Depuis l'accession de notre pays à la souveraineté nationale, les gouvernements successifs se sont donné comme objectif commun le développement du pays. Quarante-sept ans après, les discours se ressemblent, mais nous persistons dans un sous-développement inégalé. Comme si cet échec n'était pas suffisant, l'histoire semble se répéter avec un futur qui ressemble plus au passé. Les raisons de cette défaite sont nombreuses, mais la part des politiques demeure incontestée. Que les leaders politiques aient tous aimé le Mali, nul ne peut en douter. Mais les méthodes ont divergé avec des résultats qui n'ont nul besoin de commentaires. Il est aujourd'hui nécessaire d'en tirer toutes les leçons pour ne pas répéter les erreurs du passé. En voilà quelques-unes à retenir.
Il y a un mois, le ministre de l'Agriculture japonais s'en est pris à sa propre vie après avoir été soupçonné de corruption (sans être mis en examen). Ces sanctions - si fréquentes en Asie de l'Est en sont pour quelque chose dans la qualité sans pareille du public - aussi démesurés qu'elles semblent traduisent l'attitude des leaders soucieux de leur devenir. Ces gouvernements asiatiques ont compris que le poisson pourrit toujours par la tête, et de fait, ils veillent à ce que les chefs des services publics soient les meilleurs d'entre eux.
Au lieu d'être les serviteurs des citoyens reconnaissant que leur salaire et donc leur survie dépendent intégralement des contribuables, en les voyant parler et agir, on a l'impression d'avoir affaire à un roi s'adressant à ses sujets. Cet abus de pouvoir de discrétion fragilise nos institutions censées protéger les citoyens contre l'excès des tenants du pouvoir.
Paradoxalement, les réponses appropriées sont aussi claires que les problèmes : qu'on cesse de créer des ministères inutiles pour récompenser les alliés politiques, qu'on nomme à la tête des ministères et autres services publics de grands talents et d'indiscutables patriotes, que les représentants des citoyens les plus misérables de la planète cessent de circuler dans des Mercedes, qu'on augmente les salaires et qu'on licencie les fonctionnaires qui se présentent à 9 h au travail, qu'on interdise l'achat et la vente des produits ou tissus dans les lieux de travail public, qu'on élimine le pouvoir de discrétion des bureaucrates qui fait tant de mal au professionnalisme des agents publics. Qu'on renforce nos institutions pour qu'elles mettent chacun à sa place et chacun dans ses droits, et qu'on respecte ceux qui ont des points de vue différents mais qui sont tout aussi animés par la volonté de contribuer au développement de leur pays.
En attendant, le goût du gain facile, l'absence de dignité, l'abus de confiance, le paraître, le trafic d'influence et l'incompétence continueront à faire partie intégrante de notre vie. Quel gâchis !
AFFAIRE « MAITRESSE DU PRESIDENT »
Lettre ouverte à M. le président de la République du Mali
Monsieur le président de la République, nous avons honte ! Honte pour ce qui a été fait dans notre pays ! Honte pour ce qui a été écrit sur notre pays ! Honte pour le jugement désormais porté sur nous ! Honte pour le silence de tous ces partis politiques, ADP, Mouvement citoyen confondus car voulant votre perte ! Honte parce que tout ce beau monde a attendu que votre fils Birama Konaré ait le courage juvénile mais mûr de prendre sa plume ! Honte aussi pour la justice qui a perdu des hommes comme Founè Mahalmadane qui aurait mis le holà comme quand la Constitution a failli être révisée pour d'autres candidats !
Birama Konaré vous a dit beaucoup de choses, mais il a oublié l'essentiel. Vous étiez là de 1992 à 2002. Alpha a été traîné dans la boue jusqu'à porter atteinte à sa propre mère. Nous l'avons suivi en direct sur une radio de la place. Quelle grossièreté ce jour ! Alpha a été traîné dans la boue après 2002 jusqu'à écrire qu'il était en noces à Dakar avec la veuve de Baré Maïnassara .
M. le président de la République, ce jour, vous auriez pu intervenir, frapper même très fort. Car là au moins, il y avait mensonge sur la personne et la dignité de l'ancien chef de l'Etat à qui la Constitution reconnaît ses droits d'ancien chef de l'Etat. Vous n'avez rien dit. Au contraire, des journalistes au service de qui on sait sur certaines radios de Bamako se sont évertués à l'insulter. Là encore, vous n'avez rien fait, rien dit. Alpha vous a enseigné, respecté, estimé jusqu'à vous éviter des insultes provenant de son entourage.
Estimé oui ! Il a choisi, décidé que vous continuerez l'œuvre commencée par les martyrs et achevée par un coup d'Etat par vous et vos camarades. M. le président, ne donnez pas raison à l'UDPM et aux contre-marcheurs . M. le président, ne donnez pas raison à des zélateurs qui poussaient les Maliens à s'intéresser à votre vie privée. M. le président, est-ce que vous vous posez les questions suivantes : Qu'est-ce qu'ils vont dire après moi ? Qu'est-ce qu'ils vont dire quand je ne serais plus le premier magistrat ? Que pourrait la justice quand des plaintes seront faites quand je serai simple citoyen ?
Votre ami Jacques Chirac a dû vous appeler pour vous dire « non ! pas ça ATT ». M. le président, les Maliens qui vous poussent à la dérive vous perdront comme ils ont perdu Modibo et Moussa car ils vous mentent, vous parfument et vous tirent après dans le dos. Vous avez été fasciné comme pionnier en voyant Modibo à la Maison du Mali. Mais vous avez vu aussi sa photo en vipère, la tête bien coiffée ; dans sa belle coiffure et ses beaux yeux luisants, un béret bleu, rouge ou vert avec une lance en plein dans la tête.
M. le président, vous ne méritez pas ça ! Tous les farceurs qui vous distraient et qui veulent vous livrer, vous et votre famille, à l'œil indiscret. Faites des ponts, des routes, des maternités, des logements sociaux même si c'est le contribuable malien qui paye et qui payera après vous.
M. le président, refusez le messianisme comme Bush ou Blair. M. le président, laissons finir votre dernier mandat et offrez-nous votre recueil des caricatures et des titres sur vous comme l'a fait l'ancien président. C'est ça le démocrate qui se dit que les hommes passent le peuple reste. Alors, on dira bravo !
L'emprisonnement des journalistes est un poison pour vous. Aussi M. le président, le tribunal a violé la loi en interdisant à Minta d'enseigner car il ne peut pas se valoir d'une peine complémentaire. Recyclez les juges, ils en ont grand besoin.
Référez-vous à « Tara Bouaré » et remettez tout à Dieu car Lui Seul est et restera. Appelez Sambi , Cissé, Kalambry, Fall , Diarra et Minta et présentez leur des excuses au nom de la Constitution dont vous êtes garant et qui nous donne deux droits fondamentaux : la liberté d'expression et de presse et la liberté de pensée.
Le président Lansana Conté a ouvert la prison pour libérer son ami Sylla qui a pourtant spolié son pays. ATT, vous auriez dû faire le même acte pour libérer vos « ennemis ».
Karamogo Doumbia
( ancien élève EN Sec qui n'a pas voulu les propositions du CMLN)
Acceuil
ELECTIONS PRESIDENTIELLE ET LEGISLATIVES
La République autoritaire du Mali
Les élections générales d'où nous sortons furent celles d'un régime autoritaire qui fait ce qu'il veut et prend son peuple pour du bétail électoral. Du début à la fin, ce ne fut qu'une mascarade menée tambour battant au son de la menace et l'intimidation physique et mentale avec à la clé un gaspillage de ressources financières jamais observé dans le pays.
Les élections présidentielle (29 avril 2007) et législatives (2-22 juillet 2007) au Mali se sont achevées dans le calme et hormis le décès du Pr. Mamadou Lamine Traoré, ministre de l'Education nationale, survenu le 21 juillet 2007, et qui a endeuillé la nation entière, le pays vit normalement et même se porte comme un charme.
Le président sortant, ATT, comme il fallait s'y attendre, a été brillamment réélu avec un score frisant le ridicule en démocratie (plus de 71 %) et le regroupement de partis politiques qui l'a soutenu l'a été aussi aux législatives de la même manière, emportant plus des 3/4 des sièges à l'Assemblée nationale.
Tout le problème est de savoir maintenant ce que les uns et les autres vont faire de cette victoire extorquée qui, non seulement n'honore pas les gagnants, mais en plus déteint négativement sur la démocratie malienne. En toute logique, et si on se respecte, au regard de la tournure prise par les élections législatives, le futur Premier ministre doit sortir des rangs de l'Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP), mais connaissant le général, homme de mépris pour les partis politiques et capable de minimiser la contribution de cette même ADP dans sa victoire, on ne serait pas étonné de le voir aller nous le chercher dans les régions ou à l'extérieur du Mali, à l'étranger chez des expatriés apolitiques, plus ou moins experts des questions humanitaires.
Sur ces élections, on a dit que tout s'est normalement passé, qu'elles ont été transparentes et sont crédibles ; du moins, c'est ce qu'ont noté les observateurs internationaux venus spécialement pour cela, mais on sait aussi que ces messieurs et ces dames, payés à des millions de F CFA, viennent chez nous plus en villégiature que pour y contrôler la régularité et la moralité des processus électoraux organisés par des régimes suspectées de tripatouillages des résultats.
Malgré tout ce qui s'est dit, vu la façon dont ces scrutins se sont déroulés, on ne peut s'empêcher de penser que le Mali, mine de rien, d'une République paisible et tranquille sous Alpha Oumar Konaré, est passé dans le champ d'une République autoritaire qui a les griffes et ne rigole pas. L'élection présidentielle ne fit pas de cadeau aux opposants, à tous ceux qui nourrissaient une quelconque ambition présidentielle ; au forceps, le pouvoir a tout mis en œuvre pour ne pas quitter la loge et a réussi à le faire, la manière en moins.
Tous les candidats qui pouvaient contrarier ATT, compromettre sa victoire, ont été soit marginalisés, soit réduits à peu de choses ou conditionnés à l'embastillement en cas d'entêtement. Les Tièbilé Dramé, les Ibrahim Boubacar Kéita et autres Soumeylou Boubèye Maïga ont fait les frais de cette logique de candidature unique à laquelle adhèrent, curieusement, la plupart des partis politiques. En définitive, rien ne fut négligé pour assurer à ATT une victoire éclatante et sans reproche.
Les partis politiques non membres de l'ADP ont assisté, impuissants, à cette élection fabriquée dont l'issue était connue à l'avance. Dans les dernières heures de la campagne électorale, l'administration a été caporalisée et mise au service exclusif du prince. Le personnel de commandement civil fut mis au pas avec des indemnités faramineuses et d'autres avantages en nature et en espèces que les préfets et les sous-préfets affamés ne pouvaient refuser. Le résultat fut que le candidat unique fut réélu avec le score nord-coréen que l'on sait.
La main visible de Koulouba
Les législatives de juillet 2007, à des détails près, reproduisirent les présidentielles. Les partis politiques se réclamant de la mouvance présidentielle et assurés du soutien du président ATT, partirent favoris et enlevèrent effectivement la mise. L'Etat et le clan présidentiel mirent tous les moyens à leur disposition pour faire échec aux candidats du camp adverse, ceux du Front pour la démocratie (FDR).
On poussa même l'outrecuidance jusqu'à opposer un héritier de la restauration, un indépendant soutenu par les dignitaires de l'ancien régime, à IBK, président de l'Assemblée nationale. Tout fut mis en œuvre pour faire couler le président du Rassemblement pour le Mali (RPM) en Commune IV de Bamako et, si celui-ci frôla la catastrophe avec le score de 51 % qui le sauva, ce fut, à la dernière minute, par peur des émeutes qui n'allaient pas manquer d'éclater si jamais on le déclarait battu.
Des écrivaillons à la plume trempée dans le caca avaient prédit avec arrogance sa chute, mais depuis la proclamation des résultats provisoires, ces mercenaires à la pousse en herbe se font tout petits et entrent en transes dès qu'on leur parle du candidat de la restauration tombé dans les caniveaux de la Commune IV.
Des amis et même des parents de la mouvance présidentielle tirés de leur petit trou et mis en possession de moyens financiers colossaux ont aussi pu rivaliser avec des responsables politiques de tout premier plan et même leur faire échec dans leur propre fief.
Moustaph Dicko à Douentza connut l'ultime « humiliation » de se faire sortir par une dame que personne ne connaissait auparavant, mais qui manifestement a ses entrées à Koulouba. Bréhima Bomboté en Commune III se fit purement descendre par une autre illustre inconnue du PCR, dont on se demande bien ce qu'elle va faire à Bagadadji . Nombreux sont les députés sortis ainsi de rien, mais bénéficiant du solide appui de Koulouba et qui vont siéger à l'Assemblée nationale plus pour les subsides que pour l'éloquence parlementaire attendue d'eux, mais qu'ils n'ont pas.
Les élections générales d'où nous sortons furent celles d'un régime autoritaire qui fait ce qu'il veut et prend son peuple pour du bétail électoral. Du début à la fin, ce ne fut qu'une mascarade menée tambour battant au son de la menace et l'intimidation physique et mentale avec à la clé un gaspillage de ressources financières jamais observé dans le pays.
Le comble est qu'appelée pour nettoyer les écuries d'ATT et réparer les dégâts de ses hommes, la Cour constitutionnelle a fait pire que le régime et ses thuriféraires. Non seulement, elle déclara que toutes les requêtes étaient nulles et fantaisistes, mais également valida aveuglement les résultats communiqués par l'administration territoriale dont on sait qu'elle est aux ordres du général ; ce faisant, elle donna raison aux observateurs internationaux qui avaient déclaré quelques semaines auparavant que tout s'était correctement passé et que « tout le monde, il est gentil ».
Ce boulot ingrat, pourri par nos juges constitutionnels a fait douter beaucoup de Maliens de la Cour constitutionnelle et ceux-ci se demandent maintenant si cette juridiction n'est pas payée par Koulouba et n'est pas aux ordres de César.
Yiriba
Acceuil