Il n’y a que le menu fretin qui boit la tasse, les gros caïmans ont encore de beaux jours devant eux. C’est la substance du discours du chef de l’Etat à la rentrée des cours et tribunaux 2007, lundis derniers. On ne sait plus quoi dire ou faire quand celui qui est chargé de nettoyer les écuries maliennes se contente de commenter et non d’agir ! Au demeurant, ce n’est pas la première fois que le boss tente de se dédouaner sur les dysfonctionnements de la justice, renvoyant la balle dans le camp des juges.
Seulement, à l’écouter, on a l’impression que la justice vit sur la planète Mars, c’est-à-dire un secteur qui évolue en marge de la société. Mais, ce n’est qu’une impression. Notre justice est simplement un reflet de notre société qui, si on ne fait pas attention, va perdre ses repères au profit de la seule quête de gains faciles. Le juge qui manque à son éthique et à sa déontologie n’est pas plus coupable que l’enseignant qui met ses notes aux enchères ; le médecin qui délaisse ses patients dans les hôpitaux publics pour ne faire les yeux doux qu’aux malades fortunés dans des cliniques privées…
Il est à blâmer au même titre que les ingénieurs qui font des routes qui ne tiennent pas… la route ; le maire qui s’empare de force des terres d’autrui ; les décideurs qui détournent les biens publics. Mais, en l’occurrence, il faut dire que le président de la République, président du Conseil supérieur de la magistrature (où est la séparation des pouvoirs ?), est tellement fort qu’il peut, d’un simple claquement des doigts, siffler la fin de la récréation et donner le bon exemple à suivre par tous.
En tout état de cause, c’est le Conseil supérieur de la magistrature, qu’il préside, qui prononce les sanctions jusqu’à la radiation à l’encontre des juges fautifs et mute les magistrats. Y a-t-il meilleur moyen, pour un chef, que la sanction comme arme de dissuasion, de persuasion ou de pression ? Hélas ! En attendant donc que le grand patron tape du poing sur la table, ici, selon que vous soyez riche ou pauvre, les jugements de cours vous rendront blanc ou noir. Les Maliens ne naissent pas libres et égaux en droits et devoirs. A ka haramu !
Oui, c’est seulement le menu fretin qui croupit dans les geôles parce qu’aucun juge n’est encore fort ou soutenu pour s’attaquer aux gros gibiers ? Eux sont couverts parce qu’ils sont les fils, les frères, les pères ou les gendres de « quelqu’un » qui les place au-dessus de la loi. Combien de fois a-t-on dénoncé des auteurs d’actes répréhensibles qui continuent pourtant d’avoir plus de responsabilités ou de narguer les citoyens ? Qui d’autre qu’un « riche » peut bénéficier de la liberté provisoire ?
Admettons donc qu’aucun pauvre n’est soupçonné d’avoir trempé dans les scandales d’exonération qui ont pullulé ces derniers temps. Aucun pauvre n’a son nom dans les rapports du Végal. Aucun n’est épinglé par la Casca ou le Contrôle d’Etat. Aucun n’a braqué son arme contre l’Etat central. Et pourtant, ils représentent, pour presque de la peccadille, dans bien des cas, le gros du contingent en milieu carcéral. Et figurez-vous qu’ils ne rêvent même pas de liberté provisoire.
ACCORDS DE PARTENARIAT ECONOMIQUE
L’Afrique doit refuser le chantage européen
Signer les Accords de partenariat économique (APE) pour des pays comme le Mali, c’est sacrifier la maigre souveraineté économique que nous avons encore. Déjà ballottées entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, les entreprises africaines vont carrément disparaître au profit des produits manufacturés de ces régions. Il suffit d’examiner un peu les rapports commerciaux entre l’Afrique et le reste du monde pour comprendre que nos dirigeants nous conduisent tout droit au suicide économique.
La capacité d’un pays à vendre des marchandises à l’étranger témoigne de la compétitivité de son économie, de son importance à l’échelle internationale et de son potentiel de croissance. De l’exportation dépend en fait le pouvoir de financer le développement économique et social. C’est avec les recettes en devises que l’on peut par exemple acheter des équipements et des technologies à l’extérieur.
En analysant les statistiques de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), un premier constat frappe l’esprit : avec 14 % de la population mondiale, l’Afrique n’assure que 2,9 % des exportations mondiales. Et les pays qui sont appelés à se soumettre aux Accords de partenariat économique (APE) sont largement en dessous de ce chiffre.
Après un long déclin dans les années 1960 et 1970, la part de l’Afrique connaît une légère hausse. Mais, elle reste très inférieure à celle des autres continents. Les pays africains ont exporté pour 335 dollars par habitant en 2005, contre une moyenne mondiale de 1620 dollars (en 1995, les chiffres étaient respectivement de 158 et 911 dollars). Cette faiblesse chronique tient en un mot : 80 % des produits vendus par l’Afrique sont des matières premières agricoles, minières et énergétiques. Seuls 20 % sont issus de la machine industrielle. Certains pays, comme le Mali, sont même dépendants à plus de 90 % d’une ou de deux matières premières comme le coton et l’or.
Autre particularité, qu’expliquent l’histoire coloniale et le manque de coopération régionale, l’Afrique exporte très peu sur le continent (10 % du total en 2005). L’essentiel de ses ventes continue à prendre le chemin de l’Europe (46 %) et des Etats-Unis (20 %) à des conditions de prix peu avantageuses, car moins concurrentielles. L’Asie, qui renforce sa présence sur le continent, lui achète désormais le 1/5 de ses produits (18 %).
Dans l’ensemble, l’économie africaine demeure relativement peu ouverte sur l’extérieur : les exportations totales ne représentent que le tiers de son PIB (produit intérieur brut) alors qu’elles dépassent 50 % dans les autres régions du monde. Exceptés les pays pétroliers et enclavés, qui sont tributaires des marchés extérieurs (la part des exportations dans le PIB atteint 222 % pour la Guinée équatoriale), on compte une dizaine de pays ouverts (entre 30 % et 50 %).
En analysant ces chiffres, il est clair que des pays comme le Mali n’ont rien à gagner dans la signature des APE. Avec un tissu industriel presque inexistant, les APE vont faire de nos Etats un espace commercial totalement acquis aux produits manufacturés européens. Déboussolée dans ces derniers retranchements sur le vieux continent par la percée chinoise (et bien indienne et brésilienne), l’Europe tente désespérément de se repositionner en Afrique. L’avenir des industries européennes se joue en grande partie en Afrique. Un continent où elles ont puisé leur fondement durant la période coloniale.
S’ouvrir à d’autres marchés
Selon certains observateurs, les Africains n’ont pas le choix. Ils doivent signer les accords ou disparaître. Un argument fataliste, trop fataliste. Un discours inacceptable à l’égard d’Etats souverains. Une souveraineté qui doit être réaffirmée dans l’élaboration d’une politique commerciale nationale ou sous-régionale. L’Europe menace de réduire l’accès au marché de 76 pays du monde, parmi les plus pauvres, s’ils ne signent pas les APE d’ici la fin de ce mois.
Une date butoir car ces nouveaux accords commerciaux entreront en vigueur le 1er janvier 2008. Ils portent essentiellement sur la libéralisation réciproque du commerce et la suppression des droits de douanes entre les pays de l’Union européenne et ceux d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, en lieu et place des préférences unilatérales concédées par la partie européenne depuis le début de la Convention de Lomé.
Mais, avant de céder à cette menace, il faut analyser qu’est-ce que nous avons réellement à perdre avec cette restriction commerciale ? Hormis l’or et le pétrole, que gagnent réellement nos Etats dans la vente de leurs matières premières sur le marché européen ? Très peu de choses parce que la politique de subvention pratiquée par l’Union européenne réduit à néant leur compétitivité. Un produit comme le coton est devenu un goulot d’étranglement budgétaire pour des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Bénin… qui sont obligés, après chaque campagne, de puiser dans le Trésor public pour compenser les pertes au niveau des sociétés cotonnières et des producteurs.
Les Etats africains doivent opter par le choix fait par la Chine.« Compter sur nos propres forces pour trouver notre voie du développement » ! Tel est sans doute le secret de ce que certains appellent aujourd’hui le miracle chinois. C’est l’option que les Chinois ont prise depuis la fondation de la République populaire le 1er octobre 1949 par le grand Timonier Mao Zedong. Au lieu de se focaliser sur la menace européenne, l’Afrique doit se battre aujourd’hui pour une nouvelle recomposition des relations commerciales internationales. Un accord entre la Chine et le Mali sur la commercialisation du coton nous rapporterait mieux que ce que l’or blanc apporte aujourd’hui à l’économie malienne.
Si les industries européennes peuvent se passer des matières africaines, tant mieux ! A nous maintenant de trouver d’autres débouchés à travers le monde. Aux différentes sous-régions africaines de faire l’intégration une réalité palpable. Ce qui éviterait de se faire une concurrence inutile dans le même secteur et d’implanter des industries sous-régionales fortes dans un espace économique avec une capacité énorme de consommation.
Comme le disait le président de la Commission de l’Union africaine (UA), « la première des choses, c’est que dans le monde, on est dans un système inégal. Il faut que les règles du jeu changent. L’Afrique ne peut pas continuer à exporter simplement ses matières premières sans les transformer. Nous avons très peu de choses à dire dans la fixation de leurs prix ».
Et le président Konaré a raison d’insister sur le fait que « tant que cela ne change pas et même si par la vente des matières premières, nous avons des ressources, nous resterons dépendants pour la nourriture, nous n’arriverons pas à créer des emplois simplement parce que nos matières premières ne seront pas transformées sur place. Il n’y aura pas de création de richesses, donc la pauvreté va continuer à s’élargir… »
L’Afrique n’a donc aucune raison de paniquer face à une menace européenne. Tout comme nous n’avons aucune raison de céder à un chantage diplomatique pour signer des accords dénoncés, par les experts de presque tous les organismes internationaux, comme n’étant pas du tout en faveur d’un développement industriel, donc économique de nos Etats.
En adoptant un langage de résignation, nos dirigeants s’apprêtent à céder aux Européens le peu qui nous reste de souveraineté économique et d’espoir de développement socioéconomique. Et si nous nous taisons, nous serons leurs complices devant l’Histoire, devant les générations futures.
Alphaly
Acceuil
ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
Le Snesup libère les notes et suspend sa grève
A l’issue de son assemblée extraordinaire le vendredi 30 novembre 2007 à l’Ecole nationale d’ingénieurs (ENI), le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup) a décidé de lever son mot d’ordre de rétention des notes et la suspension de son mot d’ordre de grève jusqu’au 31 décembre.
Les négociations entre le ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, Pr. Amadou Touré, ont porté fruit. Effet, le gouvernement et le Snesup ont trouvé un début d’accord sur les deux points principaux de doléances du Syndicat ; à savoir : l’augmentation des frais accordés aux secrétariats des examens et la régularisation administrative de certains enseignants.
Selon le secrétaire général du Snesup, Dr. Abdou Mallé, le gouvernement, en réponse à leurs revendications, s’est engagé à payer à chacun des membres des trois sous-commissions du secrétariat des examens 60 000 F CFA au lieu de 150 000 F CFA initialement réclamés pour chaque membre. Aussi le ministre a-t-il demandé au Syndicat de lui faire parvenir les dossiers de tous les enseignants frappés par des erreurs administratives qui retardent leur hiérarchisation.
Ces acquis, aux dires de nombreux enseignants, sont un témoignage de la bonne volonté du gouvernement de sortir de la crise qui dure depuis bientôt sept mois. « Nous sommes fatigués, les parents d’élèves sont fatigués. A mon avis, à un moment donné de la lutte, il faut savoir s’arrêter et tirer les leçons », a expliqué un professeur, qui ajoute que les enseignants doivent reprendre rapidement les activités sans pour autant arrêter de réclamer leurs droits .
Mais déjà, certains enseignants appellent à la prudence pour éviter que l’Etat ne les « arnaque » par des promesses démagogiques. C’est pour cela que le Snesup entend maintenir la pression jusqu’au 31 décembre 2007 afin d’amener le gouvernement à se manifester concrètement.
A noter que l’application du paiement des 500 F CFA par copie corrigée entre en vigueur dès cette année. En revanche, les grévistes devront attendre l’année prochaine pour acquérir les 5000 F CFA réclamés par surveillant et par jour de surveillance.
Amadou Waïgalo
Acceuil