêt de la Cour constitutionnelle, confirmant la victoire au 1er tour de la présidentielle avec 71,20 % par le greffier en chef, le brillant réquisitoire du procureur de la République, la présidente de la Cour suprême a proclamé ATT président de la République et l'a renvoyé à l'exercice de ses fonctions.

La cérémonie qui devrait prendre fin à midi a débuté à 12 h. Les multiples invités ayant souvent mis du retard à rallier Bamako. Aussitôt après le CICB, un banquet était prévu, agapes au cours desquelles, les tête-à-tête ont eu lieu. Mais, certains n'y ont pas pris part. Le président burkinabé, par exemple, devait aller attendre chez lui Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères.

Dans son discours d'investiture, le général a dégagé six axes qui, selon lui-même, constitueront l'épine dorsale de son action pour les cinq prochaines années : il s'agit d'une meilleure organisation de l'action publique ; l'amélioration de la production primaire ; développer le secteur privé ; insérer les femmes et les jeunes dans le circuit productif ; développer les secteurs sociaux et réformer les sociétés.

La différence fondamentale avec 2002, c'est que l'homme avait plus d'assurance dans le discours. Il n'y a pas eu les bourdes de 2002 (où il avait omis des chefs d'Etat présents dans son discours). Par contre, en 2002, il y avait la spontanéité du volontaire. Cette année, nous avons vu l'assurance et la froideur du politique.

Alexis Kalambry

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Dans les coulisses

Sept chefs d'Etat

ATT a battu un record : pas moins de 7 chefs d'Etat ont fait le déplacement de Bamako pour son investiture. Il s'agit de François Bozizé de Centrafrique, Denis Sassou Nguesso du Congo, Idriss Deby Itno du Tchad, Oumar Bongo Ondimba du Gabon, Blaise Compaoré du Burkina Faso, Thomas Yayi Boni du Bénin et Sidi Ould Cheick Abdalahi, le tout nouveau président de la Mauritanie. A côté de ceux-ci, il y avait la vice-présidente de la Gambie, les premiers ministres du Maroc, du Sénégal et de la Côte d'Ivoire, le ministre des Affaires étrangères de France, le secrétaire d'Etat à l'Agriculture des USA, le président du Sénat espagnol… la liste n'est pas exhaustive.

FDR discret

Certains ténors du Front pour la démocratie et la République (FDR, opposition) étaient dans la salle. Si IBK y était obligé, du fait de son statut de président de l'Assemblée nationale, on a également vu dans la salle Mamadou Blaise Sangaré de la CDS. Par contre, Soumeylou Boubèye Maïga (Convergence-2007) et Tiébilé Dramé (Parena) n'y étaient pas. Boycott ? Selon certaines sources, « jusqu'au soir du 7 juin, la veille, ils n'avaient pas reçu de carton d'invitation ». Par contre, Oumar Mariko qui n'était pas du FDR était bien visible dans l'assistance.

La longue attente de Blaise

Quand arrivait le président burkinabé, la piste n'était pas libre. Il lui a fallu tourner en l'air une vingtaine de minutes avant d'être autorisé à atterrir. Pour autant, il n'était pas au bout de ses peines, car, la porte de l'avion restera ouverte une dizaine de minutes avant qu'il ne sorte. Motif : personne à l'accueil.

Budget colossal

Officiellement, la cérémonie d'investiture du président de la République a été chiffrée à 100 millions de nos francs. Mais, au finish, et si l'on y ajoute toutes les fêtes connexes, c'est sûr que le double, voire le triple y a été englouti.

Deux salles de presse

La salle Jeli Baba Cissoko a refusé du monde pour la cérémonie d'investiture. Pour y accéder, il fallait une carte d'invitation. Tout le monde ne pouvant en avoir, le protocole a divisé la poire en deux : une salle de presse a été aménagée pour les confrères qui n'ont pas été parmi les élus. Comme ceux restés à la maison, ils se sont contentés de suivre la cérémonie à la télé, avec comme consolation qu'ils avaient un écran géant.

Un statut pour l'opposition

ATT, dans son discours d'investiture, a dit qu'il y aura un statut pour le chef de l'opposition. Cela est un tournant, et l'homme voudrait déjà marquer le clash avec le FDR et admettre la mort de son consensus ? Car, si tout le monde se retrouve dans un unanimisme, il n'y aura pas lieu de parler d'un statut pour une opposition inexistante.

Blaise le plus convoité

Le président burkinabé était certainement le plus convoité. Pas moins d'une dizaine de représentants d'organisations ou d'envoyés spéciaux avaient fait le déplacement pour le rencontrer à Bamako.

Bonnet, sans bonnet ?

En 2002, ATT a dû prêter serment deux fois : comme il portait un bonnet, on le lui avait fait retirer et reprendre le serment. Sur toutes les images officielles du serment de 2002, il apparaît décoiffé. Cette année, il a gardé son bonnet. Ni le colonel Kokè Dembélé, à cheval sur les principes, ni la présidente de la Cour suprême n'ont relevé ce manque de déférence à l'égard de la Cour.

La carte du président

Le président de la Cour constitutionnelle a failli ne pas assister à la cérémonie d'investiture du général ATT. Arrivé à la porte de la salle Jeli Baba, il a été arrêté par un agent du protocole qui a exigé à voir sa carte. « La carte, M. le président ! », a-t-il demandé. Heureusement que l'aide de camp de celui-ci (qui portait d'ailleurs sa toge) avait la carte d'accès.

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INVESTITURE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Les Bamakois se prononcent sur le discours

Sidy Diabaté (étudiant)  :

« Le président a dit dans son discours qu'il se reconnaît dans un slogan politique d'un de ses adversaires. Il faut reconnaître que le changement est nécessaire dans ce pays. C'est cela qu'il a reconnu. Aussi, ATT veut donner une place à l'opposition contrairement à son 1er quinquennal. C'est pour dire qu'il y a une place pour les opposants. ATT a également parlé de la lutte contre la pauvreté, de la jeunesse, de l'enclavement etc. Un président nouvellement élu ne peut ignorer ces secteurs prioritaires qui sont à la une dans tous les pays du monde entier. Le peuple malien doit attendre la réalité, c'est-à-dire attendre un ou deux mois pour juger les actions du président ».

Mme Dicko Hawa Drabo (enseignante)  :

« Le président a évoqué le problème de l'éducation dans son discours. Pour que l'éducation soit développée au Mali, il faut que le président revoie les conditions des enseignants et les méthodes d'enseignement. Les méthodes d'enseignement aujourd'hui varient. Chaque année, on nous impose des nouvelles méthodes. Il s'est également prononcé sur plusieurs facteurs de développement. Il faut qu'il soit un homme de parole, qu'il tienne à respecter ses engagements ».

Fousseni Coulibaly (étudiant)  :

« Je n'ai pas suivi le discours du président parce qu'on se moque de nous. Pourquoi toutes ces dépenses futiles pour une investiture alors que tout le monde sait que notre pays se trouve dans une situation critique ? J'ai appris qu'ils ont mis 200 millions de F CFA dans l'organisation de l'évènement. ATT est mal parti. Ça ne valait pas le coût de faire toutes ces dépenses. Les pays qui nous apportent de l'aide n'ont pas fait comme ça. Ce n'est pas en dansant et en se tapant la poitrine qu'on peut construire un pays. Un pays ne peut pas se construire dans le folklore. C'est le président qui doit donner l'exemple aux autres. Avec 200 millions, on pouvait régler un grand problème. Je ne suis pas contre lui mais c'est sa façon de faire qui ne me plait pas ».

Alhousseini Amadou Cissé (administrateur du travail) :

« Quand ATT est revenu au pouvoir en 2002, il a beaucoup travaillé. Il a pris des engagements qu'il a exécutés à 99,99 %. Dans son discours, il a parlé de tous. C'est un travailleur. Je sais qu'il peut exécuter ses engagements à 100 %. Mais cela ne sera pas possible sans changement. Pour pouvoir travailler, ATT doit faire table rase notamment avec les gens du Mouvement citoyen ».

Propos recueillis

Sidiki Doumbia

(stagiaire)

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INVESTITURE D'ATT

Entre mobilisation et indifférence

L'investiture du président de la République a été accompagnée d'une ambiance à double face dans la capitale malienne.

Amadou Toumani Touré a été investi dans les fonctions de président de la République du Mali pour un nouveau mandat de 5 ans le 8 juin 2007. Cette investiture a eu un double visage dans la capitale.

D'abord, nul ne doute que cette cérémonie d'investiture a fait l'objet d'une très forte mobilisation au sommet de l'Etat et parmi les sympathisants et alliés du président. En plus notamment de 7 chefs d'Etat africains, de trois premiers ministres et de plusieurs délégations étrangères, toutes les personnalités influentes de notre pays étaient présentes au Centre international des conférences de Bamako (CICB), le pôle d'attraction de vendredi dernier. Le CICB, dont l'accès était conditionné à la présentation d'une carte d'invitation, était tellement bondé de monde que certains invités de marque se sont contentés des écrans géants.

Dans l'après-midi, une ambiance festive regnait au stade Omnisports Modibo Kéita, qui a servi de cadre pour un méga-concert visant à « remercier les Maliens pour avoir renouvelé de leur confiance au président ATT » . Accompagné de son épouse, le président fraîchement ré-investi a pris place aux côtés des membres du gouvernement, des responsables du Mouvement citoyen et de l'ADP pour assister au méga-concert animé par une trentaine d'artistes maliens.

De l'autre côté, c'était l'indifférence totale. « En tant que fonctionnaire, cette investiture ne me préoccupe pas car le travail m'attend au service. Si les autorités voulaient nous associer à cette cérémonie, ils auraient décrété aujourd'hui journée chômée et payée sur toute l'étendue du territoire national. » nous a confié cet agent comptable dans un service étatique.

Comme lui, les employés de l'Etat se sont rendus au service et la ville aux Trois caimans, vendredi dernier, n'avait rien à envier aux autres jours ouvrables. Il avait les allures d'un jour ordinaire avec ses embouteillages et ses travers habituels. Les seules particularités étaient la présence des forces de l'ordre le long des routes et des drapeaux maliens ça et là.

On constatait aussi peu d'intérêt chez les citoyens lambdas, qui vaquaient tranquillement à leurs occupations. A la question de savoir ce qu'ils pensaient de cette investiture, beaucoup parmi eux ont répondu de la sorte : « Ça ne nous concerne pas, c'est une affaire de dirigeants. Nous ferons mieux d'aller chercher nos prix de condiment pour pouvoir nous en sortir dans un pays où la vie devient de plus en plus chère » .

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

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FORUM DES PEUPLES DE SIKASSO

Les huit exigences des alter mondialistes

A l'issue de la 6e édition du Forum des peuples, jeudi au stade Babemba de Sikasso, les participants, tout en réaffirmant l'illégitimité du G8, ont posé huit exigences majeures, socles de construction d'un monde meilleur.

Aux termes de larges débats sur les questions fondamentales qui préoccupent l'ensemble des peuples du monde (dette, souveraineté alimentaire, pauvreté, accès à l'eau potable…), des alter mondialistes d'Afrique, d'Europe et d'Amérique, réunis à Sikhara du 4 au 7 juin derniers, ont dressé un état des lieux jugé « scandaleux » de la situation des peuples avant de faire des propositions pour un monde meilleur.

« Le G8, ce directoire mondial illégitime a démontré à la face du monde son incapacité notoire à tenir ses promesses d'aide aux pays les plus pauvres et à résoudre cette crise structurelle de l'endettement dont il est le principal responsable. En 2005, son engagement en faveur des pays pauvres avait permis l'annulation d'un montant dérisoire de 39 milliards de dollars US de dette pour les pays d'Afrique et d'Amérique latine. Aujourd'hui, les dettes que ces mêmes pays doivent rembourser s'élèvent pour l'Afrique à 215 milliards de dollars… » , dénonce la déclaration du Forum.

Pour les participants, les réponses apportées par le G8 aux préoccupations des pays du Tiers-monde ressemblent à « un aveu d'échec, d'hypocrisie et d'irresponsabilité. Les mesures prises ces dernières années n'ont été que des opérations d'effet d'annonce doublées de mépris profond pour les souffrances de nos peuples » .

Les alter mondialistes ont, en outre, sévèrement critiqué le communiqué du sommet du G8 qui se tenait à Heiligendamm (Allemagne) sur le réchauffement climatique. « Sous le couvert de la lutte contre le réchauffement climatique, les puissances du G8 étalent leur nature prédatrice, inhumaine, irresponsable et hégémonique, se livrant à une compétition effrénée pour le contrôle des matières premières et des ressources en hydrocarbure à l'exemple de la guerre en Irak, du chantage au gaz de la Russie... » .

Annuler 2800 milliards de dollars

C'est face à toutes ces « injustices » et à la répression des militants alter mondialistes par les forces de l'ordre allemandes que le Forum des peuples de Sikasso a exigé une fois de plus l'annulation de la dette extérieure des pays du Tiers-monde qui s'élève à 2800 milliards de dollars, la suppression du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale et leur remplacement par la Banque du Sud qui regrouperait tous les pays en voie de développement et les pays émergents, la transparence et le contrôle des flux financiers par des taxes globales et la restitution des fonds détournés par les multinationales occidentales et les régimes corrompus.

La suppression des visas de court séjour, la fermeture de tous les lieux d'enfermement des personnes aux frontières, l'abolition de toutes les mesures faisant obstacles au regroupement familial et la régularisation totale et inconditionnelle de tous les sans papiers en France et dans les autres pays de l'espace Schengen… sont d'autres exigences des alter mondialistes.

Au nombre des recommandations formulées, on peut citer la création d'une banque agricole autogérée par les paysans, le rejet systématique des APE et des OGM, la reforme des titres de propriété foncière, l'encouragement de l'utilisation de l'engrais organique abandonné au profit des engrais chimiques, etc.

Cette déclaration, a assuré la présidente de la Coalition des alternatives africaines, dette et développement, Barry Aminata Touré, sera transmise aux décideurs en vue de sa traduction en réalisations concrètes.

Sidiki Y. Dembélé

 

Haro sur le recul du service public

Les participants au Forum des peuples de Sikasso ont, dans leur déclaration finale, dénoncé le « recul du service public » avec la liquidation complète des derniers secteurs stratégiques (CMDT, Huicoma et le chemin de fer). Les conséquences de ces privatisations se font durement ressentir à travers les licenciements massifs des travailleurs, l'exacerbation de la pauvreté et de la misère.

A cela, il faut ajouter l'absence d'un contrôle démocratique et transparent sur les ressources stratégiques du Mali notamment l'or, l'introduction forcée des OGM dans l'agriculture, l'application programmée des accords de partenariat économique entre l'Union européenne et les pays ACP, l'introduction de nouveaux accords sur l'immigration.

« Ces nouveaux accords, précise la déclaration, transforment le Mali comme les autres pays voisins, en simple gendarme chargé d'appliquer avec zèle des mesures d'expulsion arbitraires et illégales des pays de l'UE en violation flagrante de toutes les conventions internationales relatives aux droits humains et à la libre circulation des personnes et des biens » .

S. Y. D.

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FONCTIONNAIRES INTERNATIONAUX MALIENS

Bientôt la fin des frustrations et des humiliations ?

Frustrations et humiliations de toutes sortes sont le lot quotidien des émigrés maliens et de nos compatriotes travaillant dans des organisations internationales. Dans son discours d ' investiture, le président Amadou Toumani Touré leur a redonné espoir en promettant de tout faire pour changer cette triste situation.

« La gestion de nos compatriotes est au centre des priorités de notre politique extérieure » . Cette partie du discours d ' investiture du président Amadou Toumani Touré n ' a pas certainement échappé aux Maliens de l ' extérieur, surtout les émigrés et les fonctionnaires internationaux. Surtout qu'ATT a ajouté, « mieux assurer leurs droits et préserver leur dignité, mieux mobiliser leurs capacités d ' investissements, cerner et féconder leur apport intellectuel, mieux les promouvoir dans les organisations internationales et mieux valoriser l ' image des Maliens et du Mali, constitueront les axes majeurs de l ' action de protection et de promotion des Maliens de l ' extérieur » .

Il était temps que l ' Etat décide de ne plus laisser les Maliens à la merci des pays d ' accueil ou de leurs employeurs. Depuis la nuit des temps, frustrations, humiliations, persécutions, brimades sont le lot quotidien des travailleurs maliens dans les organisations internationales. « Nous sommes souvent traités comme des moins que rien. Au niveau du traitement salarial, l ' écart entre les nationaux et les expatriés travaillant dans les organisations internationales au Mali ne se justifie pas. Nous sommes rarement rémunérés en fonction de nos compétences, de notre mérite. Pis, l ' humiliation est le lot quotidien de beaucoup d ' entre-nous » , déclare un compatriote travaillant dans la représentation nationale d ' une organisation internationale. Il a naturellement requis l ' anonymat pour que « le ciel ne s ' effondre pas sur ma tête dès le lundi » .

Des cas d ' exactions ou de traitement discriminatoire à l ' égard des cadres maliens ont récemment défrayé la chronique. L ' honorable Ali N. Diallo ne nous dira certainement pas le contraire pour avoir été victime de toutes les exactions et offenses afin de le pousser à quitter la présidence du Parlement de la Cédéao. Ses détracteurs ont bafoué sa dignité et traîné son honneur dans la boue. Et le Mali n ' a presque rien fait pour défendre l ' honneur et la dignité de ce grand combattant qui s ' est beaucoup sacrifié pour l ' avènement de la démocratie au Mali. Ce qui est sûr, c ' est que la réaction de l ' Etat n ' a pas été à hauteur de souhait à l ' époque.

Nous avons encore en mémoire la façon la plus avilissante dont Mme Mariam Waïgalo, travaillant au bureau Unicef du Mali, avait été mise à la porte. Son crime : être tombée en état de grossesse dans un organisme spécialisé des Nations unies chargé de la protection de la mère et de l ' enfant ! Et là aussi, la réaction du gouvernement a été très timide. Il a fallu la pression de la presse pour qu ' elle soit réintégrée et que la représentante coupable d ' une telle ignominie soit mutée ailleurs.

Ces deux cas suffisent à illustrer le calvaire des cadres maliens dans des organisations internationales et les humiliations qu ' ils sont souvent contraints d ' accepter parce qu ' ils ne peuvent pas compter sur l ' Etat pour les défendre. Sans compter que les ressources humaines nationales sont souvent discriminées au profit de chômeurs expatriés dont la seule compétence est souvent la couleur de leur peau. Combien de faux consultants viennent-ils ainsi se pavaner dans ce pays en laissant le personnel malien se taper leurs bouleaux à leur place ?

Alors on comprend aisément que l ' engagement du président ATT à valoriser l ' image des Maliens et du Mali à l ' extérieur, surtout dans les organisations internationales, ne pouvait échapper à personne. Nous avons beau remporter des victoires diplomatiques en abritant des sommets, en contribuant à l ' apaisement des foyers de tension, notre diplomatie n ' aura pas entièrement accompli sa mission si elle est incapable de promouvoir nos cadres dans les instances sous-régionales et régionales ainsi que dans les organisations internationales.

Elle n ' aura de mérite réel tant qu ' elle ne se bat pas pour sauvegarder l ' honneur, la dignité et les intérêts de nos rares compatriotes qui ont la chance d ' intégrer ces instances et organisations. Et il est évident que le Mali va rater le train de l ' intégration sous-régionale et régionale si elles devaient se faire au détriment des fils du pays, surtout de ses cadres dont le seul handicap, face à la concurrence, est le manque de soutien politique. Heureusement qu ' ATT promet que plus rien ne sera plus comme avant en la matière. Pourvu que ça ne soit, une fois encore, qu'une promesse d'ATT.

Moussa Bolly

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DERNIER MANDAT D'ATT

Le mandat de la vérité

Amadou Toumani Touré vient de prêter serment pour son 2e et dernier mandat présidentiel. Outre, les engagements à lui imposés par le texte sacré du serment constitutionnel, le président a pris d'autres engagements qu'il faut avoir à l'œil et qui permettront de mesurer sa sincérité ou sa roublardise. A voir de près les engagements pris, le président ouvre des espoirs, mais aussi crée des inquiétudes.

L'inquiétude porte sur l'indifférence que le président manifeste toujours pour la cherté de la vie. Aujourd'hui, la classe moyenne souffre de la cherté des denrées alimentaires, de l'insécurité physique et judiciaire. Pour la cherté des denrées, la commissaire à la sécurité alimentaire a avancé sa solution qui est loin de satisfaire les populations. Il s'agit de fixer le prix de base à 235 F CFA le kilo aux consommateurs. Avec cette solution, les populations courent le risque de famine.

Pour l'insécurité physique et judiciaire, le président garde la même indifférence, car en parlant d'assainir la justice, il sait lui-même quelle mafia contrôle la justice malienne. Nous avons en mémoire l'affaire de Samaya et l'affaire AC, l'affaire des engrais entre la CMDT et l'Apcam. Ces trois affaires prouvent à suffisance que les juges au Mali ne rendent pas des décisions toujours au profit du peuple, mais au profit d'autres intérêts. Donc, on reste pessimiste quant à la volonté du président de résoudre les vrais problèmes des Maliens. Surtout, on s'inquiète des relations entre la mafia et des proches du président de la République.

Du côté de l'espoir qu'il semble ouvrir, nous pensons au développement routier, à la production céréalière, à l'emploi des jeunes. Pour le développement routier, rien ne dépend de l'initiative du président. Le projet de développement du secteur routier initié sous Alpha a eu l'adhésion des principaux bailleurs de fonds du Mali notamment l'Union européenne et la Banque mondiale. Ces bailleurs ont pris le ferme engagement pour le développement routier au Mali.

Pour l'emploi des jeunes, le programme du président est assez intéressant puisqu'il prévoit de recruter dans la fonction publique 50 000 nouveaux jeunes en 5 ans, soit 10 000 recrues par an ou 833 recrues par mois. Sans nous dire combien de travailleurs par an vont aller à la retraite, ce programme de recrutement devient douteux.

Pour la production céréalière, le président projette la réalisation de 60 000 ha d'aménagement maîtrisé et une production de 10 000 000 de tonnes vers 2012. Aujourd'hui, nous sommes à 3 000 000 tonnes et cette perspective est un bond si elle est réalisée. Mais quand on sait que l'Office du Niger qui doit être beaucoup pour cette projection est aujourd'hui une entreprise infectée par le détournement à grande échelle (plus d'1 milliard de détournement selon le Vérificateur), on est en droit de douter encore. Mieux au premier quinquennat du président, il avait projeté d'aménager 27 000 ha à l'Office du Niger sur les 50 000 ha prévus sur l'étendue du territoire. Au bout des 5 ans, l'Office n'a pas aménagé plus de 5000 ha en réalité.

En tous les cas, depuis le 26 mars 1991, notre pays n'a pas manqué de milliards pour divers projets de développement. Le seul problème qui se pose est l'utilisation judicieuse et honnête de ces fonds. D'autres problèmes concernent le respect des institutions de la République qu'il ne faut jamais confondre avec les familles.

Sy Mouloubé

(Boulkassoumbougou, Bamako)

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CANDIDATS AUX LEGISLATIVES DE 2007

Prêts… Partez !

La campagne électorale pour l'élection des députés a débuté samedi 9 juin à minuit. A Bamako, la bataille sera très rude entre les principaux prétendants. A preuve déjà dimanche matin certaines artères de la capitale étaient pavoisées de photos ou d'affiches de candidats. Histoire d'occuper au plus vite des lieux destinés à cet effet

Ils seront au total 147 députés qui seront élus et siègeront au sein du Parlement. Le Parlement désigne l'ensemble constitué par l'Assemblée nationale et dans les pays à forte tradition démocratique comme la France le Sénat. Le Parlement assure la représentation du peuple avec, dans les Etats démocratiques, deux fonctions : voter la loi et contrôler l'action du gouvernement.

Les pouvoirs du Parlement sont le vote de la loi et le contrôle du gouvernement. La Constitution de février 1992 a strictement défini chacun de ces pouvoirs. A savoir : premièrement, le Parlement vote les lois, autorise la déclaration de guerre, ratifie les accords et traités ayant trait au domaine de la loi. Il peut déléguer ce pouvoir au gouvernement, qui agit alors par ordonnances.

Pour ce qui est du contrôle du gouvernement, les députés disposent de différents outils pour mener à bien cette mission. Il s'agit des questions écrites, orales (avec ou sans débat) et d'actualité, des missions d'information, des groupes de travail.

L'Assemblée dispose également de moyens d'investigation notamment les commissions d'enquête, des pouvoirs de contrôle sur pièces et sur place de l'emploi de l'argent public. L'Assemblée peut émettre un avis sur des propositions d'actes communautaires relevant du domaine de la loi.

Qu'est-ce qu'un député ?

Un député représente sa circonscription, mais également la nation tout entière. A l'Assemblée, le député participe au travail législatif et au travail de contrôle. Il appartient ainsi obligatoirement à l'une des commissions permanentes chargées de l'examen des textes. Il peut déposer des propositions de loi. En séance publique, il peut proposer, par amendement, des modifications au texte examiné et prendre la parole.

Au titre du contrôle, le député peut interroger le gouvernement, examiner son action au sein d'une commission, voire, s'il est mandaté pour cela, contrôler l'emploi de l'argent public. Il peut également, en signant une motion de censure qui sera soumise au vote de l'ensemble des députés, mettre en cause la responsabilité du gouvernement. En cas de dissolution, il est renvoyé devant ses électeurs.

Enfin, un député peut être élu par les autres députés juge des membres et anciens membres de gouvernement, au sein de la Cour de justice de la République et juge du président de la République au sein de la Haute cour de justice.

L'irresponsabilité couvre les actes du parlementaire dans l'exercice de sa fonction. Il ne peut être poursuivi pour ses propos en séance ou en commission, ses propositions de loi, ses amendements, ses rapports ou pour les actes accomplis en mission. Rien ne peut lever cette immunité et le parlementaire ne peut y renoncer. Elle s'exerce même hors session et après son mandat. Elle interdit toute poursuite judiciaire. Les règlements des assemblées prévoient cependant des mesures disciplinaires en cas de violation de certaines règles.

L'inviolabilité aménage l'application des actions pénales, pour que des poursuites n'entravent pas injustement le mandat parlementaire. Cependant, tout député peut être poursuivi et mis en examen, mais le bureau de son assemblée doit autoriser toute mesure privative de liberté (détention, garde-à-vue, contrôle judiciaire), sauf flagrant délit de crime ou condamnation définitive. Le parlementaire ne peut renoncer à cette immunité personnelle, qui est limitée à la durée du mandat.

Denis Koné

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AFFAIRE BHM

L'ex-PDG, Mamadou Baba Diawara deféré à la Maison d'arrêt

L'étau se resserre sur l'ex-PDG de la Banque de l'habitat du Mali (BHM), Mamadou Baba Diawara. Une semaine après son arrestation par le Pôle économique et financier, il a été envoyé le vendredi 8 juin à la Maison centrale d'arrêt de Bamako Coura.

Mamadou Baba Diawara, l'ancien patron de la BHM a été arrêté le 1er juin 2007 sur mandat du procureur anti-corruption, Sombé Théra. Pendant une semaine, il a été gardé à vue dans les locaux du Pôle économique et financier, le tribunal habilité à traquer la corruption et la délinquance financière dans notre pays. M. Diawara a été inculpé en même temps qu'Ismaïla Haïdara, le PDG de WAIC, une société immobilière par qui le scandale est arrivé. Ils ont tous deux été déférés à la prison centrale de Bamako Coura le vendredi 8 juin 2007.

La société immobilière WAIC est parvenue à faire saisir les comptes de la BHM qui a signé un accord de financement de la construction dite les « Mangueraie de Sébénincoro », avec un autre promoteur qui a cédé sa part à WAIC. La BHM a plus tard refusé de financer le programme, estimant que le coût était surévalué. Une bataille judiciaire a été alors enclenchée entre WAIC et sa banque dont il a fait saisir tous les comptes à la suite d'un procès.

Officiellement, Mamadou Baba Diawara, PDG de la BHM, au moment des faits et Ismaïla Haïdara, PDG de WAIC, sont inculpés par le Pôle économique et financier pour abus de biens sociaux sur plainte de la BHM. Les avocats de la BHM demandent une main levée sur les comptes de leur cliente, qui se débat dans d'énormes difficultés financières. Un compromis que le PDG de WAIC aurait refusé.

Cet imbroglio judiciaire n'est que la face cachée de l'iceberg. L'ex-parton de la BHM est véritablement dans la mire du pouvoir. Comme nous le disions dans notre précédente parution, Mamadou Baba Diawara a eu le toupet de dire, par presse interposée, que la construction de logements sociaux par l'Etat a sa part dans la dégringolade financière de sa banque. Une justification tombée à la suite des éclairages donnés sur le sujet par le président de la République en personne et qui indiquaient tout le contraire.

Les enquêtes se poursuivent en attendant le procès qui permettra évidemment d'asseoir ou non la culpabilité de MM. Diawara et Haïdara et probablement d'autres suspects.

Abdrahamane Dicko

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