Les Echos du 25 juillet 2007
PRETENDANTS AU PERCHOIR
« Le bon, la brute et le méchant »…
Selon certaines indiscrétions avant même la validation des résultats provisoires du 2e tour des législatives, ils sont cinq prétendants au perchoir. Forces et faiblesses des uns et des autres.
Les résultats du 2e tour des législatives de dimanche dernier, avant même de passer sous les fourches caudines de la Cour constitutionnelle, donnent victorieuse l'Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) avec au moins 120 élus contre une quinzaine pour le Front pour la démocratie et la République (FDR).
Mais en attendant la censure de la Cour, les regards sont d'ores et déjà tournés vers la présidence de l'Assemblée nationale. Les noms des éventuels prétendants à ce fauteuil circulent dans les salons feutrés de la capitale. Il s'agit d'Ibrahim Boubacar Kéita, président sortant (RPM), Me Mountaga Tall, 1er vice-président de l'Assemblée nationale sortant (Cnid), Dioncounda Traoré, président de l'Adéma/PASJ, Younoussi Touré (URD) et Me Kassim Tapo (RND) élus respectivement dans les circonscriptions électorales de la Commune IV, Ségou, Nara, Niafunké et Mopti.
Au-delà du fait que l'Assemblée sera constituée cette année pour une des rares fois de grosses têtes, il faut dire que chacun des prétendants a la chance d'être déjà rodé à la tâche. Avec seulement 11 sièges selon les résultats provisoires, les chances d'Ibrahim Boubacar Kéita d'accéder au perchoir apparaissent minimes mathématiquement parlant.
Cependant, il peut se prévaloir de son bilan à la tête de l'hémicycle que d'aucuns jugent positif au regard des améliorations apportées dans le travail parlementaire. De plus, IBK peut compter sur le retour des anciens députés qui lui ont toujours voué sympathie et respect en raison de son sens élevé de l'Etat.
Avec plus de 50 sièges enlevés par son parti, Dioncounda Traoré paraît de loin le favori. Plusieurs fois ministre sous Alpha Oumar Konaré et président par défaut de l'Adéma/PASJ, M. Traoré risque d'étaler très rapidement ses faiblesses. Brillant mathématicien, il s'est jusque-là avéré piètre décideur politique.
Premier vice-président de l'Assemblée nationale et président du Cnid/Faso Yiriwa ton depuis sa création, Me Mountaga Tall qui s'est fait le porte-parole du candidat ATT lors de l'élection présidentielle du 29 avril dernier peut compter sur son expérience à l'Assemblée nationale pour avoir été député de 1992 à 1997 et de 2002 à 2007. Même si le pouvoir est enclin à lui donner un coup de piston, Mountaga n'a certainement pas l'étoffe nécessaire pour diriger 147 Maliennes et Maliens aux qualités humaines, sociales et morales avérées.
Cet homme, dont on dit qu'il a la rancune tenace, a déjà démontré que n'est pas président de l'Assemblée nationale qui le veut. Remplaçant le président IBK empêché, il a souvent fait montre d'excès de zèle, de tendances despotiques dans les débats parlementaires. Toutes attitudes incompatibles avec un poste qui requiert probité morale et intellectuelle, humanisme et humilité.
Avec 30 sièges enlevés provisoirement, Younoussi Touré, s'il bénéficie du soutien des autres formations politiques, peut voir son rêve se traduire en réalité. Ephémère Premier ministre d'Alpha Oumar Konaré, le président de l'URD a un brillant parcours à l'Uémoa et à la BCEAO pour ne pas dire que sa carte de visite est riche. Toutefois, on lui reproche un manque de charisme et d'aura.
N'eut été la volte-face des indépendants qui lui ont retiré à la dernière minute leur soutien, Me Kassim Tapo allait prétendre au fauteuil de président de l'Assemblée nationale en 2002. Cette année encore, certaines indiscrétions font état d'un éventuel retour de l'avocat à la charge au nom de ces indépendants. Cependant, il faut reconnaître qu'il n'a pas assez de chance parce que son parti (RND) n'est représenté que par lui seul.
Toujours est-il que rien n'est joué d'avance d'autant qu'il peut avoir des revirements de situation à tout moment.
Mohamed Daou
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LEGILATIVES 2007
La dégringolade des femmes
Les législatives 2007 n'ont pas été favorables aux femmes. Les résultats provisoires se revèlent être une contre-performance pour elles avec seulement une douzaine d'élues contre 14 précédemment.
Les résultats provisoires du 2e tour des législatives du 22 juillet dernier laissent apparaître une contre-performance des femmes. Elles étaient 26. A l'arrivée, elles ne sont qu'une douzaine à franchir le cap. Le district de Bamako se taille la part du lion avec 4 élues. Ce score est un recul par rapport à la précédente législature où 14 femmes siégeaient à l'Assemblée nationale.
Au total, 227 femmes avaient fait acte de candidature. Si nombre d'entre elles n'ont pas franchi le 1er tour, la plupart étaient en ballottage défavorable au 2e tour. Lors des premières élections démocratiques, en 1992, seules deux femmes avaient été élues députées. En 1997, elles étaient 18.
Ce recul, aux yeux de nombreux observateurs, a plusieurs explications. Le premier aspect est sociologique et est lié à la compréhension du leadership féminin au sein de la société malienne. Le second aspect est lié à la faible combativité des femmes lors des élections et le dernier pointe du doigt le manque de maturité politique des femmes candidates. Pour certains, le fait que la plupart des candidates n'aient pas de capacité pour un leadership peut s'expliquer par le fait qu'en général, les femmes manquent de confiance en elles-mêmes.
Pour Mariko Korotoumou Théra, qui défendait les couleurs du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi) dans la circonscription électorale de la Commune I du district de Bamako, l'échec des femmes aux élections peut se situer à deux niveaux. Le premier niveau est un aspect financier car, selon elle, on ne peut pas faire de la politique sans argent. Prenant exemple sur elle-même, Mme Mariko déclare : “A tous les niveaux, il faut faire sortir l'argent. Nous sommes dans un système où le candidat qui a beaucoup plus de moyens passe” .
Cette déclaration de l'épouse du secrétaire général de Sadi, nouvellement élu dans sa ville natale de Kolondiéba, est une réalité. Parmi les raisons qui ont poussé les électeurs à bouder les urnes au 2e tour des législatives du 22 juillet figure l'achat de conscience des électeurs. Moralité : les campagnes de sensibilisation des associations et ONGs pour une plus grande représentativité des femmes n'ont manifestement pas produit les résultats escomptés.
Pour ce scrutin, 1408 candidats, dont 227 femmes, soit 16,12 % du total ont sollicité les suffrages des 7 millions d'électeurs pour briguer les 147 sièges de l'Assemblée nationale.
Amadou Sidibé
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CONTRE LE TRAVAIL DES ENFANTS AU MALI
L'Ipec/BIT accentue la sensibilisation
L'agriculture étant le secteur qui emploie le plus d'enfants, Ipec/BIT-Mali profite du début de l'hivernage pour accentuer sa sensibilisation.
« Lutte contre le travail des enfants dans l'agriculture : la récolte du futur, une agriculture sans travail des enfants » était le thème de la Journée mondiale de la lutte contre le travail des enfants (14 juin). Une opportunité saisie par l'Ipec/BIT-Mali pour accentuer ses efforts de sensibilisation dans le monde rural. Il a sillonné la région de Ségou (Ségou, Markala, Dougabougou, Siribala, Ndébougou et Niono) avec des représentants du Parlement des enfants, l'Association des jeunes et enfants travailleurs… et la troupe Tobodji.
Le choix de la région de Ségou n'est pas fortuit car les enfants, les talibés surtout, y sont souvent abusivement utilisés dans les rizières. Mais, les statistiques montrent que cette situation d'exploitation des enfants n'est pas l'apanage de Ségou, voire du Mali seulement. Ainsi, plus de 132 millions de garçons et filles de 5 à 14 ans travaillent dans des fermes et plantations à semer et moissonner des récoltes.
Selon des chiffres donnés par l'Organisation internationale du travail (OIT) en 2003, sur un million d'enfants, 200 000 sont victimes de traite chaque année dans le monde. Et 32 % (près de 400 000) sont originaires d'Afrique de l'Ouest et du Centre.
Ce qui rejoint les résultats d'une récente enquête nationale sur le travail des enfants. Celle-ci a mis en exergue le fait qu'environ 2 enfants sur 3 âgés de 5 à 17 ans sont économiquement actifs au Mali, soit un peu plus de 3 millions de filles et de garçons.
Sur place, à Ségou, Moulaye Hassane Tall (administrateur d'Ipec/BIT au Mali) et sa délégation ont constaté que la région est très propice à ce fléau. Ce qui s'explique par la présence d'une agriculture spéculative demandant une main d'œuvre abondante et bon marché, notamment dans les rizières de l'Office du Niger. D'où la pertinence d'une caravane de sensibilisation.
La troupe Tobodji du comédien Kari Bogoba Coulibaly dit Madou Wolo a, à travers chants, danses et sketches sur les enfants trafiqués ou exploités dans les champs, émerveillé et sensibilisé le public ségovien. Une prestation appréciée à sa juste valeur par la représentante du Parlement régional des enfants, Mlle Oumou Maïga.
« Nous savons tous que les enfants aujourd'hui sont les futurs cadres et décideurs de demain. Pour cela, nous avons l'obligation de leur faire jouir de leurs droits fondamentaux, c'est-à-dire l'éducation, la santé, le bien-être, la protection, le développement et la participation » , dit-elle.
Le travail des enfants est une violation grave de leurs droits. Les conséquences de cette violation sont si néfastes qu'elles constituent un obstacle majeur à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Et en juillet 2006, l'ensemble des gouvernements d'Afrique de l'Ouest et du Centre se sont engagés à collaborer étroitement pour combattre la traite des femmes et des enfants à l'intérieur et à l'extérieur de leurs frontières lors d'une rencontre régionale à Abuja (Nigeria).
Cette initiative de l'Ipec/BIT-Mali est une contribution non négligeable pour le gouvernement du Mali pour tenir ses engagements internationaux en faveur des enfants.
Moussa Bolly
(avec le Rejocote)
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