Sur un budget de 4 846 870 300 F CFA, seuls 800 millions sont tombés dans la cagnotte de la Céni, ce que déplore l'institution qui souhaiterait qu'au 31 janvier 2007 elle dispose d'au moins de 3 milliards.
La rencontre entre les membres de la Céni et les médias nationaux, hier, avait pour objectif de faire le bilan des activités de cette institution depuis son installation le 29 septembre 2006.
Selon son président Fodié Touré, dès son installation, la Céni a procédé à l'élaboration de son règlement intérieur, son budget de fonctionnement et à l'établissement d'un programme minimum d'action sur trois mois. Pour l'exécution de ce programme, l'institution, chargée du suivi et de la supervision des opérations électorales, a bénéficié d'une avance budgétaire le 1er novembre, date de démarrage de ses activités.
A la date du 11 janvier 2007, a indiqué Fodié Touré, tous les démembrements de la Céni tant à l'intérieur (703 communes, 49 cercles et le district de Bamako) qu'à l'extérieur sont installés. Aux termes de ces missions effectuées, 4518 agents de suivi et de supervision sur le territoire national et 222 agents à l'extérieur ont été désignés.
A en croire le président de la Céni, l'institution vient d'adopter un nouveau chronogramme, une sorte de feuille de route, couvrant la partie concernant l'élection présidentielle ; à savoir : la gestion du fichier électoral, la prise des actes préparatoires des élections, la gestion des cartes d'électeurs, la campagne électorale, les scrutins, la centralisation, la transmission et la proclamation des résultats.
Dans la mise en œuvre de sa feuille de route, la Céni va entreprendre dès la semaine prochaine de missions à l'intérieur pour s'assurer du fonctionnement de ses démembrements.
Au cours de ses entretiens avec la presse, les inquiétudes des membres de la Céni ont surtout porté sur la lenteur de décaissements des montants à elle destinés pour l'exécution des taches à lui assignées. Sur un budget de 4 846 870 300 F CFA, seuls 800 millions sont tombés dans la cagnotte de la Céni, ce que déplore l'institution qui souhaiterait qu'au 31 janvier 2007 elle dispose d'au moins de 3 milliards.
Les membres de la Céni, qui imputent ce retard à l'hôtel des finances, se disent optimistes quant à l'exécution correcte des activités dans les prochains jours. Pour Fodié Touré, la Céni entend jouer pleinement son rôle de supervision et de suivi de scrutin.
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LES EVENEMENTS SPORTIFS EN AFRIQUE
Un catalyseur du développement
Le sport, par l'organisation d'événements sportifs, donne souvent une impulsion dynamique au développement socioéconomique des pays pauvres. C'est ce que le président Alpha Oumar Konaré avait sans doute compris en donnant sa caution à la candidature du Mali pour l'organisation de la 23e Coupe d'Afrique des nations (Can) de football. Et ce démocrate visionnaire n'a pas eu tort.
Le sport confère à l'Afrique une audience internationale qu'elle ne peut encore acquérir dans d'autres domaines. Mais, les interprétations de ce phénomène restent très divergentes. Pour les uns, les relations dans le domaine sportif renforcent, au-delà de certaines apparences, la domination des pays riches. Pour d'autres, ces relations laissent une marge de manœuvre non négligeable que les Etats peuvent utiliser.
Les centaines de compétitions internationales qui sont organisées chaque année intéressent majoritairement les pays développés. Selon une étude menée à l'Université de Besançon (France), 96 % des rencontres s'effectuent dans les 30 pays les plus riches, les 10 premiers organisant 63 % des épreuves. L'Afrique, on l'a vu, n'en organise pas moins trois compétitions de football de haut niveau, qui ont entraîné la construction de grands stades.
Le mouvement a débuté en Egypte, en raison de l'influence anglaise, puis de la volonté du président Nasser qui s'est engagé dans une politique ambitieuse d'équipements visant à favoriser l'essor d'un panafricanisme sportif. La seule ville du Caire offre, dans une dizaine de stades, plus de 300 000 places au total. Le Stade international du Caire en propose à lui seul 100 000.
Trois autres capitales : Lagos, Luanda et Alger, disposent d'enceintes de plus de 80 000 places, alors que Casablanca, Rabat et Dakar sont dotées de stades de 60 000 à 70 000 places. Il reste encore une dizaine de villes, dont Abidjan, Douala, Yaoundé, Kinshasa et Brazzaville, équipées de stades de 50 000 places. La plupart ont été construits par les Etats-nations depuis les indépendances avec l'aide de la coopération, en particulier de celle de la Chine populaire qui en a livré six. Ces stades de 40 000 à 60 000 places ont été édifiés à Cotonou, Mogadiscio, Ouagadougou, Banjul, Rabat et Dakar.
Au-delà du cas particulier de l'Afrique du Sud, les stades africains présentent des caractéristiques qui les différencient des stades européens. N'appartenant généralement pas aux municipalités ou aux clubs, ils sont souvent les propriétés de l'Etat et leurs noms se rapportent à des personnalités politiques ou à l'histoire du pays. Les stades Modibo Kéita à Bamako, Houphouët-Boigny à Abidjan et Omar Bongo à Libreville ont été baptisés du nom des présidents, alors qu'à Rabat, le Stade Moulaye Abdallah porte celui d'un sultan, ancêtre de la famille royale.
A Ouagadougou, le Stade du 4-Août rappelle la date de la révolution de 1983 comme le 26-Mars, date de la victoire du peuple sur la dictature au Mali. Au Cameroun, le stade de la Réunification de Douala symbolise la réunion des deux anciennes parties (anglophone et francophone) du pays.
L'impact de la Can
La Coupe d'Afrique des nations (Can) constitue un événement sportif majeur. Le pays organisateur entend généralement faire de ce rendez-vous une grande fête populaire et une occasion d'améliorer ses infrastructures dans tous les secteurs. Depuis la première coupe, qui s'est déroulée au Soudan en 1956, 25 Can ont été organisées et celle de 2002 dans notre pays, l'un des plus pauvres du monde. Et de surcroît frappé par la crise née de la chute du prix du coton. Le Mali a injecté près de 60 milliards de F CFA pour la compétition. Six stades, dont cinq entièrement neufs, ont été aménagés.
Mais, en dehors des infrastructures sportives, un programme de grands travaux a permis l'agrandissement et la modernisation de l'aéroport de Bamako, la réfection de celui de Mopti et la construction de ceux de Sikasso et de Kayes. Auxquels il faut ajouter l'aménagement de routes, l'amélioration des réseaux téléphoniques et de télécommunications, des transports publics, le développement des infrastructures hôtelières et la construction des « villages Can » dans chaque ville (Bamako, Kayes, Sikasso, Ségou et Mopti) accueillant les compétitions.
« Au Mali, comme dans les pays organisateurs d'évènements sportifs, ces manifestations sont à la fois un prétexte à la recomposition urbaine, à l'aménagement du territoire et à l'affirmation de l'image attractive des pays » , nous indique un urbaniste. Toutefois, l'évaluation de leurs retombées sont diverses. Certains estiment qu'elles sont insignifiantes et que les pays organisateurs ont peu de chances de récupérer leur mise. Ce qui n'est pas évidemment pas le cas du Mali qui a abrité pas mal d'événements sportifs majeurs (Can militaire, Jeux de l'Acnoaz…) depuis la Can 2002. Sans compter l'impact socioéconomique de la compétition.
Les coupes d'Afrique de foot, moments forts d'effervescence sociale, ne sauraient faire oublier le rôle d'insertion que joue le sport dans les villes et les villages. Le mouvement des « clubs navétanes » (d'hivernage) au Sénégal offre un exemple de cette capacité organisationnelle du football. Ces clubs sont des groupements qui, lors de la saison des pluies coïncidant avec les vacances scolaires d'été, favorisent la constitution d'équipes sur tout le territoire.
Ces formations de sport de masse rassemblent, sur la base du quartier ou du village, des jeunes participant à des tournois récompensés par des trophées. Né dans les années 1960, le mouvement a connu plusieurs phases de régulation avec la fédération de football. Il reste toujours actif et a servi de modèle à d'autres pays africains comme le Mali où, pendant les vacances, le sport de masse gagne ses lettres de noblesse.
Moussa Bolly
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FOUSSENI DIAWARA, SAINT-ETIENNE
« Je me bats pour gagner ma place »
Le défenseur de l'Association sportive de Saint-Etienne (ASSE) et des Aigles du Mali, Fousseni Diawara revient avec nous sur son début de saison difficile avec les Verts. Un club où il se sent mal à l ' aise actuellement. Il évoque aussi les Aigles au sein desquels il espère récupérer sa place. Interview !
Les Echos : Comment jugez-vous votre début de saison avec l'AS Saint-Etienne ?
Fousseni Diawara : Globalement mauvais ! Je fais face à une situation difficile. J'ai eu l'occasion de jouer quelques fois, mais pas comme la saison précédente. Je ne pensais pas commencer aussi mal.
Les Echos : Vous attendiez-vous à une situation pareille ?
F. D. : Evidemment ! La vie d'un sportif, la carrière d'un joueur tout comme la vie d'un club est faite de hauts et de bas. Il faut que les gens comprennent cela. Hormis cela, je connais mes qualités et je ne perds pas l'espoir de retrouver ma place. Je patiente en attendant qu ' on me donne ma chance.
Les Echos : Quel est votre objectif pour le reste de la saison ?
F. D. : C'est de me faire une place dans cette équipe et au sein de l ' effectif des Aigles (Il était absent lors de la 2e journée Can 2008, Ndlr). Je suis conscient que, à ces deux niveaux, la concurrence sera très rude. La Ligue 1 de France est seulement à mi-parcours. J ' ai envie d'être titulaire et relancer mon équipe dans la course aux compétitions européennes (St-Etienne pointe à la 4e place de la L1 avec 31 points après 19 journées, Ndlr). C'est à moi de gagner ma place. Et je ne ménagerai aucun effort pour m ' imposer dans cet effectif.
Les Echos : Dans cette situation, pensez-vous aux Aigles ?
F. D. : oui ! Mais, pour l'instant, j'ai vraiment envie de me relancer avec les Verts.
Les Echos : L'ASSE pointe à la 4e place de la Ligue 1 après 19 journées. Vous attendiez-vous à un si brillant parcours ?
F. D. : Ce que je sais, c'est qu'on a bien progressé. Notre saison est très positive à mi-parcours. On a déjà 31 points à ce stade du championnat. Je ne formulerai qu'un seul souhait : que l ' équipe ait la force de continuer sur cette lancée. Nous devrons réaliser une belle année et réussir un gros truc !
Les Echos : Aimeriez-vous rester encore à Saint-Etienne à la fin de la saison ?
F. D. : Tout dépendra du reste de la saison et par rapport à ce que j'ai envie de faire. Continuer avec Saint-Etienne pourrait m'intéresser si le reste de la saison se passe bien.
Les Echos : Croyez vous aux chances stéphanoises de détrôner l ' Olympique Lyon cette année ?
F. D. : J'en suis persuadé si nous travaillons et si nous conservons l'état d'esprit qu'on affiche depuis le début de cette saison. Mais, il faudra consentir beaucoup d'efforts et de sacrifices pour réaliser cette ambition.
Propos recueillis par
Boubacar Diakité Sarr
(Depuis Paris)
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DOSSIER DESSOUS DE TABLE
La cola détournée…
Selon Transparency International, « la corruption est l'abus de pouvoir reçu en délégation à des fins privées » . Transparency utilise également parfois cette définition : « Abus de pouvoir au profit de l'enrichissement personnel » . La Banque mondiale retient la définition suivante pour la corruption : « Utiliser sa position de responsable d'un service public à son bénéfice personnel » .
Dans la société malienne, le respect est obligatoire : on présente ses respects aux aînés, à un obligé… La manifestation de ce respect était matérielle ou pouvait l'être. Aujourd'hui, il n'y a aucune cloison entre ce respect, qui perdure sous des formes qui frisent la corruption, et une sorte de racket organisée par ceux qui croient qu'ils doivent bénéficier de votre respect. Faute d'attendre que vous preniez l'initiative, ils vous rappellent à vos « devoirs » .
Ce système est devenu une institution : aucune administration, aucun commis ne s'acquitte de son devoir sans une « motivation » , sans « de quoi se payer de la cola » , ou « un respect à apporter à Tanti, à la buramuso… » . Ce qui était valeur et ciment s'est transformé en gangrène : rien n'est gratuit, « merci ne se mange pas » .
Au cours des dernières années, la corruption est devenue un thème récurrent dans les débats politiques et économiques et il est aujourd'hui évident que l'on doit impérativement prendre des mesures pour combattre ce phénomène.
Aujourd'hui, c'est le citoyen lambda qui en souffre le plus : le vaccin est gratuit ? Il y en a pas tant que vous ne comprendrez pas par vous-même qu'il faut 500 F CFA à la sage-femme. Le policier vous prend en infraction ? Il vous fera choisir entre les 1000 F CFA à lui remettre tout de suite et les 5000 F CFA à payer au poste après bien de désagréments que vous aurez à subir.
« Il n'y a pas de petite corruption » , nous ont rétorqué bien d'interlocuteurs. Nous le leur concédons, mais nous croyons également qu'il faut dénoncer ces travers et amener un éclairage nouveau sur ces pratiques.
Alexis Kalambry
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CE QUE J'EN SAIS
Un mal toléré
Selon une étude présentée lors d'un colloque organisé à Beyrouth (Liban) par le Centre des études de l'Union arabe, la corruption a au moins trois définitions. Mais, celle qui retient notre attention par rapport à notre dossier sur la petite corruption est : « L'exploitation d'un poste public pour réaliser un intérêt personnel ou obtenir une somme en contrepartie d'un service public, dont le montant dépasse le coût officiel » . Des comportements de moins en moins jugés illégaux par les usagers.
Dans des pays comme le Mali, la corruption est devenue systématique à cause des difficultés de la vie. Des difficultés indépendantes ou souvent voulues parce que de nombreux salariés ont de plus en plus tendance à vivre au-dessus de leurs moyens : ils ont la folie des grandeurs, disait mon pote de la « Rue Princesse » d'Abidjan.
Ce qui fait que, dans un pays comme dans l'autre, les fonctionnaires monnayent désormais le moindre service qu'ils rendent au public pour « joindre les deux bouts » , disent-ils. Mais, le plus souvent, c'est pour entretenir leurs nombreuses maîtresses ou satisfaire leur boulimie dépensière à l'occasion des manifestations sociales (mariage et baptême).
Difficile d'obtenir une signature au bas d'un document sans un pourboire. Dans des pays comme le nôtre, cela peut aller d'une secrétaire qui ne peut délivrer une attestation de service sans contrepartie officieuse, jusqu'à une infirmière qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre les gémissements d'un patient qui n'a pas le sou, en passant par un directeur d'école qui doit offrir une place de redoublement...
Les usagers comprennent vite ce langage et se prêtent volontiers au jeu pour être satisfait « wassa wassa » (rapidement). Partout où on a besoin d'une prestation de service, celui qui donne généralement le « prix du thé » est toujours le mieux accueilli et vite satisfait. Le sourire qui accueille un usager dans un service administratif est toujours à la hauteur de sa générosité. Ce geste est toléré car jugé indispensable pour toute prestation de services.
La corruption reflète le fait que les voies légitimes ne sont pas suffisantes dans le cadre du régime établi. C'est là que la corruption vient combler les lacunes par un système parallèle sans se conformer aux règlements de la légitimité. La « petite corruption » est un pot-de-vin que reçoit un policier pour laisser passer une contravention.
Le pot-de-vin de la petite corruption peut ne pas en être un au sens propre du terme. Puisque la grande corruption peut employer la petite. Comme pour une opération politique visant à obtenir un siège au Parlement. La petite corruption est plus répandue, mais elle est moins influente dans le cours des événements.
Mesurer la corruption est difficile, mais la propagation de la corruption est inversement proportionnelle à l'enracinement des principes démocratiques dans une société comme la nôtre. Le comportement démocratique peut être mesuré. La clef du problème de la corruption dépend alors du degré d'application de la démocratie. Une vraie démocratie sans tricherie.
Moussa Bolly
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CIRCULATION
Le règne de la corruption
Pour un billet de 1000 F CFA ou pour un sachet de thé remis à des agents chargés de réguler la circulation, certains conducteurs parviennent à rouler sans détenir le moindre permis de conduire ou la vignette. Entre le corrupteur et le corrompu qui est l'ennemi du peuple ?
Au Mali, la corruption n'est pas seulement dans les bureaux. Elle dépasse cette sphère pour se retrouver dans la circulation. Là, ceux qui sont censés lutter contre ce phénomène s'adonnent à son institutionnalisation au vu et au su de tous. Entre conducteur sans permis ni assurance ou motocycliste sans vignette et policier à la recherche du prix du condiment, c'est « le je te le prends et tu m'as pas vu » .
Certains agents trouvent toujours un alibi pour soutirer aux conducteurs leur « part » journalière. Cela se passe à longueur de journée à travers Bamako et les grands centres urbains. Suivons une partie de corruption entre un conducteur et un policier.
Nous sommes au rond-point du « Bar-Mali », les feux de signalisation sont au rouge. Les véhicules et motos s'arrêtent et attendent laissant l'autre voie de passage. L'inattention a fait qu'un conducteur d'un véhicule de luxe 4x4 brûle les feux de signalisation. Le policier sans aucune forme de procès le siffle.
Le chauffeur refuse d'obtempérer et l'agent se lance à ses trousses. Et l'indiscipliné est coincé au carrefour de la Cathédrale par d'autres policiers. Commencent alors les négociations. « Donnez-vos pièces » , interpelle l'agent. Le conducteur sachant bien qu'il n'a le moindre permis de conduire, fouille de tout de même sa boîte à gan, sous les fauteuils.
« Partenariat » ?
« Monsieur, garez le véhicule et on va l'amener à la fourrière » , tranche le policier. « J'ai oublié mes papiers. Que puis-je faire maintenant pour que vous puissiez me libérer » . Le flic, l'air menaçant répond sèchement : « Rien ! On amène le véhicule. D'abord pour avoir brûlé les feux de signalisation et pour refus d'obtempérer » .
Le récalcitrant prit peur tout en espérant trouver un terrain d'entente avec les policiers. « Donne ce que tu as et va-t'en ! » , finit par céder l'agent. Ainsi le chauffeur imprudent se retire en glissant un billet de 1000 F CFA entre les mains de l'agent qui a aussitôt renoncé à conduire le véhicule à la fourrière. Cette pratique est une coutume entre les chauffeurs de Sotramas et les agents de la circulation.
Même en règle, ils sont tenus de donner quelque chose. « Même si je suis en règle, je leur donne 500 F CFA pour que le jour où je serai dans leurs filets, ils ne me compliquent pas la vie » , témoigne un chauffeur de Sotrama. Il ajoute que, entre les policiers et eux, il existe un « partenariat » .
A l'instar de ces chauffeurs qui corrompent les policiers, beaucoup d'usagers ne se soucient plus en circulation, « parce qu'avec un billet de 1000 F CFA, nous pouvons corrompre les policiers et circuler sans être inquiéter » .
Amadou Sidibé
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HISTOIRE DE POT-DE-VIN
Un quart d'heure dans une mairie
Pour un billet craquant neuf, la secrétaire de mairie, de discourtoise s'est faite obséquieuse à l'égard d'un usager.
Le phénomène des dessous de table est perceptible dans l'administration générale et plus particulièrement dans les mairies où les citoyens se bousculent pour des pièces d'état-civil.
Nous sommes dans une mairie de la capitale. Derrière une table se trouve une dame de teint légèrement clair, la quarantaine sonnée. Elle semble occupée sur une machine de marque « Olivetti ».
Il est 10 h 30 environs lorsqu'un homme arrive avec dans ses mains un cartable. A peine répond-elle à son bonjour. Informée de la raison de sa visite auprès d'elle à savoir l'acquisition d'un certificat de vie des enfants, elle lui lance dans un ton pas assez courtois : « Avez-vous les extraits d'actes de naissance des enfants ? Si oui vous payez 100 F CFA ».
Normal jusqu'ici. L'homme sort les pièces de son cartable et tend les papiers demandés avec une pièce de 200 F CFA et Mme de lui dire qu'elle n'a pas la monnaie. Comme pour couper court à toute discussion, l'homme lui dit de garder la monnaie. Sans dire merci, elle lui demande de revenir vers 14 h au motif que « le maire n'est pas sur place ».
Visiblement pressé, l'homme lui tendit à nouveau sa main avec un billet dissimulé dans sa pomme en lui disant que la journée est très courte pour lui et qu'il lui est obligé de déposer son dossier avant-midi. Comme on pouvait s'y attendre, Mme la secrétaire lui propose de s'asseoir sur une chaise et sort de son bureau pour revenir quelques minutes plus tard avec le certificat dûment signé par le maire.
Elle ne se gêne pas de remercier et de faire des bénédictions pour celui qu'elle banalisait tantôt.
Par cet acte, nous venons de comprendre comment des citoyens sont dépouillés par d'autres citoyens à longueur de journée. Combien sont-ils à donner contre leur gré de l'argent aux hommes et femmes pourtant payés pour rendre service ?
La corruption a droit de cité dans nos services, souvent, le corrompu n'a même pas besoin de demander. Le système est là et tout le monde y trouve son compte. Corrupteurs et corrompus sont des mauvaises graines qu'il faut à tout prix extirper de nos rangs.
Idrissa Sako
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PETITE CORRUPTION
La société déshumanisée
Il est difficile de définir la vraie raison de la petite corruption dans notre société. Elle est peut-être due à l'insuffisance des moyens ou à des défaillances morales. Mais, dans tous les cas, elle déshumanise la société.
La corruption est tout d'abord une question personnelle. Elle est un moyen de monnayer un pouvoir. Selon Félix Koné, anthropologue à l'Institut des sciences humaines (ISH), « la corruption n'est pas quelque chose de nouveau. Elle n'est venue ni avec la colonisation ni avec l'indépendance. Elle existait bien avant celles-là, mais elle a actuellement pris des nouvelles formes » .
Par exemple, continue-t-il, « lors des batailles pour qu'un camp gagne souvent, il fallait corrompre quelqu'un de l'autre camp. En l'occurrence celui qui avait un certain pouvoir. Est-ce que cette personne a fait la corruption par la raison de la pauvreté ? »
La corruption a des conséquences néfastes sur la société. Elle altère les relations humaines parce qu'elle est toujours accompagnée de déshumanisation. C'est pour cette raison que M. Koné affirme qu'elle pourrit la société.
Pour lui, il n'y a pas de corrompu sans corrupteur. C'est pourquoi, préconise-t-il, « on doit moraliser tout le monde pour réduire la corruption » .
Sidiki Doumbia
( stagiaire )
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PETITE CORRUPTION
D'énormes préjudices pour l'Etat
La corruption est favorisée par la conjoncture qui fait que les gens sont tentés, exposés et même prédisposés à y recourir.
Selon Me Boubacar Soumaré, avocat à la Cour, la corruption peut être appréciée sous différents angles. C'est un acte qui consiste à gagner indûment une valeur numéraire, un bien, une récompense ou même un poste.
Ainsi, il peut arriver qu'un agent de l'Etat accepte pour sa seule personne un montant contre un service, l'exécution duquel service constitue son travail. Ce qui est un manque à gagner pour l'Etat et un enrichissement sans cause par l'agent.
La corruption sous un autre angle, selon Me Soumaré, peut être appréciée de la manière suivante : un agent chargé du contrôle des véhicules terrestres à moteur laisse passer moyennant paiement d'une somme à la limite ridicule. Ce véhicule qui passe, peut en cours de trajet provoquer un accident causant souvent des morts d'homme. Cela s'appelle une conséquence mortelle de la corruption.
D'autre part, la corruption peut consister, pour un agent de l'Etat ou des agents, à déclarer définitivement à un poste quelconque un candidat qui ne mérite pas d'être là. A ce moment-là, c'est le travail du même Etat qui sera mal effectué quand la personne choisie pour occuper le poste n'a pas le niveau requis. Les conséquences de la corruption sont énormes et non limitatives tant pour l'économie, le social…
A l'analyse des conséquences de la corruption, Me Soumaré explique qu'une personne qui a indûment encaissé, au préjudice de l'Etat, des centaines de millions ne peut être comparée au menu fretin qui n'a pris que 1500 F CFA au bout du carrefour. Néanmoins, dit-il, la corruption est sanctionnée. « Ses conséquences peuvent aller de la peine correctionnelle à des peines criminelles » .
Mohamed Daou
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EPILOGUE
Les seaux de vin
Tout le monde dit et reconnaît que la corruption est mauvaise parce qu'elle rend malade l'économie nationale et ralentit le progrès social, d'autres même vont plus loin et soutiennent qu'elle tue carrément l'économie par les voies détournées qu'elle pose pour tromper la législation et qui représentent autant de manque à gagner pour l'Etat.
Malgré ce caractère nocif unanimement reconnu, les dirigeants ne font que la dénoncer, mais n'entreprennent rien pour l'anéantir complètement. Presque tous nos chefs d'Etat ont mis l'accent sur la nécessité de lutter contre ce fléau, mais tous ont assisté, impuissants, à son essor, ayant sans doute compris qu'il faisait vivre des parents et des proches qui auraient été à leur charge si ce mal n'existait pas.
Tout se passe comme si les uns et les autres avaient intérêt à ce que la corruption prospère pour qu'ils vivent mieux et en mettant suffisamment de côté pour eux-mêmes et leur descendance. De la sorte, le phénomène s'est confortablement installé dans tous les secteurs de notre vie nationale : dans l'administration, dans les entreprises, dans les écoles, dans les structures socio-sanitaires et même dans l'armée.
En Occident, on peut parler de pot-de-vin et de dessous de table, mais chez nous, il est plus correct de parler de sceau de vin et de dessus de table parce que d'une part le pourboire est devenu comme un deuxième salaire et d'autre part on ne se cache même plus pour le prendre sur ou sous la table. C'est dire à quel point notre société est rongée par le virus de la corruption.
Dans l'administration, à cause d'elle, certains fonctionnaires refusent systématiquement de faire le travail pour lequel ils sont mensuellement payés. Le comble, c'est que quand des situations de ce genre se produisent, les administrés ne trouvent aucune autorité à laquelle se plaindre parce que tout le monde, du planton au directeur, pense de la même manière à savoir que le pourboire est obligatoire. Même pour les actes payants comme les pièces d'état-civil dont l'établissement se fait dans les mairies et les cartes d'identité dans les commissariats et les gendarmeries, le citoyen doit payer deux fois s'il veut entrer vite en possession de sa pièce.
La célèbre phrase qui dit que la douane est pauvre, mais que les douaniers sont riches fait tout le procès de la corruption dans ce service. La douane fait certes rentrer l'argent dans les caisses de l'Etat mais plus encore dans les poches des douaniers. A telle enseigne que, dans la mentalité populaire 6 mois de boulot à la douane valent mieux que 10 ans de travail dans l'administration générale par l'énorme masse d'argent qu'on peut y amasser rien qu'en se rendant quotidiennement à son poste.
L'opulence financière des agents de douane ne peut s'expliquer que par l'ampleur de la corruption qui sévit dans le milieu, vu le niveau assez moyen du salaire des 3/4 des douaniers qui, pourtant, sont tous millionnaires ou presque. Dans un pays comme le Mali où la douane joue un rôle déterminant dans l'économie par les recettes importantes qu'elle injecte, si ce corps se montre le plus corrompu de la nation, on n'en finit plus de compter les dégâts.
Mais, il n'y a pas que la douane puisque la plupart de nos sociétés et entreprises d'Etat ont croulé parce que minées par la corruption. Les travailleurs chargés de les faire fonctionner se sont plus souciés de leur sécurité financière et matérielle que de la prospérité de ces sociétés. En agissant ainsi, ils ont contribué à les mettre à genoux et à se retrouver au chômage suite à leur fermeture ou à leur reprise par un partenaire privé qui n'a pas pu garder tout le personnel.
Un autre cas bien connu de corruption est sans doute celui des structures socio-sanitaires où le petit peuple sans grands moyens est quotidiennement confronté à la boulimie financière et matérielle du personnel. Selon plusieurs témoignages, les hommes et les femmes en blouse blanche sont d'une vénalité telle qu'ils ne s'occupent plus des malades désargentés et que des patients sans soutien meurent banalement à l'hôpital dans l'indifférence générale des infirmières et même des médecins occupés à prendre du thé sous les manguiers.
La corruption du personnel socio-sanitaire est si décriée que malades, certaines personnes refusent d'aller dans les hôpitaux publics où tout se vend et s'achète, semble-t-il, et restent à la maison pour se faire examiner par les médecins privés.
Il semble même que les recrutements à la fonction publique obéissent à la même logique de corruption dans la mesure où ce sont les nantis qui réussissent aux concours professionnels, notamment en ce qui concerne les postes liés aux finances et à la douane. Les concours sont organisés pour se mettre en règle avec les normes administratives, sinon chacun sait que ce sont ceux qui payent qui passent haut les mains.
Enfin, jusqu'à une période récente, l'école était préservée de la corruption, mais elle a commencé à en souffrir depuis une vingtaine d'années. Les enseignants se sont laissés convaincre que puisque tout le monde cherche l'argent, il n'y a pas de raison qu'eux aussi n'en fassent pas de même. Alors, ils se sont mis à tout monnayer, tantôt au prix fort, tantôt à vil prix, jetant ainsi à terre l'institution scolaire. Désormais, les recrutements, les redoublements, les transferts, les exclusions, tout est devenu source de profit pour le monde de la craie.
La corruption, née avec le système libéral, est une grosse épine dans les pieds de tous les pays, mais plus gravement dans ceux des pays du Tiers-monde. Si elle enrichit quelques individus, elle appauvrit les Etats où elle est pratiquée systématiquement.
Facoh Donki Diarra