Le dialogue entre le député Konimba Dembélé et le ministre de l'Education nationale n'a pas eu lieu hier, l'honorable élu de la nation ayant jeté l'éponge arguant dans sa lettre de retrait de l'interpellation qu'il avait confiance en la bonne foi du ministre. C'est à la fois court et « ridicule ». Car si le débat avait eu lieu, le peuple allait être édifié sur l'ampleur de la corruption et de l'arnaque à l'école et surtout sur la crise de l'enseignement supérieur qui aurait été immanquablement évoquée.
Le retrait de l'interpellation du Pr. Mamadou Lamine Traoré jeudi à l'Assemblée nationale par son initiateur, le député Konimba Dembélé, élu à Sikasso a fait rire… jaune plus d'un Malien.
Dans la lettre adressée à ses pairs pour annoncer le retrait de son interpellation, l'élu de Sikasso a excipé du fait qu'il a été convaincu par les explications à lui données par le ministre de l'Education. L'honorable député a ajouté qu'il a confiance et croit en la bonne foi du ministre. Mais, là n'est pas le problème.
La réalité est que cette interpellation du ministre de l'Education avait dans tous les cas sa raison d'être eu égard à la nature hautement importante des questions soulevées : l'arnaque et la corruption.
L'honorable Dembélé voulait interpeller le ministre sur la multitude de pièces exigées et la lourdeur de la procédure pour le changement de statut des écoles communautaires en écoles publiques. Une aubaine, a-t-il témoigné, que certains enseignants ne ratent pas pour escroquer les populations.
Ainsi le député a avancé le cas du directeur du second cycle de Lobougoula. Dans sa lettre, il raconte que Mady Diombana, directeur du second cycle II de Lobougoula, a réussi à soutirer la somme de 175 000 F CFA aux populations de Ngolokasso afin de « graisser ses chefs » .
Après ses enquêtes, le député s'est rendu compte que les populations ont été flouées par le directeur qui a d'ailleurs reconnu les faits. L'honorable élu de Sikasso, par l'interpellation, voulait demander au Pr. Traoré d'approfondir les enquêtes pour mesurer l'ampleur de ce phénomène et d'en tirer toutes les conséquences.
Toutefois, sans vouloir désobliger l'honorable député, nous estimons que son interpellation, bien que soulevant une préoccupation majeure, n'est pas plus d'actualité que la grève générale illimitée des enseignants du supérieur.
S'il semble, après entrevue avec le département en question, satisfait de la situation des écoles communautaires, pourquoi n'a-t-il pas transformé son interpellation en questions orales sur l'école en général.
Pourquoi l'honorable Dembélé n'a-t-il pas interpellé le ministre sur l'affaire du bac à Sikasso ? Parce qu'il s'agit d'une question nationale qui discrédite tout le système éducatif national. Ou bien est-ce parce qu'il a des comptes à régler avec ce directeur d'établissement ?
Nous condamnons l'acte d'escroquerie du directeur du second cycle II de Lobougoula s'il est avéré. Mais interpeller le ministre de l'Education sur des questions de cette nature seulement en oubliant l'essentiel, c'est à notre avis, ramener le débat sur les problèmes de l'école au ras des pâquerettes naines.
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CATEGORISATION DU PERSONNEL A L'ONP
Le Synapostel soutient, des postiers s'émeuvent
Le Syndicat de la poste (Synapostel) a organisé le 24 janvier dans l'enceinte de la direction générale de l'Office national de la poste (ONP) une assemblée générale d'urgence en vue de faire toute la lumière sur les résultats des travaux de catégorisation du personnel, qui a provoqué l'émoi chez certains postiers.
Le cabinet d'expertise « Bara », chargé de l'exécution de cette reforme, a fait l'étude de la grille salariale de l'ONP afin de corriger les différentes imperfections et injustices entre les postiers en mettant chacun dans la catégorie qu'il mérite.
Le PDG de la poste, Yoro Coulibaly, a dans ses explications, soutenu que la nouvelle catégorisation ne sera pas appliquée avant la satisfaction de toutes les parties concernées, y compris le syndicat. Selon lui, l'étude, qui a porté sur 450 postiers, est globalement satisfaisante. « Sur les 450 employés, l'étude a conclu que plus de 300 employés étaient injustement sous-classés car les avancements ne se sont pas déroulés normalement » , a-t-il expliqué.
Le secrétaire général du Synapostel, Seydou Diarra, a abondé dans le même sens. Selon lui, « Le syndicat, qui est censé défendre l'intérêt général des employés, n'a aucune raison de réclamer l'annulation de ces études dont la majorité des postiers est bénéficiaire » .
Cependant, « l'intérêt de la minorité ne sera pas minimisé, chacun est libre d'adresser à l'administration une lettre de protestation et nous veillerons à ce qu'elle soit répondue et justifiée » , a soutenu M. Diarra.
Le PDG de l'ONP, a pour sa part assuré que la nouvelle catégorisation n'aura aucun effet sur les salaires.
L'assemblée générale a aussi statué sur les raisons de la fermeture du guichet Western Union de la poste. A ce niveau, le PDG expliquera qu'une divergence de chiffre existe entre son établissement et la BDM-SA, mais « cette situation aura bientôt une solution » , a-t-il souligné.
Amadou Waïgalo
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CONTRE LA BARBARIE DU REGIME CONTE
Une marche en vue à Bamako
Un Collectif de solidarité avec le peuple guinéen (CSPG) a été porté sur les fonts baptismaux mercredi au Centre islamique d'Hamdallaye. C'était à l'issue d'une assemblée qui a réuni la communauté guinéenne à Bamako, des mouvements associatifs et de partis politiques maliens. Il est présidé par le Pr. Nouhoum Ongoïba de la Faculté de médecine.
Au cours de la réunion, les ressortissants guinéens, par la voix de leur vice-président M. Kaba, s'est dit très touché par cet élan de solidarité exprimé par les associations, particulièrement l'ADJ et les mouvements associatifs et partis politiques envers le peuple guinéen.
Rappelant les liens historiques qui existent entre les peuples du Mali et de la Guinée, M. Kaba a félicité l'ADJ pour son initiative. Les témoignages faits au cours de la rencontre, rapportent que le régime du général n'est point sensible aux revendications légitimes des travailleurs guinéens et la construction d'une société démocratique en Guinée.
Le CSPG entend user de tous les moyens légaux pour ramener le président Lassana Conté et son régime à la raison. Outre la condamnation de la répression en cours, le Collectif exige le déclenchement de poursuites judiciaires à l'encontre des responsables des tueries à Conakry, la capitale, et dans les autres villes, notamment N'Zérékoré et Dabola. Dans les jours à venir le Collectif n'exclut pas une grande marche de protestation contre les dérapages du régime Conté.
Denis Koné
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MECHAGE
« Et soudain tout à coup brusquement »
On ne parle plus que de ça : dans les journaux, dans les radios, et même à la télévision, dans les meetings, dans les communiqués. Il s'agit de la situation de l'école que beaucoup semble découvrir pour la première fois. Or, nous sommes de ceux qui ont toujours multiplié les mises en garde contre la vanité d'une situation que tout le monde sait précaire et factice. Même quand le fameux pacte a été signé au nom d'une école apaisée et performante, nous avons demandé à ce que les autorités ne se leurrent pas, au point de mettre leur doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate.
Même quand les enseignants du supérieur ont décidé d'observer une grève illimitée, rares sont ceux qui ont bougé le petit doigt. « Et soudain tout à coup brusquement » (c'est une expression que j'emprunte à quelqu'un dont je tais le nom), on s'agite dans tous les sens. On se rappelle subitement que l'école existe et qu'elle est comateuse. Les associations, les syndicats, les partis politiques, tout le monde y va avec son constat et ses propositions.
La situation de l'école est symptomatique de l'absence de tout dialogue social. Les gens ne bougent que quand ils sentent la lame froide du couteau sur leur gorge. Si je m'en réfère aux propos des syndicalistes du supérieur, même leur ministre de tutelle refusait de les rencontrer. On peut ne pas avoir de solutions aux problèmes posés, mais la bonne foi commence toujours par l'écoute. Et quand l'autre jour je le voyais aux côtés du Premier ministre recevant en séance de travail ceux à qui il a refusé sa salle d'audience, je me suis dit qu'il y a quelque chose de pourri dans notre République. Sans ajouter que les syndicalistes d'aujourd'hui étaient ses camarades d'hier, quand il s'agissait pour les mêmes problèmes de battre le pavé et de demander l'arrêt de la construction de classes.
J'espère seulement que la commission de bons offices trouvera rapidement les solutions sinon l'année est perdue. J'ose à peine y penser, mais je me dis que si nous n'étions pas en année électorale peut-être que ces pauvres enseignants du supérieur n'auraient jamais pu rencontrer le Premier ministre et qu'on les aurait laissé observer leur grève tranquillement du moment où ils ne dérangent personne hormis les étudiants.
Ce qui se passe avec les enseignants a été déjà observé avec les travailleurs. Ceux-ci n'ont jamais eu gain de cause en croisant les jambes ou en faisant les pacifistes. A chaque fois, il a fallu qu'ils haussent le ton et qu'ils menacent de tout arrêter. L'exemple le plus patent a été la récente augmentation de l'indice du salaire. Le président l'a annoncé dans son discours de fin d'année. Mais c'est par Siaka Diakité de l'UNTM que nous avons appris qu'il a fallu que les travailleurs fassent les gros bras pour que cet accord signé depuis juillet devienne effectif.
Entre-temps, ce qui les intéresse vraiment, ce sont les postes dans un futur gouvernement qui est comme le monstre du Lock Ness. Ils courent dans tous les sens ; montent des CV ; se chamaillent ; ne se parlent plus juste pour faire partie d'un gouvernement de deux mois. Dans le regroupement des 14 partis de l'ADP, seul le RND de Me Tapo a mis le point sur la gravité de la situation de l'école. Les autres, c'est le cadet de leur souci. L'école a cessé d'être une priorité dès lors que eux sont venus aux affaires. Et pourtant l'école a longtemps été leur fond de campagne.
Aujourd'hui qu'ils peuvent influer sur les événements, prendre des décisions parce que gérant l'école eux-mêmes, ils ne pipent mot et honni soit qui mal y pense. Je pense qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire. Il ne coûte rien de reconnaître que l'école va mal. Il ne coûte rien de dire que le pacte ne marche pas parce qu'il ressemble à du plâtre posé sur une fracture dont la plaie n'est pas soignée.
Il ne coûte rien de s'arrêter un instant et de poser le vrai diagnostic et sans exclusive essayer de trouver et d'appliquer les solutions qui s'imposent. En tout cas, l'absence de grèves des élèves, l'absence de marche ne veut pas dire que tout va bien. Et ce n'est pas en tentant les syndicalistes pour qu'ils se taisent après qu'on ait perverti les responsables estudiantins que la situation pourrait déboucher sur une issue salutaire.
El hadj TBM
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APRES DES EVASIONS A LA MCA
Quatre surveillants accusés de complicité
Après l'évasion de dix détenus à la Maison centrale d'arrêt (MCA) de Bamako, le 29 décembre dernier, des investigations ont été menées par la Brigade territoriale de gendarmerie de Bamako. Résultat : quatre surveillants sont sous mandat de dépôt du procureur de la République près le Tribunal de première instance de la Commune III du district, pour complicité d'évasion et détention de stupéfiants.
Toute la procédure concernant l'affaire a été clôturée et transmise au parquet le 4 janvier 2007. Les quatre surveillants sont actuellement gardés au camp I de la gendarmerie nationale, en attendant leur procès, prévu pour le 6 février. Pour l'heure, le pays continue de connaître une série d'évasions avec 17 pensionnaires de la Prison de Kangaba qui ont pris la tangente le 23 janvier 2007.
S. D.
( stagiaire )
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DOSSIER VIE D'ENSEIGNANT
Grandeur et décadence d'un sacerdoce
Au commencement, l'enseignement était un corps d'élite réservé aux meilleurs élèves et étudiants. De nos jours, il tend à être le refuge des recalés, de ceux qui cherchent un emploi ou de ceux qui n'ont rien trouvé de mieux.
Au Mali, les premiers enseignants ont été des modèles dans tous les domaines : sur les bancs, ils ont été les premiers et les meilleurs, dans la vie de tous les jours, ils ont incarné les valeurs de notre société. L'école a été à la fois un lieu de formation et d'éducation.
L'enseignement ne résulte pas seulement du domaine de « l'Education nationale » . Car toute personne ayant un vécu des connaissances et une capacité à enseigner... peut être conduite à les partager avec une personne portant intérêt à la chose.
Il est souvent facile de confondre enseignement et éducation . En effet, ce dernier terme, beaucoup plus général, correspond à la formation globale d'un individu, à divers niveaux (au niveau religieux, moral, social, technique, scientifique, médical, etc.)
Le terme enseignement, de son côté, se réfère plutôt à un mode d'éducation bien précis, soit celui de la transmission de connaissances à l'aide de signes. « Signes » et « enseignement » dérivent d'ailleurs de la même racine latine. Ces signes utilisés pour la transmission de connaissances font référence au langage parlé et écrit.
Ainsi, l'enseignement est un mode d'éducation bien spécifique que l'on retrouve dans nos écoles modernes où un maître, transmet verbalement et/ou activement un ensemble de connaissances. L'apprentissage effectué dans des ateliers ou dans des laboratoires où les élèves, guidés par un maître, apprennent de leurs essais et erreurs, n'est donc pas, à proprement parler, de l'enseignement. Dans ce cas, on pourrait aussi employer le terme de formation.
Aujourd'hui, pour ce qui concerne le Mali en tout cas, la différence est bien nette : le savoir s'acquiert difficilement à l'école où nous avons une formation au rabais. Une situation consécutive au peu de cas fait des enseignants relégués aux rangs de simples commis. Ils ne sont ni respectés par la hiérarchie, ni par les élèves et étudiants.
En fait, l'enseignant n'est plus un modèle : il n'est plus celui qui incarne la vertu, il n'est plus le plus intelligent de sa génération, il a tout perdu et avec lui, ce qui reste de l'école de nos pères.
Qu'est ce qui explique cet état de fait ? Comment se justifie-t-il et comment redonner à l'enseignant sa place dans notre société, telle est la charpente du dossier que nous vous proposons cette semaine.
Alexis Kalambry
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EN CLASSE
Les maladresses de Miché « Ou Bien »
Pour beaucoup de jeunes éducateurs, à l'image de Malick, enseigner était un art facile. Dans la pratique, il s'est rendu compte de l'énormité des tâches que ses maîtres d'antan abattaient. Dur, dur de porter un tel héritage sur une tête vide.
Pour transmettre des connaissances, il faut avoir une tête, non pas bien pleine, mais bien faite, enseignait un pédagogue. C'est cette sagesse qui manque, de nos jours, à nombre d'enseignants de la dernière génération. Malick est de ce lot. A la fleur de l'âge, toujours tiré à quatre épingles, bavard comme une pie, le sac en bandoulière, il force l'admiration.
A peine, son cycle universitaire terminé (il n'a pas encore soutenu son mémoire de fin de cycle à la Flash), il donne des cours de français dans un lycée privé de la place. « Pas par vocation » , reconnaît-il, mais juste pour pouvoir joindre les deux bouts. Les maigres bourses étant toujours en retard de paiement.
Malick dispense notamment, et en sa manière, le français et la grammaire dans les classes de 10e lettres et sciences. Car, comme le témoignent certains de ses élèves, le jeune enseignant, qu'ils ont surnommé « Ou Bien » (c'est son tic ; il peut répéter cette expression 5 fois dans une seule phrase), a horreur de longues explications et des questions des élèves.
« Il ne fait que nous dicter des cours. Pas d'explication, pas de questions. Et, chaque fois qu'on lui demande le sens d'un mot, il te renvoie au dictionnaire », témoigne un de ses élèves. « Il m'a renvoyé une fois parce que je posais trop de questions sur un roman de Seydou Badian Kouyaté que nous étions en train d'étudier. Il m'a dit d'aller voir l'auteur lui-même pour en savoir plus » , poursuit un autre.
« Miché n'aime pas travailler avec la craie. Les rares fois qu'il touche à la craie, il s'empresse de se laver les mains avant de sortir » , souligne son camarade. « Ce qui intéresse ‘Ou bien' c'est de nous raconter sa vie. J'ai été dans tel ou tel pays, j'ai rencontré telle personnalité, j'ai fait ceci, j'ai fait cela… Il peut passer la moitié du temps de cours à nous parler de lui-même » , ajoute une fille.
A notre question de savoir, pourquoi n'ont-ils pas dénoncé un enseignant aussi indélicat, leurs réponses coupent le souffle. « Et pourtant, il est gentil. Il n'est pas avare en notes. Il s'amuse beaucoup avec nous en classe, on cause comme des amis au grin… » , nous a-t-on dit. De son côté, « Ou Bien » aussi ne se plaint pas du tout.
Selon lui, il est inutile de faire comprendre à quelqu'un ce qu'il ne veut pas. « Ces élèves sont des fainéants. Ils ne veulent pas apprendre. Ils ne courent que derrière des notes. Alors, que voulez-vous que je fasse ? Les cogner ? » , s'interroge -t-il avant de nous faire savoir son intention de quitter « ce monde de la craie » pour un autre… meilleur.
Sidiki Y. Dembélé
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Noblesse bafouée
Jadis noble et respecté, l'enseignement est aujourd'hui mis en cause à travers son principal animateur : l'enseignant. Il est vrai qu'enseigner signifie des choses différentes pour nous tous. Mais, il consiste essentiellement à transmettre des connaissances et des savoir-faire en aidant à les intégrer dans une culture du monde qui bouge. Il s'agit aussi d'aider à rendre ces connaissances et ces savoir-faire, opérationnels de manière à pouvoir agir sur le monde et mesurer les résultats de son action (être capable d'évaluer). Tout comme de donner du sens à son action et, donc, donner du sens à sa vie.
Les professeurs, jusqu'à une date récente, ont été considérés, à la fois comme les détenteurs des connaissances, les transmetteurs de savoirs et les chefs de la classe au sens disciplinaire du terme. Ils sont donc chargés d'une double et difficile fonction : transmettre les connaissances en intéressant leurs élèves, en créant un climat de motivation, de curiosité et d'écoute. Mais ils doivent, en même temps, savoir taper sur la table et punir pour faire respecter le règlement, la discipline. Ce qui suppose qu'ils sont eux-mêmes irréprochables sur le plan de la moralité.
Aujourd'hui, l'enseignant se doit aussi d'être un pasteur, un guide ainsi qu'un passeur, celui qui va initier des gens, dans le labyrinthe des connaissances, à trouver leur chemin vers le savoir et vers la lumière. Les guider vers quelque chose qui les ouvre à un monde qu'ils ne connaissent pas, par lequel il faut passer, avec risque, en étant aidé, initié, conduit. C'est ce qui faisait de ce métier un sacerdoce. On y accédait par passion, par vocation. N'importe qui ne pouvait devenir enseignant parce que enseigner était un art qui allait souvent au-delà de la pédagogie. L'enseignant était un modèle, une référence et un repère des valeurs socio-morales.
Cela nécessitait des valeurs et des principes de plus en plus bafoués depuis que la profession d'enseignant est devenue un refuge pour désœuvrés. Le vacatariat aidant, tout le monde peut devenir enseignant aujourd'hui. J'ai ainsi eu la désagréable surprise de retrouver des camarades, qui n'avaient même pas atteint la 9e année fondamentale, vacataires dans des coins de brousse. Pour quel enseignement ? Allez-y le savoir !
En tout cas, cela en dit long sur la dépréciation, la dévalorisation de la profession d'enseignant. On comprend alors aisément que l'école malienne soit gangrenée par des taux élevés d'échec et de déperdition, et que le niveau continue de baisser. On comprend alors aisément que l'école soit dénaturée par la corruption, le népotisme, les NST, le harcèlement sexuel. Tout se négocie à l'école malienne aujourd'hui. A commencer par l'honneur et la conscience professionnelle des enseignants.
Il est vrai que les enseignants ne manquent pas souvent de circonstances atténuantes derrière lesquelles ils peuvent s'abriter pour vider leur profession de son sens historique, social et moral. Une administration défaillante et souvent méprisante, des réformes insipides car mal pensées, des programmes faisant étrangement fi des besoins socioéconomiques du développement, des effectifs pléthoriques avec le nombre croissant d'élèves en échec scolaire programmé… Les raisons de baisser les bras ne manquent pas en effet pour celui qui n'a pas une vraie vocation pour le métier.
Mais, en même temps, relever le défi de bâtir une école centrée sur l'enfant et la société montre qu'être enseignant est un métier qui en vaut encore la peine. Malgré les difficultés, ceux qui restent par vocation ne doivent pas oublier une chose capitale dans leur mission : l'œuvre de l'enseignant, du professeur est d'aider les personnes à faire de leur « vie un original, c'est-à-dire une vie unique et non une copie d'autres vies » . Puisque nous nous n'avons qu'une vie. Autant en faire une belle œuvre avec l'appui de nos « gens-saigants » !
Moussa Bolly
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ENSEIGNANT
Une profession dévalorisée
Autrefois considéré comme un noble métier, l'enseignant se trouve aujourd'hui au centre de multiples maux qui dévalorisent sa fonction : viol, harcèlement sexuel, baisse du niveau…
Aujourd'hui, s'il existe encore une race d'enseignants consciencieux, il n'en demeure pas moins que de mauvaises graines continuent de déshonorer cette profession par des pratiques malsaines.
Pour de nombreux parents d'élèves, l'argument selon lequel le niveau de l'enseignement est en baisse est certes imputable à de nombreux facteurs mais souvent aussi aux enseignants qui n'ont qu'un seul souci : la quête du profit en ignorant les principes fondamentaux de la profession.
Combien d'enseignants embrassent le métier sans conviction et surtout à défaut de trouver mieux ? s'interroge Lamine Dembélé. Ce vieil instituteur a consacré 30 ans de sa vie au service de l'école. « Les jeunes venus dans la profession sont en train de signer l'acte de décès de l'école malienne. Le peu de morale qui reste est en train d'être monnayé uniquement pour des intérêts personnels » .
Pour lui, certains n'hésitent pas à dire qu'ils sont dans l'enseignement en attendant d'avoir mieux. Ils sont souvent mal formés ou n'ont parfois aucune compétence pour exercer le métier d'enseignement. Conséquence : méconnaissances des notions pédagogiques élémentaires pour transmettre le savoir aux élèves qui se retrouvent finalement devant des sujets auxquels ils ne comprennent absolument rien.
Par la suite, ce sont les élèves qui ramassent les pots cassés. Le fait de recruter les enseignants n'importe comment contribue à ses dires à dévaloriser la fonction enseignante. Il ajoute que certains chefs d'établissements ne se soucient pas de la qualité de l'enseignement. Cette recherche de profit tous azimuts, aux dires de notre interlocuteur, risque de pervertir pour de bon la profession.
Ces enseignants « mercenaires » qui enseignent dans les écoles publiques désertent les classes pour aller offrir leur savoir dans plusieurs autres établissements privés arguant que « les heures de vacations dans les lycées sont mieux rémunérées et aussi on peut arrondir la fin du mois » . Ainsi l'enseignant ne peut donner le meilleur de lui-même dans toutes les écoles où ils « larguent » les cours. Il n'est pas rare de voir cette catégorie d'enseignants se livrer à des scènes malhonnêtes.
Les sessions sont, pour eux, des moments propices à toutes sortes de tractations. Inimaginable quand un professeur dit à son élève : « Ne t'inquiètes pas pour la mauvaise note, on va voir après » . Alors place aux notes « sexuellement transmissibles » . Devant de telles pratiques, notre interlocuteur se questionne « où se trouve la morale qu'on reconnaissait aux enseignants ? Où est l'excellence prônée par les plus hautes autorités ? » . Pour lui, l'enseignement doit obéir à des règles qu'il faut nécessairement maîtriser.
Amadou Sidibé
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ATTITUDES D'ENSEIGNANTS
Des élèves et étudiants se prononcent
Tout en décriant des attitudes de certains de leurs éducateurs, des élèves et étudiants proposent un code de conduite de l'enseignant pour une école performante et apaisée.
Rokia Kéita (écolière du second cycle) :
« J'ai souvent entendu dire que certains maîtres de mon établissement entretiennent des relations intimes avec leurs écolières. Il est toutefois évident que certains professeurs distribuent gratuitement des notes aux filles et aux élèves qui participent et paient les cours supplémentaires qu'ils organisent. Un enseignant ne doit pas faire ces genres de choses. L'enseignant, à mon avis, doit être un exemple pour ses élèves ».
Moussa Baba Diakité (élève du secondaire) :
« Tout va bien dans mon établissement parce que nos enseignants sont pour la plupart des gens qui ont blanchi sous le harnais et qui incarnent une certaine sagesse. Ils ne sèchent pas les cours. Ils nous font chaque fois des leçons de moral. J'aimerais bien que tous les enseignants maliens soient comme eux. Un enseignant ne doit pas se comporter comme un élève ».
Djénèba Coulibaly (étudiante à l'université) :
« Nos enseignants se prennent comme des dieux alors qu'ils ne font rien de bon. Rares sont nos professeurs qui maîtrisent leurs matières. Ils ne font que vendre des brochures aux étudiants. Aujourd'hui, à l'Université, la règle est connue pour être admis. Il s'agit d'acheter obligatoirement les brochures des profs. En ce qui concerne les étudiantes, elles peuvent se contenter de la débauche. J'estime qu'ils mettent l'année universitaire en danger. Ils font ce qu'ils veulent. L'Etat ni d'autres personnes ne leur font des reproches. En l'état actuel des choses, il n'y aura pas de progrès à l'Université malienne ».
Sidiki Doumbia
( stagiaire )
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SIBIRI KANTE, ENSEIGNANT
« On galère plus que les autres »
« Un enseignant au Mali ne gagne pas grand-chose. Les travailleurs d'autres corps peuvent gagner par des moyens détournés. Mais un enseignant n'a pas cette possibilité même s'il est vrai qu'il existe des notes sexuellement transmissibles ou des notes monnayées » . C'est du moins ce que pense Sibiri Kanté, enseignant dans une école fondamentale.
Pour cet interlocuteur, c'est avec toutes les peines du monde qu'il arrive à joindre les deux bouts avec sa paie. « Je ne gagne pas moins de 125 000 F CFA par mois. Avec ce montant, je paye le loyer, la nourriture, le transport, les frais liés à la santé, la documentation. Donc qui connaît le coût de la vie à Bamako, sait très bien que cette modique somme couvre difficilement les besoins » , se lamente-t-il.
M. Kanté affirme qu'il est obligé parfois de courir derrière certains de ses collègues de l'administration générale pour compléter les frais de condiments et autres. « Sachant que le salaire est insuffisant pour couvrir mes charges familiales, je me suis vu dans l'obligation de dispenser des cours privés soit à domicile ou à l'école » . Ce qui lui fera dire que l'hypothèse d'épargner dans ces conditions relève du rêve.
« Normalement un enseignement doit faire des recherches, se documenter à tout moment. Malheureusement, nous sommes obligés de renoncer à tout ça. Les ressources financières étant limitées, nous n'avons pas aussi de vie familiale : je passe le reste de la journée à dispenser des cours » , explique-t-il.
Toutefois, M. Kanté reconnaît que les conditions des enseignants ont été progressivement améliorées ces dernières années. Cependant : « L'enseignement c'est la fonction la plus noble dans un pays. Mais les amateurs ont contribué à la dévaloriser » , regrette-t-il. Pour corriger cette situation, il préconise la formation continue, l'extension des structures d'accueil des étudiants, la lutte contre la corruption, etc.
Mohamed Daou
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EPILOGUE
Les « Karamoko » à la traîne
Les maîtres d'école furent, avec les tirailleurs sénégalais, les interprètes et peut-être les toubibs les premiers fonctionnaires coloniaux du Soudan et même des autres colonies françaises d'Afrique. Une fois la conquête militaire terminée, l'administration française se trouva en face d'un problème de personnel et dut former sur place des auxiliaires capables de l'aider efficacement dans sa tâche de domination politique et économique.
De la sorte des fonctionnaires indigènes furent formés à peu de frais et en toute hâte dans certaines colonies bien choisies. Les enseignants, de par la qualité de leur formation qui était soignée, formaient la crème de ce personnel subalterne et, parce qu'ils côtoyaient de près les fonctionnaires européens, revendiquaient avec les médecins, le titre d'élite de l'époque.
A l'indépendance en 1960, quoiqu'en nombre insuffisant, ils faisaient partie des fonctionnaires les plus en vue. Le changement de contexte et l'insuffisance du personnel enseignant amenèrent l'US-RDA à envisager la réforme de 1962. Cette grande innovation, malgré ses insuffisances et ses lacunes, permit au monde enseignant de travailler dans de bonnes conditions et de vivre décemment. Les salaires, bien que bas comparés à ceux des autres pays de la sous-région, permettaient de joindre les deux bouts parce que les prix étaient en rapport avec le niveau des traitements et l'inflation totalement maîtrisée.
Le contexte politique de l'époque, la mise en œuvre de l'option socialiste, décourageant toute tentative de spéculation, ce qui faisait que la vie était moins chère que maintenant. Plus que tous les autres fonctionnaires du pays, les enseignants tenaient leur rang d'élite de la nation comme au bon vieux temps de la coloniale. D'autant qu'ils étaient nombreux dans l'appareil d'Etat et que le régime lui-même se faisait appeler celui des instituteurs.
La dégringolade survint en 1968 avec le putsch de cette année et l'irruption des bidasses sur la scène politique. Les putschistes, pour la plupart d'anciens médiocres élèves renvoyés du bahut, en avaient gardé un très mauvais souvenir ; d'autres même le détestaient viscéralement pour les avoir humiliés en leur montrant les faibles limites objectives de leur intelligence. Pour cette raison, vu qu'ils ne pouvaient pas carrément fermer l'école, ils se soucièrent peu de son avenir et la laissèrent aller à son déclin.
Dans un premier temps, ils la confièrent à des civils qui, incapables de la redresser vigoureusement, la firent vivre jusqu'aux années 1974-1975, sur les avantages de la réforme de 1962 ; puis dans un deuxième temps, ils firent appel à des officiers prétendument pédagogues qui, au lieu de s'en occuper, se mirent dans l'obligation de s'enrichir à ses dépens. La conséquence en fut la situation déplorable dans laquelle elle est enfermée depuis et, à ce jour, nul ne sait comment elle peut en sortir.
La galère des enseignants commença à cette époque parce que non seulement leurs salaires n'ont connu aucune augmentation significative, mais en plus ils étaient irrégulièrement payés. C'est la période noire où il fallait travailler trois mois pour avoir le salaire d'un seul ; c'est la période également où la profession fut dévaluée au point d'apparaître comme le refuge des vauriens ou cancres.
Dans ce contexte, beaucoup optèrent pour l'exode pour aller se faire valoir ailleurs ; comme ils fuyaient en masse vers les pays limitrophes, dans l'impossibilité d'arrêter cette saignée, les responsables de l'éducation se mirent à recruter des gens qui n'avaient pas le niveau requis, mais acceptaient ce boulot à cause du salaire. Le niveau général des élèves en prit un sacré coup, mais ces enseignants d'occasion n'en eurent que dalle et continuèrent tranquillement leur français petit nègre dans les classes. Durant cette période, on vit de simples néo-alphabètes enseigner dans le fondamental ; on vit aussi devenir enseignants des aventuriers au retour de leur périple d'orpaillage.
L'économie nationale, dangereusement grippée, adopta le Programme d'ajustement structurel (Pas) dans les années 1986-1987 avec un volet consacré aux départs volontaires à la retraite. Fatigués, méprisés et même piétinés, les enseignants votèrent massivement cette voie, croyant pouvoir refaire leurs vies. Mais là aussi des désillusions furent plus nombreuses que les réussites et à l'arrivée la donne produisit plus de dégâts que de retombées positives dans la mesure où les abords de certaines villes sont hantés de fous dont on dit qu'il s'agit d'anciens enseignants ayant choisi la retraite volontaire.
Les événements de mars 1991 firent renaître l'espoir en ce qui concernait l'école et les enseignants. Paradoxalement, depuis cette grande révolution populaire que l'école est reprise en main des enseignants professionnels (de 1991 à ce jour tous les ministres de l'Education sont des enseignants), elle est encore tombée plus bas qu'avant. Certes les enseignants, comme tous les autres fonctionnaires, ont enregistré de légères augmentations de salaire, mais globalement la situation est plus grise que reluisante.
Les Karamoko, des pédagogues confirmés, se montrent incapables de remettre l'école sur la bonne voie et du coup se couvrent de ridicule et apparaissent comme des farceurs ainsi que le pensaient les militaires de la période autoritaire de leur régime (1968-1978).
Facoh Donki Diarra
Acceuil
STADE/AS DOUANE EN LIGUE DES CHAMPIONS
Les Blancs prêts à jouer crânement leur chance
Les compétitions africaines débutent ce week-end pour nos équipes, notamment le Stade malien de Bamako. Les Blancs reçoivent, au stade Omnisports Modibo Kéita, l'AS Douane de Dakar. Ils se disent prêts à jouer crânement leur chance.
Le Stade malien de Bamako s'attaque à la Ligue africaine des champions ce dimanche face à l'un des deux représentants du Sénégal, l'AS Douane. Quant à l'ASB, elle se déplace à Freetown pour affronter le représentant de la Sierra Leone. L'ambition des Blancs est de se hisser dans la phase des poules de cette prestigieuse et lucrative compétition. Et pour ce faire, ils doivent franchir le cordon des douaniers de Dakar.
Ce qui dépend largement de leur prestation à domicile. S'ils veulent avancer dans cette compétition et surtout franchir le premier tour, les protégés de Mohamed Magassouba doivent prendre une avance confortable dimanche prochain. Lors de l'assemblée générale du club, le président Mahamadou Samaké « Sam » avait assuré que la direction s'est donnée les moyens d'atteindre ses objectifs dans la Ligue des champions. Il avait évoqué des renforts avec l'arrivée d'un nouvel entraîneur, Mohamed Magassouba, et de quatre joueurs expatriés. Sans compter que le club a récupéré l'essentiel de ses joueurs prêtés la saison écoulée. Avec des joueurs comme Amadou Diallo « Docteur » , Harouna Diarra… le Stade doit réussir son baptême de feu.
Toutefois, les Blancs doivent beaucoup se méfier des douaniers sénégalais récemment vainqueurs du tournoi « Gala des Africains » contre l'US Ouakam (1-0). Un atout psychologique non négligeable pour les employés de la gabelle sénégalaise.
L'ASB se déplace à Freetown pour la Coupe de la Confédération (Caf). Avec un début de saison satisfaisant, les protégés de Diofolo Traoré ne doivent pas avoir de grosses difficultés à sauvegarder l'essentiel avant le match retour de Bamako.
Moussa Bolly