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2007

Mois de juillet

Les Echos du 02 juillet 2007

Il faut le dire

Le masque qui tombe

En emprisonnant, puis en condamnant des journalistes qui n'ont fait que leur travail, le chef de l'Etat et la justice à son service jettent par terre tout ce qui a été acquis comme libertés démocratiques au Mali.

L'éléphant serait-il devenu un tout petit lièvre ? Premier de la classe il y a peu, le Mali, il faut le dire, se retrouve être le « symbolisé », c'est-à-dire le porteur du pendentif à l'effigie âne que le dernier de la classe porte au cou jusqu'à ce qu'un autre bourricot se fasse piéger. Hélas !

Car, il va falloir attendre des lustres pour voir un autre faire pire. Car, jamais en Afrique, un régime n'avait réussi la « prouesse » de mettre en prison, d'un seul coup et sans raison, cinq journalistes.

Voilà pourquoi il ne passe pas de jour sans que la presse internationale n'évoque l'affaire ; que des confrères d'autres pays, expriment leur sympathie. Le Capitole n'est pas loin de la roche Tarpéienne. Hatè ! A présent, le Mali réel est désobligé pour une histoire de « maîtresse » totalement fictive.

Et il en restera toujours ainsi tant que des concitoyens, sachant qu'ils ne méritent pas les places qu'ils occupent mais qu'ils comptent garder envers et contre tous, s'autoriseront à faire plaisir au boss de plus en plus sensible à la louange démagogique.

Pour eux, l'essentiel n'est ni dans le respect de la loi ni dans le discernement, il est de faire plaisir au grand patron. Pour eux, l'image du Mali à l'extérieur n'est que crottin de cheval à côté de celle du prince, qui vaut tous les sacrifices. Pour eux, la démocratie, en définitive, n'est que leurre.

Mais cette fois-ci, ils ont raté leur « coup ». Car la presse sortira vainqueur de l'épreuve qui ne fait que commencer. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin si les voies de recours existent pour casser le verdict inique du Tribunal de la Commune III ?

Pourquoi s'arrêter quand le CPJ New York demande la reprise du procès ? Pourquoi s'arrêter étant donné qu'il existe une Cour internationale des droits de l'Homme ? Or pour que la presse gagne à tous les coups, il faut qu'il y ait un vaincu : c'est celui qui a enfin jeté le masque.

A. M. T.

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« LA MAITRESSE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ! »

Pourquoi on a arrêté, jugé et condamné les journalistes

« L'affaire aurait suscité une certaine émotion au "palais", […] les bailleurs de fonds occidentaux ont fait connaître leur vif agacement ». L'affirmation est faite dans les colonnes du quotidien Le Monde dans sa parution du 28 juin sous la plume du journaliste Philippe Bernard.

C'est à se demander donc qui gouverne le Mali. « Les bailleurs de fonds occidentaux » ou ATT pour qui les Maliennes et les Maliens ont très majoritairement voté ? On peut comprendre dès lors que l'homme de Koulouba a dû être très embêté devant « le vif agacement » des « bailleurs de fonds occidentaux » . D'ailleurs, qui sont-ils ces « bailleurs de fonds occidentaux »  ? L'auteur de l'article, Philippe Bernard, que nous avons joint au téléphone refuse, bien entendu, de nous en dire le moindre mot.

Seraient-ils, les Français, les Européens, les Américains ? « Je ne suis pas une source d'information » , répond M. Bernard qui semblait lui-même quelque peu agacé devant notre insistance à chercher à comprendre qui sont ces « bailleurs de fonds occidentaux » qui auraient dit au « soldat de la démocratie » d'agir.

Dans un article précédent, nous doutions que l'affaire soit déclenchée sur initiative personnelle d'ATT à qui nous reprochions ne pas levé, malgré tout, le petit doigt pour mettre fin à la folie judiciaire. Nous ne nous trompions pas. Mais nous avions accusé à tort le juge Théra d'avoir manifesté un peu trop de zèle.

Ce qui est sûr, c'est que ni le procureur Sombé Théra, ni le président de la République Amadou Toumani Touré, n'aurait, à leur seule initiative, pris la décision de mettre l'affaire de « La maîtresse du président de la République ! » entre les mains de la justice. Pour preuve, l'article d'Info-Matin a été publié le 1er juin. Il a fallu attendre deux semaines, deux longues semaines pour trouver un procureur et le convaincre de prendre en charge une affaire qui le dépasserait totalement par la suite.

Affaire d'Etat

Le 14 juin donc, le procureur Théra cueillait le journaliste SOD comme un malfrat, et 8 jours après quatre autres journalistes, directeurs de publication, en dépit de la loi sur la presse qui, pour le motif préalablement invoqué, « offense au chef de l'Etat » indique obligatoirement une plainte écrite de la victime. Lors de leur procès, les journalistes ont été jugés comme des « délinquants primaires » à qui il était reproché d'avoir troublé l'ordre public en offensant le chef de l'Etat.

Seigneur ! Pardonne au procureur Théra parce qu'il ne sait pas. Il ne sait pas qu'il a été manipulé ; qu'à travers, sa personne, la justice a été instrumentalisée. Pauvre justice malienne dont la ministre en charge, Me Fanta Sylla déclarait que la demande de libération à elle transmise à l'issue de la marche des journalistes  « aura une suite favorable » .

Contraint par ses partenaires étrangers de mettre un terme aux écrits d'une presse nationale sur un sujet de société qui doit interpeller normalement toute bonne conscience, ATT a fait du sujet de « La maîtresse du président de la République ! » une affaire d'Etat qui alimente les rumeurs de Bamako.

Curieusement l'affaire rappelle les tourments du couple Sarkozy, l'été dernier. L'ancien ministre de l'Intérieur qui devait être élu plus tard président de la République française, aurait demandé des sanctions contre les responsables des médias incriminés. L'histoire n'est pas allée au-delà des salles de rédaction.

ATT pouvait bien s'en inspirer plutôt que créer une affaire d'Etat. Quel gâchis !

Oussouf Diagola

(Paris)

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LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU MALI

ATT, sabali !

Monsieur le président de la République,

Je sais que vous êtes un diplômé de l'Emia et que dans cette école, la littérature n'est peut-être pas le sujet de prédilection. Je n'ai pris connaissance, nulle part dans vos différents récits de vie, un penchant particulier pour les belles lettres. Mais, puisque vous avez décidé de mettre au pas, expression favorite de votre univers galonné, la presse indocile, je me dois de densifier cette lettre en vous parlant de littérature.

J'ose croire qu'au détour d'une conversation ou en suivant la télévision, vous avez entendu parler d'Alexandre Soljenitsyne. Il est l'auteur d'une des œuvres les plus remarquables de la littérature du 20e siècle : L'Archipel du goulag. Avant de vous entretenir de la portée prophétique de cette œuvre pondue dans la souffrance et la douleur, je vais vous faire une biographie succincte de celui qui, en recevant le prix Nobel de littérature en 1970, annonçait, de manière prémonitoire, qu'aucun régime au monde ne peut bâillonner la liberté de son peuple et espérer gagner la bataille.

Alexandre Soljenitsyne n'avait que 21 ans quand il est enrôlé dans l'armée soviétique alors qu'élève, il s'était révélé particulièrement doué tant en lettres qu'en sciences. Vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, alors qu'il étrennait ses galons de capitaine (juste un petit capitaine après avoir passé cinq ans d'affilée dans les tranchées alors que des officiers pantouflards devenaient colonels), il est embastillé pour avoir, dans une correspondance à un proche, douté des qualités militaires de Staline.

Vous savez, Monsieur le président, Joseph Staline était un dictateur sanguinaire, hypocrite et sournois qui se prenait pour le plus grand stratège militaire de l'Histoire. C'est à la suite de cette banale affaire de lettre que Soljenitsyne est condamné à 8 années de déportation dans un goulag. Le goulag était à l'URSS ce que Kidal était au Mali. Son œuvre, l'Archipel du goulag, publiée en 1973, conçue et créée dans cet univers, fera de lui un intellectuel mondial et aidera les peuples de l'Union soviétique à se libérer de la dictature, de la tyrannie.

Monsieur le président de la République, si je vous parle d'Alexandre Soljenitsyne, ce n'est pas pour m'étendre sur la qualité de son écriture. C'est, au contraire, pour vous inciter à lire et à comprendre l'essence de son message, la trame de cette œuvre se trouve dans une conviction absolue : aucun pouvoir au monde ne sera jamais assez puissant pour étouffer la liberté de son peuple. Et le fondement de cette axiologie est la liberté d'opinion que la presse malienne vivifie de jour en jour.

Comprenez-moi donc très bien : votre guerre ouverte est perdue d'avance. Vous ne sortirez jamais victorieux de cet affrontement parce que jamais, mais alors tenez le pour acquis, jamais les Maliennes et les Maliens, ne renonceront sous la terreur ou la menace, à cette liberté qui est atavique à la nature humaine. La presse, en démocratie, n'est pas ce que la prière surérogatoire est à la religion musulmane. Il n'y a pas de démocratie sans presse libre.

Monsieur le président de la République, il y a encore, au Mali et dans le monde, des personnes pour lesquelles vous êtes le héros du 26 mars 1991 ; celui qui est entré dans l'Histoire du Mali et de l'Afrique par la grande porte en portant l'estocade finale à une tyrannie absconse qui conduisait la patrie vers le naufrage. Wole Soyinka, fin d'esprit et d'analyse pertinente, disait, en substance, parlant de Yakubu Gowon, qu'il est à la portée de tous les êtres de devenir un jour des héros, mais peu de héros meurent avec ce titre. Or, il se trouve par hasard, que Soljenitsyne et Soyinka sont tous les deux prix Nobel de littérature. Vous ne pouvez donc les considérer comme des nains de la pensée moderne.

Monsieur le président, le procureur Sombé Théra de la Commune III, vos conseillers, laudateurs et « amis » intéressés vous rebattent peut-être les oreilles et vous poussent à la faute en magnifiant votre feuille de route, en minimisant la colère du peuple, en vous assurant de la loyauté de la majorité et en présentant les journalistes comme des ennemis à faire taire. Vous avez le choix de les écouter et de sombrer seul ou de les remettre à leur peuple en défendant la démocratie et la liberté. Car, ne vous y trompez pas : le jour où, par les excès et les aberrations, le héros deviendra paria, vous serez seul à méditer les leçons de cette chute. Les laudateurs seront déjà en train de chanter les louanges de votre successeur. Et, le lendemain matin, le soleil se lèvera encore à l'Est, la roue de l'histoire continuera à tourner.

Monsieur le président de la République, je vous rappelle deux grandes maximes bamanan : « Dan tè sabali la » et « Sabali de bè kouroun se dangan la ». Traduction approximative : « Il n'y a pas de limite à la sagesse » et « C'est la sagesse qui permet à la pirogue d'arriver au quai ». Je vous rappelle cela parce que, dans la conception même du pouvoir, il ne faut jamais oublier ce que disait le monument de la pensée chinoise de l'Antiquité Lao-Tseu : « La force du pouvoir réside dans le respect que lui voue la population sinon, la force brutale qui terrorise ne fait peur qu'un moment. Tôt ou tard, il sera vaincu. L'avantage de la force, c'est de la montrer et de ne prier de ne jamais avoir à l'utiliser » .

ATT, il est aujourd'hui urgent de regarder votre pouvoir en face, de faire une introspection et de comprendre la crainte des démocrates. Il y a de sérieux indices qui laissent présager une dérive autoritaire sur les rives du Djoliba. Les signes avant-coureurs de cette déviation se trouvent dans les arrestations brutales, arbitraires et illégales des journalistes et du Pr. Bassirou Minta, accusés de délit d'opinion, et dans la parodie de procès, du hideux huis clos qui ont abouti à leur condamnation injuste qui n'est rien d'autre qu'un déni de justice.

Je ne voudrais pas épiloguer sur la prétendue indépendance de la justice, du sacro-saint principe de séparation des pouvoirs qui n'est que poudre de perlimpinpin pour grands naïfs. La justice malienne est indépendante de tout sauf du pouvoir politique et le parquet n'est qu'une caisse de résonance de la chancellerie. Le procureur Sombé Théra n'aurait jamais eu l'outrecuidance de cadenasser des journalistes et des patrons de presse sans l'imprimatur de ses chefs hiérarchiques et de Koulouba.

Votre allergie à la pensée critique est une menace sur le Mali. Votre propension à écouter et crédibiliser les ennemis de la démocratie malienne est un danger. Non, Monsieur le président, vos critiques ne dépendent pas de vous pour vivre, se loger et s'habiller. Ils ne sont ni « jaloux » ni « aigris » car le Mali est un bien commun, c'est une vérité irréfragable.

ATT, il y a probablement des gens qui vous « félicitent » d'avoir corrigé les impudents qui refusent de chanter vos louanges et ont fait le choix libre de supporter d'autres causes. Vous avez votre presse qui vous obéit au doigt et à l'œil. Est-elle d'une qualité qui ne répond pas à vos attentes ? Pensez-vous que cette presse présidentielle manque encore de zèle malgré le renfort de l'ORTM et de L'Essor ? Pourquoi en voulez-vous aux quatre ou cinq journaux privés qui ont décidé d'enfourcher d'autres causes ? Ne serez-vous heureux que le jour où le Mali entier se mettra à chanter votre gloire ? Malheureusement, il faut comprendre que cela n'arrivera jamais.

Pour terminer, je vais juste vous rappeler une citation d'Alexandre Soljenitsyne : « Nulle part, aucun régime n'a jamais aimé ses grands écrivains, seulement les petits » . C'est pour conclure qu'aucun régime n'a jamais aimé ses critiques, seulement, c'est la règle de la démocratie. Il est triste que vous entriez dans l'Histoire du Mali comme le premier président de la République sous lequel des journalistes qui n'ont fait que leur travail ont été arrêtés, jugés en catimini et condamnés.

Je vous prie de considérer cette lettre comme un rappel et de revenir à des meilleurs sentiments et surtout de cultiver en vous, le militaire, le sens de la démocratie, de pensée critique et libre et surtout d'avoir la patience d'un Alpha Oumar Konaré, mille fois insulté, haï, vilipendé sans jamais embastiller des journalistes ayant compris qu'il est en train de bâtir une autre nation.

Ousmane Sow,

(journaliste, Montréal)

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SOMMET DE L'UA A ACCRA

Des journalistes rencontrent des chefs d'Etat

Les représentants des organisations panafricaines de journalistes ont rencontr é le 1er juillet des chefs d'Etat africains. Ce face-à- face souhait é par les journalistes à l'occasion du Sommet de l'UA a été l'occasion d'un dialogue franc et direct.

En Afrique, il y a des « pays prisons » pour journalistes. Dans d'autres, les cas d'atteinte à la liberté de la presse se multiplient. De janvier à maintenant, près de 234 journalistes ont été en prison ou violentés dans l'exercice de leur métier. C'est Pius Njawe, journaliste camerounais qui, en 27 ans de fonction, a été arrêté 120 fois qui a fait ce décompte peu reluisant.

Des pays comme l'Erythrée, l'Ethiopie, la Gambie se sont rendus célèbres dans la répression des journalistes. Assassinats, tortures, exil… sont le lot quotidien des hommes de média. Au Mali, la presse vient de connaître son premier soufflet. Le pouvoir a emprisonné 5 journalistes dans l'exercice normal de leur fonction en violant systématiquement les textes qui protègent les journalistes.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) entend faire un plaidoyer auprès des chefs d'Etat pour plus de liberté d'expression en Afrique.

Les journalistes africains ne sont pas libres et sont inquiétés dans leur travail d'information des populations. Les dangers permanents s'ils ne viennent pas des gouvernants sont commis par des groupes rebelles et autres milieux mafieux.

Des exemples sont cités à foison. En Ethiopie 13 journalistes sont en prison en Erythrée, ils sont 15. Un journaliste gambien, arrêté en juillet 2006, est sans nouvelles. Le Zimbabwe, la RDC, le Swaziland, la Somalie et récemment le Mali sont autant de pays où la liberté d'expression est bafouée.

Un groupe de 7 chefs d'Etat ont été conviés au panel de la vérité. Il s'agit des présidents de l'Algérie, du Ghana, de la RDC, du Liberia, du Nigeria, du Sénégal, de l'Afrique du Sud et de la Tanzanie.

Le président de la FIJ pour la région Afrique, Gabriel A. Baglo, entouré de ses confrères, notamment du Mali et au nom de toutes les organisations affiliées, a asséné la vérité des journalistes africains. Le message se résume en 4 points : libération immédiate des journalistes et des professionnels des médias emprisonnés en Afrique, fin de l'impunité quand ceux-ci sont brutalisés et assassinés dans l'exercice de leur métier, réouverture des journaux et des médias interdits par les gouvernements, prise de mesures pour le retour des journalistes exilés.

M. Baglo n'a pas oublié que des réformes ont été faites dans certains pays en vue du respect de la liberté de la presse mais beaucoup, notera-t-il, reste à faire sur le continent d'où cette sentence à l'adresse des chefs d'Etat et de la Commission de l'Union africaine : « La liberté de presse accompagne la démocratie et le développement. C'est avec une presse libre que va se construire l'Union africaine » .

Amadou Sidibé

(envoyé spécial à Accra)

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JOURNALISTES MALIENS CONDAMNES

Mme Bush, fâchée, écourte son séjour

Laura Bush, l'épouse de Georges Bush, le président américain est arrivée dans notre pays le vendredi 30 juin 2007. Sa visite était prévue pour durer 48 h, mais elle n'a pas dépassé 5h. Elle est rentrée dans son pays pour manifester son mécontentement contre l'arrestation arbitraire de journalistes.

L'arrestation arbitraire d'un journaliste, d'un enseignant et de quatre directeurs de publication dans l'affaire : « La maîtresse du président de la République ! » continue de faire des vagues outre-Atlantique. Le cri de cœur de la presse occidentale et des associations internationales de presse qui ont fermement condamné la dérive commence à être entendu en haut lieu. L'image de notre pays, jusque-là bien coté auprès des décideurs américains, est sérieusement écornée.

Dans le cadre d'une tournée sous-régionale, qui l'a conduite au Sénégal et en Gambie, Laura Bush est arrivée à Bamako le vendredi 30 juin 2007. L'épouse du président de la première puissance économique du monde était officiellement venue dans notre pays pour visiter les projets de développement financés par les USA. Elle devait normalement passer 48 h sur notre sol comme elle l'a fait tout au long de son périple dans les autres pays.

Mme Bush n'a visité qu'un seul projet financé dans le cadre du Millenium Challenge appartenant à des femmes opératrices économiques exerçant dans l'exportation de fruits. Elle n'a passé qu'environ 5 h à Bamako et est presque retournée sur la pointe des pieds sans tambour ni trompette et sans officiel à l'aéroport.

L'hôte du Mali est arrivée dans l'ambiance de la condamnation d'un journaliste et de quatre directeurs de publication après un procès pour « offense au chef de l'Etat » . Cette affaire l'aurait touchée et serait la raison de son départ précipité.

De source bien informée, l'affaire a fait grand bruit aux USA. L'ambassadeur du Mali auprès du gouvernement américain a même été interpellé sur la question par le Sénat. Il est fort à craindre que le Mali perde tout crédit aux USA avec comme conséquence, l'arrêt du financement du Millenium Challenge, qui n'est pas de l'argent frais donné mais débloqué selon les circonstances.

Le Comité de protection des journalistes (CPJ), l'une des plus grandes organisations de défense des droits des journalistes dans le monde, a été le premier à décrier le procès intenté à nos confrères et la condamnation qui s'en est suivie. Il avait même demandé de reprendre la procédure. Le CPJ, de source sûre, ne veut pas se limiter là. Il veut faire du lobbying pour retirer la confiance du gouvernement du pays de l'Oncle Sam à nos autorités pour le financement du Millenium Challenge Account, qui n'est autre que la prime à la bonne gestion et à la bonne gouvernance.

Abdrahamane Dicko

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PRES DE 103 MILLIARDS DE F CFA DE PERTE

La partie visible d'un vampirisme anti-peuple

Le Vérificateur général a rendu public son rapport annuel au titre de l'année 2006. Le rapport a décelé un manque à gagner de près 103 milliards de F CFA pour le Trésor public, soit l'équivalent de 69 % de la masse salariale annuelle. Une situation due essentiellement à la fraude et à la mauvaise gestion.

Le rapport 2006 du Vérificateur général, le 2e du genre depuis qu'il est installé, a été porté à la connaissance de la presse vendredi dernier au cours d'un point de presse. Le manque à gagner constaté par ses missions de contrôle sur la période 2002-2006 s'élève à 102 631 496 281 F CFA, soit un peu moins de 103 milliards de nos francs. Cette perte représente 69 % de la masse salariale annuelle de la fonction publique ou même deux fois le budget prévu annuellement pour équiper l'administration malienne.

Cette perte sèche pour l'économie nationale est révélée par 27 missions de contrôle portant sur les services de l'assiette comme les impôts et la douane, les ministères de la Santé et de l'Education à travers le Prodess et le Pise, et leurs Daf, ainsi que les ministères des Mines, de l'Energie et de l'Eau ; de la Culture. Le secteur agricole, à travers l'Office du Niger, est également épinglé.

Les droits de douane irrégulièrement apurés, constituent près de 70 % de ce manque à gagner qui se chiffre à près de 38 milliards de nos francs de taxes et impôts non recouvrés par la direction générale des impôts sur des opérateurs économiques. L'importation frauduleuse des hydrocarbures a occasionné 15 milliards de F d'argent volatisé. Des chèques impayés relatifs aux règlements des droits et taxes des produits pétroliers ont créé un trou de 18 milliards. Mais, le Végal a noté que sur ce montant, 16 milliards ont été à ce jour régularisés.

Santé, Mines, Education : 7 milliards de pertes

Du fait des détournements et de la mauvaise gestion, 7 milliards de F CFA de pertes sont reprochés à l'Office du Niger. Les trois ministères (Santé, Education et Mines) font une perte cumulée de plus 7 milliards. La Santé, où le Programme décennal de la santé (Prodess) a fait l'objet de vérification, l'argent dépensé pour les cérémonies de réception et les missions est estimé à 3 milliards, les entretiens de véhicules font près d'un milliard. Toutes ces dépenses sont six fois plus élevées que celles consacrées à la santé à proprement parler.

L'Education est prise dans la nasse des vérificateurs pour des livraisons fictives de manuels scolaires se chiffrant à 3 milliards de F CFA. La Daf du ministère des Mines, de l'Energie et de l'Eau s'est illustrée dans l'achat pour la seule journée du 31 décembre 2005 de thé, sucre d'une valeur de 11 millions de F CFA. La Daf du ministère de la Culture a été épinglée pour le manque à gagner constaté dans l'exécution budgétaire sur la période 2005 de 13,3 millions de F.

Les irrégularités constatées dans les différentes Daf découlent, selon le rapport, du fait du fractionnement des marchés, les dépenses douteuses et la violation des règles de passation de marché et de détournement.

Le Végal, Sidy Sosso Diarra, a expliqué que la publication du présent rapport a pris deux semaines de retard par rapport à 2005 pour la simple raison que le volume du travail était plus énorme cette année. Selon lui, il a eu 26 structures contrôlées contre 10 en 2005. Il a jugé long le temps consacré à la procédure contradictoire.

Le 3e rapport portant sur 2006 est déjà en chantier. Aux dires du Végal, une cinquantaine de missions sont prévues avec des thèmes identifiés. Le travail est en cours. Une dizaine de missions a commencé et 3 ou 4 rapports sont déjà ficelés.

Le rapport 2006 est sur le site web depuis le vendredi 30 juin 2007 à l'adresse du bureau du Vérificateur général : www. bvg-mali.org

Abdrahamane Dicko

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POUR DETOURNEMENT DE FONDS

Un agent de Transrail condamné

Accusé de détournement de plus de 70 millions de F CFA au préjudice de Transrail, Mahamane M. Maïga gardera encore prison en sus du paiement à la société du montant détourné. Ainsi en a décidé la Cour d'assises de Bamako en son audience de vendredi dernier.

Après deux renvois devant une session d'assises, c'est finalement vendredi dernier que l'affaire opposant Transrail à Mahamane M. Maïga pour détournement de fonds au détriment de la dite société a été vidée. De quoi s'agit-il ?

Courant 2004, à la suite d'une inspection au niveau des gares de la société Transrail à Oualia et à Kayes, les contrôleurs ont relevé des détournements portant sur les sommes de 3 269 515 F CFA pour Oualia et de 70 834 140 F CFA à Kayes. Les responsables de ces malversations étaient les chefs de gare Moussa Oulé Sissoko et Mahamane Mama Maïga qui, depuis un certain temps avaient cessé de faire les versements à qui de droit des sommes qu'ils percevaient au nom et pour le compte de leur employeur : Transrail-SA, une société dans laquelle l'Etat malien est actionnaire.

L'inculpé Moussa Oulé Sissoko n'a pas comparu le 29 juin dernier pour la simple raison qu'il fait l'objet d'une ordonnance de renvoi en police correctionnelle du juge d'instruction. Sur les 5 témoins cités par le ministère public seuls 2 ont répondu à l'appel. Il s'agit de Karim Diawara et d'un certain Sinayogo. « Je suis un agent de Transrail-SA depuis octobre 2003. Je ne reconnais pas le montant indiqué dans l'arrêt de renvoi » , a soutenu à la barre pendant plus de 10 heures Mahamane M. Maïga.

A l'entendre, il n'y a rien d'anormal dans sa comptabilité. Mais comment alors s'est-il retrouvé devant la Cour ? « C'est par abus que je me suis retrouvé devant vous ce matin. Puisqu'il fallait qu'une tête tombe vaille que vaille c'est ainsi que je me suis retrouvé dans cette mauvaise posture » , a-t-il insisté. Suffisamment cuisiné par la Cour, il a reconnu 16 millions de trou sur lesquels, il déclare avoir payé 10 millions de F CFA.

Dès lors les avocats de la partie civile constitués de Mes Mohamed Diop et de Balla Sèye ont affirmé que l'infraction d'atteinte aux biens publics est belle et bien constituée. Quant au témoin Karim Diawara, il a soutenu qu'il n'a jamais été au courant d'un quelconque déficit au niveau de Mahamane et qu'il a régulièrement procédé au versement. Ce que conteste M. Sinayogo. Aux dires de ce dernier, entre avril et octobre 2004, Mahamane a cessé tout versement.

« En l'absence des documents comptables, des inspecteurs… je suis peiné dans cette affaire. Faudra-t-il croire aux rapports d'expertise qu'on vous a présenté ? » s'est interrogé Me Boubacar Soumaré, l'un des avocats de la défense. Il a ajouté qu'en la matière, la production des pièces comptables allait être édifiante.

« Jamais dans ma courte carrière, je n'ai vu un dossier mal ficelé, mal instruit. Un dossier dans lequel tout est mis en œuvre afin que la vérité n'éclate pas. Dans ce dossier, il y a eu à boire et à manger. Mon client a eu à faire les frais aujourd'hui » , a défendu Me Boubèye Maïga.

Après une longue et éprouvante journée, la Cour présidée par N'pèrè Diarra a reconnu Mahamane M. Maiga coupable d'atteinte aux biens publics. Il a été condamné à 3 ans d'emprisonnement qui s'expire le 12 janvier 2008 pour avoir passé plus de 2 ans à la MCA et 20 000 F CFA d'amende. En outre, il a été condamné au paiement de 70 834 140 F CFA à la société Transrail et 1 million de F CFA au titre de dommages et intérêts contre 30 millions proposés par la partie civile.

Mohamed Daou

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