L'augmentation générale des salaires de 10 %, la baisse du taux de l'ITS de 2 points de pourcentage, le paiement de 2,5 milliards de F CFA d'indemnités aux partants volontaires à la retraite, la baisse des prix des produits de première nécessité constituent l'ossature de l'accord paraphé mercredi entre le gouvernement, l'UNTM et le patronat.
Le monde des travailleurs et les victimes du programme d'ajustement structurel sont véritablement sur un nuage depuis mercredi soir. La grève de 48 h observée par l'Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) du 26 au 27 juin 2007 n'aura pas été vaine. Un accord définitif a été trouvé entre le gouvernement, le patronat et l'UNTM sur les cinq points qui avaient fait l'objet de désaccord total au mois de juin dernier. La satisfaction de la centrale syndicale n'est pas tant relative à l'acception de la totalité de ses revendications qu'aux retombées financières qui seront ressenties sur les salaires.
Les parties ont convenu d'une augmentation générale des salaires des secteurs publics et parapublics de 10 % en deux ans à raison de 5 % à compter du 1er janvier 2008 et 5 % à partir du 1er janvier 2009. Un accord a été trouvé sur la baisse de 2 points de pourcentage sur le taux de l'impôt sur les traitements et salaires (ITS) avec comme date d'effet le 1er janvier 2008.
Il est prévu de mener une étude sur la question en novembre 2007 et de soumettre le projet de texte y afférent à l'Assemblée nationale. Selon un agent des impôts, la baisse du taux de l'ITS équivaut déjà à une hausse des salaires. Grâce à cet accord, un travailleur qui payait par exemple 30 % sur 100 000 F de traitement mensuel n'aura plus à verser au Trésor public que 23 %.
Les compressés également en ont eu pour leur compte. Il leur sera payé leurs arriérés de salaires, leurs indemnités de licenciement, de fonds de réinsertion et droits. Leurs droits résultant de requêtes judiciaires ou qui feront l'objet de jugements définitifs bénéficieront de traitement en relation avec l'UNTM.
Les travailleurs partants volontaires à la retraite jouiront, quant à eux, de leurs pensions de retraite dès qu'ils rempliront les conditions. Une enveloppe de 2,5 milliards de F CFA leur sera octroyée dans un cadre de solidarité nationale et comme mesure d'accompagnement. Le pactole sera donné en deux exercices budgétaires (2007 et 2008).
Le gouvernement, le CNPM et l'UNTM sont tombés d'accord pour ramener les prix des denrées au niveau du pouvoir d'achat des consommateurs. Un forum national sur les produits de première nécessité se tiendra courant novembre 2007 entre les parties concernées. Dans le cadre du travail decent , il sera mis en œuvre, dès 2009, un chronogramme de plan d'action de la protection sociale.
Pour la signature du protocole d'accord, le secrétaire général de l'UNTM, Siaka Diakité, s'était fait accompagner d'un bataillon de 12 membres de son bureau exécutif, dont son adjoint Tibou Telly . Le banc du gouvernement était occupé par le ministre de la Fonction publique, de la Réforme de l'Etat et des Relations avec les institutions, Badi Ould Ganfoud , qui avait à ses côtés Gaoussou Drabo (Communication) et Ousmane Thiam (Promotion des investissements et des PME), arrivé comme à son habitude en retard. Le patronat était représenté par son vice-président, Mamadou Sinsin Coulibaly, et Lassana Traoré son secrétaire général.
La cérémonie s'est déroulée dans une ambiance sereine. Le patron de l'UNTM a juste attiré l'attention de ses partenaires sur le respect scrupuleux du chronogramme d'exécution du protocole d'accord qu'ils viennent de signer.
Mechage
Les coups de pied qui se perdent
L'UNTM l'a toujours dit : le gouvernement ne comprend que le langage de la force. C'est pour cela que la centrale syndicale n'a pas lésiné sur les surenchères ces derniers temps afin d'établir un rapport de forces qui lui serait favorable. Visiblement, la stratégie s'est avérée payante parce qu'il a suffi que Siaka Diakité menace de déposer un préavis de grève de 72 h, pour que le gouvernement accède aux revendications.
C'est que le gouvernement se rappelle des dégâts causés par la grève de 48 h des 26 et 27 juin dernier. Et comme tout le monde le sait, les syndicalistes en premiers en tout cas dans le cas qui nous concerne, qu'il n'est pas séant de parler de corde dans la maison d'un pendu, ils ont appuyé là où cela fait mal avec l'assurance que les mauvais souvenirs aideront.
Le résultat est garanti dans la mesure où le gouvernement qui jurait par Dieu qu'il ne pouvait satisfaire les revendications syndicales a signé un protocole d'accord - des deux mains à ce qu'on dit - pour accorder une augmentation de 10 % des salaires (5 en 2008 et 5 en 2009), une baisse de l'ITS, des mesures concernant la baisse des prix des denrées alimentaires, de l'eau et de l'électricité, etc.
Sans le crier sur le toit, l'UNTM vient d'obtenir une authentique victoire. Quant au gouvernement, il sauve momentanément les meubles. Naturellement prudent, j'attends de voir l'application de l'accord. Parce qu'une chose est de signer et une autre est de pouvoir respecter ses engagements. J'attends de voir parce que le pays est très mal en point malgré quelques signes qui pourraient être trompeurs.
Mais d'un autre côté, je me dis qu'il n'y a pas le feu. Parce qu'un pays, qui peut voir une distraction de centaines de milliards de fonds publics par le fait de délinquants financiers et autres bandits en col blanc, devrait trouver de la ressource pour faire face à ses promesses. Normalement. Mais je crois que c'est déjà bien qu'on ait pu épargner au pays une paralysie dont personne n'a besoin. Surtout pas le pays qui est déjà paralysé depuis fort longtemps pour différentes raisons.
Le gouvernement se démène comme il peut avec tous ceux qui estiment que c'est le moment où jamais. On a vu les enseignants qui récoltent les fruits de leur patience. En avril, il ne s'était trouvé personne pour les écouter vraiment. Ils ont rué dans les brancards, menacé, mais personne n'avait voulu leur prêter une oreille attentive. Alors, ils ont décidé d'attendre les examens pour prendre leur revanche. Ils ont tout bonnement bloqué les notes. Et bingo ! Ils ont eux aussi eu satisfaction. Comme quoi la vengeance est un plat qui se mange froid.
Pour autant le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga et son équipe ne sont pas au bout de leurs peines. Ils doivent surveiller de très près le front alimentaire comme du lait sur le feu. Je sais qu'ils s'informent et ils ont dû apprendre qu'au Niger, au Burkina, en Guinée, les populations battent le pavé contre la cherté de la vie. Ils ont pu empêcher la semaine dernière que les populations de la Commune VI marchent. Mais cela peut durer pour combien de temps encore ?
Pour éviter de se voir déborder, le gouvernement devrait apporter un peu de rigueur dans le suivi des mesures qu'il a prises pour faciliter l'approvisionnement et enrayer la hausse des prix. Surtout quand on sait que des exonérations ont été accordées à des opérateurs économiques, les mêmes qu'il y a deux ans, pour soulager les consommateurs. Comme moi, le gouvernement sait que ce ne sont pas des enfants de chœur et surtout pas des samaritains (ils l'ont dit eux-mêmes).
Pour se faire du blé, ils n'hésiteront à agrandir leurs marges bénéficiaires en vendant les céréales au prix qui leur convient. Or le gouvernement se doit de leur expliquer que les milliards d'exonérations auxquels renonce l'Etat n'appartiennent ni à ATT ni au Premier ministre, mais que c'est l'argent du contribuable. Si en plus de bénéficier de cadeaux en or massif ils envisagent d'étrangler les populations pour mieux en tirer profit, il y a forcément des coups de pied qui se perdent.
Je ne finirai pas sans un mot sur le second tour des élections législatives de dimanche prochain. Moi je crains parce que la Cour constitutionnelle a donné une sorte de feu vert pour les fraudes de toutes natures. Déjà après la présidentielle, l'auguste Cour avait donné une sorte de feu orange avec les résultats qu'on sait lors du 1er tour des législatives. Avec le feu vert accordé, tout peut arriver. Les candidats étant tous dans la situation de tout perdre, personne n'acceptera de se laisser voler sans tenter quelque chose pour se prémunir. Soit en volant plus que son adversaire soit en prenant des mesures coercitives face à la complicité de l'administration qui voit et laisse faire quand elle-même ne participe pas au vol.
C'est que certains hommes politiques appellent la mascarade. Je crois sincèrement que l'un des reculs les plus dommageables pour notre démocratie, c'est le retour des agents de l'administration dans le processus électoral. Aujourd'hui, pour gagner, mieux vaut être copain avec le gouverneur, le préfet et le sous-préfet que de perdre son temps à mobiliser les militants. Et après il se trouve des gens pour s'étonner que les Maliens boudent les urnes. A mon avis, là également, il y a beaucoup de coups de pieds qui se perdent.
El hadj TBM
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MAMADOU KONATE, EX-CUISINIER
« J'ai été abusivement licencié par l'hôtel Salam »
Marié à deux femmes et père de 4 enfants, Mamadou Konaté dit avoir été abusivement licencié par le groupe Azalaï . Il nous raconte ses mésaventures.
Les Echos : Comment êtes-vous arrivé à l'hôtel Salam ?
Mamadou Konaté : Après trois mois de stage, j'ai été recruté le 14 avril 2000 par le groupe Azalaï qui m'a envoyé au Grand hôtel. D'abord j'ai travaillé à la plonge avant d'intégrer la cuisine comme aide cuisinier. J'ai alors été muté à l'hôtel Salam. Et de 2000 jusqu'à mon licenciement, je ne suis pas monté en grade. Pas de changement. De l'esclavage seulement, on nous maltraitait malgré le travail bien fait. Je n'ai jamais reçu une demande d'explication, aucune mise à pied durant ces 7 ans.
Les Echos : En quoi consistait votre travail d'aide cuisinier ?
Mamadou Konaté : A faire la cuisine tous les jours sauf mon jour de repos. Je m'occupais des plats du restaurant, les beaux rivages les soirs. Ce qui fait que souvent je travaillais au-delà de mes heures normales. Mais, on ne payait pas d'heures supplémentaires.
Les Echos : Vous étiez payé à combien de F CFA ?
Mamadou Konaté : 54 000 F CFA. Un salaire fixe. Il n'y a jamais eu d'augmentation.
Les Echos : Pourquoi vous a-t-on renvoyé ?
Mamadou Konaté : Je suis tombé malade le 4 avril dernier. Le médecin m'a donné deux jours de repos. Etant au lit, j'ai envoyé informer le secrétaire général M. Baby avec les justificatifs. A ma grande surprise, ils m'ont donné ma note de renvoi à la reprise pour abandon de poste. Ils ne m'ont pas, au préalable, avisé, pas d'avertissement et ils refusent de payer mes droits.
Les Echos : Alors qu'avez-vous fait ?
Mamadou Konaté : J'ai d'abord essayé de négocier, avec le syndicat, la direction. Mais en vain. J'ai alors saisi l'inspection du travail et un avocat. L'affaire est à ce niveau.
Propos recueillis par
Sidiki Y. Dembélé
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