Le rapport du recensement industriel réalisé en 2006 a été adopté par le gouvernement le 20 décembre 2006. Le but visé était l'amélioration de l'information industrielle pour une bonne prise de décision par les pouvoirs publics et le secteur privé national et étranger. L'objectif recherché est l'actualisation de la base de données issue du recensement industriel de 2003, l'actualisation du répertoire des entreprises au Mali, l'analyse de l'évolution des indicateurs du secteur industriel. Mais également l'identification des principales difficultés que rencontrent les entreprises industrielles…
Hier au Centre Aoua Kéita, les chefs d'entreprises industrielles de Bamako, les représentants des départements ministériels, les directeurs des services centraux et rattachés du département de l'Industrie et du Commerce étaient réunis pour l'atelier de restitution des résultats de ce recensement. La journée a permis aux participants de se familiariser avec la méthode utilisée pour le recensement, les principaux résultats obtenus, les problèmes rencontrés par les entreprises industrielles et les solutions envisagées pour y remédier.
Occupant une place de choix dans l'économie de notre pays, le secteur industriel a enregistré entre 2003 et 2006 la création de 105 nouvelles entreprises industrielles représentant 31 % du parc industriel existant qui compte 343 entreprises industrielles.
Toutefois, la contribution du secteur industriel dans la richesse nationale, selon le secrétaire général du ministère de l'Industrie, Mody Ndiaye, est de 11 %. Les emplois permanents industriels sont passés de 13 127 en 2002 à 17 593 en juin 2006, soit une augmentation de 4466. Le chiffre d'affaires réalisé par les entreprises industrielles est passé de 617 milliards de F CFA en 2002 à 897 milliards en 2005, soit une augmentation de plus de 45 %.
Cependant, l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Les entreprises industrielles sont confrontées à des difficultés réelles tel que le coût élevé d'électricité, des matières premières, de la fraude et la concurrence déloyale, sans oublier la lourdeur administrative.
Aux dires de M. Ndiaye, ses difficultés doivent être surmontées. « Il s'agit là d'un combat indispensable pour la survie dont les épreuves sont complexes dans un contexte marqué par l'ouverture des marchés » . En plus des efforts réguliers d'amélioration du climat des affaires et du lancement dans les entreprises du programme qualité, un programme de restructuration et de mise à niveau des entreprises industrielles a été mis en place en 2005 pour conforter la compétitivité de nos entreprises a-t-il rappelé. M. Ndiaye a informé de la mise en place d'un système de suivi-évaluation des entreprises industrielles au Mali dont les opérations démarreront bientôt à Bamako.
MECHAGE
Le héros et les zéros
Trois mois après son investiture à la tête du pays, le président ATT avait effectué une visite officielle en France. Tout à sa joie et encore sous l'emprise de l'effet d'être à nouveau aux commandes de l'Etat, ATT avait déclaré qu'il devait avoir de bons marabouts. « En seulement trois mois, je suis reçu en France alors qu'il y en a qui font des années » sans goûter à ce nirvana.
En plus des audiences avec Jacques Chirac, la communauté malienne vivant en France lui avait réservé un accueil mémorable. Quatre ans et quelques mois, les mêmes acteurs, le même décor mais avec une autre humeur. En effet, trois mois avant de remettre les clés du palais de l'Elysée, Jacques Chirac a accueilli notre président dans le cadre du Sommet France-Afrique qui se déroulait à Cannes.
Ambiance bon enfant, sourires de circonstance pour une fin de règne d'un des acteurs, en l'occurrence Chirac, que ses pairs africains déclarent regretter ; avec la larme à l'œil pour certains. Une fois les rideaux tombés à Cannes, ATT débarque à Montreuil pour le lancement de l'ORTM sur satellite. Là c'est une autre ambiance.
Les Maliens qui, jusqu'à ce jour, lui ont toujours réservé un accueil chaleureux et populaire, font grise mine. Pis, il y en a qui manifestent bruyamment avec des banderoles, des pancartes et des slogans hostiles à l'endroit de ATT. Le président est traité de tous les noms d'oiseau. Il est qualifié de vendu, de menteur et même de voleur. Il aura fallu l'intervention des CRS pour que notre président puisse accéder à la salle où l'ambiance était également survoltée.
L'ambassadeur, le consul et même le président sont copieusement hués. Celui qui ne manque aucune occasion pour dire qu'il est un soldat a été obligé de battre en retraite et c'est par une porte dérobée qu'il a été pratiquement « exfiltré ». Celui qui proclamait qu'il devait avoir de bons marabouts a dû se demander si ses marabouts ne l'ont pas lâché.
Tout à ses émotions, ATT a pu quand même s'entretenir avec nos compatriotes vivant en France. C'était pour traiter de jaloux ceux qui ne veulent pas que son gouvernement récolte les retombées positives du lancement de l'ORTM sur satellite ou pour menacer, de façon à peine voilée, Tiébilé Dramé de l'envoyer en prison si ce n'est de déclarer que si IBK est au perchoir de l'Assemblée nationale, c'est grâce à lui (il aurait pu juste ajouter que peut-être sans IBK, il n'aurait pas été élu en 2002), ou pour réaffirmer son refus de faire la guerre parce que lui soldat sait ce que c'est que la guerre pour l'avoir fait, ou encore pour tourner en dérision les fauteurs de guerre qui seraient obligés de garder les femmes à la maison quand lui montera au front.
Comme on le voit, notre président a été bien secoué par l'accueil pour le moins vigoureux que ses compatriotes lui ont réservé. Que s'est-il passé pour que le président qui est d'habitude accueilli comme un héros soit aujourd'hui traité comme un zéro ? Il s'est passé que nous assistons aux derniers râles du consensus politique que nos compatriotes de France, comme ceux d'ici, assimilent de plus en plus comme une tromperie sur la marchandise.
Il s'est passé que nous sommes à quelque deux mois des élections générales dont la présidentielle d'avril prochain. La bataille politique n'ayant pas de frontière, ceux qui aspirent à l'alternance ne cèdent rien et se battent sans concession sur tous les champs. Sans oublier que les Maliens de France ne décodent pas assez bien le discours des autorités maliennes concernant la fameuse immigration choisie ; les plus durs accusent même le président ATT de raser les murs face à Sarkozy et de ne pas défendre comme il se doit leurs intérêts.
Mais ce n'est pas qu'en France que le président a été chahuté. A quelques heures d'intervalle, les responsables du Parena, à la faveur de l'investiture de leur candidat, se sont attaqués à la tronçonneuse à ATT, à sa famille, à sa gestion, à ses amis etc. « La République, la démocratie, la morale publique sont en danger », a déclaré de manière sentencieuse Tiébilé Dramé qui a tout bonnement exhorté le président sortant à ne pas briguer un second mandat s'il veut sortir par la grande porte et demeurer dans l'Histoire de notre pays comme le héros du 26-Mars.
Le Parena a procédé à une dissection au scalpel des maux qui gangrènent le pays et les menaces qui planent sur nos têtes : pauvreté, chômage, corruption, intrusion de la famille présidentielle dans les affaires de l'Etat, l'ORTM, l'école, la négation du fait partisan, la personnalisation du pouvoir, l'inexistence de l'Etat, etc.
Le Parena et ceux qui sont dans le FDR ne sont pas les seuls à créer des insomnies à ATT. Il y a toute cette horde de nouveaux amis qui ambitionnent de l'aider. Regroupés au sein de l'ADP, ils se comportent comme les zéros qu'ils sont et se battent comme des chiffonniers. « Des zéros plus des zéros virgule zéros pour cent » ne peuvent se comporter comme des nuls. Rien que pour les coordinations régionales de l'ADP, ils s'étripent au point de friser l'implosion. Un parti comme l'Adéma, le plus grand par le nombre de ses élus, est en train de se rendre compte que ses nouveaux amis de l'ADP gardent en réserve les anciennes rancunes.
Presque tous de l'ancienne Coppo, sans militants, ils œuvrent à dissoudre l'Adéma et à le marginaliser à la faveur de la caricature de démocratie interne qui consiste juste à lever la main et à compter. Les Abeilles qui sont en conférence nationale ce week-end l'ont compris. Mais les dégâts sont dévastateurs. Aux premiers déçus du fait que leur parti refuse d'aller à la compétition viennent s'ajouter d'autres victimes de l'exclusion au sein de l'ADP. Le héros du 26-Mars sait maintenant qu'il a une armée de bras cassés qui se font des crocs-en-jambe et qu'il pourrait tirer comme un boulet.
El hadj TBM
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RELIGIONS
Début du carême chrétien
La communauté chrétienne observe depuis mercredi dernier, les 40 jours de jeûne. Ces 40 jours de carême débutent avec le Mercredi des cendres, cérémonie au cours de laquelle, le prêtre rappelle et interpelle les humains à leur condition : « Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ! ». Le carême s'achève avec la commémoration de la Pâques, la résurrection du Christ.
L'Eglise a défini des temps et jours de pénitence au cours de l'année liturgique. Ce sont des moments forts de la pratique pénitentielle de l'Eglise. Le temps de la Pâques en est un.
Le carême est une période de quarante jours précédant Pâques dans le calendrier grégori en. Alors que la fête de Pâques, qui commémore et célèbre la résurrection du Christ , est la fête des fêtes de la chrétienté, le carême se conçoit comme un temps de préparation à celle-ci.
Le carême est un temps de pénitence , de prière et de partage. Particulièrement, c'est l'ultime temps de préparation pour les baptêmes d'adultes, traditionnellement célébrés le jour de Pâques. La pénitence peut être marquée par le jeûne ou l'abstinence, comme l'abstention volontaire de viande et laitage.
La durée du Carême - quarante jours sans compter les dimanches - fait en particulier référence aux quarante années passées au désert par le peuple d'Israël entre sa sortie d'Egypte et son entrée en terre promise ; elle renvoie aussi aux quarante jours passés par le Christ au désert (Matthieu 4, 1-11) entre son baptême et le début de sa vie publique. Ce chiffre de quarante symbolise les temps de préparation à de nouveaux commencements.
Le carême, temps de conversion, repose sur la prière, la pénitence et le partage. La pénitence n'est pas une fin en soi, mais la recherche d'une plus grande disponibilité intérieure. Le partage peut prendre différentes formes, notamment celle du don.
Le jeûne a pour but de donner soif et faim de Dieu et de sa parole. Il n'est pas seulement un geste de pénitence, mais aussi un geste de solidarité avec les pauvres et une invitation au partage et à l'aumône. L'Eglise, cependant, dispense du jeûne les personnes de plus de 60 ans, les jeunes de moins de 18 ans accomplis et les femmes enceintes.
De plus le chrétien peut choisir de réduire sa consommation d'alcool, de tabac et autres excitants.
Alexis Kalambry
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BASKET
Le Sigui confirme, l'USM arrive
Les interligues de basket à Gao se sont achevées samedi. En messieurs, le Sigui de Kayes, le Tata de Sikasso, le Géant Hippo de Koulikoro et le Biton de Ségou ont obtenu leur ticket pour le Top 8. En dames ce sont l'Union sportive Miniakala (USM) de Koutiala, le Biton de Ségou, Géant Hippo et le Sigui de Kayes qui seront au rendez-vous de Bamako en mars prochain.
Le Sigui de Kayes en messieurs et l'USM de Koutiala en dames ont réalisé un parcours honorable. Le Sigui a confirmé tout le bien qu'on pensait de lui et la formation de Koutiala a imposé sa loi terminant en tête du classement avec 6 victoires en autant de matches. L'USM qui est à sa première participation a donc réussi un exploit.
Le Tata dames et le Biton messieurs avec 10 points se sont classés 2es. Ils n'ont été battus que par l'USM et le Sigui. Le Géant Hippo messieurs a aussi totalisé 10 points. La 4e équipe masculine à se qualifier est le Biton (9 points).
Les Ségoviens devancent Al Farouk de Tombouctou à la faveur d'une meilleure différence de buts. Le Sonni de Gao, qui compte une victoire et 5 défaites, et le Debo de Mopti (six défaites) n'ont pas pu surmonter le handicap de la mauvaise préparation. En dames, la 4e équipe qui a obtenu son ticket est le Sigui de Kayes. Les Kayesiennes retrouvent le Top 8 après 2 ans de purgatoire.
Boubacar Diakité Sarr
Encadré
Les 8es de finale de la Coupe du Mali
Les 8es de finale de la Coupe du Mali ont été joués en marge des interligues. En messieurs, le Sigui de Kayes s'est imposé (66-42) face au Géant Hippo. Le Tata de Sikasso a battu Al Farouk de Tombouctou (63-18). Le Sonni de Gao devant son public a eu raison du Biton de Ségou en l'emportant (60-65).
En dames, l'USM a confirmé son bon parcours d'interligues en s'imposant (38-22) devant le Sonni qui bénéficiait du soutien de son public. Le Sigui s'est qualifié aux dépens de la formation de Koulikoro, Géant Hippo 39-36 tandis que le Débo s'est débarrassé d'ABAT 43-27. A noter que le Débo en messieurs et le Biton en dames sont qualifiés d'office pour les quarts de finale en raison du forfait des équipes de Kidal.
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DOSSIER GUIGNE
Exutoire et signes ?
« Porter » ou « avoir la guigne » signifie « avoir le mauvais œil », soit « porter malchance ». Au 17e siècle, on vit apparaître le nom « guignon » (la malchance). Celui-ci est en fait un dérivé du verbe « guigner », qui signifiait à la base « faire signe ». Il a ensuite pris le sens de « loucher » ou « regarder de côté ». Littéralement, il ne s'agissait donc que d'un banal problème de vue. Mais c'est la connotation maléfique du « mauvais œil » qui a donné à l'expression « porter la guigne » son sens actuel.
Le mot français ne traduit pas toute la connotation qui se rattache au terme bambara de « téré » , qui peut signifier « signes » . Dans l'acception bambara, du moins pour ce que nous en savons, le « téré » est comme un déterminisme, des signes qui révèlent qui nous sommes et quel peut être notre destin ou notre trajectoire sur cette terre.
A la différence des autres signes, la guigne affecte les autres, les voisins et tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, sont appelés à commercer avec son porteur. En premier, le conjoint.
Vérité d'antan ou vérité de tous les jours ? Signes disparus ou encore lisibles ? Prétextes pour noyer son chien ou réalités avec lesquelles il faut toujours compter ?
En la matière, il ne s'agit d'aucune science vérifiée et vérifiable. Il part, comme bien d'autres choses de chez nous, de constats empiriques et d'observations du quotidien. Il y a des récupérations et certainement des abus, sur certainement un fond de vérité ou de neutralité.
C'est pour tout cela que nous ouvrons aujourd'hui le débat.
Alexis Kalambry
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HAMIDOU DIARRA DIT DRAGON
« Il y a bonne et mauvaise guigne »
Les traits distinctifs de la guigne sont bien reconnus par la société et les religions monothéistes comme facteurs de malheurs ou de bonheurs. Mais, ils font plus appel à des règles d'observations basées sur la subjectivité que des règles écrites ayant pour fondement une science cartésienne quelconque, à en croire Hamidou Diarra dit Dragon, traditionaliste, chercheur et animateur de radio.
La guigne obéit à la notion de dualité. A cet égard, Dragon estime que les gens ont tendance à ne voir la guigne que sous le mauvais côté alors qu'il y a aussi la bonne guigne. Comme on le dit en bamanan « tere nyuman ani tere djugu » (la bonne et la mauvaise guigne).
Traditions et religions sont d'accord sur l'existence de la guigne même s'il n'y a aucun document écrit pour déterminer ses signes distinctifs. Selon Hamidou Diarra dit Dragon, chercheur traditionaliste et animateur à Radio Klédu, « l'identification de la guigne est basée sur la remarque et l'observation d'un phénomène vérifié et vérifiable » .
Les remarques sont faites généralement sur la personne humaine (homme et femme), les montures (cheval, âne, etc.), la terre (champ, maison), les jours (jours pairs et impairs) et même les mois et les années.
La guigne, aux dires de Dragon, se reconnaît en la femme au niveau de la plante de ses pieds aplatie au sol, comparables aux pieds de canard ou « duguben » en bamanan. Selon lui, l'homme qui se marie avec une telle femme n'ira jamais de l'avant dans sa vie active.
De même, celles dont l'intérieur des genoux se frottent en marchant sont susceptibles de chasser la richesse de la maison conjugale. Certains postérieurs arrondis assortis de hanches développées sous forme de pistolets, sont pour Dragon, des championnes de l'adultère. « Même étant vieilles, elles demeurent esclaves de leur libido », avertit Dragon.
Celles au postérieur aplati, et qui a tendance à se confondre avec le dos, ont la malchance de faire plusieurs veuvages dans leur vie conjugale (trois à quatre). Toujours selon Dragon, les femmes à la tête ronde et petite sont réputées belliqueuses.
La bonne guigne
Il n'y a pas que les traits physiques qui déterminent la guigne chez une personne. Il y a aussi certains comportements de la femme qui peuvent faire des dégâts collatéraux sur sa progéniture. « Une femme jugée hautaine qui n'a pas de respect pour son mari et ses beaux-parents, ne mettra au monde que des enfants maudits qui ne réussiront jamais dans la vie » , précise Dragon.
La bonne guigne d'après Dragon se voit en la femme au front légèrement bombé et aux grosses lèvres. Celles-ci sont, dit-il, porteuses de bonheur avec comme centre d'intérêt la richesse. Les petites lèvres ont par contre moins de chance pour leurs conjoints, ajoute-t-il.
La guigne n'est pas que l'apanage des femmes même si des gens ont beaucoup plus tendance à la stéréotyper. Du point de vue de notre chercheur, l'homme aussi a sa guigne qu'elle soit bonne ou mauvaise. Mais le plus souvent, la guigne de la femme l'emporte sur celle de l'homme, explique-t-il.
Sans parler de traits distinctifs physiques chez l'homme, Dragon indique que, les vieilles personnes ont coutume d'identifier la guigne chez le petit garçon dès son bas-âge. Ces remarques sont faites à la façon de s'arrêter, de dormir, de pleurer ou de manger de l'enfant. Un homme qui pique le sol avec ses gros orteils en marchant ou même étant arrêté, enterre sa progéniture. « Il ne fondera pas de foyer en un mot » , ajoute-t-il. Celui qui, étant debout, ne cesse de poser un pied sur l'autre, fait quant à lui, appel à la famine, à la déchéance.
La chance de l'homme se remarque, conclut Dragon, par la rondeur de ses lèvres. Tout cela corrobore la thèse selon laquelle, la guigne ne doit pas être prise que du mauvais côté. Au nom de la théorie de la dialectique du philosophe de l'Antiquité Héraclite, rien au monde n'est totalement noir. Même la mort, qui est la fin de l'homme sur terre, a son bon côté qu'on refuse de voir par peur de mourir.
Abdrahamane Dicko
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EN FAMILLE
Dur d'être accusé de porter le guigne
Accusé par le marabout de son époux d'être à la base de la déchéance financière de ce dernier, K. S. ne sait plus à quel saint se vouer. Sa vie de couple est devenue un enfer. Elle a accepté de nous en parler.
C'est une banale histoire de guigne qui est à l'origine de la destruction du foyer de K. S., une jeune dame d'environ 28 ans, mère d'une fillette de 5 ans. Elle est la deuxième épouse de son mari, un commerçant import-export.
Les affaires de monsieur ne marchant plus comme sur des roulettes depuis quelques années, il a décidé d'aller consulter son marabout dans les confins de Ségou. « Ta seconde épouse est à la base de ta chute. Elle porte la guigne » , aurait argué ce dernier. Et depuis ce jour, la vie de cette jeune maman a basculé.
« J'ai constaté son changement de comportement le jour de son retour. Il est aussitôt devenu méconnaissable. Tout ce que je fais de bien est considéré comme un péché. Au cours d'une dispute, il m'a fait savoir que j'étais la cause de ses déboires financiers et qu'il ne tarderait pas à me renvoyer. C'est ce jour-là que j'ai compris pourquoi j'étais indésirable » , se rappelle-t-elle les larmes aux yeux.
Très vite, la jeune mariée et sa fillette sont devenues la risée de la famille avec des critiques, des provocations, des quolibets émanant et de sa co-épouse et de ses enfants. « Depuis que tu es là, notre père a perdu tout son argent à cause de ta guigne. Tu as intérêt à aller loin avec ton « téré djugu » pour que la paix et la prospérité reviennent chez nous. Espèce de malchanceuse ! Tu nous a pourri notre vie… sont des mots que j'essuyais tous les jours » , dit-elle.
Malgré tout, K. S., n'a pas baissé les bras. Grâce aux conseils de ses parents, elle est restée imperturbable. « Je n'ai jamais bronché. Je continue toujours d'obéir à mon mari comme si de rien n'était. C'est dur, mais je ne peux pas quitter mon foyer sur des allégations et du n'importe quoi. Ce n'est pas après plus de 5 ans de mariage qu'on va m'accuser de porter la guigne. Il a mal géré ses affaires, c'est tout. Moi, je ne bouge pas ! » , tranche la malheureuse.
Elle espère qu'avec le temps et l'intervention de bonnes volontés, son mari reviendra à de meilleurs sentiments et que sa vie de couple et de « baramousso » (épouse préférée) sera relancée de nouveau.
Peine perdue ou illusion ?
S. Y. D.
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LA GUIGNE DANS LA SOCIETE
Ce que des Bamakois en pensent
Certains Bamakois ne croient pas que la guigne soit un facteur déterminant. D'autres disent en pâtir à longueur de journée.
Amadou Doumbia (étudiant en sociologie) :
« La guigne n'est que le résultat des déformations physiques. Ce sont les Bambara et les Malinké qui donnent trop de considerations à ce phenomène. Pour moi, ce sont des mythes bambara et malinké. Je dirai même que la guigne a trait à l'injustiste. Comment peut-on juger quelqu'un à partir de sa forme alors qu'il n'est pas l'auteur de sa propre formation ? »
Oumar Traoré (chauffeur) :
« La guigne n'a pas de sens. Les personnes qui s'intéressent à la question se contredisent. Par exemple les femmes qui portent la barbe sont sollicitées par certains d'entre eux tandis qu'elles sont considérées comme des femmes de mauvaise guigne pour d'autres. Vous trouverez aussi des femmes censées apporter la pauvreté à leur foyer. Mais ces dernières ont souvent des maris riches qui n'ont aucun problème ».
Ousmane Kéita (mendiant) :
« La guigne est une réalité. J'en ai été moi-même victme. J'ai passé 15 ans dans l'abondance. Je gérais ma boutique qui était bourrée de marchandises. Comme j'avais duré dans le célibat, mes parents m'ont imposé de prendre une femme. J'en ai choisi une dont on disait qu'elle possède de mauvaises guignes. Tout en fermant les yeux, je l'ai épousé. Quelque mois après le mariage, j'ai tout perdu. Aujourd'hui, je mendie pour survivre ».
Oumou Coulibaly (vendeuse ambulante) :
« Moi et mes sœurs avons du mal à avoir des maris à cause du problème de guigne. Les gens de notre quartier disent que celui qui se marie avec une fille de ma famille sera pauvre. C'est injuste. Nous ne sommes pas à la base de notre création. Le fait d'expliquer tout par la guigne est une mauvaise chose dans notre société, qui est la base de nombreux problèmes ».
Propos recueillis par
Sidiki Doumbia (stagiaire)
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RELIGIONS
L'islam ignore la guigne…
Selon le Pr. Moctar Chérif Koné, prêcheur, la guigne ou « téré » en bamanan, est un mot ignoré par le Saint Coran. Aucun passage de ce livre sacré, ajoute-t-il, ne l'évoque. Pour le Pr. Koné chaque individu à ses traits caractéristiques, si minimes soient-ils, lui permettant de s'identifier. Ces signes, à ses dires, sont généralement comme des défauts de naissance.
Les femmes, reconnaît-il, sont les premières à être accusées de porter cette malchance. Elles sont accusées d'avoir soit une bouche large, des jambes renfermées, le cou long, de longues oreilles, de courts bras ou des poils à la poitrine ou à la barbe…
« Nous devons pouvoir faire la différence entre la religion et les pratiques ancestrales » , conseille-t-il. Dire qu'untel à des signes néfastes relève d'une pure utopie. La bonne ou mauvaise guigne n'existe pas chez les musulmans. « Seul Dieu détient le secret de la chance ou du bonheur » , conclut-il.
… le christianisme aussi
Le christianisme reconnaît la malchance, beaucoup plus sous l'angle de l'épreuve de foi que de signes attachés à une personne. Les Ecritures saintes parlent abondamment de Jérémie, qui a connu toutes sortes de malheurs, sans pour autant perdre la foi. Cependant, les Ecritures saintes ni les exégètes ne parlent de la guigne ou d'un mot s'y rapprochant par le sens.
A. S. et A. K.
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CE QUE J'EN SAIS
Des amours sacrifiés
« Toutes les femmes ne sont pas bonnes à courtiser à plus forte raison à épouser ! » Combien de mariages ont échoué sur ce verdict le plus souvent rendu par des parents au détriment de ce que peuvent ressentir de jeunes amoureux l'un de l'autre ? Comme nous disent souvent les anciens, la femme est dans sa façon de marcher, de parler, de regarder et même de manger.
La fille doit, en plus des valeurs morales et sociales dont elle doit être dépositaire, donc être le reflet d'un certain nombre de signes positifs pour être une bonne épouse. Parce que le mariage est une promesse de bonheur projeté dans la longévité du couple et la prospérité familiale. Et la femme doit porter sur ses frêles épaules cette lourde responsabilité de faire germer la réussite du couple, son épanouissement. Mais, avec la guigne, elle ne peut apporter que désolation et désespoir au couple et à tous ses proches.
On ne peut pas balayer cette croyance du revers de la main d'autant plus que certains spécialistes avaient un argumentaire solide pour défendre leur thèse. Mais, il est curieux que ce jugement ne s'applique généralement qu'aux femmes alors que les hommes ne sont pas forcément innocents sur ce plan.
La nature humaine fait que chacun de nous a ses propres contradictions, ses propres oppositions. Quelque part, chacun porte sa guigne en lui. Faut-il en faire réellement un facteur d'exclusion sociale au point de condamner une innocente au célibat à vie ? La guigne ne s'acquiert pas, on naît avec comme on peut naître handicapé ou surdoué.
De toutes les manières, cette considération métaphysique a brisé bien de relations, anéanti bien d'espoirs et enterré de nombreux projets de mariage. C'est dire que c'est une tradition bien ancrée dans nos sociétés. Mais, aujourd'hui, cette tendance est visiblement occultée par les jeunes qui se fient beaucoup plus à leurs sentiments ou aux avantages socioéconomiques qu'ils peuvent tirer d'une union. Et là aussi, la femme ne gagne pas trop à ce jeu parce qu'elle se trouve toujours dans le rôle ingrat de victime sacrifiée.
Moussa Bolly
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EPILOGUE
Les signes du destin
Les individus n'ont pas la même chance dans la vie ; pour expliquer cette inégalité, les 3/4 des Maliens, musulmans aussi bien animistes que chrétiens, font appel à la notion de « téré », qui peut être défini comme l'ensemble des forces irrationnelles pouvant aider l'individu à se réaliser ou au contraire l'empêcher à le faire.
Dans les sociétés occidentales, on met l'accent plutôt sur l'amélioration des conditions de vie des parents pour augmenter les chances de réussite de leur descendance, mais chez nous on sollicite le concours de forces mystérieuses, échappant à la compréhension de l'intelligence, pour atteindre ce but.
Dans les pays arabes et de façon générale en Orient, les connaisseurs et les spécialistes des astres sont capables de déceler dans le ciel les signes favorables ou défavorables au destin ; né sous telle étoile, on est appelé à un grand destin ; né sous telle autre on est condamné à chasser les cochons de l'autre (le voisin) toute la vie. La connaissance des astres, surtout des étoiles, joue un grand rôle dans la connaissance de l'homme chez ces Orientaux.
Au Mali, dans beaucoup de régions, l'individu se distingue non seulement par son prénom et son nom de famille, mais également par des traits et signes extérieurs qui permettent d'établir s'il est chanceux ou pas, s'il aura de la réussite dans ses entreprises ou non. Dans les milieux traditionnels, on est très attentif à ces signes dont certains sont physiques, car c'est par eux que l'on arrive à évaluer approximativement les chances de l'enfant dans la vie.
Si ces signes appartiennent à la fois aux hommes et aux femmes, c'est avec ces dernières qu'on est plus exigeant dans la mesure où on paye pour les faire venir et fonder une famille dans le cadre du mariage. De la sorte, dans les démarches matrimoniales, on prend la précaution de bien observer la fille à marier : son être, sa manière de marcher et même de regarder.
Si, elle a la plante des pieds qui sort comme on dit, elle est jugée femme potentiellement dépensière, incapable d'économiser un sou ; dans le cas contraire il y a des chances qu'elle soit économe jusqu'à l'avarice. Les filles qui ont la poitrine bombée, le dos carré ou le cou allongé ne sont prises qu'à contre-cœur, car considérées, à juste raison, semble-t-il, comme cimetière d'hommes à cause de leur « téré » foncièrement mauvais et dévastateur. Il est évidemment difficile de juger de l'efficacité de ces prescriptions, mais depuis les époques les plus reculées de notre histoire, nos mariages se font en tenant compte de ces facteurs qui ne sont peut-être pas tous vrais, ni tous faux.
Au niveau des hommes, les mêmes remarques s'observent quoiqu'à un degré moindre. Un homme portant une petite bouche ou affublé d'une petite tête est réputée difficile à nourrir ou à entreprendre des projets grandioses (sa tête est trop petite pour ça) et l'idée est répandue que la famille dans laquelle vit cet individu est éternellement confrontée à des problèmes de subsistance ; à l'inverse, un homme muni d'une large bouche ouvre des perspectives heureuses pour sa famille parce que manifestement cette énorme bouche ne peut être fendue que pour accueillir d'abondants et succulents mets, sa vie durant.
De façon générale, la société traditionnelle n'aime pas trop les petits orifices et les petits membres censés ne pas en faire assez et, superstitieusement, les préfère grands.
Dans certaines familles aussi en ville, la naissance d'un nain ou d'un hydrocéphale est perçue comme un bon signe porteur de grand bonheur, étant entendu que de tels êtres humains n'arrivent pas par hasard dans les familles. L'expérience a d'ailleurs révélé que partout où ces créatures bizarres se sont montrées, leurs frères et sœurs ont vécu prospères, en tout cas à l'abri du besoin jusqu'au décès de ces malheureux. Et il ne faut pas oublier que dans toutes les sociétés de ce pays la croyance est répandue que les bénédictions des parents portent bonheur à leurs enfants auxquels, en compensation, il est demandé respect, obéissance et soumission.
Le fond de la vieille philosophie du terroir est que plus les enfants respectent leurs parents, plus ils auront de la chance dans la vie et accompliront de belles choses ; plus ils seront rebelles à leurs géniteurs, plus ils seront malheureux, raseront les murs à la traîne derrière leurs semblables.
Par conséquent, les chances de réussite d'un enfant, la baraka selon le terme arabe, sont subordonnées à son comportement envers ses parents biologiques. C'est vrai que dans un contexte de sélection naturelle et de mortalité infantile élevée, où la mère est tout pour le petit, lorsque celui-ci arrive à s'en sortir, il doit se convaincre qu'il le doit à sa maman à plus de 70 %.
Il semble aussi que certains travaux spéciaux des marabouts et des charlatans peuvent augmenter les chances de réussite de l'enfant, mais vu que ces gens sont parfois plus truands que pourvoyeurs de services sociaux, cette piste est de plus en plus délaissée par les chercheurs de baraka et de miracle.
Un adage bamanan dit qu'il vaut mieux avoir un fils chanceux qu'un fils gros travailleur, parce que dans la vie très souvent, travailler ne suffit pas pour être riche et puissant, il faut, pour arriver à la plénitude, bénéficier en outre de circonstances favorables, de la baraka, qui provient soit de Dieu soit des parents ou les deux à la fois.
Facoh Donki Diarra
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