Les Echos du 16 juillet 2007
VENTE DU RIZ EN GROS
Marché de dupe entre l' Opam et Bakoré ?
La période de soudure, qui coïncide avec l'hivernage dans notre pays, est l'occasion pour l'Etat de développer de meilleures stratégies d'approvisionnement des populations en céréales. Mais l'achat de 10 000 tonnes de riz par la société GGB-SA de Bakoré Sylla avec l'Office des produits agricoles du Mali ( Opam ), ressemble fort à un monopole de fait.
Une rencontre était organisée le jeudi 12 juillet à la Chambre de commerce et d'industrie du Mali (CCIM) entre le Groupement des commerçants détaillants et des opérateurs céréaliers de la place. L'ordre du jour portait sur l'échange entre les deux corporations sur le ravitaillement correct du marché céréalier des quatre coins du pays à des prix acceptables pour les consommateurs.
Modibo Kéita de Grand distributeur céréalier du Mali (GDCM) et Bakoré Sylla du Grand grenier du bonheur (GGB) étaient les deux opérateurs céréaliers présents à cette rencontre présidée par le président du Groupement des commerçants détaillants, Hamma Abba Cissé.
Bakoré fut le seul à prendre la parole pour expliquer la structuration des prix des céréales et la hausse des prix des denrées de première nécessité comme le lait, la farine, l'huile, etc. Il impute cette hausse vertigineuse de prix au gouvernement qui a, selon lui, autorisé tout le monde à être importateur. A ses dires, les pouvoirs publics auraient dû mettre des garde-fous en se limitant aux seuls professionnels du secteur.
Dans sa digression, le PDG de GGB a brandi un papier qui serait, selon lui, une lettre de garantie bancaire qui lui a permis de signer un accord avec l'Office des produits agricoles du Mali ( Opam ). L'accord, explique-t-il, porte sur l'achat de 10 000 tonnes de riz pour plus de 2 milliards de F CFA, à raison de 230 F CFA le kg, en vue de ravitailler correctement l'ensemble du territoire en céréales à des prix défiant toute concurrence. Avec cette facilité, le kg du riz serait vendu à Bamako et à Ségou à 235 F CFA, à 240 F à Mopti, 250 F à Kidal, etc.
Inquiétudes
Des détaillants ont murmuré n'avoir pas compris que GGB-SA puisse avoir bénéficié de 10 000 tonnes dans les magasins de l' Opam avec une simple lettre de crédit bancaire alors que le mode de paiement est l'argent en liquide ou un chèque bancaire.
Dans l'entendement de ces détaillants, qui n'ont pas pu bénéficier des mêmes facilités, il ne s'agit que d'un monopole de fait accordé à un grossiste. Pis encore, la lettre de garantie bancaire fait perdre beaucoup d'argent au Trésor public. Une autre inquiétude qu'ils ont exprimée est que la vente d'un seul coup de 10 000 tonnes de riz pourrait créer à la longue une pénurie à l' Opam .
Le PDG de l'Office des produits agricoles du Mali, Youssouf Mahamane Touré, que nous avons rencontré, nie avoir signé un quelconque accord de 10 000 tonnes de riz avec une société a fortiori prendre une lettre de garantie bancaire. Il explique que son Office ne prend ni lettre de garantie bancaire, ni de traite avalisée. Le seul règlement autorisé est l'argent liquide ou à tout le moins un chèque bancaire.
Aux dires du PDG Touré, il se pourrait que GGB-SA ait l'intention, « mais il n'y a pas d'accord formel entre nous » . Il reconnaît toutefois, avoir vendu la semaine dernière, 1000 tonnes de riz à GGB, estimées à 280 millions de F CFA, payés par chèque . « Nous n'avons arrangé quoi que ce soit. Bakoré a signifié qu'il va étaler son achat au mois de carême » , a-t-il signalé. M. Touré ajoute, qu'il a vendu au comptant 12 tonnes de riz à des commerçants détaillants. « Avec la traite avalisée ou la lettre de garantie, je risque de perdre de l'argent » , souligne-t-il.
Le PDG de l' Opam balaie d'un revers de la main toute idée de pénurie. Selon lui, il dispose d'un stock de 25 000 tonnes financés en début 2006 par la BID. Ce stock doit être vendu pour rembourser la BID dans une échéance fixée entre octobre 2007 et janvier 2008. Selon lui, l' Opam a encore du riz à Ségou et à Mopti et il entend chercher des preneurs dans les zones de Douentza , Koro , entre autres.
Mais, entre le PDG de l' Opam , qui réfute avoir vendu 10 000 t de riz par lettre de garantie bancaire à GGB-SA, et le PDG de cette société, Bakoré Sylla qui a brandi publiquement, au cours d'une réunion, un document comme étant la copie du contrat le liant à l' Opam , qui a dit vrai ? Ça va se savoir.
Abdrahamane Dicko
Acceuil
AMELIORATION DES CONDITIONS DE VIE AU BORD DU NIGER
La Banque mondiale met en œuvre un ambitieux projet
Selon la Banque mondiale, le Niger conditionne la vie et la subsistance de quelque 110 millions de personnes dans 9 pays. Ce qui fait de l'amélioration des conditions de vie le long du 3e fleuve le plus long d'Afrique un défi à relever de toute urgence.
Le Niger, troisième fleuve africain par sa longueur, sillonne l'Afrique de l'Ouest et conditionne la vie et la subsistance de quelque 110 millions de personnes dans neuf pays.
Or, selon la Banque mondiale, « cette immense ressource est mise à rude épreuve. La dégradation des écosystèmes du bassin fluvial est généralisée. Les sédiments limitent la navigation, la pêche et la production d'électricité. Seuls 20 % des terres agricoles disponibles sont irriguées » . Sans compter que l'hydroélectricité est sous-exploitée. De plus, sous l'effet de la croissance démographique au long des 4200 km du fleuve, la pauvreté atteint des niveaux critiques.
Un financement de 500 millions de dollars récemment approuvé par la Banque mondiale (le programme gestion des écosystèmes et mise en valeur des ressources en eau du bassin du Niger) s'impose comme le projet-phare des services responsables de l'intégration régionale de la région Afrique.
C'est l'un des programmes de gestion des eaux les plus ambitieux jamais engagé par les institutions de Bretton Woods. La première phase de 5 ans prévoit des opérations au Bénin, en Guinée, au Mali (18 millions de dollars), au Niger et au Nigeria. Dans une seconde phase, le programme sera étendu au Burkina Faso, au Cameroun, à la Côte d'Ivoire et au Tchad.
Le programme appuiera la remise en état des infrastructures hydrauliques régionales, dont deux barrages existants. Il va également financer les opérations visant l'amélioration de la gestion des écosystèmes, notamment le contrôle de l'érosion, l'agroforesterie et la restauration du bassin versant ainsi que des petites infrastructures hydrauliques qui fournissent un revenu conséquent aux populations rurales pauvres.
L'Autorité du bassin du Niger (ABN), basée à Niamey (Niger), est naturellement au centre de ces opérations. Le programme appuie les mesures destinées à renforcer la capacité de cet organisme régional de manière à ce qu'il soit en mesure de mieux planifier et coordonner les activités entre les pays bénéficiaires.
En février, Ousmane Dione , chef d'équipe du projet, et son équipe ont suivi le Niger sur quelque 3000 km. Ce voyage l'a conduit à Bamako (Mali), à Niamey (Niger) puis à Kainji et Jebba (Nigeria). De ses discussions avec les pêcheurs, les pasteurs, les dirigeants locaux, les négociants, les agriculteurs et les hautes autorités, il a conclu que des efforts majeurs s'imposent pour préserver durablement les moyens de subsistance le long du fleuve. La vulnérabilité de la région est d'autant plus criante que plus de la moitié de la population est constituée de femmes et d'enfants de moins de 15 ans.
« Ils savaient qu'il ne s'agissait pas pour la Banque mondiale de venir leur expliquer ce dont ils ont besoin. Depuis des siècles, leur vie dépend du fleuve. Et ils ont vu celui-ci se dégrader à tel point qu'ils se demandent si leur civilisation peut survivre » , souligne le chef de projet.
La gageure consistera à mettre en œuvre un programme multinational pluridimensionnel, dans le cadre duquel plusieurs institutions seront responsables de la planification et de la coordination des projets selon des modalités nouvelles. « Elles n'ont jamais rien fait de tel. L'un de nos premiers gestes a été de soutenir un audit institutionnel et les réformes ultérieures qui ont entraîné l'adaptation de certaines structures et des modes de travail pour permettre la préparation et l'exécution de ce programme de plus grande envergure » , dit M. Dione . Assurer une communication transparente et continue entre l'Autorité du bassin du Niger et les agences nationales de coopération sera certainement l'un des grands défis à relever.
Ce projet est d'autant le bienvenu que, actuellement, sept des neuf Etats du bassin du Niger figurent parmi les 20 pays les plus pauvres de la planète. Et près de 75 % de la population vit en milieu rural et est fortement tributaire des infrastructures hydrauliques pour sa sécurité alimentaire et sa qualité de vie.
Ce programme contribuera donc de façon déterminante à la croissance de la région et offrira un cadre intégré pour exploiter les nombreuses opportunités existantes contre la pauvreté.
Moussa Bolly
( avec la Banque mondiale)
Acceuil
BIENS ET SERVICES DU MALI
La balance d'exportation chute de 1 %
De 28,6 % en 2006, le taux d'exportation de biens et services du Mali est tombé cette année à 27,2 %. C'est ce qui ressort d'une étude du Fonds monétaire international (FMI), publiée en avril dernier, sur les perspectives économiques régionales.
La part de l'Afrique subsaharienne dans le commerce mondial (exportations plus importations) est tombée de quelque 4 % en 1970 à environ 2 % aujourd'hui. Selon les conclusions de l'étude, ce repli sur la durée peut être attribué à des facteurs comme l'instabilité macroéconomique, les structures tarifaires élevées et en cascade, les structures de coûts défavorables résultant d'un climat commercial peu porteur, l'étroitesse des marchés intérieurs et l'importance des coûts indirects.
Au Mali, les exportations de biens et de services ont connu, au fil des ans, des hauts et des bas. A titre d'exemple, ce taux, qui était 24,3 % entre 1997 et 2001, s'est retrouvé à 31,9 % en 2002. Il va rechuter en 2004 jusqu'à l'ordre de 24,6 %. Un léger mieux en 2005 avec 25,1 % avant d'atteindre, en 2006, la barre de 28,6 %. Cette année, le Mali a moins exporté, la balance affiche un taux de 27,2 %.
Quant aux importations de biens et services, elles sont de l'ordre 31,2 % cette année. Elles s'élevaient en 2006 à 34,6 %. A la faveur de l'essor économique persistant de l'Asie, souligne le rapport, l'Afrique subsaharienne a la possibilité d'inverser le long mouvement de recul de sa part du commerce mondial. Compte tenu de la petitesse de la plupart des marchés intérieurs, les producteurs de l'Afrique subsaharienne peuvent élargir considérablement leurs débouchés en exportant vers l'Asie.
En théorie, les producteurs africains pourraient se diversifier du fait de l'augmentation du coût de la main d'œuvre en Asie de l'Est et de l'évolution de la demande, sous l'effet de l'expansion des classes moyennes chinoises et indiennes.
Par ailleurs, les efforts engagés pour améliorer le climat des affaires pourraient inciter les producteurs de l'Afrique subsaharienne à tirer profit de créneaux inexploités sur leurs marchés d'exportation traditionnels.
Sidiki Y. Dembélé
Acceuil