C'est fait le lundi soir. L'UNTM, le gouvernement et le patronat ont accordé leurs violons sur les six revendications que la centrale syndicale jugeait prioritaires parmi les 20 points de son cahier de doléances.
Le lundi, mandat a été donné au ministre de la Communication et des Nouvelles technologies, Gaoussou Drabo, accompagné des ministres Abou-Bakar Traoré (Economie et des Finances) et Badi Ould Ganfoud (Fonction publique), de soumettre les propositions du gouvernement à ses partenaires de l'UNTM. Des propositions auxquelles a adhéré la commission de négociation de la Bourse du travail présidée par Seydou Diarra (nous reviendrons sur l'accord qui a scellé la paix des braves).
L'ultimatum donné par l'UNTM pour le règlement de ses revendications a expiré le 10 juillet. Les trois parties ont joué aux prolongations le lendemain sans pour autant s'accorder sur l'essentiel. La date butoir du 16 juillet 2007 a été fixée de commun accord. Cette échéance a été cette fois-ci la bonne. Elle a permis le dénouement de la crise qui couvait sur le front social avec la menace d'une grève de 72 h de l'UNTM.
Une escalade verbale s'était brusquement installée entre le gouvernement et l'UNTM après la grève de 48 h des 26 et 27 juin 2007. D'une part, le gouvernement se refusait à comprendre le bien-fondé de cette grève générale à partir du moment où il estimait plus de la majorité des doléances satisfaite. De l'autre part, la Bourse du travail, a vu en cette réaction un faux-fuyant, jugeant que l'essentiel n'était pas géré.
Siaka Diakité s'exprimant dans nos colonnes a écarté toute négociation de fond et s'attendait, désormais, à des propositions concrètes tout en faisant brandir l'arme de la grève. Ce ton de fermeté du patron de l'UNTM a certainement été compris en haut lieu. ATT ne veut pas entamer son 2e et dernier mandat dans une atmosphère sociale trouble. Or avoir le principal syndicat sur le dos, faire en même temps face au mécontentement social généralisé dû à la cherté de la vie n'est pas une équation facile à résoudre pour un président qui se réclame du Parti de la demande sociale. Un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès, dit-on.
Les six points à satisfaire étaient : le paiement des arriérés de salaires, les indemnités de licenciement, Ies fonds de réinsertion et les droits des travailleurs des sociétés et entreprises d'Etat appelés « les compressés » ainsi que le contenu de l'accord entre le gouvernement et l'Association des travailleurs partants volontaires à la retraite ; l'augmentation générale des salaires ; la diminution du taux de l'impôt sur traitement et salaire (ITS) et l'Agenda du travail décent. Le sixième point auquel l'UNTM tenait est la baisse des prix des produits de première nécessité, de l'eau et de l'électricité, des médicaments.
Cet accord est scellé sur le dos des avocats… du diable. En effet, au lendemain de la grève de l'UNTM, plutôt que d'analyser le bien-fondé de ce mouvement d'humeur, certains étaient tombés à bras raccourcis sur les syndicalistes, allant souvent jusqu'à remettre en cause le rôle et la place de l'UNTM. Après cet accord confirmant l'importance de la centrale et lui reconnaissant sa victoire, ils doivent être dans leurs petits souliers.
NOMINATION A DES GRADES UNIVERSIATAIRES
Quand le ministère insulte les professeurs
Le gouvernement voulait bien faire : en rendant justice aux professeurs qui courent depuis des lustres derrière leurs droits, mais il a finalement fait pire en les traitant de « mercenaires ». Un outrage révélateur de l'amateurisme au sommet de l'Etat malien.
Il y a peu, les professeurs de médecine, surtout, avaient menacé d'observer une grève pour être mis dans leur droit. Pour certains, le combat n'est pas fini, car ce que le département de tutelle, en l'occurrence le ministère de l'Education nationale, vient de leur faire, est considéré par nombre d'entre eux comme une « injure ».
Par décret n°07-041/P-RM du 7 février, mais qui vient juste de leur être révélé, le gouvernement a tenté de « corriger » le tir et de leur faire justice. Mais, le faisant, il a fait pire. « Certains d'entre nous enseignent depuis plus de 20 ans, sans interruption et en n'ayant que cela comme seule occupation. Comment peut-on nous qualifier de « vacataires ? » , s'indigne un des professeurs.
En fait, pour passer de maître de conférence au grade de professeur, normalement, il faut réussir au concours d'agrégation du Conseil africain et malgache de l'enseignement supérieur (Cames) en premier. Après ce concours, par décret, le président vous confère le grade.
Mais, au Mali, certains deviennent professeurs par ancienneté. Quoi qu'il en soit, c'est parce que ce décret tardait que les professeurs avaient fait savoir leur mauvaise humeur que le gouvernement a voulu aller vite en besogne. Le faisant, « ils ont mélangé les choux et les carottes » , commente un autre.
En effet, sur les 13 qui sont concernés par le décret n°07-041/P-RM du 7 février, certains n'ont jamais tenu une craie, et leur nomination apparaît du coup comme une complaisance ou une contorsion qui leur a fait maître « vacataires » pour tout le monde.
« Par définition, un vacataire n'est pas un fonctionnaire et n'a pas besoin d'être hiérarchisé. Il est comme un mercenaire que l'on prend es qualité, mais sur qui l'on n'a aucune emprise » , ajoute un autre.
Quoi qu'il en soit, ces professeurs n'entendent pas en rester là, surtout que les avantages matériels et financiers qui doivent aller avec ne sont pas en place et qu'on leur refuse même cela.
Alexis Kalambry
Marimantia Diarra, professeur
Le Dr. Marimantia Diarra, ci-devant ministre du Plan et de l'Aménagement du territoire, est désormais professeur. Même s'il ne s'est pas soumis au concours du Cames, le décret n°07-041/P-RM du 7 février, pris par le général ATT lui confère ce grade. Géographe et aménagiste, il est parmi les 13, dont certains, après avoir sué sang et eau pour leur avancement, ne se disent pas du tout bienheureux et continuent à crier après la justice. Ce qui n'est pas le cas de Marimantia .
A. K.
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« MAITRESSE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE »
Une pétition sur les dérives d'ATT au Canada
« Les partenaires extérieurs n'arrivent pas à comprendre ce qui se passe au Mali, et si cela va continuer c'est l'image du Mali qui va en souffrir ».
Je suis étudiant au Canada. Je suis outré et scandalisé en apprenant toute cette histoire à propos de l'affaire de « La maîtresse du président de la République ». J'ai envoyé au début de cette histoire ma signature à la pétition parce que je pensais que l'affaire n'allait durer que quelques heures, malheureusement, c'était sans compter sur la détermination des zélés du pouvoir.
C'est en ce moment que j'ai entrepris une campagne d'information auprès de mes collègues et amis. Au début c'était difficile parce que j'allais écorcher l'image de mon pays dont je suis si fier. Je parle tellement de notre démocratie et des progrès que nous avons faits en ce qui concerne les libertés individuelles que souvent les Canadiens me demandent si mon pays se trouve en Afrique.
En effet, ils ont une image très négative de l'Afrique à cause du peu d'informations qui leur sont données concernant nos pays. Tout ce qu'ils voient à la télévision, ce sont les guerres (Soudan, Côte d'Ivoire...), la famine (Niger, Erythrée...), le Sida (les pays d'Afrique australe), le terrorisme et la radicalisation de l'islam (l'Algérie, le Maroc..), la dictature (Zimbabwe, Centrafrique, Guinée et les autres pays soit disant démocrates), et enfin la corruption.
C'était impératif de faire ce rappel, pour que vous sachiez quelles sont les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, et comment les autres nous voient. Tous les Africains qui sont ici, font de leur possible pour véhiculer une bonne image de leur continent et de leurs pays respectifs. Nous sommes des ambassadeurs, et je pense que nous sommes les vrais.
C'est dans ce contexte que j'ai commencé l'humiliante mission de faire lire et d'expliquer aux uns et aux autres la fameuse affaire de « La maîtresse du président de la République » pour avoir des signatures (pétition). Je dis humiliante parce que c'était ridule de dire que dans mon pays on enferme des journalistes et un enseignant pour un article pareil. J'ai décidé de ne plus être cet ambassadeur hypocrite et démagogue qui dit que tout va bien, alors que ca ne va pas.
Un de mes amis m'a rappelé à juste titre : c'est ce pays que tu appelles champion de la démocratie !!! Je lui ai répondu : il était et il le sera !!! Tous ceux qui ont signé la pétition sont prêts à ce que leurs noms soient publiés là où vous jugerez nécessaire. L'objectif de cette pétition, qui au départ était pour la libération des journalistes et de l'enseignant, va plus loin à notre niveau.
Cette pétition doit dénoncer les dérives de nos pouvoirs publics. Ces pouvoirs publics sont impliqués dans cette fâcheuse affaire parce que le procureur n'allait jamais prendre cette décision sans l'aval d'une haute personnalité de l'administration d'ATT, ou ATT lui-même ; ce qui me surprendrait de sa part.
Le rapport du Végal : « une offense à la nation »
Ce qui est odieux dans cette affaire, c'est le fait de dénier les droits des accusés. Le refus de liberté provisoire aux accusés parce qu'ils sont des dangers publics. Le procès en catimini, et à huis clos ; comme on se trouvait dans une cour martiale. Le verdict, 13 jours de prison pour SOD parce qu'on veut montrer aux bailleurs de fonds que les journalistes sont libérés, mais en même tant les punir.
Le pauvre enseignant qui n'a pas de voix (sa corporation l'a abandonné à son sort), on l'enferme pour 2 mois alors qu'il n'est pas l'auteur de la publication et n'a jamais dit de publier l'article. La justice prend la décision de lui interdire d'enseigner alors que c'est son ordre ou le conseil de discipline qui doit prendre cette décision. Aucune logique, c'est comme on a commis une erreur et qu'on veut la réparer à la va-vite en faisant plaisir à tout le monde. D'abord à l'instigateur de cette affaire, pour le remercier de son dévouement sans faille ; à la justice pour lui montrer qu'elle est libre et indépendante de tout ; aux bailleurs pour leur dire que nous sommes les champions de la démocratie pour avoir libéré les accusés ; aux accusés pour leur donner une bonne correction.
En bout de ligne c'est l'image du Mali qui est ternie, la liberté de la presse confisquée, et un recul à pas de géant de notre démocratie. Bravo !!! Les zélés de la cour. On ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Comme Sambi vous a toujours dit, ATT faites attention à vos laudateurs et les zélés de la République.
Je suis d'accord avec « Kalifa » lorsqu'il disait dans son éditorial du mardi 3 juillet 2007 (L'Essor) que les partenaires extérieurs n'arrivent pas à comprendre ce qui se passe au Mali, et cela va continuer et c'est l'image du Mali qui va en souffrir. Ce qui est étonnant dans cette affaire c'est le mutisme du peuple malien, et de tous ces « démocrates ». « Kalifa » ne l'évoque même pas dans son éditorial, car ce peuple semble muselé, ou ne comprend pas ce qui se passe, c'est-à-dire la confiscation de sa liberté fondamentale.
Ce qui est arrivé à SOD, Sambi , Minta , et les autres peut nous arriver un jour. Mes deniers mots vont au procureur de la République qui s'est levé un beau matin, et a trouvé la formule magique « offense au chef de l'Etat ». Après la publication du rapport du Végal , il devra arrêter tous ces voleurs parce qu'ils sont connus de tous : c'est cela « offense à la nation » qui est plus grave qu'offense au chef de l'Etat. Dénonçons les dérives de nos pouvoirs publiques dans le calme et le respect de nos lois républicaines, c'est cela la démocratie. Je reste optimiste et je sais qu'un jour naîtra ce beau Mali dont nous rêvons tant.
Oumar Samassékou
( doctorant en génétique, Sherbrooke, Canada)
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