Les Echos du 17 avril 2007
FINANCEMENT OCCULTE DE LA CAMPAGNE
Les pratiques du camp présidentiel discréditent la politique
Tout le monde sait que les activités du Mouvement citoyen et des partis de l'Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) sont financées par des détournements d'argent au détriment du Trésor public.
Comme avant chaque échéance électorale importante, le circuit de blanchiment de l'argent sale se met en marche à plein régime. Le Mali est devenu ainsi depuis l'arrivée de cette camarilla à la tête de l'Etat la destination prisée de l'argent blanchi. Il est en tous les cas parmi les principaux points de passage de l'argent sale.
Il y a quelques mois, le livre “ ATTcratie : la promotion d'un homme et de son clan ” révélait des accointances entre les proches du pouvoir et les bandits qui ont dévalisé la succursale de la BCEAO à Bouaké. Et les oreilles qui entendent tout et les langues qui se délient trouvent que les sanctions infligées à la soldatesque suite au match Togo-Mali du 27 mars 2005 sont la conséquence de cette affaire ténébreuse. La reprise des aides abondantes à notre pays y trouve sans doute un début d'explication.
De sources généralement bien informées, certaines structures fantômes sont créées pour les surfacturations d'achat de matériels agricoles et d'autres biens de grande consommation. Cela, pour alimenter le trésor de campagne du candidat-président. L'attribution des marchés publics serait un “ vaste système d'entente organisée ”.
Rien qu'à éplucher les marchés exécutés par les entreprises du bâtiment qui ont obtenu entre 2002 et 2007 des marchés pour la construction et/ou la rénovation des logements sociaux, des routes, des lycées et autres, on se rend aisément comptes que certaines ont été favorisées à tour de rôle les unes par rapport aux autres selon un tour de table préétabli par les attributaires de marchés respectifs entérinés par des commissions d'appel d'offres, soucieuses seulement d'assurer le respect de cette répartition équitable entre les entreprises “ sélectionnées ” et acquises à la cause.
En outre, ce dispositif d'entente anticoncurrentielle et de favoritisme a été mis en place et fonctionne à la faveur de pratiques corruptrices sous-jacentes. En effet, l'attribution de ces marchés est subordonnée au versement par ces entreprises de commissions au Mouvement citoyen et affidés. Ces malversations liées à l'attribution de ces marchés sont sues, mais tues.
Le président ATT est évidemment au courant de ce genre de collecte de commissions occultes auprès des entreprises, et tout son lien avec les marchés attribués aux entreprises donatrices. ATT, par amour pour le Mali et par devoir doit se prononcer sur ces dossiers ténébreux qui affectent dangereusement la gouvernance du pays. Doit-on oublier les multiples voyages payés outre atlantique en espèces pour ces “ amis ” du président.
Les marchés publics alimentent les caisses des partis inféodés au Mouvement citoyen. En cette veille d'élections générales, la suspicion entourant la coalition qui soutient le pouvoir grandit. Opaque et camouflé dans d'inextricables labyrinthes, ces prélèvements/financements occultes sont difficiles à cerner. La boulimie de pouvoir des partisans d'ATT suscite aujourd'hui maintes controverses. Il y a en effet, dans le Mali d'ATT, beaucoup de dossiers financiers, industriels, politiques sulfureux auxquels, soit en personne, soit par hommes liges interposés, ATT est mêlé.
Mise en coupe réglée
Beaucoup d'argent est utilisé pour financer la campagne électorale en cours ou à séduire des électeurs indécis sans qu'on ne sache exactement leur provenance. Au même moment, une tension de trésorerie est perceptible au trésor public. Combien sont-ils ceux qui attendent d'être payés pour des travaux exécutés, alors que le président se permet d'offrir à tour de bras des millions de F CFA en espèces à d'illustres inconnus sans motifs apparents ?
Tout le monde est “ arrosé ” de billets de banque. Personne n'échappe à la générosité du président, même les imams pour quelques dizaines de millions de francs. Quelles que soient les explications fournies ou à fournir, ces comportements ont fini par jeter une lumière crue sur une réalité connue de tous : le financement de la campagne du président candidat est assuré par l'Etat. Certains diront que cela a longtemps fait partie intégrante de notre culture politique. Mais il faut donc savoir s'arrêter.
A l'instar des Etats reconnus mafieux, le Mouvement citoyen et ses affidés sont en train de mettre en coupe réglée les marchés publics, qui se chiffrent à des centaines de milliards de F CFA. Un pactole qui, non seulement fait le bonheur des entreprises privées, dont le carnet de commandes ne désemplit pas, mais encore sert de source intarissable pour les caisses des amis du président. Les rapports de connivence au sommet de l'Etat avec les opérateurs économiques, la mainmise du pouvoir sur l'appareil judiciaire, ont créé une culture de la compromission permanente que personne ne peut remettre en question sous peine d'être écarté du partage du gâteau.
Le culte de l'argent facile, les coûteuses inaugurations, les surfacturations, la certitude de l'impunité et un total mépris de l'éthique ont amplifié démesurément ces pratiques. Au cours de ces cinq dernières années, les pouvoirs publics ont totalement cédé à l'affairisme et sacrifié, avec un parfait cynisme, toute morale et tout projet politique alternatif sur l'autel de la “ real politik ” .
La confusion dans les discours et l'absence des programmes de gouvernement lisibles, le fossé qui s'est creusé entre le citoyen, le militant et les partis politiques transformés pour des besoins alimentaires de leurs leaders en froides machines de pouvoir, le clientélisme tentaculaire, monnaie d'échange de la fidélité de l'électorat, ont lentement mais sûrement contribué au développement d'un lourd climat de suspicion, voire à la déstructuration de l'Etat.
Ce mal-être pourra se transformer en abstention, voter blanc ou simplement en vote sanction pour un candidat anonyme. L'indifférence des populations face au destin de la cité. L'inquiétude va crescendo. Les citoyens se sentent menacés, confrontés qu'ils sont quotidiennement à la grande pauvreté et au chômage.
La coalition sortante porte une responsabilité écrasante : elle a en effet appliqué une implacable logique budgétaire qui a accru les inégalités et alimenté les phénomènes d'exclusion. Les chaleureuses félicitations adressées par les institutions de Brettons Woods ou l'autosatisfaction du Premier ministre ne nous émeuvent plus.
Monzon
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ECHOS DE CAMPAGNE
ATT rencontre le secteur privé
Dans son programme de campagne, ATT doit rencontrer certaines corporations ainsi que les forces vives de la nation. Le secteur privé a ouvert le bal de cette large consultation dans la nuit de jeudi à vendredi 12 février 2007 au CICB. Toutes les composantes du secteur privé étaient de la rencontre, y compris la CCIM en déconfiture avancée. Le très contesté président de la CCIM, Jeamille Bittar et ses partisans ont effectué le déplacement. Le groupe de la tendance Ousmane Guittèye était également présent. Feignant d'ignorer le différend dans le monde des affaires, le chef de l'Etat a évité de nommer dans ses interventions, le président de la CCIM, Jeamille Bittar. Il s'est plutôt adressé dans chacun de ses propos au président du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), Moussa Balla Coulibaly. Au monde des affaires malien, ATT a expliqué son programme pour son prochain mandat et a demandé leur soutien.
ATT et Tiébilé chez les Maliens du Gabon
C'est par Libreville, la capitale gabonaise et Niamey (Niger) que le candidat Amadou Toumani Toumani Touré a effectué le samedi 14 avril 2007 le lancement de sa campagne à l'extérieur du pays. Même s'il a été accueilli par ses homologues El hadj Oumar Bongo Ondimba du Gabon et Mamadou Tanja du Niger, ATT n'était pas venu en simple visite de courtoisie comme il se dit dans le jargon diplomatique. ATT, qui brigue un second mandat, était allé à la rencontre de ses compatriotes vivant dans ces deux pays. Au cours de cette visite de quelques heures, le candidat ATT a exposé aux Maliens du Gabon et du Niger son bilan des cinq dernières années et son programme pour son 2e mandat. Il leur a demandé aussitôt de lui renouveler leur confiance le 29 avril 2007. Tiébilé Dramé, est arrivé, quant à lui, le dimanche soir à Libreville. le président du Parena et candidat à la même présidentielle a tenu des conférences et meeting avec les Maliens du Gabon.
Sadi en meeting ce dimanche à Bamako
Après le lancement de sa campagne électorale, samedi dernier à Koutiala, le directoire du parti Sadi s'est rendu à Yorosso le même jour. Dimanche, l'équipe dirigée par le candidat Oumar Mariko s'est rendue à Sikasso. Elle fera le tour de la 3e région, Kadiolo, Zégoua, Bougouni, Kolondiéba avant de regagner la capitale ce dimanche pour un grand meeting. Auparavant, elle se sera rendue à Fana, Konobougou, Ségou, Bla, Diaramana. Contrairement à d'autres partis, le président du parti Sadi, Cheick Oumar Cissoko, ne fait pas partie de l'équipe de campagne. Après le lancement de la campagne, il a regagné Bamako.
Africable donne la parole aux présidentiables
Africable, la chaîne du continent, est entrée dans le débat citoyen avec les candidats à la présidentielle du 29 avril. Cette chaîne à vocation panafricaine, a ouvert un créneau dénommé : “ A vous de convaincre ” . Ce temps d'antenne, accordé gracieusement aux 8 candidats, leur permet dans un débat ouvert mais franc, de s'exprimer sur les grands sujets de l'heure comme la santé, l'économie, l'école, l'immigration, le développement, entre autres. C'est une tribune mise à la disposition de celui qui cherche à briguer le suffrage populaire pour accéder à la magistrature suprême, de convaincre l'électorat sur ses préoccupations sur les grands sujets de la nation. L'émission enregistrée en partenariat avec Blonba, a reçu tour à tour les candidats Mme Sidibé Aminata Diallo du REDD, Mamadou Bakari Sangaré dit Blaise de la CDS/Mogotiguiya, Dr. Oumar Mariko de Sadi, Tiébbilé Dramé du Parena, Soumeylou Boubèye Maïga de Convergence-2007, Ibrahim Boubacar Kéita du RPM et Dr. Madiassa Maguiraga du PPP/Jama jigui. La diffusion a commencé le dimanche 16 avril 2007 vers 22 h avec Mme Sidibé Aminata Diallo. ATT bouclera la boucle.
EDM : une coupure suspecte
Le meeting d'Oumar Mariko a été interrompu durant une quinzaine de minutes par une coupure d'électricité. Coïncidence malheureuse ou fait volontaire ? En tout cas, les spéculations allaient bon train. “ Cela ne nous surprend guère. Ça toujours été ainsi avec Sadi à Koutiala ” , grognaient certains. D'autres ont affirmé que des consignes auraient été données au directeur de l'EDM par les barons du Mouvement citoyen pour saboter le meeting de Sadi à travers une coupure. En tout cas, une partie de la foule s'est éclipsée avant le retour de l'électricité. On se rappelle que la même coupure d'électricité avait mis un terme au meeting de lancement d'IBK au Palais de la culture le 8 avril dernier. Electrique comme campagne.
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PRESIDENTIELLE 2007
La souveraineté du Mali en questions
Qu'est-ce que les huit candidats à la présidentielle du 29 avril 2007 nous proposent concrètement ? Voilà la question primordiale qui doit déterminer le choix du futur président de la République. Et cette question doit être analysée sans aucune considération partisane s'il est vrai que le devenir du Mali est notre souci commun. C'est cela le vote utile qui produira les changements escomptés dans ce pays toujours à la traîne après 46 ans d'indépendance.
“ Il y a deux vérités qu'il ne faut jamais séparer en ce monde. D'abord la souveraineté réside dans le peuple. Secundo, le peuple ne doit jamais l'exercer ” . Attribuons cette assertion à Antoine de Rivarol et revisitons Rousseau. Pour ce penseur, “ la souveraineté, qui est l'exercice de la volonté générale, ne peut jamais s'aliéner et le souverain qui n'est qu'un être collectif ne peut être représenté que par lui-même. Le pouvoir peut bien se transmettre, mais non pas la volonté ” .
La campagne pour la présidentielle du 29 avril 2007 bat son plein depuis une dizaine de jours. Ils seront huit à briguer les suffrages d'environs six millions de Maliens. Ils prétendent tous vouloir notre bien, un peuple qu'on doute qu'ils connaissent réellement. Un peuple qu'ils ne comprennent pas, un peuple qu'ils trompent tous les jours pour asseoir leur pouvoir et assouvir leurs besoins matériels et financiers.
Ils se présentent aux Maliens comme étant des messies envoyés par Allah, le Tout Puissant Miséricordieux pour guérir la paupérisation dont ils souffrent. Ils s'empressent de préciser qu'ils n'ont pas de remède miracle pour blanchir le peuple de la lèpre qu'est la pauvreté qui le ronge jusqu'à la moelle. Et pourtant, il existe des recettes pour payer aux travailleurs maliens un salaire minimum de 117 000 F CFA.
Les conditions de vie du Malien moyen ne cessent de se dégrader dans tous leurs fondements même si d'Alpha Oumar Konaré à Amadou Toumani Touré, la volonté de soulager ce peuple n'a jamais cessé d'être réaffirmée. Les conséquences de cette humiliante paupérisation, au fil du temps, sur l'humeur du pays, sur l'esprit critique, le civisme et sur la transmission des valeurs pérennes de l'honneur, apparaissent chaque jour, plus accablantes et plus déshonorantes.
Déclin de l'éthique
Des plumes bien expérimentées reconnaîtront avec nous que l'ébranlement d'un ordre politique ancien, bien avant la corruption comme sève nourricière de la mal-gouvernance, aura cisaillé l'apprentissage élémentaire du civisme. Le frémissement de la vie quotidienne, son incertitude économique et, plus encore, le chômage des jeunes auront privé les familles maliennes de tout soutien bienveillant.
A cette défaillance initiale s'est ajouté l'échec retentissant des gouvernements successifs de l'après-26 mars 1991. Le détournement et la confiscation de l'esprit de la révolution par une élite prompte à s'accaparer du moindre sou de l'Etat. Le comportement de cette classe de rusés prêts à s'enrichir au plus vite avant d'être démis, a fini d'éloigner le peuple de la chose politique. La preuve, c'est que malgré les efforts de sensibilisation, le taux de retrait des cartes électeurs n'a pas encore atteint les 10 % dans les centres urbains comme Bamako. Et le faible taux électoral (entre 19 et 30 %) témoigne éloquemment de la profondeur du fossé qui sépare gouvernants et gouvernés.
Pour quitter sagement cette impasse, il faut un homme d'Etat de la carrure de Modibo Kéita avec sa cléricature socialiste, équarrisseur de l'idéologie égalitariste. Pour que le Mali soit un Etat respectable et réellement souverain, il faut un dirigeant qui ne cède pas à la compromission et qui, au nom de l'intérêt collectif, est capable de sacrifier ses liens d'amitié ou de parenté. Mais, le malheur a voulu que, en prônant le contre-pied absolu de l'ordre ancien par l'hypocrisie d'une révolution, on ait imposé une classe de politicards saugrenus chez nous. Le renouvellement de la classe politique malienne est aujourd'hui la condition sine qua non de la bonne gouvernance, donc du développement.
Crise de confiance
Le peuple n'exerce pas le pouvoir, il le délègue à ceux qui sont habilités à l'exercer dans un Etat démocratique : la classe politique. Comment faire confiance à des politiciens médiocres voire incapables de cracher sur des miettes se trouvant à leur portée ? C'est cela aujourd'hui le propre de la classe politique malienne incapable de sursaut d'orgueil et de s'affranchir de sa cupidité pour veiller sur l'intérêt public.
Ces hommes n'ont pas encore compris que “ la politique, c'est résoudre les problèmes ” du peuple et non se faire les poches constamment. Ce qui fait que nous sommes le plus souvent contraints de choisir entre la peste et le choléra en priant Allah de nous mettre à l'abri de ses agissements. Difficile alors de se mobiliser pour les urnes. Ce sont ces sangsues qui prennent, depuis deux décennies, nos dirigeants en otage. Pendant près de dix ans, ils ont empêché le président Alpha Oumar Konaré de se consacrer à la concrétisation de son ambitieux projet de la société. Son tort, sa conviction qu'une démocratie ne peut être consolidée sans une opposition responsable qui assume sa partition dans le développement du pays.
Aujourd'hui, ce sont les mêmes hommes qui ont profité de l'esprit d'ouverture d'Amadou Toumani Touré pour assouvir leur cupidité. Le consensus politique n'est pas mauvais en soi, mais il a été galvaudé par le fait que la plupart de ceux qui ont accepté de composer avec ATT ont abusé de sa confiance pour se servir aux dépens du Trésor public. Loin d'être des exemples pour les autres, les responsables politiques présents dans le gouvernement ont trempé dans tous les scandales financiers de ces cinq dernières années. On comprend alors que leur acharnement à saboter les actions d'Alpha Oumar Konaré s'expliquait seulement par le fait qu'il leur avait refusé l'opportunité de combler leur retard social.
Quel que soit le vainqueur de la prochaine présidentielle, il aura du mal à tenir ses promesses et à combler les attentes du peuple s'il accepte le compromis avec une certaine composante de la classe politique actuelle. Des gens pour qui le Mali n'est qu'une orange qu'ils doivent se partager par tranche. Malheureusement, ces vautours sont présents aujourd'hui dans tous les états-majors de campagne sans exception.
Moussa Bolly
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