Sur procès-verbal d'expulsion d'un huissier de justice, le marché de bananes de Djicoroni Para, sur la berge du fleuve Niger, a été rasé le lundi 4 juin 2007. Un expatrié français se réclamant propriétaire de la parcelle veut faire évacuer les revendeurs de bananes qui louent l'endroit avec un GIE. Le bras de fer est là.
Le marché de bananes de Djicoroni Para a été créé par la Fédération des organisations de producteurs de bananes (FOPB) le 27 juin 2001. Pour le bon déroulement de ses opérations, la FOPB a signé par acte notarié courant 2001 un contrat de bail professionnel de dix ans d'une parcelle de 15 000 m2 avec le GIE dénommé : Coopérative d'exploitation et de construction civile (Cecoci).
Le GIE Cecoci est constitué d'anciens travailleurs de l'ex-Sonetra, une entreprise de BTP qui a mis les clés sous le paillasson depuis belle lurette. Les agents ont alors décidé de continuer les activités de leur employeur sous la direction d'un conseil d'administration présidé par Kolly Dagnoko. Le GIE fait long feu et ferme boutique au bout de quelques années.
Cecoci a alors l'idée de faire fructifier au moins le site de l'ex-Sonetra en signant un contrat de bail professionnel entre son représentant Mamadou Lamine Dagnoko et Souleymane Camara de la FOPB courant 2001. Le coût de loyer mensuel est fixé à 100 000 F CFA.
Depuis six ans, tout se passait bien entre les parties contractantes. Cette entente cordiale est toutefois perturbée depuis quelques mois par des sommations interpellatives de déguerpissement adressées aux planteurs de banane.
Le lundi 4 juin 2007, aux environs de 8 h 30, un huissier accompagné d'agents des forces de sécurité et muni d'un procès-verbal d'expulsion a rasé au bulldozer les hangars des occupants. L'expulsion a été faite à la requête de Roger Georges Emilien Dusoulier, garagiste domicilié à Magnambougou. M. Dusoulier se porte acquéreur du TF n°282 de la Commune IV, qu'il aurait acheté en 2006 à 5 millions de F CFA avec Mme Maïga Binta Eugénie Ndiaye, administratrice de société.
Horreur et stupéfaction, les planteurs de bananes ont passé une triste journée ce lundi. Selon leur porte-parole Youssouf Kéita, ils sont plus de 200 personnes à travailler sur le site et plus de 3000 individus vivent indirectement de leur commerce. Il y a parmi eux une vingtaine de refoulés maliens de la Côte d'Ivoire qui parviennent à joindre les deux bouts grâce à la vente de bananes. Il y a même dans le lot un rescapé des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.
Dépités, les locataires du site de l'ex-Sonetra ont saisi le maire de la Commune IV, Issa Guindo. Ce dernier, accompagné d'un de ses conseillers, a effectué sur les lieux une visite aux environs de 14 h. Le maire Guindo que nous avons trouvé sur place dit n'être au courant de rien. Mais il s'est engagé à mener des investigations en vue de calmer la situation. Selon lui, la zone regroupe plusieurs familles qu'il n'est pas aisé d'expulser sans ménagement.
Notre confrère, l'ORTM n'a pas échappé à leur colère. Ils sont allés déverser dans la matinée du lundi des régimes de bananes dans la cour de la TV nationale en guise de protestations contre le refus de Bozola de couvrir l'opération de casse de leurs installations, nous a dit Oumar Dabo, une des victimes. Ce dernier affirme avoir appelé en vain le DG de la télévision.
Selon les adhérents de la FOPB, ils sont victimes d'un banditisme foncier qui ne dit pas son nom. Ils expliquent qu'ils ne sont au courant d'aucune vente de terrain. Mieux, ajoute le porte-parole Youssouf Kéita, M. Dusoulier prétend avoir payé le titre à 5 millions CFA en 2006. Selon lui, leur groupement est sur le site depuis mai 1998. « Si l'endroit devait être vendu à quelqu'un c'est bien nous surtout que la somme de 5 millions de F CFA n'est pas au-dessus de nos moyens » , argumente-t-il.
Ils se disent prêts à utiliser tous les moyens pour garder leur position. Le gouvernement est avisé pour éviter un litige foncier à la manière Georges Francis. Un litige qui oppose depuis plusieurs années l'Eglise malienne au Libano-Français Georges Francis et qui peine à avoir une solution en dépit du dédommagement de M. Francis par l'Etat et de l'implication personnelle du président de la République Amadou Toumani Touré.
BOOM DE LA SEXUALITE
Des aphrodisiaques plein la vue
A Bamako, les aphrodisiaques connaissent un succès fulgurant, favorisé par un contexte de liberté sexuelle de plus en plus affirmée. Dans une société malienne en parfait décalage avec les bonnes mœurs et face à l'équation stress et répercussion sexuelle, l'offre des stimulants sexuels s'installe allègrement.
Derrière la Grande mosquée de Bamako, une kyrielle de produits traditionnels et pharmaceutiques sont offerts aux visiteurs. Il en « existe » pour une multitude de maux. Mais tous les étals, à même le sol, sont dominés par des stimulants sexuels. Tantôt, une femme s'approche et le vendeur lui cède son tabouret. Après des échanges de bouche à l'oreille, le pharmacien improvisé lui tend une gamme de produits et s'adonne à un marketing-conseil.
Ils sont sous forme de grosses tablettes à croquer pour 500 F CFA ou des bonbons à sucer, ou encore des crèmes intimes et autres formes de comprimés « à placer ». Les étiquettes de ces produits sont en général sans équivoque car ce sont des photos de couples entièrement nus, démonstratives qui n'ont rien à envier aux images X.
Les noms de ces produits sont tout autant précis « Lit cassé », « Laisse-moi, je ne te laisse pas », etc. Des femmes se relaient chez ces vendeurs. Une femme d'un certain âge rencontrée dans le transport public explique. « Ce sont des produits efficaces, j'en envoie régulièrement à ma fille qui vit à l'extérieur ». Elles sont nombreuses les femmes qui y croient, la dame A. M. les utilise régulièrement, elle a ses préférences et demeure persuasive.
Au centre-ville, non loin des rails, et devant le local de l'artisanat, ces « sésames » sont proposés par des femmes qui ont des clientes attritées. Dans sa quête du marché, elle fustige. « Les femmes mariées se suffisent dans leur situation d'épouse. C'est ici chez nous que les jeunes filles viennent conquérir leurs maris » .
Si les femmes ne prennent pas assez de précautions pour s'afficher devant ces produits, elles n'en sont pas exclusivement les plus friandes. Les stratégies d'approvisionnement des hommes sont beaucoup plus sobres. Ils se font conseiller et servir dans les bureaux, sur rendez-vous et dans tous les cas, loin de tout regard extérieur. Un abonné reconnaît la nécessité de ce type de produit aujourd'hui dans la vie de couple car, trouve-t-il, la conjoncture, le stress et ses répercussions « créent des défaillances » .
Lors d'un séminaire de formation au Cespa, le Dr. Zeina a dénoncé l'usage des produits aphrodisiaques, en l'occurrence ceux qui sont « placés ». Selon ce médecin, ces stimulants peuvent provoquer de graves infections vaginales que les femmes appréhendent de façon confuse. Cette mise en garde est d'autant plus compréhensible que les composantes sont inconnues, donc leur degré de nocivité ignoré.
Les produits aphrodisiaques sous forme médicamenteux proviennent des pays asiatiques.
Désacralisation
Le tabou « culturel et religieux » qui entoure la question du sexe à Bamako et dans beaucoup de capitales régionales n'est qu'un faux-fuyant dans la société malienne. La liberté sexuelle se manifeste désormais de façon presque véhémente, à toutes les générations, mais aussi avec toutes les combinaisons possibles. Les nids de l'intimité s'improvisent dans les rues, aux moindres coins sombres, dans les bureaux et autres lieux de travail, où s'installent officiellement dans les locaux dûment autorisés par l'Etat.
Les gardiens d'école et de service assistent à longueur de nuit aux ébats et à des spectacles particuliers sans aucune forme de… pudeur. S. D., gardien d'une école fondamentale, visite chaque soir avant de se coucher les salles et alentours de l'établissement. Il se dit indigné par les scènes offertes par les couples. « Des garçons et filles se couchent à même le sol dans le noir derrière les murs de l'école ou s'enchevêtrent collés au mur… » Ces intrus noctures des établissements scolaires se composent en majorité de jeunes selon S. D.
Les agents chargés de la surveillance de certains services administratifs sont eux aussi témoins des représentations physiques en duo. A la différence qu'il s'agit là de chefs de service avec leurs compagnes. M. K., gardien d'une structure depuis plusieurs années raconte : « des patrons trainent de toutes jeunes filles dans les bureaux la nuit… » Toutefois, il reconnaît que le phénomène a baissé en intensité ces dernières années. M. K. déclare en discuter souvent avec ses camarades gardiens. Le faible taux de fréquentation nocture des locaux administratifs est dû, selon lui, à la multiplication des hôtels et autres lieux de passe.
Derrière l'inscription « bar-restaurant », de nombreux espaces sont des abris de couples en mal de cachette, car la quasi totalité des hommes abonnés de ces endroits « discrets » sont légalement mariés. Pour beaucoup de Bamakois, les préalables de la sexualité se passent chez les vendeurs ambulants ou stables de produits aphrodisiaques.
Maïmouna Coulibaly
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PARC ZOOLOGIQUE
Visiteurs et animaux malades du zoo de Bamako
Le célèbre Parc zoologique de Bamako aujourd'hui suscite chez de nombreux Maliens déception et mécontentement en raison de son appauvrissement et de sa dégradation continuelle.
Ceux qui pensent qu'il y a un renouveau du Parc zoologique de Bamako se trompent. Qu'ils se détrompent alors, car le fameux Parc est dans un état de délabrement total. Il n'est que l'image de lui-même et de nombreux animaux qui y étaient sont morts, faute d'entretien. Pis, ces bêtes n'ont pas été remplacées. La conséquence directe est que beaucoup d'enclos au sein du Parc sont vides, désespérément vides.
A l'image de ce jeune étudiant, les visiteurs, qui se contentent de visiter seulement les quelques animaux survivants (crocodiles, chimpanzés, singes, lions…), ne cachent pas leur mécontentement face à cette situation. « Où sont partis des animaux comme l'éléphant ? Je ne suis pas du tout satisfait car j'avais déjà vu tous ces animaux. Donc, ma visite n'a servi à rien » . Paradoxalement, les autorités sont en train de construire de nouveaux bâtiments, qui, semble-t-il, accueilliront de nouveaux animaux.
Que deviendront ces nombreux enclos vides ? L'argent investi dans la construction de ces nouveaux bâtiments aurait pu servir à acquérir d'autres animaux ou du moins servir à l'entretien des animaux restants, qui vivent dans des conditions lamentables. Non seulement leurs enclos ne sont pas assez propres, mais on ne leur donne pas aussi de la nourriture saine. Les visiteurs peuvent facilement sentir l'odeur nauséabonde des aliments pourris.
Le Parc zoologique de Bamako est très peu fréquenté. Sachant que les conditions du zoo se détériorent jour après jour, les Bamakois ne se fatiguent plus pour le visiter comme ils en avaient l'habitude. C'est pourquoi, nous n'avons pas été surpris, à notre arrivée, de voir le gardien du Parc à moitié endormi parce que « les gens ne viennent pas aussi nombreux qu'avant. Seulement quelques personnes viennent par jour. Le taux de fréquentation est vraiment bas » , nous a-t-il confié.
Déception et insouciance
Il est tout aussi déplorable de constater que certaines personnes profitent de la cour du jardin botanique pour entrer gratuitement dans le zoo. En effet, il existe une petite porte non contrôlée à partir de laquelle ils peuvent librement avoir accès au zoo. Rien n'est fait pour freiner cette entrée illicite. Cela prouve le manque d'initiative des responsables du Parc, qui ne font rien pour améliorer les revenus dégagés grâce aux maigres 50 F CFA payés par visiteur.
La déception était lisible sur le visage des visiteurs du Jardin zoologique lors de notre passage. Ainsi, ils n'ont pas mâché leurs mots et ont de la peine à « comprendre qu'il n'y a absolument rien ici alors que des millions de nos francs sont débloqués pour le Parc. Nous sommes vraiment déçus d'être venus, car nos attentes n'ont pas du tout été comblées » .
Pour M. G., ingénieur des travaux d'élevage de la place, la dégradation continuelle du Parc interpelle tous les Maliens. Vu que les animaux meurent, en général, par manque de soins sanitaires, d'hygiène et surtout de nourriture, M. G. appelle à leur entretien obligatoire « au risque de voir le Parc disparaître » . Gardant un bon souvenir du site, qui, selon lui, a accueilli autrefois des centaines, voire des milliers de visiteurs les week-ends, l'ingénieur met en garde les autorités compétentes. « Si elles ne portent pas un œil attentif sur ce Parc, il sombrera à jamais » .
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)
Encadré
Le refus du directeur
Le fait que le directeur du Parc zoologique de Bamako ait sevré la presse d'information en refusant de lui accorder un entretien est très soupçonneux. Craint-il que son incapacité à donner un nouveau souffle au Parc zoologique de Bamako malgré la disponibilité des fonds requis soit dévoilée à nos concitoyens ? Sinon pourquoi refuser de faire l'état des lieux aux Maliens, en fuyant les journalistes ? En tout cas, ce refus prouve l'irresponsabilité et l'incompétence, qui mènent petit à petit notre cher Parc zoologique à la ruine… pardon à l'article de la mort.
O. O.
Acceuil