Les Echos du 13 Decembre
POUR VENTE ILLICITE DE GRAINES DE COTON
La DR CMDT de Bougouni au cœur d’un scandale
L’heure est grave à la direction régionale de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) de Bougouni, qui est éclaboussée par une affaire de vente de graines de coton. Le chef d’expédition, M. Daou et son commis en sont les premières victimes. Arrêtés en fin de semaine dernière, ils ont été déférés devant le parquet de Bougouni.
Le chef d’expédition de la CMDT de Bougouni et son commis croupissent depuis le week-end dernier à la Maison d’arrêt de Bougouni. Ils sont, en effet, inculpés pour vente frauduleuse de graines de coton en direction de l’étranger.
Ils avaient tenté de faire sortir deux camions remorques, remplis de graines au nom d’un certain Yaya Konaté. Alors qu’en réalité, précisent nos sources, ces chargements étaient destinés au Port de Dakar. Ils auraient été dénoncés par des agents du service commercial de la CMDT au directeur régional.
C’est ce dernier, sans autre forme de procès, qui aurait fait appel à la police pour les arrêter. Selon toujours nos sources, ces deux agents ne sont que des petits bonnets d’une affaire qui impliquerait de grosses pointures à Bougouni et à Bamako.
Autant dire que d’autres arrestations devront suivre dans les prochains jours. Car, la question des graines est devenue un sujet de préoccupation nationale depuis un certain temps, non seulement du côté des usines de production d’huile et d’aliment bétail, mais également de la CMDT. Les deux parties s’accusent mutuellement d’exporter en catimini les graines de coton destinées à la production locale.
A la direction générale de la CMDT, où nous nous sommes rendus hier, l’heure n’est pas aux commentaires, même si on parle d’« indiscipline dans la gestion des graines ». En tout cas, l’on se garde d’aborder le sujet de l’arrestation des deux agents de Bougouni. « L’affaire est entre les mains de la justice qui devra prouver leur culpabilité ou non. En attendant, nous ne pouvons pas faire de commentaires sur la question. Laissons la justice faire son travail comme il se doit », nous a-t-on dit.
De l’eau au moulin d’Huicoma
Ce qui est sûr, c’est que cette histoire, à l’image de celle de vente de coton malien au Burkina en 2001-2002, risque de coûter très cher à la Compagnie qui se débat depuis belle lurette dans des problèmes à n’en pas finir.
Déjà, informent nos sources, le chef d’expédition qui n’a pas digéré sa dénonciation et son incarcération, promet d’en faire de même, c’est-à-dire de dévoiler ses complices. La quantité de graines attendue par la CMDT est estimée à environ 100 000 tonnes cette année, 30 000 tonnes sont déjà achetées. Ils ne restent que 70 000 tonnes pour l’ensemble des industries demandeurs. Les besoins pour les seules usines de Tomota dépassent largement cette production. Malgré tout, des agents avaient pris le risque de vendre à l’extérieur ces maigres graines au détriment des entreprises nationales.
Voilà de quoi blanchir l’Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma) d’Alou Tomota, toujours soupçonnée d’exporter les graines de ses usines. Une bonne nouvelle également pour les autres unités de production d’huile, à l’image de l’Huilerie Abou Woro de Sikasso, qui avaient fermé boutique en juin dernier, pour manque de matières premières.
A suivre
Sidiki Y. Dembélé
Acceuil
ABOLITION DE LA PEINE DE MORT
Des religieux font faux-bond à ATT
L’abolition de la peine de mort reste d’actualité dans notre pays même si le président de la République a décidé d’y surseoir. Mais d’ores et déjà, le président ATT semble être victime de la volte-face de certains religieux qui lui avaient promis de l’aider dans cette entreprise.
La volonté du président de la République d’abolir la peine de mort a fait couler beaucoup d’encre et de salive, créant la polémique dans l’opinion nationale. A ce jour, les débats sur la question sont loin d’être clos parce qu’il y a certains qui sont pour et d’autres religieusement contre et le projet de loi peut toujours revenir.
L’Union nationale pour le renouveau (UNPR), présidée par Modibo Sangaré, est le seul parti politique qui figure au rang des anti-abolitionnistes et qui s’est publiquement manifesté contre l’abolition. Ce parti avait organisé une marche qui fut interdite par les autorités. L’Association pour l’unité et le progrès de l’islam (Amupi) avait elle aussi manifesté sa désapprobation en invoquant les principes islamiques qui soutiennent la loi du Talion : « Œil pour œil, dent pour dent… »
La suite est connue. La pression des anti-abolitionnistes a pour le moment eu raison des théories développées par les abolitionnistes. Le président de la République a jugé utile de ranger dans les placards pour quelque temps la proposition de loi. Quelques semaines seulement après le retour en arrière du chef de l’Etat, des langues commencent à se délier sur les circonstances qui ont entouré la proposition du projet d’abolir la peine de mort.
Espèces sonnantes contre sensibilisation ?
Au cours d’une conférence de presse dimanche dernier au siège de l’UNPR, M. Sangaré n’a pas porté de gan pour dénoncer « la démagogie, l’immoralité » de certains responsables religieux. Par cette sortie, le président de l’UNPR s’est montré fermement opposé à l’abolition de la peine de mort et a laissé entendre que des leaders religieux auraient été soudoyés pour les besoins de sensibilisation de la population afin de faire passer la thèse abolitionniste.
De sources bien informées rapportent que le président de la République, avant d’évoquer l’abolition de la peine de mort dans son discours du 22 septembre 2007, avait eu des contacts avec des chefs religieux, des responsables du Haut conseil islamique. Ceux-ci ayant (voir Le Républicain du 12 décembre 2007) touché des espèces sonnantes avaient promis de s’engager auprès de la population à travers des campagnes de sensibilisation dans les mosquées pour faire passer le projet de loi d’abolition de la peine de mort.
Coup de théâtre : les mêmes sources indiquent que des leaders religieux après avoir empoché l’argent, ne se sont plus donnés la peine comme convenu de procéder aux campagnes de sensibilisation. Tout laisse croire qu’ils ont eu du mal à défendre le projet car ayant vite compris qu’ils n’auront pas l’adhésion de la population pour la simple raison que le Coran et la Bible sont clairs sur la question.
Après l’échec de cette tentative, le chef de l’Etat a décidé de surseoir momentanément au projet en attendant la session d’avril à l’Assemblée nationale. Mais que lui reste-t-il si l’argent ne peut même plus tout acheter dans ce Mali qu’on dit si vendable ? Wait and see !
Mohamed Daou et
Abdrahamane Dicko
Acceuil
LA SANTE PUBLIQUE EN DANGER
Des médicaments périmés en circulation
La vente de médicaments périmés est en passe de devenir une pratique courante dans notre pays. Après la dénonciation des « médicaments par terre » par les autorités sanitaires, ce sont des officines qui se livrent à ce jeu dangereux pour la santé des personnes.
Que vaut une nation sans des citoyens en bonne santé ? Que peut-elle devenir avec des populations malades ? Rien à coup sûr, d’où la nécessité de mettre la santé au cœur de la politique. Que ce soit dans les discours que dans les faits. Les Maliens en ont sûrement assez de discours creux en matière de santé, ils ont besoin d’une politique de santé efficace et d’une application de cette même politique à tous les niveaux.
Aujourd’hui, en tant que citoyens soucieux de ce qui se passe, nous sommes en droit de nous demander où nous partons tant la vente des produits périmés devient une banalité. Ainsi, il n’est pas rare de voir des pharmaciens vendre des produits périmés au vu et au su de tous. Ce fait est motivé par l’appât du gain au détriment de la santé des populations et à l’absence de contrôle régulier.
« C’est Dieu Seul qui nous protège, sinon c’est directement vers la mort que nous nous dirigeons » , s’indigne un citoyen visiblement écœuré et désabusé. Pis, à un moment où des spots publicitaires passaient à la télévision et sur certaines radios de proximité pour condamner et sensibiliser les gens sur les risques liés à l’usage des médicaments par terre.
De quelle condamnation de médicaments par terre peut-on parler si ce sont ces mêmes médicaments qui se retrouvent souvent dans les pharmacies ? Si rien n’est fait pour empêcher la vente des produits périmés dans les pharmacies c’est la vie des milliers de personnes qui est en jeu. « Avec la cherté de la vie, moi je ne paierai d’autres produits que les médicaments par terre. Surtout que ce sont les mêmes médicaments qui se retrouvent dans les pharmacies », jure un citoyen.
Victime de l’Erytromicine périmé
Le calvaire de cette citoyenne démontre le risque que nos compatriotes courent. Elle se rend d’abord dans un CHU de la place où le médecin lui prescrit une ordonnance après diagnostic. Elle est informée qu’une pharmacie existe dans la cour dudit hôpital où elle achète de l’Erytromicine. « En sortant, le médecin m’a dit qu’une pharmacie se trouvait dans la cour. J’y suis partie et j’ai payé de l’Erytromicine », nous confie-t-elle. Mais le début de la médication sera le début de son supplice.
« Le premier jour, j’ai pris le médicament le matin et suis partie au bureau. Je n’ai rien pu faire et suis revenue à la maison tout affectée, mais, j’avais pensé que ça allait passer » . Et d’ajouter, « le second jour, j’ai pris la même dose et ce fut plus grave. Je suis restée abattue dans mon bureau et je n’ai même pas pu boire le lait que j’avais acheté ».
La chance de la « pauvre femme » a été qu’une amie de sa fille, médecin, lui a rendu une visite de courtoisie dans son bureau. Suite aux questions de cette dernière, elle l’informe qu’elle est malade et lui montre la plaquette du fameux « Erytromicine ». Coup de théâtre, la visiteuse découvre que le produit est périmé. Aussitôt, elle instruit à la victime d’arrêter la prise. « Sali m’a dit d’arrêter de prendre le médicament et a promis d’appeler sans tarder la pharmacie dudit hôpital », a confessé la victime très affaiblie.
Pour vérifier l’information, nous nous sommes rendu à la pharmacie dudit CHU. Après des échanges, la pharmacienne a admis : « Oui c’est vrai, nous avons des cartons d’Erytromicine périmés que j’ai fait descendre à mon retour de congés. Je n’étais pas là et c’est mon assistante qui s’occupait de la vente. Elle n’en connaît pas beaucoup ».
« Dites à la victime de nous pardonner à cause de Dieu. C’est une erreur que nous avons corrigée aussitôt après la découverte » , a poursuivi la pharmacienne. Erreur ? Mais quelle erreur ? Une erreur capable de coûter la vie à d’innocents citoyens qui font pourtant confiance à leurs pharmaciens.
Les autorités sont fortement interpellées et doivent urgemment prendre toutes les mesures qui s’imposent afin de juguler sur ce péril qui pend sur la tête de chaque citoyen.
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)
Acceuil