Les Echos du 31 juillet 2007
LEGISLATIVES 2007 A DOUENTZA
Moustapha Dicko, victime expiatoire du pouvoir
Tout a été mis en œuvre pour faire échec à l'ancien ministre de l'Education nationale d'Alpha Oumar Konaré et ancien président du groupe parlementaire de l'Adéma. Candidat à sa propre succession dans son fief de Douentza, Moustapha Dicko, quoique populaire, ne sera pas de la prochaine législature de l'hémicycle.
Avec 55 sièges enlevés au 2e tour des législatives 2007, l'Adéma confirme sa position de parti dominant sur l'échiquier politique national. Mais, les adémistes feront mieux de se détromper, car la chute de certains de leurs cadres candidats dans leur fief, donne à leur victoire un arrière-goût de défaite.
La victoire de l'Adéma aurait été davantage éclatante si elle n'était pas entachée de revers comme la non-réélection de ténors comme Moustapha Dicko, le désormais ancien président du groupe parlementaire Adéma, pour ne citer que ce cas.
La défaite de Moustapha Dicko paraît des plus difficiles à avaler pour lui-même, pour tous les démocrates sincères du pays et tout individu épris de paix et de justice.
Tout a été mis en œuvre pour que l'ancien député ne rempile pas dans son fief de Douentza. Il lui a été opposé sa propre cousine, Fatoumata Dicko, sœur du ministre de l'Intégration africaine et des Maliens de l'extérieur, Oumar Hamadoun Dicko, secrétaire général du PSP.
Périls sur la cohésion
Le PSP, pendant plusieurs années, n'a pas su tirer profit de ses expériences de parti de l'indépendance. Sa victoire à l'arrachée contre la liste Adéma, ayant à sa tête Moustapha Dicko, relève du surréalisme. En réalité, tout était préparé à l'avance.
La candidate PSP, Fatoumata Dicko, employée à l'EDM de Bamako, est une inconnue en politique. Elle bénéficiera néanmoins de solides relations au palier supérieur de l'Etat. Sa candidature a été suscitée et entretenue en haut lieu. C'est pourquoi les préfets et l'Administration de Douentza étaient sous ordre et ne pouvaient que rouler pour elle.
A Douentza, des conflits sont latents. Les populations sont fortement divisées sur le déroulement des opérations électorales. Moustapha Dicko est issu de la chefferie traditionnelle. Ses partisans, Dieu Sait qu'ils sont nombreux prennent sa défaite comme une humiliation ourdie par le pouvoir en place.
L'élection n'est pas une fin en soi. La démocratie a des règles qu'il faut respecter et faire respecter. L'Adéma et tous les démocrates doivent tirer les leçons de notre système électoral dans lequel l'Administration (civile et militaire) est faiseuse de roi.
Il ne reste plus qu'à faire nommer des prétendants au poste de député. Et à la Cour constitutionnelle de respecter sa « propre jurisprudence ». Dieu ne sauvera notre démocratie que si nous la sauvons.
Abdrahamane Dicko
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REGION DE SIKASSO
Le Mali et la Guinée en guerre à Dalagoué
Des chasseurs et militaires guinéens ont attaqué dimanche après-midi des chasseurs de Wassoulou appuyés par quelques éléments de la garde nationale et de la gendarmerie à Dalagoué. Bilan : un gendarme malien legerment blessé et plusieurs Guinéens tués. Bien avant cette attaque, il y a eu plusieurs affrontements entre les chasseurs maliens et Guinéens.
Le dimanche 29 juillet, une vraie bataille entre Maliens et Guinéens a éclaté à Dalagoué (cercle de Yanfolila, région de Sikasso). C'est aux environs de treize heures que les hostilités ont commencé. Et après trois heures de tirs, un gendarme malien a été blessé ; plusieurs Guinéens auraient été tués, selon des témoignages concordants.
Les éléments de la Garde nationale à Sikasso et de la Brigade de gendarmerie de Sélingué, dépêchés sur le terrain depuis le 25 juillet ont pu, avec l'aide des chasseurs du Wassoulou, repousser les assaillants. Aux environs de 18 heures, un renfort des forces de sécurité a quitté Sélingué pour Dalagoué.
Selon l'adjudant-chef Demba Sylla, chef de mission de sécurité à Dalagoué, « la securité guinéenne nous a demandés une rencontre pendant que les chasseurs guinéens attaquaient Dalagouè. Nos autorités ont répliqué. C'est pour cette raison que nous sommes là. La sécurité et la protection des Maliens et leurs biens nous incombent » . Et d'ajouter : « Par conséquent, chaque fois qu'elles sont menacées, nous serons présents pour assurer la quiétude de nos populations ».
Les chasseurs, a poursuivi l'adjudant-chef, sont des forces secondaires. « Nous sommes prêts à affronter qui que ce soit pour défendre l'intégrité territoriale. Toutes les frontières, de Fingouana à Madinacoun, en passant par Dalagoué, sont securisées par les forces de securité. Il n'y eut ni mort ni de blessé grave du côté malien » , a-t-il assuré.
Pourquoi ce conflit ?
Les habitants de Niani (Guinée) cultivent sur des terres maliennes jusqu'à 300 m du village de Dalagoué (Mali). Bien avant l'indépendance, ce problème avait été tranché par le commandant de cercle de Bougouni en 1945, à l'époque le Français Lassausse. A présent, les Guinéens continuent de cultiver sur le sol malien. Comme si cela ne suffisait pas, ils ne veulent plus voir les Maliens dans la zone.
Malgré tout, les villageois de Dalagoué n'avaient pas protesté outre mesure. C'est en début juillet que les Guinéens de Niani ont dépassé les bornes en mettant le feu à leurs greniers. Après leur forfait, ils se sont cachés et à chaque fois qu'un habitant de Dalagoué venait pour voir ce qui se passait, ils l'attachaient.
Ils ont ainsi réussi à prendre en otage 8 Maliens. Après plusieurs jours de négociations entre autorités maliennes et guinéennes, les otages ont été libérés. Pour trouver une solution au problème, nos forces de securité ont voulu tenir une rencontre avec les autorités guinéennes à Sikorolé (Mali).
Sachant que tous les bras valides de Dalagoué étaient à cette rencontre, les chasseurs de Niani (Guinée) ont attaqué le village. Ils ont saccagé tous les champs de Dalagoué et blessé légèrement 5 personnes. C'est après le départ des médiateurs guinéens que les gens ont su que la localité de Dalagoué venait d'être attaquée.
Les chasseurs du Wassoulou ont alors décidé de s'unir pour défendre leur territoire. En représailles, ils ont tué 2 Guinéens et blessé 3 autres. L'Etat a alors réagi en envoyant des troupes sur le lieu. Car, les chasseurs guinéens auraient été appuyés par l'armée guinéenne dimanche dernier.
Sidiki Doumbia
(envoyé spécial à Dalagouè)
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RUPTURE DE STOCK DE COTON GRAINE
Les travailleurs d'Huicoma en chômage technique
Après l'Huilerie Abou Woro de Sikasso, c'est au tour de l'Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma) de « fermer boutique » pour défaut de matière première, c'est-à-dire le coton graine.
Plus de 500 travailleurs de Huicoma, une grande unité industrielle de productions d'huile, de savon et d'aliment-bétail sont mis en chômage technique pour manque de coton graine, la matière première de leur usine. Ils ne devront, en principe, reprendre qu'en octobre-novembre 2007.
Mais, ils sont nombreux à se poser des questions sur les raisons de ce nouveau phénomène. « Notre usine pouvait s'arrêter pour un autre problème, pas par manque de matière première » , affirme un employé de Koutiala. Avec la multiplication des unités industrielles de production d'huile et de savon, la libéralisation de la commercialisation de la graine, qui a montré l'existence d'un marché international pour la graine du Mali à des prix élevés, les données ont changé.
Jusqu'à la campagne 2000-2001, Huicoma disposait d'une exclusivité d'achat de la graine de coton de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT), elle-même unique égreneur et vendeur de graine de coton au Mali. Par décision du gouvernement, la commercialisation de la graine de coton est libre depuis juin 2001. Malgré la reconduction de l'accord de vente de la graine, la CMDT a cependant été amenée à organiser, comme convenu, des appels d'offres internationaux.
La libéralisation de la commercialisation de la graine a montré l'existence d'un marché international pour la graine du Mali à des prix élevés, mais les quantités exportées sont faibles par rapport à la production de graine. Les prix obtenus actuellement ne peuvent être extrapolés à l'ensemble de la production de graine. Le prix export moins frais exposés, sur lequel Huicoma devrait s'aligner pour assurer son approvisionnement, aurait dû diminuer avec les quantités exportées.
La CMDT a continué à donner la priorité de l'approvisionnement à Huicoma, comme précédemment, mais à un prix nettement supérieur à celui des campagnes précédentes (+150 % en 3 ans).
Dans un premier temps, le prix de la graine a été augmenté de 11 F CFA/kg hors taxes en 1997, 1998 et 1999, à 20 F CFA/kg en 2000, en réponse aux difficultés financières de la CMDT. En 2001, en conséquence de la libéralisation de la commercialisation de la graine et pour tenir compte du coût d'opportunité de la graine pour la CMDT, le prix a été porté à 27,5 F CFA/kg hors taxes.
Créée en 1979, l'Huicoma se compose de 3 usines, situées à Koulikoro, Koutiala et Kita dont les capacités théoriques journalières de trituration s'élèvent respectivement à 500 tonnes, 650 tonnes et 150 tonnes.
Sidiki Y. Dembélé
Privatisation d'Huicoma : les langues se délient
Deux ans après la privatisation de l'Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma), des voix s'élèvent pour, non seulement, dénoncer les irrégularités qui ont entaché les procédures de vente de cette société, mais également les basses manœuvres de certaines hautes personnalités impliquées dans le dossier.
C'est ainsi qu'on apprend qu'un ministre du gouvernement ATT avait démarché les responsables d'une des sociétés en compétition pour leur soutirer de l'argent. Une enveloppe de 700 millions de F CFA pour que celle-ci soit l'adjudicataire du marché en question. Sur ce pactole, 400 millions devaient atterrir à Koulouba.
Malheureusement, celui-ci aurait pris le contre-pied du ministre en déclinant l'offre et intimé l'ordre au ministre de rembourser les 300 millions de pot-de-vin qu'il avait déjà empochés. Si la société en question a pu recouvrer ses sous, elle a cependant perdu le marché. Une situation qui prouve, une fois de plus, que les attributions de marché public et les privatisations de sociétés et entreprises d'Etats ne se font pas dans les règles de l'art.
S. Y. D.
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