Les Echos du 02 juillet 2007
Il faut le dire
Le masque qui tombe
En emprisonnant, puis en condamnant des journalistes qui n'ont fait que leur travail, le chef de l'Etat et la justice à son service jettent par terre tout ce qui a été acquis comme libertés démocratiques au Mali.
L'éléphant serait-il devenu un tout petit lièvre ? Premier de la classe il y a peu, le Mali, il faut le dire, se retrouve être le « symbolisé », c'est-à-dire le porteur du pendentif à l'effigie âne que le dernier de la classe porte au cou jusqu'à ce qu'un autre bourricot se fasse piéger. Hélas !
Car, il va falloir attendre des lustres pour voir un autre faire pire. Car, jamais en Afrique, un régime n'avait réussi la « prouesse » de mettre en prison, d'un seul coup et sans raison, cinq journalistes.
Voilà pourquoi il ne passe pas de jour sans que la presse internationale n'évoque l'affaire ; que des confrères d'autres pays, expriment leur sympathie. Le Capitole n'est pas loin de la roche Tarpéienne. Hatè ! A présent, le Mali réel est désobligé pour une histoire de « maîtresse » totalement fictive.
Et il en restera toujours ainsi tant que des concitoyens, sachant qu'ils ne méritent pas les places qu'ils occupent mais qu'ils comptent garder envers et contre tous, s'autoriseront à faire plaisir au boss de plus en plus sensible à la louange démagogique.
Pour eux, l'essentiel n'est ni dans le respect de la loi ni dans le discernement, il est de faire plaisir au grand patron. Pour eux, l'image du Mali à l'extérieur n'est que crottin de cheval à côté de celle du prince, qui vaut tous les sacrifices. Pour eux, la démocratie, en définitive, n'est que leurre.
Mais cette fois-ci, ils ont raté leur « coup ». Car la presse sortira vainqueur de l'épreuve qui ne fait que commencer. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin si les voies de recours existent pour casser le verdict inique du Tribunal de la Commune III ?
Pourquoi s'arrêter quand le CPJ New York demande la reprise du procès ? Pourquoi s'arrêter étant donné qu'il existe une Cour internationale des droits de l'Homme ? Or pour que la presse gagne à tous les coups, il faut qu'il y ait un vaincu : c'est celui qui a enfin jeté le masque.
A. M. T.
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« LA MAITRESSE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ! »
Pourquoi on a arrêté, jugé et condamné les journalistes
« L'affaire aurait suscité une certaine émotion au "palais", […] les bailleurs de fonds occidentaux ont fait connaître leur vif agacement ». L'affirmation est faite dans les colonnes du quotidien Le Monde dans sa parution du 28 juin sous la plume du journaliste Philippe Bernard.
C'est à se demander donc qui gouverne le Mali. « Les bailleurs de fonds occidentaux » ou ATT pour qui les Maliennes et les Maliens ont très majoritairement voté ? On peut comprendre dès lors que l'homme de Koulouba a dû être très embêté devant « le vif agacement » des « bailleurs de fonds occidentaux » . D'ailleurs, qui sont-ils ces « bailleurs de fonds occidentaux » ? L'auteur de l'article, Philippe Bernard, que nous avons joint au téléphone refuse, bien entendu, de nous en dire le moindre mot.
Seraient-ils, les Français, les Européens, les Américains ? « Je ne suis pas une source d'information » , répond M. Bernard qui semblait lui-même quelque peu agacé devant notre insistance à chercher à comprendre qui sont ces « bailleurs de fonds occidentaux » qui auraient dit au « soldat de la démocratie » d'agir.
Dans un article précédent, nous doutions que l'affaire soit déclenchée sur initiative personnelle d'ATT à qui nous reprochions ne pas levé, malgré tout, le petit doigt pour mettre fin à la folie judiciaire. Nous ne nous trompions pas. Mais nous avions accusé à tort le juge Théra d'avoir manifesté un peu trop de zèle.
Ce qui est sûr, c'est que ni le procureur Sombé Théra, ni le président de la République Amadou Toumani Touré, n'aurait, à leur seule initiative, pris la décision de mettre l'affaire de « La maîtresse du président de la République ! » entre les mains de la justice. Pour preuve, l'article d'Info-Matin a été publié le 1er juin. Il a fallu attendre deux semaines, deux longues semaines pour trouver un procureur et le convaincre de prendre en charge une affaire qui le dépasserait totalement par la suite.
Affaire d'Etat
Le 14 juin donc, le procureur Théra cueillait le journaliste SOD comme un malfrat, et 8 jours après quatre autres journalistes, directeurs de publication, en dépit de la loi sur la presse qui, pour le motif préalablement invoqué, « offense au chef de l'Etat » indique obligatoirement une plainte écrite de la victime. Lors de leur procès, les journalistes ont été jugés comme des « délinquants primaires » à qui il était reproché d'avoir troublé l'ordre public en offensant le chef de l'Etat.
Seigneur ! Pardonne au procureur Théra parce qu'il ne sait pas. Il ne sait pas qu'il a été manipulé ; qu'à travers, sa personne, la justice a été instrumentalisée. Pauvre justice malienne dont la ministre en charge, Me Fanta Sylla déclarait que la demande de libération à elle transmise à l'issue de la marche des journalistes « aura une suite favorable » .
Contraint par ses partenaires étrangers de mettre un terme aux écrits d'une presse nationale sur un sujet de société qui doit interpeller normalement toute bonne conscience, ATT a fait du sujet de « La maîtresse du président de la République ! » une affaire d'Etat qui alimente les rumeurs de Bamako.
Curieusement l'affaire rappelle les tourments du couple Sarkozy, l'été dernier. L'ancien ministre de l'Intérieur qui devait être élu plus tard président de la République française, aurait demandé des sanctions contre les responsables des médias incriminés. L'histoire n'est pas allée au-delà des salles de rédaction.
ATT pouvait bien s'en inspirer plutôt que créer une affaire d'Etat. Quel gâchis !
Oussouf Diagola
(Paris)
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