La prestation de serment est un passage obligé avant l'entrée en fonction des gouverneurs de région. Or, ce n'est que le jeudi 25 janvier 2007 que le chef de l'exécutif régional de Bamako, nommé en février 2006, s'est acquitté de cette obligation légale. Autrement dit, pendant près d'un an, le gouverneur a quasiment travaillé dans l'illégalité, ignorant d'un pied hautain les dispositions du décret n°96-119 P-RM du 11 avril 1996.
Est-ce à dire que les décisions prises entre février 2006 et le 25 janvier 2007 par le patron de la capitale sont nulles et de nul effet ? Ou est-ce à dire que la prestation de serment peut intervenir à tout moment de la mission pourvu qu'elle précède la passation de service ? On est peut-être en plein dans l'amateurisme, si ce n'est simplement le mépris des lois de la République. Mais entre parenthèses combien de Maliens se souviennent encore que les biens du président et des ministres doivent faire l'objet d'une révision annuelle ? Vous avez dit saine émulation ?
« Je jure de remplir mes fonctions avec dévouement et probité et de me comporter en tout lieu et en toute circonstance en digne représentant de l'Etat respectueux de la Constitution… ». Fort bien ! Mais M. le gouverneur n'avez-vous pas l'impression d'avoir déjà tordu le cou à une loi en mettant entre parenthèses, pendant 11 mois, le décret qui vous oblige à jurer devant un tribunal avant votre entrée en fonction ?
Si cela est avéré et ça l'est en réalité, et bien par ce comportement, vous risquez peut-être de ne pas atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés (restauration de l'autorité de l'Etat, lutte contre l'incivisme, gestion saine du foncier…) si tant est que, selon les Bambara, les pintades suivent leurs devanciers. Il serait en tout cas malvenu de la part d'une autorité qui s'est déjà soustraite à ses obligations d'imposer les leurs à ses concitoyens.
Vous jurez d'être un digne et loyal représentant de l'Etat en toute circonstance et en tout lieu. Tant mieux ! Mais, entre nous, est-ce que ce serait vraiment le cas aux élections générales étant donné que… hum ?
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GREVE DES ENSEIGNANTS DU SUPERIEUR
Mala roule Pinochet dans la farine
Convaincu de la mauvaise foi du ministre de l'Education nationale à trouver une solution pérenne aux revendications du Syndicat national de l'enseignement supérieur (Snesup), le Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga, qui était manifestement floué, s'est résolument impliqué dans la recherche d'une solution honorable. « Le boulanger » de Robert Guéï (paix à son âme) n'est pas seulement qu'à Abidjan.
Les professeurs du Synesup ont depuis le 22 janvier 2007 un nouvel interlocuteur chargé de satisfaire leurs revendications. Il s'agit du Premier ministre qui, après s'être informé sur les points soulevés, a décidé de s'impliquer pour leur trouver une solution, le ministre de l'Education n'ayant pu éviter la grève illimitée, déclenchée il y a deux mois.
Le 22 et le 23 janvier derniers, le chef du gouvernement a reçu le Snesup à la demande de ce dernier. Les rencontres ont été l'occasion, pour les deux parties, de passer en revue les différents points de revendication du Syndicat et de faire des propositions. Au cours de la rencontre du 22 janvier, le PM a effectivement compris que Mala avait fait preuve de mauvaise volonté dans la recherche d'une solution. Dans le document que le Premier ministre avait en main, les arrêtés et décrets réclamés par le Syndicat étaient tous signés par le premier responsable de l'Education. Ces signatures, selon les syndicalistes, concernaient aussi des nominations antérieures qui ne devraient pas figurer dans l'ordre du jour.
Sans contester les points énumérés par le PM, les syndicalistes se sont contentés d'expliquer à leur interlocuteur les points de doléances. Selon Dr. Mallé, il figurait dans le document un seul point, qui a été l'objet de signature ; à savoir l'arrêté portant transposition des professeurs. Les autres points, à ses dires, n'ont jamais figuré dans le document envoyé au département de l'Education. « Les arrêtés et décrets signés contenus dans le document qu'avait le PM avaient trait aux nominations antérieures dont le ministère a changé la date » , a déploré Dr. Mallé.
Colère « primatoriale »
C'est après avoir eu vent des vraies revendications du Syndicat, qu'Ousmane Issoufi Maïga, très remonté contre Mala, s'est engagé à trouver une issue à la grève. Il n'a pas tardé à poser des actes sur quelques points de revendications, en annonçant la mise en place d'une commission technique interministérielle qui devra faire une proposition sur le taux et les modalités d'application de l'indemnité de logement. Cette proposition a été acceptée par les grévistes.
La commission interministérielle, pour la première fois, a siégé le jeudi 25 janvier dernier. Elle a mis en place une commission technique constituée de financiers de six ministères.
S'agissant de l'annulation des résultats à la FSJP, le Premier ministre a instruit au ministre de l'Education nationale de prendre les mesures en vue de l'élection des doyens à la Faculté des sciences économiques et à la Faculté des sciences juridiques et politiques. Le Snesup, a dit Dr. Mallé, après avoir consulté sa base, juge que les résultats sont encore insuffisants pour lever le mot d'ordre de grève. « Nous allons poursuivre la lutte, même s'il est vrai que le PM a insufflé un nouveau dynamisme quant au règlement de la grève » .
Toutefois, le Snesup est prêt à renoncer et à accepter la proposition du PM sur l'élection de deux doyens à la FSJP mais à la seule condition « que tous les engagements du 18 juillet 2006 soient honorés et l'indemnité de logement obtenue » .
Amadou Sidibé
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ENTRE SONINKES ET DIAWAMBES
Une guerre ethnique couve à Diallan
Pour une histoire de terre, les communautés soninké et diawambé de Diallan, cercle de Bafoulabé, se regardent aujourd'hui en chiens de faïence. Plus grave : elles menacent, chacune de son côté, de faire parler la poudre pour se faire justice. Les autorités sont interpellées face à ce qu'on peut qualifier de feu sous la cendre.
Entre les Soninkés et les Diawambés de la Commune rurale de Diallan, cercle de Bafoulabé, c'est « je t'aime, moi non plus » . Les premiers viennent d'adresser une pétition au président de la République avec ampliation au Premier ministre, au président de l'Assemblée nationale, aux ministres de la Justice, de l'Administration territoriale et de la Sécurité pour les mettre en garde contre « une guerre civile » entre Soninkés et Diawambés de Diallan. Les seconds qui se disent « déçus » par la justice entendent désormais passer par tous les moyens pour se faire entendre.
Les faits. Les Soninkés offrent l'hospitalité en 1973 à Amadou Daou en lui donnant une terre à 2 km de Diallan. Vingt-sept ans durant, M. Daou exploite ce hameau nommé Faroto où il a planté des arbres fruitiers. Mais, quelle ne fut sa surprise de voir la population de Diallan se soulever contre lui en 1998, l'obligeant à vider les lieux.
Face aux menaces qui devenaient de plus en plus sérieuses, M. Daou saisit le ministre de la Justice d'alors, Me Amidou Diabaté. Ce dernier dépêche le procureur général de Kita Souleymane Coulibaly pour une médiation. C'était le 27 février 1998.
Selon les explications du fils d'Amadou Daou, au moment où le procureur, le juge de Mahina, le greffier et le commandant de Brigade de la gendarmerie échangeaient avec les notabilités de Diallan pour trouver un terrain d'entente, une soixantaine de personnes sont allées mettre le feu au domicile du vieux Daou, âgé de 90 ans à l'époque. Tous ses biens sont partis en fumée.
Prévenir
Vingt-six personnes ont été arrêtées et l'affaire portée devant les tribunaux et l'audience publique du 19 décembre 2003 de Kayes condamne les principaux coupables, soit 13 personnes, au paiement de la somme de 50 millions de F CFA à titre de dommages et intérêts à la victime. A l'échéance, elles ne s'étaient toujours pas exécutées.
Le procureur a alors ordonné la saisie de bœufs de Diallan, soit au total 124 têtes pour les vendre. Ces animaux séjourneront 6 mois à Mahina sans être vendus car le juge de Bafoulabé aurait levé la saisie au motif que le greffier avait commis des erreurs de frappe et de signature. Les bœufs sont remis, conformément à la loi, à leurs propriétaires. L'huissier de M. Daou porte alors une autre saisie contradictoire.
Mais quand les gendarmes se sont rendus à Diallan pour saisir les animaux, ils ont fait face à une opposition musclée des villageois armés de gourdins, de machettes et autres. L'affaire est restée ainsi pendant 3 ans et ceux qui avaient été arrêtés ont été mis en liberté provisoire sans l'avis de la partie. Pendant ce temps, les Diawambés découvrent que les Soninkés avaient adressé une pétition au président de la République pour le mettre en garde contre de possibles affrontements si leurs animaux étaient touchés.
Toutes choses que les Soninkés qualifient de provocation. « Vous brûlez nos maisons, nos biens. Vous refusez de nous dédommager, vous exploitez nos vergers malgré la mise en défens du président du tribunal de Bafoulabé. Et comme si cela ne suffisait pas, vous adressez une lettre aux autorités pour vous plaindre. Peut-on violer la loi et brandir la menace de guerre civile ? C'est de la provocation » , lance Moussa Daou, un des fils du Vieux. Selon lui, « nous sommes toujours restés derrière la loi. Trop c'est trop. Si les autorités ne font rien pour nous mettre dans nos droits, elles seront responsables de tout ce qui adviendra » , prévient-il.
Cette affaire, qui met en cause plusieurs acteurs de la justice (avocats, huissiers, gendarmes) qui auraient pris des pots-de-vin, interpelle nos autorités. Elles devront vite agir afin d'éviter comme le souligne la pétition, « le pire, voire une guerre civile entre Soninkés et Diawambés » de Diallan.
Sidiki Y. Dembélé
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SIT IN A L'AMBASSADE DE GUINEE
Les Guinéens du Mali fâchés contre Conté
Après le massacre de certains de leurs concitoyens par les forces de l'ordre, la communauté guinéenne résident au Mali a organisé vendredi un sit-in devant leur ambassade pour exprimer leur indignation contre le régime du général Lansana Conté et leur solidarité aux familles éplorées.
Ils étaient au nombre d'une centaine à prendre part à un sit-in vendredi dernier devant l'ambassade à Bamako dans le quartier de Magnambougou. La manifestation qui s'est tenue au moment où la Guinée traversait l'une des crises les plus dramatiques de son histoire a été saluée à sa juste valeur par l'ambassadeur de Guinée au Mali.
Les manifestants ont élevé une véhémente protestation contre les exactions perpétrées par le régime de Lansana Conté. « Des femmes, des hommes et des enfants qui manifestaient pacifiquement ont été exécutés de sang froid par les forces de sécurité, en violation flagrante de la Constitution guinéenne et des conventions internationales sur les droits de l'homme que la Guinée a signées et ratifiées depuis 1958. Ils demandaient tout simplement le changement, après plus de deux décennies d'un régime qui s'est avéré incapable de satisfaire leurs besoins les plus élémentaires » , a expliqué le porte-parole de la communauté guinéenne au Mali, Mamadou Barry pour qui, le mal dont souffre son pays est la mauvaise gouvernance.
« Nous sommes frustrés pour ceux qui ont perdu leur vie. Nous demandons une nouvelle gouvernance et plus de sécurité. L'objectif de notre sit-in d'aujourd'hui est de faire passer ces messages aux autorités guinéennes au Mali », a indiqué Ibrehima Sow, un manifestant.
La communauté guinéenne au Mali va, dans les plus brefs délais, mettre en place un fonds de solidarité pour aider les familles victimes. Ce fonds sera alimenté par des contributions volontaires. Un autre axe de son plan d'action consistera à initier à Conakry un grand congrès des Guinéens de l'extérieur afin de fédérer les différentes associations pour en faire une force de proposition, de mobilisation et d'engagement dans la construction de la Guinée.
Sidiki Doumbia
( stagiaire )
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GOUVERNANCE EN AFRIQUE
S'inspirer de la tradition africaine
« Entre tradition et modernité, quelle gouvernance pour l'Afrique » était le thème du colloque international de Bamako organisé conjointement par l'Institut pour un nouveau débat sur la gouvernance (IRG), l'Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique (Arga) et le Centre d'expertises politiques et institutionnelles en Afrique (Cepia).
Aux termes de trois jours de conclave sur la question de la gouvernance et de la modernité en Afrique, les experts, venus d'Amérique, d'Europe et d'Afrique, étaient face à la presse le vendredi 25 janvier dans un hôtel de la capitale.
Aux dires du coordinateur de Cepia, Ousmane Sy, le colloque de Bamako se veut attentif à la pluralité des approches des points de vue. « Il vise à instaurer un dialogue entre un certain nombre de dépositaires du savoir politique et institutionnel des trois grandes périodes que les Etats ouest-africains ont connues : spécialistes universitaires de l'histoire, des sciences politiques et des religions de ces différentes périodes, chefs coutumiers et religieux, détenteurs du savoir traditionnel, etc. » , a expliqué M. Sy.
Les participants, dont certains sont des acteurs de la vie politique et sociale de leurs pays et d'autres des penseurs et des chercheurs, doivent contribuer à améliorer la réflexion sur la nature d'un projet de gouvernance proprement africain.
Le colloque de Bamako était conçu par ses organisateurs, non comme un événement ponctuel de mise en débat mais, bien davantage, comme le démarrage d'une dynamique pérenne associant la mise en place de projets de recherche et la diffusion des analyses.
Le colloque avait démarré par un bref périple à Kankaba (Koulikoro) où les participants sont partis s'imprégner des réalités de la charte de Kouroukanfouga, un modèle de gouvernance constitutionnelle, typiquement traditionnelle.
Amadou Waïgalo
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MME SANGARE OUMOU BA, PRESIDENTE DE L'UF-RPM
« Nous allons montrer ce dont nous sommes capables »
Aux termes du congrès ordinaire de l'Union nationale des femmes du RPM, Mme Sangaré Oumou Bâ, sa présidente reconduite, s'est prêté à nos questions. Dans l'entretien ci-dessous, elle évoque les raisons de l'opération « 3 millions de femmes et de filles pour IBK », initiative des femmes RPM, les conditions d'organisation des élections… Interview.
Les Echos : Sous quel signe avez-vous placé votre congrès ?
Mme Sangaré Oumou Bah : Nous avons placé ce congrès sous le signe de la cohésion, de l'unité, de la solidarité entre tout le peuple du RPM, de tout ce qui peut faire du parti un parti fort, respecté et proche de la victoire.
Les Echos : Quelle importance revêt-il pour UNF-RPM et le parti ?
Mme S. O. B. : Il s'agit d'un congrès ordinaire, inscrit dans les statuts du parti. Il se tient pour faire l'état des lieux. Pour l'UNF-RPM, tout comme le BPN, c'est un congrès très important, car il se tient à un moment crucial de la vie politique du pays, notamment à la veille de l'élection présidentielle. Donc, c'est un congrès qui va prendre de décisions très importantes pour la bonne marche du parti.
Les Echos : Quel sera l'apport de l'UNF-RPM dans l'élection d'IBK président ?
Mme S. O. B. : Pour tout le peuple RPM, il s'agit de sortir de ce congrès plus mûr, mieux préparé, l'esprit très serein et prêt à aller à la compétition. Nous sommes, au RPM, des hommes, des femmes et des jeunes qui sont fortement convaincus que le RPM a un projet porteur. Ces hommes, femmes et jeunes qui ont résisté à toutes sortes de tentations, de manipulations, de frustrations feront tout pour l'investiture du candidat et son élection à la présidence de la République. Les femmes ont déjà commencé à s'investir pour cela. Elles ont pris des initiatives et ont fait beaucoup d'actions dans ce sens. Nous sommes en train de nous préparer pour nous donner les moyens de la victoire.
Les Echos : Parmi ces actions, il y a l'opération « Trois millions de femmes et des jeunes filles pour IBK ». C'est un projet ambitieux, avez-vous les moyens de la traduire en acte concret ?
Mme S. O. B. : L'opération « Trois millions de femmes et de jeunes filles pour IBK » est une initiative des femmes RPM. Nous nous sommes dit qu'il fallait cela dans un paysage politique où tout le monde a peur de parler de politique, de se montrer. Nous avons décidé de prendre cette initiative et c'est la raison pour laquelle, nous sommes sorties au mois de mai pour remplir l'ex-Palais des congrès et montrer notre force. Nous étions fiers ce jour. Personne ne s'y attendait, mais nous nous y attendions, parce que nous savions que les femmes attendaient seulement un coup de pouce pour sortir et manifester leur intérêt, leur enthousiasme pour le parti et le président.
Le lancement de l'opération a été un grand succès et nous allons tout faire pour nous doter des moyens pour réaliser cet objectif, c'est-à-dire la victoire pour le RPM, pour IBK en 2007. Et le parti est prêt à nous appuyer comme il l'a toujours fait. Le parti met les préoccupations des femmes au-dessus de tout et celles-ci vont montrer qu'elles sont capables de faire déplacer des montagnes.
Les Echos : Quelles sont vos préoccupations par rapport aux structures chargées de l'organisation des élections, c'est-à-dire la Céni, la DGE et le ministère de l'Administration territoriale ?
Mme S. O. B. : Nous n'avons pas fait des recommandations spéciales. Mais, je peux vous assurer que dans toutes les réunions nous disons que la Céni n'est pas représentative du paysage politique actuel. Tous les partis politiques disent qu'ils soutiennent un seul candidat et ce sont ces mêmes partis qui y sont représentés. Nous ne sommes pas ignorants. Même le plus ignorant des Maliens sait que cette situation n'est pas normale. Le pouvoir aurait dû faire quelque chose pour que le RPM soit au sein de la Céni nationale. Nous avons des doutes. En ce qui concerne la DGE et l'Administration territoriale, elles doivent faire en sorte que la population n'ait pas à regretter un jour qu'elles existent.
Propos recueillis par
Denis Koné
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CONSENSUS MALIEN
Démocratie représentative ou démagogie représentative
Pour nous, le Mali est au bord du gouffre, et il est plus que jamais urgent de prendre conscience des erreurs commises et d'en tirer les leçons. Le consensus ambiant est très mauvais pour la démocratie, et il est mortel pour les Maliens.
En 1991, des Maliens ont payé de leur sang pour que s'établisse dans notre pays un gouvernement des Maliens par les Maliens et pour les Maliens. Le coup d'Etat était encouragé pour deux raisons : le refus du régime de s'ouvrir à la pluralité politique et la misère qui prévalait sur la population, affichée, entre autres, par un décalage entre le niveau de vie des dirigeants et celui des citoyens ordinaires.
Plus de 15 ans après le renversement du général Moussa Traoré, le Mali est dans l'impasse. Les Maliens attendaient de leurs leaders politiques une démocratie représentative et une avancée dans l'amélioration des conditions de vie des uns et des autres. Sur ces deux objectifs, malheureusement, le bilan reste mitigé.
La principale avancée reste la création des partis politiques. Ils sont une centaine aujourd'hui. En revanche, aucun lien social n'existe entre les partis politiques et l'idée politique. Un parti politique est créé pour défendre un programme ou une vision. En France, vous avez la droite, qui est représentée par l'UMP, et la gauche, représentée par le PS. Au-delà, le Front national de Le Pen et les Verts sont les partis de ceux qui ne s'identifient ni à la droite ni à la gauche. En aucun moment donné, l'UMP ne fera un cadeau au PS ou le contraire, car dans le monde des idées, un parti politique se nourrit de la faiblesse d'un autre.
Il en est de même aux Etats-Unis. Vous avez les démocrates, les républicains, les verts et les indépendants. Les républicains veulent un rôle limité du gouvernement dans la vie des populations et les démocrates insistent sur le rôle positif du gouvernement dans le redressement des déséquilibres du marché. Mais que dire d'un parti politique si son rôle est réduit à accompagner un autre ? Dans ce cas, le parti perd toute légitimité et existence.
Les partis politiques au Mali n'ont ni le courage ni la méthode pour proposer des réformes qui devraient imposer l'intérêt général, car ils sont trop soumis aux groupes de pression les mieux organisés et ne sont concernés que par le court terme : le comité exécutif des partis respectifs et leurs alliés. Les décisions d'intérêt général sont prises sans la moindre participation des militants, or sans le support de ceux qui sont concernés, toute action d'un parti est menée pour la promotion du décideur et non pour la cause que défend le parti.
Quand l'intérêt particulier prime sur le collectif, les populations subissent la confusion totale. Elles ne savent plus qui défend quoi. En conséquence, elles se résignent au mécontentement et reconnaissent leurs incapacités à participer au changement. Pire que la pauvreté, c'est la pauvreté d'espoir qui s'installe dans les cœurs. Puisqu'elles ne peuvent en aucun cas changer l'indéfendable, les populations cherchent par tous les moyens possibles à résoudre leurs problèmes quotidiens. C'est là où une personne devient une marchandise : la personne qui paye le plus ou promet le plus devient le propriétaire de la marchandise, qu'il peut manipuler à sa guise.
Une équipe de football sans adversaire est-elle efficace ?
Un système de consensus tel que le nôtre peut paraître raisonnable. Après tout, quand toutes les sensibilités politiques sont représentées dans un gouvernement, ainsi va l'argument, tout le monde joue pour une équipe et marque pour la victoire de l'équipe. Mais pour bien jouer, il faut tout de même un adversaire. Sans adversaire, point de match. Il en est de même en politique. Pour qu'un gouvernement puisse agir avec plus d'efficacité et plus d'écoute, une opposition est nécessaire pour tenir ce gouvernement responsable. Et comme les politiciens veulent toujours aller plus loin dans leurs quêtes de pouvoir, ils seront obligés d'être à l'écoute des citoyens pour parvenir à leur fin.
En revanche, une décision prioritaire n'est jamais consensuelle et agir de façon consensuelle garantit qu'aucune réforme nécessaire ne sera mise en œuvre car ce sont les maillons les plus faibles, plus concernés par des postes politiques que par l'avenir de la nation, qui se regroupent pour orienter les choix publics.
Quel politicien malien a eu le courage de dire "je supporte le programme social du président" ou "sa lutte contre la corruption" ? Tous disent : "nous sommes derrière le président, quoi qu'il en soit" . Le but d'une démocratie n'est pas de transformer le président en un "roitelet" . En bref, le consensus est un accord pour que rien ne change. Cette tendance qui se dessine, si rien n'est fait, correspondrait à laisser aux générations futures le fardeau de l'irresponsabilité collective des leaders politiques.
Trois (3) branches de pouvoir égales sont au centre de la démocratie. L'exécutif ou le président, le législatif ou les députés, et le judiciaire. Chacune de ses branches joue un rôle de contre-pouvoir et d'équilibre aux autres branches. L'exécutif, qui à tout moment n'est détenu que par une personne, a une marge de manœuvre bien élargie du fait de l'unicité du poste. Il a le rôle de respecter et de faire respecter la loi, grâce au monopole qu'il exerce sur les forces armées en tant que chef suprême des armées.
Le législatif a le devoir de passer des lois en les faisant voter par les représentants du peuple et de financer le programme du gouvernement. Parce que les députés ne sont pas nommés par le président, ils jouissent d'une indépendance particulière. Le rôle particulier des députés est de défendre les intérêts de ceux qui les ont élus. Naturellement, les intérêts des députés et de l'exécutif sont contradictoires. Ils devront aussi jouer le rôle de l'opposition et proposer des plans d'action au gouvernement. Ils sont censés être un contre-pouvoir au gouvernement et défendre l'intérêt de leur électorat respectif à travers des projets d'industrialisation, d'emplois pour les jeunes, etc.
Quant au pouvoir judiciaire, il joue à travers la Cour constitutionnelle le rôle de gardien du temple de Thémis en jugeant de la constitutionalité des lois votées par l'Assemblée nationale. Savez-vous pourquoi tous ces pouvoirs ne sont pas confiés à un seul individu ? Comme l'a si bien dit l'historien britannique Lord Acton, "le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument" . Quand tout le pouvoir est confié à l'exécutif, un déséquilibre anti-démocratique est de mise.
Les députés maliens ont failli à leurs obligations
Au lieu de s'acquitter de leur rôle, les élus de la nation, y compris les indépendants, sont eux aussi en campagne pour le président de la République. On en voit entre deux avions, dans les trains ou voitures, etc. qui se font de la peine pour faire campagne, non pour leurs propres réélections mais pour celle du président de la République. Ils ne font rien pour leur électorat et rien pour la République. A part passer des heures inutiles à se plonger dans les lectures vides sur l'histoire, ils ne s'intéressent ni aux priorités du Mali et son incapables de dire non au gouvernement. Tout cela prouve une chose : au Mali, chacun a un prix, et transformer des élus de la nation en des griots est un abus de pouvoir et du président et des députés.
Quand les partis politiques ont des programmes bien éclairés et défendus par leurs leaders, au moment des élections, c'est l'électorat qui choisi le programme le plus réaliste pour lui. Mais quand tous les partis politiques soutiennent une personne et non un programme politique, quelle est la raison de vie de ses partis politiques ? Pourquoi ne pas combiner ces alliés en un parti politique (pas une alliance) ? La réponse est connue : le raccourci vers une vie de rêve, au Mali, passe par la politique.
Le Mali a assez fait pour les politiciens. De l'indépendance à nos jours, des militaires ont été promus présidents, des professeurs ont monté l'ascenseur social pour avoir le poste suprême, des simples citoyens se réveillent riches, des personnes avec un passé douteux se sont retrouvées maires de nos villes. Malgré tout, certains continuent à manipuler ce pays à leurs fins, des fins ni nobles ni justes. Comme le disait, John F. Kennedy, ancien président américain "ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi. Demande ce que tu peux faire pour ton pays" . Face à ce test, le résultat du Mali est médiocre. Il est temps d'inverser la tendance, qui, si rien n'est fait, fera payer cher aux générations futures.
Quelles leçons pour le prochain locataire de Koulouba ?
Il nous faut certes l'esprit partisan pour faire face aux nombreuses difficultés qui se dressent sur le chemin de notre développement. Mais un gouvernement de consensus est rarement une solution démocratique. Le consensus mérite une réflexion de fond. La démocratie participative, avec comme méthode le consensus, peut facilement dégénérer en ce qu'on peut légitimement appeler une "démocratie démagogique" , avec comme conséquence ce que nous vivons tous aujourd'hui : le changement dans la continuité.
Pour nous, le Mali est au bord du gouffre, et il est plus que jamais urgent de prendre conscience des erreurs commises et d'en tirer les leçons. Le consensus ambiant est très mauvais pour la démocratie, et il est mortel pour les Maliens.
Un nouveau gouvernement ne dispose de l'assise populaire pour passer des reformes difficiles que pour 2 ans maximum. Donc pour obtenir plus de support populaire, le président doit agir très vite et très tôt dans son mandat. Un président ne doit ni essayer d'embarquer tout le monde à bord, ni plaire à tout le monde. François Mitterrand disait qu'avec « 70 hommes (ou femmes), on peut tenir un pays » . Le nombre n'est pas important. C'est la qualité des hommes qui fait toute la différence.
Gouverner, ce n'est pas un partage de gâteau (le gâteau malien n'est pas assez grand), ni une action destinée à combler les besoins personnels, mais représente une opportunité exceptionnelle : celle de transformer directement des millions de vies et laisser une trace parmi les empreints des grands hommes. La force d'action d'un président est avant tout le désir profond de laisser une trace, et pour cela, l'horizon ou le long terme va au-delà du mandat présidentiel. Les présidents viennent et partent. Mais c'est toujours la génération future (jeunes d'aujourd'hui) qui a la responsabilité de juger les dirigeants et d'écrire l'histoire de nos leaders.
Le consensus, croyez-nous, ne sera pas jugé favorablement. Pour la survie de la génération future, inversez cette tendance, car la démocratie, on le sait tous, a un rôle particulier pour tous, y compris l'opposition.
Soya Djigué
( économiste à Washington DC)
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3e JOURNEE DU CHAMPIONNAT NATIONAL
Le Stade et le Djoliba se surveillent de près
A l'exception du match Stade de Sikasso/Association sportive de Bamako (ASB) reporté en raison du déplacement de cette dernière équipe en Sierra Leone, tous les matches de la 3e journée du championnat national de football (ligue 1) ont été disputés. Et il n'y a pas eu de surprise de taille. Les équipes qui ont bien commencé la saison maintiennent la cadence. A l'image du Stade malien et du Djoliba, victorieux respectivement de l'AS Commune II (2-0) et de l'AS Réal (3-1).
Même si les Rouges devancent les Blancs, grâce à une meilleure attaque, les deux prétendants sérieux au titre se tiennent de très près avec 9 points chacun. Quant aux Scorpions, ils brillent toujours par leurs maladresses offensives. Avec un seul point en trois rencontres, les protégés de Cheick Oumar Koné ont du pain sur la planche pour se maintenir dans la course au titre. Et une défaite contre le Stade malien de Bamako, lors de la 4e journée, risque de les éloigner définitivement du peloton de tête.
Le duel des promus a tourné à l'avantage de l'Asko, qui a battu CS Duguwolonfila (1-0). Avec deux victoires consécutives, les joueurs de Korofina commencent à faire peur à leurs adversaires. Ce qui n'est pas le cas de l'AS Bakaridjan, battue à domicile par le Centre Salif Kéita (CSK). Les oppositions AS Sigui/COB (1-1) et AS Nianan/Usfas (1-1) n'ont pas dégagé de vainqueur.
Moussa Bolly