Les Echos du 11 Decembre
FACE AUX APE
La résistance africaine se fissure
Quelque 70 chefs d'Etat et de gouvernement africains et européens ont participé au 2e sommet UE/Afrique, du 8 au 9 décembre 2007, à Lisbonne (Portugal). Comme on pouvait s’y attendre, les Accords de partenariat économique (APE) ont été au cœur des débats. Et des dirigeants africains comme Me Abdoulaye Wade et Alpha Oumar Konaré ne sont pas passés par quatre chemins pour mettre à nue les insuffisances des APE.
« L’Afrique a besoin de l’Europe comme l’Europe a besoin de l’Afrique » ! C’est ce qu’a rappelé le président du Ghana et de l’Union africaine (UA), John Agyekum Kufuor, à la veille du sommet Afrique-Europe le week-end dernier à Lisbonne. Une vision également défendue par le président de la Commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré. Et pourtant, ce principe d’égalité est foulé aux pieds lorsqu’il s’agit d’accords de partenariat.
Comme on pouvait s’y attendre, les Accords de partenariat économique (APE) étaient au cœur des débats lors de cette rencontre entre dirigeants africains et européens. Pour l’UE, les APE représentent le passage obligé pour l’insertion de l’Afrique dans l’économie mondiale. Ce qui n’est pas l’avis des Africains et de nombreux économistes de part le monde. Les APE démontrent plutôt que le nouveau partenariat équilibré « d’égal à égal », censé être inauguré au sommet de Lisbonne, est un vain mot.
Et il est heureux de voir que des dirigeants africains comme Me Abdoulaye Wade du Sénégal sont aujourd’hui conscients du péril auquel les économies africaines sont exposées avec la signature des APE. « Les relations entre l’Afrique et l’Europe doivent être basées sur le libre-échange », rappelle le président sénégalais. Se ralliant à la position de nombreux experts de par le monde, il souligne que, avec les APE, les industries africaines vont disparaître avec tout ce que cela comporte comme conséquences sociales, économiques et politiques.
« Signer les APE reviendrait à consacrer et accentuer un déséquilibre de fait et à livrer totalement les marchés africains aux produits européens subventionnés » , a soutenu Me Wade. « Aucune industrie africaine ne peut supporter la concurrence des produits européens. Ce n’est pas possible », a-t-il averti. Interviewé par RFR, il a ajouté, « on parle de compensations. On ne peut jamais compenser la destruction d’un tissu industriel ».
Et le président du Sénégal ne se contente pas seulement de critiquer les APE, mais il propose aussi des solutions. Pour lui, il est nécessaire que les ministres et les experts africains se rencontrent à Accra (le Ghana préside actuellement l’Union africaine) pour discuter de cette question vitale pour le développement du continent. Il souhaite aussi que l’aide soit séparée des questions commerciales et que les négociations avec l’Europe se fassent produit par produit.
Solidarité brisée
Avocat et économiste émérite, Me Wade analyse pertinemment que les difficultés commerciales de l’Afrique tournent autour de seulement quelques produits comme le coton, le café, le cacao et l’arachide. Et c’est autour de ces matières premières exportées par le continent qu’on doit articuler tout accord de partenariat avec l’Europe.
Mieux, le partenariat entre le berceau de l’humanité et le vieux continent doit privilégier l’investissement européen en Afrique. « Si une industrie vient s’installer en Afrique pour produire les biens dont nous avons besoin, nous ferons tout pour la protéger », a indiqué Me Abdoulaye Wade.
Malheureusement, tous les dirigeants africains n’ont pas cette vision responsable du président du Sénégal. Et la résistance africaine s’est déjà fissurée, car certains pays ont déjà signé des accords intérimaires pour se mettre à l’abri des mesures de rétorsion brandies par l’Europe. En effet, le 7 décembre dernier, la Côte d’Ivoire a accepté de conclure un accord économique avec l’Europe « pour préserver ses intérêts majeurs ». Ce qui n’est pas surprenant de la part de ce pays étouffé économiquement à cause de la crise politico-militaire et qui est en train de tout faire pour revenir dans les bonnes grâces des bailleurs de fonds, dont l’Union européenne.
Et Bruxelles avait mis la pression sur la Côte d’Ivoire, pays à revenu intermédiaire et grand exportateur de cacao, en évaluant à 700 millions d’euros par an, le montant des taxes qu’Abidjan aurait dû payer sur ses exportations vers l’UE à partir de l’an prochain, en l’absence d’accord. Les efforts européens ont porté leurs fruits. La signature d’un APE intérimaire séparé par la Côte d’Ivoire a logiquement suscité les critiques de ses voisins qui lui reprochent de briser la solidarité régionale. Mais, d’autres pays de la région pourraient suivre l’exemple d’Abidjan.
Déjà, quatre pays d’Afrique australe (Botswana, Lesotho, Swaziland, Mozambique) et cinq pays d’Afrique orientale (Kenya, Tanzanie, Ouganda, Rwanda et Burundi) ont signé les APE. L’Afrique du Sud rechigne et le Nigeria refuse catégoriquement. Faute de pouvoir signer avec des régions entières, l’UE cherche aujourd’hui à obtenir un maximum d’accords avec des pays séparés, dans l’espoir d’un effet « boule de neige ».
C’est le cas en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale où la Cédéao et la Cémac jugent prématuré de conclure un APE cette année.
Mais, ils seront combien de pays à résister au chantage économico-financier de l’Europe avant le 31 décembre prochain, la date butoir pour signer les APE ? Les paris sont ouverts.
Alphaly
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TRESOR PUBLIC
Les caisses sont vides
Il existe aujourd’hui au Trésor public une crise d’argent due à des entrées de liquidité au compte-gouttes. Le Trésor parvient difficilement à encaisser 20 à 30 millions par jour alors qu’en temps normal, les entrées d’argent se font par milliard.
Le Trésor public est réputé être la banque de l’Etat. Une banque qui a pour vocation essentielle d’encaisser l’argent provenant des services de l’assiette (impôts et douanes) ou tout autre fonds destiné à l’Etat. Il est en même temps habilité à prendre en charge les dépenses courantes effectuées au nom et pour le compte de l’Etat et paye les factures des fournisseurs. La moindre panne est ressentie par tout le pays.
Imaginez un instant que les comptes d’un tel service affichent le rouge. Les conséquences sont tout simplement graves pour le citoyen moyen et pour l’Etat qui n’est plus solvable. Les difficultés de trésorerie ne font que s’accentuer au Trésor.
Depuis plusieurs mois, ses caisses sont à sec et des fournisseurs courent désespérément derrière leurs dus. Le mal pour certains ne fait que s’aggraver jour après jour et les solutions, qui passent par le renflouement des caisses, ne sont pas à portée de main. Selon des sources, il existe une crise d’argent due à des entrées de liquidité au compte-gouttes. Selon les mêmes sources, le Trésor parvient difficilement à encaisser 20 à 30 millions par jour. Or en temps normal, les entrées d’argent se font par milliard.
Ce sont plusieurs personnes munies de leur mandat de paiement, qui arpentent tous les jours les couloirs de la Paierie générale près du marché Dibida. Certaines d’entre elles peuvent rester du matin jusqu’à la fermeture des bureaux sans être appelés à la caisse. D’autres font le pied de grue toute la semaine et cela pendant six mois à un an.
Hier, l’atmosphère de désolation était à son comble à la Paierie générale. A moins d’une semaine de la fête de Tabaski, le lot des débiteurs du Trésor semble grossir. Un entrepreneur en BTP que nous avons rencontré dit avoir construit, il y a plus d’un an sur appel d’offres, un bâtiment appartenant à un service public. Il a aujourd’hui de la peine à mettre la main sur le reliquat d’environ 2 millions de F CFA.
Ce montant, selon lui, doit servir à éponger une dette qu’il avait contractée auprès d’une connaissance dans le cadre des travaux du chantier. Un autre débiteur du Trésor est le fournisseur en matériels et consommables bureautiques d’un service de l’administration publique. L’Etat lui doit six millions qu’il attend impatiemment depuis plus de sept mois. « Chaque jour, on me dit de repasser demain. Demain ressemble toujours à hier », affirme, notre interlocuteur. Les vacataires de l’éducation au niveau du district vivent le même calvaire. Ils attendent eux aussi leurs salaires.
Le Républicain dans sa parution d’hier a levé le lièvre en titrant en Une « Danger sur l’économie malienne : quatre commerçants doivent 75 milliards de F CFA aux banques ». Le confrère qui se base sur un rapport de la Commission bancaire remis au chef de l’Etat, impute le manque de liquidité au Trésor public à cette hémorragie financière dont sont victimes les banques maliennes.
La menace de dévaluation du F CFA qui a plané un moment sur les pays de la zone franc et qui continue d’enflammer les milieux financiers de nos pays est aussi invoquée comme une cause probable à la crise d’argent. Beaucoup d’opérateurs économiques, qui veulent jouer à la prudence, ont préféré expatrier leurs fonds dans des banques étrangères.
Les menaces de contrôle du Végal constituent aussi pour certains des causes profondes du ralentissement du rythme des affaires dans notre pays. Les importations ont pratiquement régressé. Il va sans dire que le Trésor public ne peut que ressentir les dégâts collatéraux pour la simple raison que notre économie se nourrit des taxes et droits payés au cordon douanier par les importateurs.
Abdrahamane Dicko
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PROGRAMME NORD-MALI
Un vecteur de développement à Attara
Le village d’Attara de la Commune de Soumpi dans le cercle de Niafunké est devenu une « puissance » en matière de production de riz grâce aux périmètres irrigués réalisés sur financement de la Coopération allemande (GTZ). Ce qui a permis une autosuffisance alimentaire dans cette localité et une amélioration des revenus des populations.
Généralement, le Septentrion malien est considéré comme une région défavorable aux activités agricoles à cause du désert. Mais, ce n’est point un rêve, le village d’Attara est devenu une véritable zone de production de riz. Ceci est le résultat de l’exploitation des périmètres irrigués financés par le Programme Nord-Mali de la Coopération allemande (GTZ).
Lancé en 1994 avec d’abord la tentative de faire revenir les déplacés de la rébellion du Nord, le programme a ouvert son antenne à Attara en 1996 et les premiers aménagements dans le village ont commencé en 1998. Ils couvrent 32 périmètres irrigués divisés en 3 parties, soit 1200 hectares, les pépinières incluses. Les périmètres irrigués sont desservis par des canaux dont les bassins reçoivent l’eau du fleuve à travers des motopompes.
Cette vaste superficie produit en moyenne 6 tonnes de riz à l’hectare. La production totale dépasse donc les milliers de tonnes. Pour une bonne gestion de la production, le programme a décidé de construire des magasins dans lesquels les cultivateurs peuvent stocker leurs récoltes. Il a aussi organisé les périmètres irrigués en groupements d’intérêt économique (GIE). Ces derniers l’aident à faire fructifier davantage les périmètres.
« Garder des sacs de riz au magasin est important car il permet aux cultivateurs de s’acquitter de leurs redevances et de pouvoir facilement avoir accès aux intrants à des coûts abordables. Donc, le programme met le riz sur le marché local et dans d’autres localités si possible pour mieux rentabiliser les travaux des cultivateurs » , a affirmé Nouhou Idrissa Maïga, chargé des aménagements du Programme Mali-Nord. En effet, les paysans doivent payer des redevances au Programme pour l’exploitation des périmètres et surtout l’entretien et le changement des équipements utilisés. Et cette rétribution est plus facile et certaine avec le stockage par les paysans des sacs de riz dans les magasins du Programme.
« Les paysans qui sont incapables de s’acquitter de leurs redevances sont dépossédés de leurs périmètres et sont exclus pour le compte de la campagne suivante » , a ajouté M. Maïga. C’est dire donc qu’avant chaque période d’exploitation, le Programme, de concert avec les GIE, procède au partage des périmètres irrigués par tirage au sort.
De multiples avantages
La verdure prospère aussi à Attara, car le Programme comporte aussi un volet reboisement sans minorer les forêts classées déjà sur place. « Chaque périmètre irrigué a dans son sillage des aspects liés au repeuplement des lieux en plantes avec le concours des services de protection de l’environnement », a commenté M. Maïga. Sur ce point, le directeur de la Conservation de la nature de Tombouctou, commandant Abdoulaye Tamboura, a laissé entendre que son service ne ménage aucun effort pour améliorer le cadre de vie des populations.
En plus de l’autosuffisance alimentaire (chaque périmètre créé dans une zone correspond à une banque de céréales), le Programme a permis de fixer les bras valides d’Attara qui ne doivent plus se plier au diktat de l’exode rural.
« Nous pouvons désormais exercer une activité rémunératrice dans notre village. » , a témoigné un exploitant. « Je fais venir des frères de mon village pour m’aider dans l’exploitation de mes périmètres. Au retour, ils raamènent des sacs de riz au village avec de l’argent », a reconnu M. Guindo.
Dans le but de consolider ses investissements, le Programme a créé 5 institutions de micro finance dans la zone. Dotées d’un capital de 40 millions de F CFA, ces banques rendent service à plus de 700 personnes. Le Programme a aussi construit une école de six salles de classes modernes. Les élèves de l’école sont au nombre de 208 et le taux de réussite est de 75 %, a informé le directeur de l’école, Bakary Boré.
A ces réalisations, il convient d’ajouter la construction de 60 magasins et des boucheries au marché d’Attara. Ces infrastructures ont été ensuite transférées au compte de la municipalité.
Cependant, tout n’est pas rose. Le projet est souvent confronté à des problèmes fonciers exacerbés par les pressions sociales. Etant donné que le Programme prendra fin en 2009, des inquiétudes demeurent quant à la capacité des populations et des responsables locaux à prendre efficacement le relais. Le chargé des aménagements du Programme a assuré que les locaux ont commencé à s’approprier des mécanismes de gestion et d’exploitation du périmètre.
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire, envoyé spécial)
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