Saïdi Mohamed Jamal, entrepreneur ivoiro-libanais, selon ses avocats, veut faire condamner l'éditeur du livre qualifié de brûlot sur le pouvoir du général Amadou Toumani Touré. Me Jacques Verges demande un million d'euros et 100 euros par livre vendu. L'avocat français s'était rendu à Bamako où il a tenu une conférence de presse en compagnie de deux autres confrères, Mes Harouna Toureh du Barreau de Bamako et Jean-Charles Tchicaya du Barreau de Paris.
Au cours de cette rencontre avec la presse, Me Verges a révélé le nom des témoins nommés par la partie adverse. Il s'agit d'Ibrahim Boubacar Kéita, président de l'Assemblée nationale du Mali, Moussa Balla Coulibaly, président du Conseil économique, social et culturel et président du Conseil national du patronat du Mali ; Jeamille Bittar, président de la Chambre de commerce et d'industrie du Mali et Amadou Boré, président de l'Ordre des architectes. Quatre personnalités de premier plan au Mali qui ont manifesté leur étonnement et leur refus de témoigner au procès de Paris.
Approché par nos soins, le directeur de L'Harmattan, Denis Pryen, tient à faire savoir son étonnement « face à la réaction de M. Jamal » en déclarant qu' « il y a plutôt d'autres personnes qui devraient attaquer » . Il demande « pourquoi M. Jamal ? » précisant que le livre « ATT-cratie, la promotion d'un homme et de son clan » est un ensemble de dossiers qui fait 140 pages et que « seulement 21 lignes concernent M. Jamal » .
A propos du refus de témoignage, M. Pryen déclare que les quatre personnes en question ont été « nommées » précisément en fonction de leur rôle sur le plan national et parce qu' « elles en savent quelque chose » . L'Harmattan préfère employer le terme « nommer » qui ne les oblige nullement à les approcher. De cette façon, le soin est laissé au juge de faire « citer » les témoins en question.
Précisant que le livre n'a jamais été officiellement commercialisé au Mali, il affirme cependant qu'il s'est bien vendu même si les chiffres restent secrets sur le tirage et le nombre d'exemplaires vendus.
L'homme qui dirige la maison L'Harmattan, affirme qu'en 35 ans d'existence, [Ndlr : la maison a été créée en 1975], L'Harmattan n'a jamais perdu un seul procès en diffamation et se fait un malin plaisir à ajouter « nous avons déjà gagné contre Me Verges » . Pour rappel, il s'agit du procès à propos du pavé « Mobutu et l'argent du Zaïre » dont l'auteur, Emmanuel Dungia était un ancien diplomate et un ancien agent des services secrets de son pays.
M. Pryen affirme que suite à la publication, il a reçu d'autres informations mais tente de rassurer en se faisant bonne conscience : « Ce livre n'est pas contre ATT, il pose véritablement le problème d'une nouvelle gouvernance » .
Acceuil
Un deal ATT-Saïdi ?
« Les Echos » a reçu, par l'intermédiaire de son éditeur, une réponse du Sphinx intitulé M. Saïdi aurait-il besoin d'un million d'euros ? Le document, n'a pu être authentifié car les auteurs du livre « ATT-cratie, la promotion d'un homme et de son clan » ont préféré l'anonymat total, François Manga Akoa, responsable du secteur Afrique à L'Harmattan, affirme qu'il est authentique mais déclare ne plus être en possession de la version électronique que nous avons demandée. Voici quelques extraits.
« Compte tenu de l'exactitude des informations concernant M. Saïdi, dans le livre, ce procès du promoteur immobilier, écrit-il, n'est qu'un ‘‘procès de forme et non de fond''. Par ce procès, le pouvoir, à travers Saïdi, cherche à jeter le discrédit sur le contenu du livre. La stratégie du clan ATT, est la suivante : attaquer le livre sur un aspect, à savoir le cas Saïdi, pour ensuite essayer de mettre en cause tout son contenu. En réalité, ce que le public ne sait pas c'est que M. Saïdi est en mission commandée qui fait suite à un deal qu'il a conclu avec le président ATT. Le deal consiste à arrêter toutes les actions de récupération des parcelles impayées de Saïdi par l'Agence de cession immobilière (ACI) dont le PDG, Yacouba Diallo, a été convoqué à cet effet juste avant son départ pour La Mecque par le président ATT. […]
M. Saïdi, sachez qu'une intervention du président ATT au niveau de l'ACI ou de la BHM ne vous rendra pas blanc, tant que vous ne payez pas ce que vous devez au Mali.
Messieurs du clan, il ne sert à rien de passer par les proches des employés de L'Harmattan avec de fortes sommes d'argent pour connaître le ou les auteurs de « ATTcratie… ». Cela montre que pour le régime ATT tout le monde est corruptible. On voit bien jusqu'où le pouvoir et ses thuriféraires peuvent aller dans la compromission.
Les avocats de l'entrepreneur Saïdi viennent d'animer une conférence de presse au cours de laquelle ils ont affirmé leur intention de laver l'honneur de M. Saïdi. Cette conférence est riche d'enseignement en ce sens qu'elle a dévoilé au peuple malien que ce procès dépasse la seule personne de M. Saïdi. En affirmant « qu'on ne doit plus impunément s'attaquer à un président ou à un entrepreneur, Me Tchicaya confirme le deal entre le président ATT et M. Saïdi.[…]
La médiatisation de la conférence des avocats de Saïdi par l'ORTM est une autre preuve que c'est le procès d'ATT contre L'Harmattan. Sinon pourquoi l'ORTM n'a pas fait état du procès de la BHM contre M. Saïdi qui a lieu le jour de la conférence des avocats de M. Saïdi ? Pourquoi ces derniers n'ont pas dit mot sur le procès opposant la BHM à M. Saïdi ? Ce procès donne encore une fois raison au Sphinx. […] »
[haut]
Acceuil
CONTRE LA MALTRAITANCE DES ENFANTS
Un nouveau programme TBP/BIT-Ipec
Pour consolider les acquis d'Ipec au Mali, le BIT et le gouvernement ont décidé de mettre en place un programme intégré de grande envergure destiné à éliminer les pires formes de travail des enfants. Le lancement de ce projet a eu lieu hier en présence de nombreuses personnalités, dont le Premier ministre.
Le lancement du nouveau projet d'Ipec-BIT/Mali jeudi à l'hôtel Sofitel revêt une importance capitale aux yeux des autorités maliennes et responsables du projet. La cérémonie était placée sous la présidence du Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga en présence de nombreux ministres, des représentants des institutions de la République et du corps diplomatique.
Selon le 2e rapport global sur le travail des enfants de l'Organisation internationale du travail (OIT) établi en mai 2006, le travail des enfants aurait reculé de plus de 11 % entre 2002 et 2006 dans le monde. Mais force est de reconnaître que le pourcentage d'enfants exerçant une activité économique en Afrique subsaharienne (environ 26 %) est actuellement le plus élevé au monde.
Ce nouveau projet dénommé « Projet d'appui à la préparation d'un programme assorti de délais pour l'élimination des pires formes de travail des enfants au Mali » TBP (Time Bound Programme), vise, selon le chef du gouvernement, à appuyer les pays dans la coordination des politiques, programmes et actions développés par les acteurs nationaux et internationaux pour prévenir et éliminer les pires formes de travail des enfants. « Ce projet permettra de soustraire 9000 enfants maliens des pires formes du travail des enfants, que ce soit au moyen de la prévention ou d'activités directes de soustraction et de réinsertion » a expliqué le Premier ministre.
Aux dires du directeur sous-régionale de l'OIT pour le Sahel Dramane Haïdara, le nouveau projet facilitera, pour le Mali, l'obtention de ressources humaines et financières nécessaires pour lutter à l'échelle nationale contre les pires formes de travail des enfants : en formant des liens solides avec des programmes de développement sectoriel et d'autres interventions de réduction de la pauvreté, en particulier, celle visant à améliorer les chances d'éducation pour tous et la formation professionnelle.
Le projet, financé par le département Américain du travail (USDOL), devra apporter un appui stratégique au gouvernement malien et autres intervenants de la société civile malienne dans leur effort de développement social durable et de protection effective des enfants.
Amadou Waïgalo
Acceuil
MECHAGE
Vœux et aveux
« Le Mali est un beau pays, le Mali est un riche pays » et ATT est grand président. Les messages de meilleurs vœux ont toujours été des moments où notre chef de l'Etat dresse le bilan, son bilan de l'année finissante. Et 2006, plus que les autres années, n'a pas dérogé à une tradition bien établie par le président de la République.
Derniers vœux d'un premier mandat, ATT est conscient que ses vœux pourraient être les derniers vœux tout court qu'il livre du haut de Koulouba à une Nation aux destinées duquel il préside depuis 2002. Raison pour laquelle, que ce soit du gouvernement à ses collaborateurs de la présidence en passant par son message à la Nation et aux forces vives entre autres, ATT n'a été avare ni de commentaires élogieux sur son parcours ni de promesses hardies pour les années à venir. Histoire certainement de déterminer les contours de sa prochaine campagne électorale sans être pour le moment candidat déclaré.
Ainsi, ATT a fait le tour de toutes les grandes réalisations enregistrées en 2006 : manne financière de la part des bailleurs de fonds le poussant lui-même à qualifier l'année 2006 d'exceptionnelle ; mécanisation de l'agriculture par l'acquisition de 560 tracteurs et accessoires suivant en cela ce qui constitue le fondement même de la Loi d'orientation agricole dont le pays s'est doté ; les nombreuses infrastructures routières dont le pont de Gao qui tracent de façon certaine les routes d'un développement durable pour le Mali ; l'or qui brillera et qui brillera encore plus fort à défaut de l'être pour tout le monde ; les logements sociaux qui tout en soulageant les bénéficiaires laissent la détresse dans ce domaine presque intact ; la gratuité des ARV qui fait du Mali l'un des cinq pays du continent à privilégier cette approche pour mieux lutter contre le Sida, etc.
Pour les promesses, le président ne s'est également pas retenu : troisième pont de Bamako ; 40 000 emplois dans les années à venir pour les jeunes ; « l'opération miracle » dans le domaine de l'ophtalmologie ; des infrastructures d'accueil pour le bénéfice des femmes et des jeunes ; une augmentation de l'indice des salaires qui passe à 300 francs, etc.
Mais, les Maliens qui sont habitués à voir leur président parler à longueur de journée durant les 12 mois de l'année ont plus retenu ce que nous qualifions d'omissions que la litanie des réalisations avec un air de déjà entendu. Ces omissions, volontaires ou non, sont à notre avis autant d'aveux d'impuissance.
Le premier de ces aveux concerne la situation dans le Nord de notre pays. Pas le plus petit mot sur un événement qui, de l'avis de tous les Maliens, est l'événement majeur de l'année écoulée. Le président le sait bien lui qui s'est retrouvé au centre de la gestion de la crise. Le pays a été victime de violences armées de la part de déserteurs de l'armée nationale ; il y a eu des morts ; il y a des accords qui ont profondément divisé les Maliens mêmes ; et pourtant le président n'a pas daigné en parler. L'occasion était bonne de faire le point et de replacer dans leur contexte ces douloureux événements qui n'ont fait que soulever encore une fois le mal développement de ces zones et de tout le Mali dans son ensemble.
Or, à la date d'aujourd'hui, personne ne sait ce qui prévaut réellement et de quoi demain sera fait. Ceux qui avaient été successivement taxés de rebelles, d'insurgés, de traîtres, d'assaillants sont malheureusement toujours retranchés dans leurs grottes qui leur servent de repaire imprenable. La question du cantonnement a certes connu un début de solution, mais le problème reste entier parce que personne ne peut dire que les armes dont la restitution demeure une condition fondamentale au retour de la paix seront rendues.
Le deuxième de ces aveux a trait aux élections. Le président a juste fait appel à plus de lucidité et à la préservation du socle de concorde sur lequel le pays est bâti. Dans l'absolu, c'est un appel à la raison par ces temps d'élections où justement la raison n'est pas la chose la mieux partagée. Mais pour des vœux à la Nation, le président aurait pu mieux dire. Il n'est un secret pour personne que 2007 a commencé depuis 2002 ; à la différence de taille que cette année nous y sommes vraiment et que tous ceux qui piaffaient d'impatience sont servis. Plus que tous les autres candidats connus mais non encore déclarés, ATT est le premier concerné.
Contrairement à la retraite qu'il a prise comme militaire en 2002 pour pouvoir se hisser à Koulouba, cette année il y en a qui sont résolus à ce qu'il contracte une retraite définitive qui lui ferait prendre le chemin inverse. Mais, au-delà de sa personne, tout président sortant qu'il est, il aurait pu profiter des vœux pour appeler chacun au-devant de ses responsabilités : partis politiques pour une meilleure mobilisation afin d'endiguer le dépérissement de notre jeune démocratie en rehaussant un taux de participation qui n'a jamais été vraiment très élevé mais qui a la fâcheuse tendance à se rétrécir comme une peau de chagrin ; structures chargées de l'organisation matérielle afin qu'il y ait sinon des élections propres du moins des élections apaisées dont les résultats pourront être acceptés par tous les protagonistes ; les Maliens pour que tous participent aux élections qui devraient être une fête citoyenne afin que chacun, par son bulletin de vote, indique son choix et la voie à suivre et surtout qu'après personne ne dise « si je savais » parce que chaque voix compte.
Le troisième de ces aveux concerne l'école. ATT a évoqué les ressources financières mises à la disposition de ce secteur et de bâtiments qui ne sont pas encore sortis de terre. Et c'est tout. Or, au même moment il n'y avait pas d'école. Pas à cause des vacances de Noël. Non. Parce que les élèves, toutes catégories confondues, s'étaient librement attribués une semaine de vacances avant les dates officielles et une semaine après. Pis, l'enseignement supérieur est en cessation de cours à cause d'une grève illimitée déclenchée par le syndicat de ce secteur.
A la date d'aujourd'hui, rien ne montre une quelconque décrispation de la tension à ce niveau. En plus, il aurait fallu jeter un regard critique sur le pacte pour une école apaisée et performante. Il aurait été loisible pour le président que pour la paix, celle qui prévaut à l'école frise la paix des cimetières et que pour la performance on pourrait toujours continuer à prendre nos vessies pour des lanternes. Alors même que nous avons un professeur à la tête de ce département sensible. Avec lui, l'école en a vu de toutes les couleurs : fraude massive lors des examens ; admissions au bac d'élèves à la carence notoire avec des moyennes de 5, voire 3 ; chevauchement des années scolaires et sans vouloir remuer le couteau dans la plaie on a même enregistré la mort d'un étudiant suite à des violences pour la première fois depuis les événements de mars 1991. La liste est longue. Un tel malade, qui se trouve même dans l'incapacité de faire de convulsions qui sont souvent signe de vie, mérite plus et mieux.
Le quatrième des aveux se rapporte à la lutte contre la corruption. Pas un seul mot sur un fléau qui a hélas gagné en ampleur depuis 2002. Le président ATT avait toutes les raisons d'en parler et cela pour au moins deux raisons. Primo, c'est sur son initiative personnelle qu'un Vérificateur général a été nommé afin d'aider à une meilleure gestion et à plus grande transparence. Secundo, le Vérificateur a produit en 2006 son premier rapport. Ce qui aurait pu être un bon prétexte pour ATT de faire une incursion dans les jardins secrets de la corruption, la petite comme la grande. Mais il a préféré le mutisme le plus total.
Il sait pourquoi et les Maliens aussi. Parce que c'est pendant ces quatre ans que le vice s'est drapé dans des accoutrements d'arrogance et de suffisance pour traquer la vertu. Les scandales sont plus gros les uns que les autres. La corruption a atteint un stade d'industrialisation et de perfectionnement tel qu'elle est devenue un monstre qui sévit à tous les niveaux, à tous les étages de la République et qui prospère dans le proche entourage d'ATT. Et comme malheureusement on n'en parle même plus, hormis les journaux, elle a tendance à être une norme. Or ATT sait qu'en 2002 l'un de ses engagements concerne la lutte contre la corruption. Parallèlement à la corruption, le népotisme, le trafic d'influence et les passe-droits ont pignon sur rue.
Le cinquième aveu concerne la pauvreté qui constitue un des points cardinaux des engagements d'ATT. Il est certes difficile de lui faire le reproche d'avoir passé sous silence le rapport du Pnud qui n'est pas à l'avantage de notre pays. Mais la vérité est que nous sommes un pays que les partenaires aident à cause de cela. Il aurait fallu, même si ATT devait taire les chiffres d'une pauvreté grandissante, rappeler que la lutte engagée contre cette situation est longue et de tous les instants. Des Maliens pauvres, qui courent derrière la pitance quotidienne, auraient pu certainement prêter une oreille attentive ; des Maliens pauvres qui ne disposent pas de l'eau potable, qui peinent à se faire soigner et à inscrire leurs enfants à l'école auraient pu prêter crédit à leur président.
Le dernier aveu , pour la route, concerne le drame de l'immigration et la situation de nos compatriotes vivant à l'extérieur. Ce qui s'est passé à Ceuta et Melilla est encore frais dans la mémoire où on a tiré à balles réelles sur de pauvres candidats à l'immigration fuyant la situation d'hères dans laquelle ils sont réduits faute de perspectives meilleures. ATT connaît bien la frustration de nos compatriotes vivant à l'extérieur dont certains ne lui pardonnent pas d'avoir accueilli pour ne pas dire cautionner Sarkozy et sa nouvelle loi sur l'immigration choisie qui lui permet de s'adonner à un sport qui lui est devenu familier : enchaîner et expulser le premier Malien attrapé.
On ne peut passer sous silence le sort qui est fait aux Maliens vivant en Côte d'Ivoire. C'est vrai que le président a mal vécu l'épisode de l'après-sommet d'Abuja où il a été accusé de servir les intérêts de Gbagbo. Mais il est indéniable que la crise qui sévit chez nos voisins depuis 2002 de façon permanente a occasionné la mort de certains Maliens, la spoliation de leurs biens mobiliers et immobiliers, l'extorsion de leurs fonds, etc. Ils vivent dans ce pays la peur au ventre et dans l'humiliation. Une situation qui a perduré à cause de la mollesse de notre diplomatie qui nous oblige à présenter des excuses même quand les victimes sont nos compatriotes.
Le président de la République n'est pas le seul à avoir fait des vœux et des aveux. On a entendu le président de l'Assemblée nationale avec son « 2007 et après ? ». Sujet de dissertation selon ATT, la question pourrait revêtir de vrais contours existentiels pour le Mali quand on voit le chemin que certains voudraient lui faire emprunter. On a entendu le président de la Cour constitutionnelle déplorer la faiblesse des taux de participation aux élections et de promettre son arbitrage conformément à la loi. Il a dû entendre toutes les critiques concernant les élections de 2002 ; critiques à peine déguisées du RPM qui clame urbi et orbi qu'on l'a spolié de sa victoire et que cette année il ne se laisserait pas faire. On a entendu également le président du Conseil économique, social et culturel discourir sur la liberté avec des flèches particulièrement assassines décochées contre la presse et la magistrature.
Mais de tous , c'est le président de l'Adéma qui remporte la palme. Son vœu étant connu depuis quelque deux ans déjà : faire élire ATT au premier tour, Dioncounda vient de faire des aveux de taille. Pour faire passer la pilule d'un soutien à ATT auprès de militants qui l'acceptent de plus en plus mal en l'absence d'arguments qui tiennent la route, Dioncounda a déclaré que c'était soit cela ou la prison et les mutations arbitraires. C'est à peine une caricature de ses propos parce qu'il a affirmé que si l'Adéma n'avait pas soutenu ATT, d'autres partis l'auraient fait avec pour conséquence d'avoir sur le dos l'Administration, la Justice et la Sécurité d'Etat.
Bel aveu d'impuissance ; terrible aveu de culpabilité venant du premier responsable du parti qui a géré le pays dix ans durant. Comme diraient les juristes, les militants de l'Adéma disposent d'un élément nouveau à verser au dossier. Ainsi pour couvrir sa fuite… de responsabilité, Dioncounda n'hésite pas à livrer en pâture tout un parti donnant l'impression que ceux qui avaient géré en son nom ne sont qu'une vulgaire bande de délinquants obligés soit de composer avec ATT soit d'aller croupir dans une bourgade perdue quand ce n'est au fond d'une cellule de prison. L'argument est pour le moins léger.
Si c'est vrai, cela n'aide pas un peuple que certains tentent de persuader que les hommes politiques sont tous pareils et qu'ils sont à se couvrir les uns les autres. Il est vrai qu'en regardant le lot de ceux qui s'agitent avec frénésie à soutenir ATT au niveau de l'Adéma il y a de quoi susciter la curiosité des juges, surtout après ce que Dioncounda vient de déclarer.
On ne pourrait pas clore sans parler du déficit de dialogue social. L'illustration la plus parfaite nous a été donnée à la faveur du bras de fer entre le gouvernement et l'UNTM. De janvier à décembre 2006, même l'implication personnelle d'ATT n'a pas pu faire évoluer les positions. Raison pour laquelle quand il a annoncé dans son message à la Nation l'augmentation de la valeur de l'indice, Siaka Diakité de l'UNTM a réagi au quart de tour.
En effet, il a déclaré que ce n'était pas un cadeau, mais que c'était le fruit d'une haute lutte où ils ont dû se battre pied à pied jusque dans la première quinzaine du mois de décembre quand ils ont été obligés de sortir la menace d'une grève. Or, il semble que cette menace est toujours d'actualité parce qu'il se dit que l'UNTM est en train de faire la revue de ses troupes. On ne sait jamais, on peut tout obtenir en année électorale.
El hadj TBM
Acceuil
CHAMPIONNAT NATIONAL DE FOOTBALL
Bamako théâtre de la seconde journée
Lors de la première journée du championnat national, les petites écuries ont tenu la dragée haute aux outsiders. En sera-t-il de même lors la 2e journée qui a débuté hier ?
Bamako, notamment le stade Omnisports Modibo Kéita sera le principal théâtre de la seconde journée du championnat national de football. En effet, seul le Stade malien de Bamako se déplace à Koulikoro pour affronter le néo-promu, le Club sportif Duguwolofila. Cette rencontre aura lieu demain. Cette équipe est sans doute requinquée par son début prometteur contre l'ASB (0-0) lors de la première journée.
Mais, face à l'équipe championne en titre, la tâche ne sera pas du tout aisée pour le CSD. Surtout que l'autre formation koulikoroise, l'AS Nianan, a été écrasée (0-4) par les Blancs qui n'entendent certainement pas se compliquer la tâche avant de rencontrer des favoris ou des outsiders comme le Djoliba, le COB ou l'Association sportive de Bamako (ASB).
Cet après-midi, le Djoliba affronte le Sigui de Kayes. Difficile vainqueur de l'AS Bakaridjan à Ségou (2-1), les Rouges auront à cœur non seulement de s'imposer, mais surtout de soigner leur goal average face à des Kayésiens qui connaissent un début saison difficile comme d'habitude.
En seconde heure, le Centre Salif Kéita (CSK), vainqueur du Sigui à Kayes lors de la 1re journée, va essayer de confirmer face à l'autre néo-promu, l'Association sportive de Korofina (Asko). Cette jeune formation avait réussi la prouesse de tenir le COB, le dauphin du champion 2006, en échec (0-0). C'est dire que les Domingo Boys doivent prudemment aborder cette rencontre s'ils veulent éviter toute surprise désagréable.
Le COB va tenter de se racheter face au Stade malien de Sikasso, vainqueur (1-0) de l'AS Réal au Stade Babemba Traoré. Une rencontre indécise entre un favori qui a du mal à trouver ses marques et une jeune formation qui a réussi, la saison écoulée, à se maintenir à la surprise de beaucoup d'observateurs.
En tout cas les Verts du président Moussa Konaté n'ont plus droit à l'erreur s'ils veulent jouer les premiers rôles dans le championnat comme la saison dernière. Avant cette rencontre, la Commune II va affronter le Nianan.
Cette seconde journée a débuté hier jeudi avec les oppositions Usfas-AS Réal de Bamako et Association sportive de Bamako-AS Bakaridjan. Deux rencontres indécises en ce début de saison où les petites écuries résistent souvent aux outsiders.
Moussa Bolly
Acceuil
DOSSIER MENDICITE DEGUISEE
Ces mendiants en col blanc
De plus en plus de personnes que l'on ne saurait soupçonner de tendre la main trouvent des arguties et écument les bureaux. Une vraie opération de collecte de fonds quotidienne qui nuit aux paisibles employés.
La mendicité est le fait de demander l'aumône, don, charité… Le terme décrit soit l'action soit la condition de celui qui y fait appel et ses formes sont variées (à la porte des lieux de cultes, dans les lieux de rassemblement). Au Mali, certains ont développé un vrai marketing en la matière, avec l'utilisation d'enfants pour apitoyer.
Les mendiants sont innombrables, de tous sexes et de tous âges. Des vieux lépreux aux pauvres enfants exploités, la communauté est sans cesse sollicitée par de pauvres gens sans ressources. Pour qui connaît la pauvreté du pays et de ses habitants (57 % de la population, chiffre officiel), on peut aisément comprendre l'extrême dénuement de cette frange miséreuse de la population. Plusieurs éléments peuvent expliquer ce nombre de mendiants, qui croit de façon exponentielle.
Cependant, et de plus en plus, une nouvelle race de mendiants fait surface : des quémandeurs en col blanc qui écument les bureaux et les lieux de travail. La plupart du temps, c'est de vieilles connaissances qui passent juste pour dire « bonjour » , mais qui se souviennent qu'elles manquent de frais de Sotrama pour rentrer. Des aînés qui, dans d'autres vies, attendraient que vous leur présentiez vos respects, se déplacent pour vous voir, avec, bien sûr, une arrière-pensée bien facilement décelable. Et quand vous avez la réputation de « pingre » , on s'arrange pour apporter un problème social nécessitant une contribution de votre part.
A ce jeu, la palme revient aux femmes. Il y a en qui ont établi des listes et qui se promènent de bureau en bureau avec des arguties, mais qui rançonnent tout et tout le monde sur leur passage. Il y a également celles qui ne vous connaissent pas, mais qui viennent, parce qu'un enfant est hospitalisé, un mari est décédé, le tout dans un argumentaire à faire pleurer un caillou. Mais, au finish, rien.
Conséquence de la misère ambiante et générale ou expression d'une perte de morale ou d'une surexploitation de notre prédisposition naturelle à l'entraide ? Toujours est-il que le phénomène prend des proportions considérables, ce qui explique d'ailleurs la présence, de plus en plus, de vigiles à la porte de toutes les structures, juste pour décourager les visiteurs indésirables.
Alexis Kalambry
Acceuil
FILLE ET MENDICITE
La méthode Kadi
Pour Kadi, une jeune fille canon, inutile de faire un long discours pour hériter de quelques billets craquants. Avec ses yeux revolver, ses dents d'une blancheur immaculée et son look « in »… le tour est vite joué.
Elle s'appelle Kadi. Elle possède tous les canons de la beauté de la dernière génération et ne passe donc jamais inaperçue. Depuis un bon moment, cette jeune lycéenne a développé une méthode pour soutirer de l'argent, même aux adeptes de « l'Avare » de Molière.
Ce système qu'elle a bien voulu nous expliquer consiste à aller voir de grands patrons à leurs bureaux pour simplement leur dire « bonjour » . Pas n'importe quel patron et pas n'importe comment. Car elle le fait toujours après avoir pris les renseignements sur « sa proie » (sa vie privée, ses amis, ses préférences et même ses plats préférés).
Ensuite, Kadi cherche un rendez-vous qu'elle arrange le plus souvent avec la secrétaire. Le jour « j », témoigne-t-elle, « je me mets dans ma peau de femme, c'est-à-dire celle qui attire sur elle tous les regards, uniquement avec mon look. Tu sais, certains hommes n'aiment regarder que par derrière et ce n'est pas ce qui manque en moi ». « Donc , poursuit-elle, quand je rentre dans le bureau du patron, j'expose mon problème, du tout et de rien quoi quand c'est ma première fois de rencontrer la personne. Mais, lorsque je connais déjà la personne, je dis simplement que j'étais de passage et que c'était un bonjour. Et le plus souvent, ils comprennent le message » .
En clair, le « bonjour » de Kadi n'a d'autres significations que « dalaguéribou » des mendiants. Si ces derniers ne récoltent souvent que des restes d'aliments ou des jetons rouges, Kadi, elle, ressort des bureaux climatisés ou des boutiques avec des billets craquants ou des tickets de carburants pour sa Jakarta, fruit elle aussi d'un simple bonjour ou bonsoir. « Ce n'est pas élégant de réclamer directement de l'argent à un homme. Il faut faire en sorte qu'il comprenne à travers ton regard, tes gestes, ta façon de parler ce que tu attends de lui. Pour moi, cela n'est pas de la mendicité mais une manière de femme, un don que Dieu a octroyé à la femme » , se défend-elle.
De bureaux en bureaux, la jeune fille affirme avoir déjà rencontré une vingtaine de patrons qui auraient presque tous mordus à l'appât. Une moto, une garde-robe assez bien garnie, une tirelire tout aussi fournie, la méthode a déjà apporté gros. Mais Kadi ne veut pas s'arrêter en si bon chemin, « l'argent facile ne se refuse pas » , tel semble être son slogan.
Dans son carnet d'adresse, des noms et des contacts de nombreuses « proies » potentielles qui ne tarderont, certainement pas, à recevoir son « simple bonjour » .
Sidiki Y. Dembélé
Acceuil
MENDICITE
Qu'est-ce qui pousse des gens à mendier ?
Difficile d'épiloguer sur les facteurs encourageant la mendicité car il serait même utopique de le faire. Cela équivaudrait à accomplir les douze travaux d'Hercule.
La mendicité est vue par certains comme un phénomène sociologique. Elle fait partie de ces nombreuses pratiques tolérées par nos us et coutumes. La mauvaise interprétation que d'aucuns font de la religion musulmane pratiquée par 80 % de la population malienne en est l'un des facteurs encourageants.
La religion musulmane comme toutes les autres religions monothéistes recommandent à leurs fidèles de donner l'aumône aux nécessiteux. « En donnant l'aumône aux pauvres, on en donne à Dieu qui pardonnera tous vos péchés et vous paiera par conséquent au jour du Jugement dernier » , expliquent des érudits du saint Coran, de la Bible et de la Torah, etc.
Sur les préceptes des écritures saintes, certains ne cherchent plus loin. Le premier à demander l'aumône est le premier servi. Il y a un réconfort moral en cela pour certains des mécréants, qui pensent que c'est un geste qui les sauvera à l'au-delà. Ces derniers ne tiennent même plus compte des garde-fous ou du moins des précautions à prendre pour distinguer un vrai mendiant d'un vrai faux.
Complicité passive
Selon des prêcheurs, « seul l'individu qui ne peut assurer son quotidien a des excuses pour mendier » . Pourtant dans la pratique, des mendiants professionnels écument les rues de Bamako ou s'attroupent devant des feux de signalisation tous les jours au vu et au su de tous.
A en croire un responsable de la direction nationale de l'action sociale, « en passant tous les matins et cela pendant un mois pour remettre un billet de 10 000 F CFA à une des vieilles mendiantes d'un feu tricolore, on trouvera la même personne sur place aussi longtemps que l'opération va durer » . Cela dénote de l'ancrage du phénomène dans notre société. Tout le monde devient en même temps complice passif du phénomène puisque chacun laisse faire en pensant que c'est bien normal.
Cette complicité passive de la société est à l'origine de la persistance de la mendicité. Elle a tendance à devenir une véritable entreprise pour ses adeptes. Nos campagnes se vident de leurs bars valides, qui préfèrent s'installer dans les grandes villes.
N'ayant aucune autre qualification, ces campagnards sous prétexte que l'hivernage n'a pas été bon, trouvent refuge dans la cité où ils jugent la nature plus clémente et les gens trop généreux. En demandant l'aumône, certains d'entre eux ne savent même pas prononcer le nom du bon Dieu. On sent que c'est juste pour avoir quelques piécettes qu'ils font ce métier.
A l'instar de certains pays qui ont intégré dans leurs législations des mesures visant à réprimer les faux mendiants, les autorités nationales doivent en faire de même. Sinon, il ne reste qu'à voir des fonctionnaires franchir le Rubicon, si ce n'est déjà fait.
Abdrahamane Dicko
Acceuil
MENDICITE DEGUISEE
« Entrave à la liberté de travail »
Passer dire bonjour à un parent ou un ami est une valeur sociale. Mais, le phénomène a pris une autre allure ces dernières années. Aujourd'hui, à côté du bonjour traditionnel, il existe ce que l'on peut appeler le « bonjour politique ».
En raison de la conjoncture, les gens préfèrent se promener pour, dit-on, « aller tenter leur chance ». Mais en réalité, certains font le porte-à-porte à la recherche du quotidien sous prétexte d'une visite de courtoisie.
En général, ils se tirent d'affaire avec un ticket d'essence ou un billet de banque que leur glisse la personne visitée. A défaut, elle prend une promesse consistant à dire au visiteur de repasser tel ou tel jour.
D'autres, pour échapper à ces indésirables, ont trouvé la bonne formule. Ils affichent à l'entrée de leur bureau ou au secrétariat une note dont le libellé est le suivant : « Rien n'ennuie davantage ceux qui travaillent que la présence de ceux qui ne font rien » . Ce message n'est autre qu'un avis à l'attention du visiteur indésirable. Cependant, il ne produit d'effet que pour quelqu'un qui sait lire et comprendre les choses.
De l'avis de certaines personnes, la mendicité déguisée est favorisée par les personnes visitées qui, à leur avis, devraient leur tenir le langage de la vérité en disant par exemple que le service est un lieu de travail où la visite à tout bout de champ n'est pas forcément une bonne chose.
En tout état de cause, la mendicité déguisée n'est pas une infraction à la loi pénale. Selon Me Boubacar Soumaré, avocat à la Cour, elle constitue tout simplement « une entrave à la liberté de travail » .
Mohamed Daou
Acceuil
PERCEPTION
Les religions condamnent
Le devoir de solidarité, de partage, occupe une place de choix parmi les obligations des musulmans comme des chrétiens. Dans les textes sacrés, de nombreuses pages y sont consacrées. En tant que croyant, nous sommes invités et même fortement incités à faire un acte de charité et défendre les faibles contre les plus forts.
Mais, aujourd'hui, la réalité est tout autre dans nos sociétés. La mendicité est presque devenue un métier, car elle n'est plus pratiquée par les seuls démunis et handicapés physiques, mais par des vrais prédateurs déguisés qui vont de bureau en bureau pour rançonner de paisibles citoyens.
Les religions chrétienne et musulmane sont unanimes pour dire que cette forme de mendicité encourage la fainéantise et le parasitisme, comportement qu'elles condamnent.
Selon Daouda Dia du bureau des ulémas de l'ORTM, la religion musulmane condamne la mendicité sous ses formes perverties. « L'islam n'aime pas la mendicité. Selon les hadiths, à la différence des malades sans soutien, tout homme doit vivre à la sueur de son front », dit-il.
La religion chrétienne est moins souple sur la question car n'accorde aucune tolérance à aucune forme de mendicité. Aux dires du père Alain Fontaine du Centre foi et rencontre, le christianisme prône surtout la solidarité, c'est ainsi qu'il fera référence à la célèbre déclaration du pape Jean-Paul II qui disait que « Le nouveau monde de la paix, c'est la solidarité » .
Amadou Waïgalo
Acceuil
CE QUE J'EN SAIS
La quête violée
La mendicité se fait de plus en plus présente, de plus en plus pressante. Est-ce un acte désespéré, une manière de vivre, de se faire du blé, une ultime tentative de préexistence sociale, un pis-aller pour compenser les faiblesses d'un système impuissant à réguler les inégalités sociales ? Voilà des questions qu'on ne peut s'empêcher de se poser face à l'ampleur que prend ce fléau. Ce qui est sûr, c'est que cette quête de la générosité et de la solidarité des autres est de plus en en plus violée par des individus sains qui en profitent pour vivre aux dépens des autres.
Jadis, on était mendiant par nécessité absolue. Et les mendiants ne couraient pas les rues comme de nos jours. La mendicité était surtout pratiquée par les handicapés et surtout les talibés. Elle était une partie essentielle de leur éducation. Notamment du temps de la dîna d'Hamdallahi.
Cette pratique aurait été expérimentée en premier lieu par Cheick Amadou dit « Macina Sékou » , un érudit qui a quitté le Macina pour s'installer à Mopti avec ses talibés. Pour lui, c'était une manière de rendre accessible l'éducation coranique à tous les enfants sans distinction sociale. Il avait, en effet, constaté que seuls ceux qui pouvaient supporter les charges de nourriture... envoyaient leurs enfants dans les écoles coraniques. Les autres enfants en étaient privés parce que leurs parents n'avaient pas les moyens. « Macina Sékou » a ainsi institué cette règle, basée sur les valeurs sociales et religieuses comme la solidarité et la générosité, pour permettre à tous les enfants de pouvoir bénéficier de son éducation coranique.
Dans de nombreuses localités, la mendicité est considérée comme une manière d'éduquer, d'apprendre à l'enfant qu'il n'est rien sans ses semblables et surtout lui apprendre l'importance de la solidarité dans une société. Mais, aujourd'hui, elle est devenue une manifestation vicieuse de la pauvreté et la conséquence d'un certain matérialisme chez les gens.
Le système éducatif a été détourné et, souvent, les élèves passent la grande partie de la journée à mendier pour leur maître au lieu d'étudier. Les enfants passent plus de temps dans la rue qu'à étudier. Et ce sont les marabouts qui tirent les ficelles d'une vraie exploitation des enfants déguisée en mendicité.
Et comme nous le confirme un prêcheur, « la mendicité n'est pas condamnée par l'islam. Mais, il est condamnable d'en faire une exploitation économique en laissant des enfants courir entre les voitures à longueur de journée. Comme le craint notre maître coranique. Ces enfants ne peuvent pas être bien éduqués comme les autres et comme l'exigent l'islam » .
Aujourd'hui, la mendicité est devenue une activité florissante dont vivent des familles qui louent leurs enfants. La mendicité déguisée se manifeste dans tous les bureaux. Faites un tour dans certains services. Les responsables sont assaillis à longueur de journée par des fainéants ou des prostituées qui vivent de cette façon de soutirer de l'argent aux gens.
Une solution de facilité qui charme plus de jeunes filles, voire de femmes mariées, un diplômé sans emploi… qui ne font généralement rien pour vivre à la sueur de leur front. Ce qui fait qu'en réalité, il y a plus de faux mendiants que de vrais. On comprend alors aisément que le fléau ne cesse de prendre de l'ampleur !
Moussa Bolly
Acceuil
EPILOGUE
Les mendiants en bazin
La population malienne est majoritairement musulmane et tolère la mendicité lorsqu'elle est fondée, c'est-à-dire lorsque le mendiant en face est un talibé ou un homme diminué physiquement et incapable de travailler. Même dans les sociétés rurales sommairement islamisées ou dans les communautés chrétiennes minoritaires, le phénomène n'est pas trop condamné. Mais la ville, sans doute parce qu'elle est plus fortunée que la campagne, est plus large envers les mendiants et plus solidaire que le village qui se cherche, faute de moyens.
Au village, à cause du contexte de pauvreté générale, les gens donnent peu aux mendiants, à tel point que les infirmes, réduits à l'état de mendiants, n'osent pas faire le porte-à-porte pour demander secours et assistance, mais attendent sagement chez eux les bonnes volontés qui veulent bien leur venir en aide. De la sorte, beaucoup d'indigents et d'impotents des campagnes n'ont d'autre solution à leur malheur que de courir vers la grande ville pour y promener leur handicap et avoir droit à une vie décente.
Les grandes villes sont donc remplies de mendiants professionnels qui encombrent, jours ouvrables comme jours non-ouvrables, les grands boulevards, les devantures des magasins et naturellement celles des mosquées. Il y a même des rond-points qui leur appartiennent et il ne faut pas s'aviser de leur manquer de respect à ces endroits sinon, subitement devenus agressifs, ils vous montrent qui ils sont. D'autant que la loi malienne ne réprime pas la mendicité et que la culture islamique, bien installée en ville, aide le phénomène à y prospérer.
Mais depuis quelques années est apparue dans nos grandes villes une autre forme de mendicité d'autant plus surprenante qu'elle émane de certains princes d'hier, de gens qui, il y a seulement quelques années, taxaient les mendiants de fainéants et les renvoyaient avec des coups de pied dans le derrière.
Il s'agit d'anciens fonctionnaires ou même d'officiers de la police ou de la gendarmerie ayant, d'aisance, dansé autrefois sur la lune, mais qui, maintenant rattrapés par le dénuement sont redescendus à terre et, au contact des chaudes réalités de la retraite, ont perdu de leur superbe au point d'accepter de mendier. Il s'agit aussi de tous ces fonctionnaires et conventionnaires qui n'ont pas su préparer leur retraite et qui, cette échéance arrivée, se sont vus obliger de se débrouiller aux dépens de leurs camarades et connaissances.
Les travailleurs se plaignent aussi de ces belles dames bien mises qui font le tour des grands services, notamment de ceux où l'argent se travaille, avec à la bouche des arguments fallacieux comme le mari en chômage, un enfant malade avec des ordonnances à acheter ou tout simplement la menace de l'expulsion si les loyers en retard ne sont pas payés. Il semble que tous les gens bien habillés, en costume ou en grand boubou bazin, ne sont pas tous des travailleurs en activité et ne vont quotidiennement dans les bureaux que pour indisposer leurs anciens collègues avec leurs demandes incessantes de services. Ce phénomène de mendicité des cols blancs est devenu si rampant que dans les services, dès qu'on voit arriver certains individus, c'est la ruée vers les portes pour se cacher ou pour souffler à la secrétaire qu'on est absent alors qu'on est enfermé là-dedans.
La vie est devenue si chère que les salaires ne suffisent plus à boucler les mois, à plus forte raison la pension trimestrielle. Même quand celle-ci est devenue mensuelle comme c'est le cas maintenant, les problèmes matériels et financiers des retraités n'ont pas été pour autant résolus dans la mesure où la modicité des pensions de retraite fait que celle-ci est devenue synonyme de misère économique.
Toutefois, certains travailleurs sont plus exposés à cette mendicité que d'autres. C'est bien connu que les enseignants et les médecins, jusqu'à une date récente, n'avaient pas de problèmes dans la retraite, n'ayant eu à gérer que leur seul salaire dans toute leur carrière. Mais, les travailleurs des grands services liés aux finances comme la douane ou les impôts, quand ils vont à la retraite, ne peuvent plus soutenir leur ancien train de vie et sont obligés de se rabattre sur la solidarité des anciens collègues qu'ils rançonnent systématiquement. Dans cette situation économique dramatique, certains perdent tout, même les jolies femmes conquises avec l'argent facile et qui ne s'attendaient pas à cette dèche. D'autres aussi liquident en larmoyant tous les biens précieux acquis à prix d'or : costumes, meubles, engins mécaniques et même les titres fonciers.
Cette période est rude aussi pour les officiers de la police et de la gendarmerie et de façon générale tous les agents habitués à l'argent facile. Parce que dans un contexte de grande corruption comme le nôtre, certains services permettent au travailleur de s'enrichir facilement et rapidement. Il en va aussi de tous les corps habillés dont les agents bénéficient de revenus hors salaire pouvant tripler, voire quadrupler, leur traitement mensuel.
En définitive, la bonne santé socio-économique d'un pays se voit aussi au train de vie de ses retraités ; lorsque ceux-ci sont quasiment transformés en néo-mendiants, le pays n'est pas écroulé, mais il se tient mal sur ses jambes.
Facoh Donki Diarra