Les Echos du 10 Decembre
VIOLENCES FAITES AUX ENFANTS
Plus de 190 cas d’abus sexuels en 3 ans au Mali
Le forum sur les violences sexuelles faites aux enfants a permis aux différentes structures impliquées de dégager des pistes de lutte contre le phénomène. Au cours des trois dernières années, il a été enregistré 199 cas de violences sexuelles faites aux enfants.
Le 1er forum sur les violences faites aux enfants organisé par Enfants victimes de violences (EVI) a répondu aux attentes des participants. La centaine de délégués venus de l’intérieur et du district ont, au cours d’intenses travaux au CICB, échangé sur les causes et conséquences des violences sexuelles exercées sur les enfants mais aussi mené une réflexion sur les voies et moyens d’éradiquer le fléau.
A la lumière des discussions, le forum a recommandé l’information et la sensibilisation des populations sur le fléau, la mise en place d’un cadre de concertation entre les associations intervenant dans le domaine de la lutte en vue du partage de l’information et de la coordination des actions, l’organisation d’un atelier à l’intention des associations de jeunes, des propriétaires de bar-restaurant et les représentants des départements ministériels chargés des jeunes. Les participants conseillent de faire une étude nationale sur la prévalence de la violence sexuelle faite aux enfants en vue de dégager une stratégie nationale de lutte, l’application intégrale du code de protection de l’enfant.
Ce premier forum découle de plusieurs constats. Les violences sexuelles faites aux enfants prennent des proportions inquiétantes dans notre pays. Elles sévissent de jour comme de nuit dans les rues, les marchés, les gares routières et ferroviaires, les maisons closes, les écoles et même souvent dans les familles.
Selon la présidente de SOS « EVI », Mme Sacko Ami Kane, la pratique, orchestrée par des adultes, se fait en général sur des enfants en rupture familiale et sociale, les enfants travailleurs, les enfants en conflit avec la loi, les enfants déficients mentaux, les filles migrantes employées comme domestiques et même parfois sur des bébés.
Débauches
La commissaire divisionnaire a expliqué quelques raisons qui conduisent cette couche à la débauche. A ses dires, le faible revenu et la négligence des parents, la non-prise en compte des aspirations des enfants, conduisent la plupart d’eux à la rupture familiale et sociale, devenant ainsi des proies faciles à l’exploitation.
Les conséquences enregistrées chez les victimes sont multiples, a affirmé la présidente de « SOS » EVI. Elles vont du traumatisme au suicide en passant par des échecs scolaires, la prostitution, les IST-VIH/Sida, les grossesses non désirées. Elle a aussi souligné les cas d’infanticides, la drogue, l’alcoolisme, la rupture sociale. La commissaire divisionnaire, qui n’est pas en terrain inconnu, a affirmé que « ces violences constituent une violation fragrante des droits fondamentaux des enfants ». C’est pourquoi son association et ses partenaires se sont efforcés d’engager le débat autour de cette pratique afin d’y trouver des solutions concertées.
Cette rencontre, selon le ministre de la Promotion de la femme, de l’Enfant et de la Famille, est venue à point nommé. A l’en croire, les statistiques données par Ami Kane sont effrayantes. « Elles interpellent chacun de nous à réfléchir sur la question ». Mme Maïga Sina Damba, n’a pas été tendre avec ceux qui sont chargés de réprimander les auteurs des violences sexuelles. A ses dires, le phénomène de viol d’enfants prend de l’ampleur en dépit des dispositions législatives et réglementaires en place. « Cela à cause des pesanteurs sociales ».
Mettant l’accent sur les différentes formes de violences, le ministre a dit que si la prolifération des hôtels, bars et maisons closes sont des causes apparentes de viol, le silence coupable de la société, les tabous sexuels et les agressions subies par notre culture à travers le développement des Technologies de l’information et de la communication, ébranlant des fois l’autorité parentale, en constituent les causes profondes.
Amadou Sidibé
Une panoplie de violences
Le premier forum sur les violences faites aux enfants a été l’occasion pour la présidente de « SOS » Evi, chef de la Brigade de la protection des mœurs et de l’enfant de dépeindre le tableau sombre des cruautés faites aux enfants.
Au cours des trois dernières années d’exercice, la Brigade de la protection des mœurs et de l’enfant du Mali a enregistré 199 cas d’abus sexuels sur les mineurs parmi lesquels 69 cas sur des enfants de 0 à 13 ans, 48 cas sur des enfants âgés de 13 à 15 ans et 2 cas d’attouchement sexuel sur des bébés de moins de 6 ans sans compter les viols simples et collectifs, les incitations à la débauche et les cas d’inceste.
A. S
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Dr. MODIBO SOUMARE, SECRETAIRE GENERAL
« Ça va mal au PCR »
Au cours d’un point de presse, samedi dernier à l’Espace Bouna, le secrétaire général du Parti citoyen pour le renouveau (PCR), Dr. Modibo Soumaré, a réclamé la tenue d’un congrès de clarification pour freiner la descente aux enfers d’une formation dont c’est apparemment le compte à rebours depuis qu’elle a été recalée à la formation du gouvernement du 3 octobre 2007. Au demeurant, a-t-il rappelé, le PCR n’a pas encore organisé son congrès constitutif et reste donc dirigé par un bureau provisoire.
« C’est un impératif qu’on aille au congrès pour clarifier les choses, notamment les résultats du parti aux législatives, les résolutions de la dernière instance. Beaucoup de militants aujourd’hui sont déçus » , a expliqué Dr. Modibo Soumaré.
De l’avis du secrétaire général, le climat de violence qui prévaut au sein du parti n’est pas favorable à l’adhésion de nouveaux militants à laquelle il travaille. « Le PCR est à bout de souffle. Les militants ont besoin d’informations et d’être rassurés. Ça va mal au PCR. Il y a nécessité de le refonder ». Et d’ajouter qu’il a le soutien des « doyens » et de tous ceux qui sont sincèrement engagés pour la cause du PCR.
Il faut dire que c’est deux jours après la formation du 1er gouvernement de Modibo Sidibé que les choses ont véritablement commencé à se gâter au sein de ce parti membre de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP, majorité présidentielle), qui a obtenu un député élu en Commune III de Bamako sur 54 candidats présentés aux dernières élections législatives.
« Deux jours, après la formation du gouvernement, j’ai été invité à une rencontre. Ma position sur l’absence du parti ne se justifiait pas aux yeux du président. J’ai failli être agressé, mais je n’ai pas réagi. J’ai dit que je ne suis pas satisfait de notre résultat aux législatives. Je pense que notre parti méritait, avec ce résultat, de figurer ou pas dans le gouvernement comme d’autres qui sont sortis ou qui ne sont pas rentrés. On ne doit pas rougir de ne pas être au gouvernement » .
C’est cette réflexion de Dr. Soumaré qui aurait provoqué l’ire d’Ousmane Ben Fana Traoré, le président du parti. Et les altercations qui s’en sont suivies ont obligé le secrétaire général à annoncer la suspension de sa participation aux instances du parti et provoqué les démissions du 1er vice-président (Mamadou Diakité), du 3e vice-président (Dr. Sékou Kéita), du secrétaire à l’organisation (Moussa K. Sissoko) et de la secrétaire adjointe aux relations extérieures (Adam Aïché Diarrah). « Des décisions jugées de faits mineurs », a regretté Dr. Soumaré.
Pour Modibo Soumaré, en créant le PCR, lui et ses camarades voulaient faire la politique autrement. « On a certes fait de bonnes choses ensemble, mais je dis que la politique doit surtout nous permettre de garder notre honneur et notre dignité. Il faut éviter de se trahir, de médire des uns et des autres, de se réunir par petits groupes, mais accepter le débat public et contradictoire duquel éclate la vérité ».
Initialement programmé pour ce mois de décembre, Dr. Soumaré craint cependant que d’aucuns travaillent pour que le congrès ne se tienne pas. Il avertit : « Si je dois retourner au PCR, ce n’est pas, pour paraphraser l’autre, regarder les Sotrama passer. Je suis prêt à tous les sacrifices pour des termes nouveaux, des attitudes nouvelles, un nouveau projet de société mais pas pour les compromissions ».
Dr. Soumaré a félicité le Premier ministre pour le choix porté sur sa personne et a dit soutenir le gouvernement dont la composition reflète les résultats de l’ADP aux législatives de 2007.
A. M. Thiam
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FILIERE COTONNIERE AU MALI
La production en chute libre.
Pourvoyeur important d’emplois, le coton fait vivre directement ou indirectement des millions de personnes au Mali. Il contribue également à réduire significativement l’effet de la pauvreté dans les zones de production. Cependant, force est de reconnaître aujourd’hui que malgré toute la place qu’elle occupe dans le développement socio-économique, la filière malienne, à l’image des autres africaines, est fragilisée, voire menacée par une crise qui n’a que trop duré. Les acteurs de la filière se sont retrouvés à Ségou (les 6 et 7 décembre 2007) pour évaluer les difficultés et dégager des pistes de solutions.
La campagne 2006-2007, à l’image de la précédente, s’est soldée par des résultas décevants tant par le niveau de production (414 965 tonnes) le plus bas depuis une décennie, exceptée l’année du boycott, que par la productivité ( 868 ha), la plus faible depuis la création de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), il y a 32 ans.
Une situation qui découlerait des faits ayant marqué la campagne : démarrage très difficile suite à l’installation tardive des pluies, pluviométrie excessive d’août à mi-septembre, arrêt précoce et brutal des pluies, retrait de 300 organisations paysannes et de 56 000 exploitations de la culture du coton… Le très bas niveau de la productivité et de la production a conduit à une exacerbation de la situation déjà critique d’endettement des producteurs.
Convaincue qu’il est temps de se retrousser les manches pour éviter le désespoir suite aux crises répétées et consciente de l’importance de l’enjeu, la CMDT est décidée à relever le challenge. Et elle est passée à la vitesse supérieure en organisant, les 6 et 7 décembre derniers au Centre Gabriel Cissé de Ségou, la réunion statutaire de bilan critique de la campagne de commercialisation 2006-2007 et préparatoire de la campagne de commercialisation et d’égrenage 2007-2008.
Deux jours durant, chercheurs, producteurs, cadres de l’OHVN et de la CMDT se sont réunis autour du PDG de la Compagnie, Ousmane Amion Guindo, pour examiner sans complaisance le bilan de commercialisation 2006-2007, celui de production des semences coton, la protection phytosanitaire, l’évaluation de l’application des résolutions des ateliers sur les rendements coton au champ et l’endettement des producteurs et des organisations paysannes.
A la lumière des débats, les inquiétudes des uns et des autres ont porté sur la politique de subventions injustes et inéquitables des pays occidentaux. Ce qui fait, a-t-on dit, que le revenu des producteurs maliens, à l’instar d’autres pays comme le Burkina Faso et le Sénégal, s’amenuise chaque jour davantage. Et de plus en plus, des producteurs de coton sont en train d’abandonner cette activité puisqu’ils n’y trouvent plus leur compte.
La drogue en substitution ?
Les effets collatéraux sur l’économie malienne se traduiront par l’augmentation de l’exode rural, l’accroissement de l’immigration, le remplacement de la culture du coton par d’autres activités par ceux-là qui en sont exclus. « Si rien n’est fait, nous craignons de voir au Mali l’accroissement de la production et de la commercialisation de la drogue en lieu et place du coton », s’est inquiété un participant.
Quoi qu’il en soit, le forum de Ségou a eu le mérite de discuter de toutes les conditions de relance du coton. Et le principal enseignement qu’on peut en tirer, c’est que malgré la crise, il y a une volonté manifeste de part et d’autre de repartir de bons pieds pour tenir le coup. Cela en ramassant à temps surtout à faible coût le peu de coton qui reste. Au-delà de l’examen des problèmes, la réunion a proposé des solutions à travers la maîtrise de l’endettement, l’amélioration des rendements, etc.
Sans occulter les difficultés qui assaillent le secteur, le PDG de la CMDT reste optimiste. « Malgré la crise, la filière est en train de tenir parce qu’il a l’appui de l’Etat, parce que les paysans ont été compréhensifs malgré le prix de ces 3 dernières années ( 160 F CFA). Aussi, nous avons pu relever le défi de la qualité et l’ensemble du personnel de la CMDT… se déploie afin qu’on puisse préserver le maximum », a-t-il indiqué.
A en croire Ousmane Amion Guindo, la baisse de production, due aux facteurs conjoncturels, le découragement des producteurs dû à la baisse du prix d’achat du coton et leur surendettement, n’est pas une situation propre au Mali. « Ce n’est pas une situation qui relève de nous. Ce sont des facteurs exogènes qui nous retombent sur la tête. La production de coton va baisser cette année d’au moins 50 %. Cependant, il faut laisser la place à l’espoir pour la campagne 2008-2009 » a-t-il assuré.
Gageons que les mesures prises à Ségou rencontrent une amélioration des cours faisant oublier aux producteurs les trois années de galère !
Mohamed Daou
(envoyé spécial)
Des cotonculteurs récompensés
Pour la 3e année consécutive, la CMDT a sacrifié à la tradition en organisant en marge de la réunion statutaire de bilan critique de la campagne de commercialisation 2006-2007, la cérémonie de remise de trophées aux cotonculteurs qui se sont distingués par la production de coton de meilleure qualité pour la campagne 2006-2007.
La cérémonie, qui s’est déroulée au petit soir du 7 décembre au Miéruba, sous la présidence du ministre de l’Agriculture, a vu 21 exploitations recevoir la prime de qualité sur un total de 129 267 et 7 organisations paysannes sur 7448 en zone CMDT et OHVN.
Les récipiendaires bénéficieront à titre gratuit des intrants dont le montant est estimé à plus de 23 millions de F CFA. L’objectif recherché à travers cette remise de trophées et d’attestations est de créer une saine émulation au sein des cotonculteurs. « Ce n’est pas le montant qui importe, mais plutôt la signification et l’objectif qui priment », a fait valoir le PDG de la CMDT.
M. D.
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