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2007

Mois d'avril

Les Echos du 12 avril 2007

INSECURITE A KALABANCOURA

La population s'inquiète et en veut à la police

La partie sud de Kalabancoura en Commune V vit sous la terreur des voleurs et bandits armés. Pour manifester leur ras-le-bol, les femmes et la jeunesse du quartier ont décidé de marcher pour demander au commissaire du 11e arrondissement de jouer sa partition, comme le faisait Amy Kane, la bête noire des malfrats.

Kalanbancoura était longtemps resté un quartier paisible. Là-bas, les habitants avaient souvent l'habitude de laisser portes et fenêtres ouvertes de jour comme de nuit sans crainte. Mais, depuis un moment, cette atmosphère de quiétude et de sécurité ne prévaut plus à cause des voleurs et des bandits qui y pullulent et sèment la terreur.

Convaincus d'être en terrain conquis, les malfrats opèrent généralement aux alentours du cimetière de Kalanbancoura. Dans la nuit de samedi à dimanche 8 avril 2007, des agresseurs ont tiré à bout portant sur un vigile qui tentait de les empêcher dans leur idylle.

C'est une lapalissade que de dire que la population de ce quartier ne se sent plus en sécurité. En l'espace de trois mois, ce sont une dizaine de familles qui ont connu la visite des malfaiteurs. Ces derniers, munis d'un arsenal de guerre, scient les portes pour ensuite dévaliser les maisons au moment où les habitants profitent de l'air frais dans la cour en cette période de canicule.

« Les voleurs nous ont subtilisés deux motos et un téléviseur. A chaque fois ce sont nos portes et fenêtres qui sont sciées. Il arrive que les voleurs tirent des coups de feu au moment de leur opération sans que la police ne réagisse » , a déploré un jeune du quartier.

La technique du sciage

Le hic, c'est que les malfrats opèrent généralement dans la même zone et avec les mêmes techniques. « Il n'y a pas une famille dans cette rue qui n'a pas renforcé ses portes avec les barres de fer. Mais malgré tout, ils arrivent à y pénétrer. Les éléments du 11e arrondissement ne font rien pour protéger les populations. Vraiment depuis le départ d'Amy Kane on a perdu tout sommeil » , regrette un vieil enseignant victime de braquage et de vol à main armée.

Deux autres boutiquiers de la zone ont connu les mêmes mésaventures à telle enseigne qu'au-delà de 23 h, toutes les boutiques de Kalanbancoura-Sud sont fermées et cadenassées.

Pour amener la police à jouer pleinement son rôle, les jeunes et femmes des familles environnantes du cimetière de Kalanbancoura ont décidé d'organiser ce jeudi une marche pour aller remettre une déclaration au commissaire principal du 11e arrondissement.

Cette déclaration exhorte les éléments de la police à multiplier les patrouilles et à travailler davantage pour débusquer les malfaiteurs comme le faisait la commissaire divisionnaire Mme Amy Kane.

Amadou Waïgalo

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EDOUARD MATOKO DIRECTEUR DE L'UNESCO

« Je regrette de partir du Mali »

Nommé directeur représentant de l'Unesco au bureau sous-régional d'Amérique latine (Venezuela, Colombie, Bolivie, Equateur et Pérou), Edouard Matoko, en poste au Mali depuis 2003, quitte notre pays cette semaine. Dans une interview qu'il nous a accordée, mardi, il nous parle des acquis du bureau sous-régional de Bamako couvrant le Niger, le Burkina Faso et le Mali, ses sentiments et ses souvenirs.

Les Echos : Quel est le sentiment qui vous anime aujourd'hui ?

Edouard Matoko : Tout d'abord, j'ai pris fonction au Mali il y a quatre ans. Ce bureau était auparavant un bureau national et en fin 2002, le directeur général a décidé d'en faire une représentation sous-régionale couvrant le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Ce qui a ajouté une responsabilité supplémentaire au bureau et donné une autre dimension à nos relations avec le gouvernement du Mali.

Il a fallu travailler dans ce sens, remodeler le bureau, le renforcer et j'ai d'abord un sentiment de fierté parce que nous avons pu renforcer en termes de personnel le bureau avec des nationaux dans les domaines de la communication, des sciences sociales, de l'éducation, avec aussi du personnel international dans tous ces différents domaines de compétences.

Le deuxième sentiment de fierté est que le bureau a pu répondre modestement aux attentes des Etats membres et des populations aussi. Le directeur général a lui-même effectué au cours de ces quatre années, trois visites officielles dans ces trois pays pour montrer son engagement.

Les Echos : Quels ont été vos acquis au cours de ces quatre années ?

E. M. : L'Unesco a 4 domaines de compétence majeurs : l'éducation, les sciences, la communication et l'information, l'éducation et la culture. Je pense que sur le plan culturel, le Mali n'a plus rien à envier aux autres pays de la sous-région puisque nous avons ici 4 sites de patrimoine culturel mondial dont un a été inscrit sur la liste (le tombeau des Askia). Il y a également la réintroduction de la ville de Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial et une nouvelle reconnaissance du patrimoine immatériel, le Yaral et le Degal. Sur le plan culturel, c'est vraiment un motif de fierté puisque le bureau a accompagné le Mali dans la préparation de ces dossiers.

Le Mali, à travers le Musée national, a accueilli aussi différentes manifestations internationales et nous avons notamment, l'année dernière, organisé une exposition itinérante sur la route de l'esclave. Nous avons accueilli les meilleurs artistes africains d'art plastique qui ont été primés au Musée national. Nous allons organiser cette année un prix de l'artisanat qu'on appelle le Label d'excellence, etc.

Sur le plan de la communication, nous avons apporté des appuis considérables à la Maison de la presse à la célébration des journées mondiales de l'information.

Dans le domaine des nouvelles technologies d'information et de communication, nous avons un grand projet de Centre multimédia communautaire (CMC) que nous mettons en place avec la Coopération suisse et le gouvernement du Mali. Ce projet vise à installer des télécentres radio, Internet sur le territoire. Nous en avons déjà installé une bonne vingtaine. Dans les deux années à venir, il y aura une trentaine d'autres. C'est un moyen de promotion de la démocratie, du développement reconnu par le chef de l'Etat lui-même qui a participé au Sommet mondial des chefs d'Etat sur la société de l'information. Le Mali est l'un des trois pays qui bénéficie de ce grand programme avec le Sénégal et le Mozambique.

Dans le domaine des sciences humaines, nous avons organisé au Mali le premier forum ouest-africain des ministres du Développement social de la Cédéao dont la présidence a été confiée au ministre malien Djibril Tangara.

C'est un forum qui a pour vocation de discuter de tous les problèmes sociaux et de les inscrire dans les sommets économiques et donner l'opportunité à tous les ministres du Développement social de pouvoir faire entendre les questions sociales dans les discussions de nature économique.

Le deuxième élément qu'on pourrait souligner, c'est toute la question des droits humains. Et dans ce sens, nous avons initié la lutte contre la pauvreté à travers les droits humains, c'est-à-dire la reconnaissance du fait que les populations ont des droits et que si ces droits sont respectés, on peut les sortir de la pauvreté.

Nous avons fait un projet intégré dans la Commune de Tienfala où nous avons aidé les populations à mettre en place des infrastructures sociales et on a fait de la sensibilisation auprès des femmes, des jeunes pour la scolarisation, la connaissance du droit.

Dans les domaines des sciences, des questions d'environnement, d'énergie alternative, d'eau qui ont reçu notre appui. Mais aussi la mise en place et l'appui qu'on apporte à une chaire pour l'environnement au niveau de l'université.

Dans le domaine de l'éducation, nous avons trois axes prioritaires, la formation des enseignements et principalement des enseignements communautaires. Ils représentent leur grande potentielle d'enseignements, ils ne sont pas qualifiés. Nous avons également, en coopération avec d'autres partenaires, le Pnud notamment, appuyé la scolarisation des filles et l'alphabétisation des adultes dans les trois régions du Nord avec un volet sur la culture de la paix, les droits humains dans les curricula.

Le troisième domaine dans lequel nous intervenons dans le secteur de l'éducation, c'est l'animation du cadre partenarial de tous les partenaires qui interviennent dans ce domaine. En quatre ans de présence au Mali, nous avons, au point de vue du renforcement et de la visibilité de notre action, essayé de faire ce que nous pouvons faire avec les moyens modestes mis à notre disposition.

Les Echos : Quelles appréciations faites-vous de la collaboration avec les autorités maliennes ?

E. M. : Je pense que tous ces acquis ont été possibles grâce aux relations avec les autorités du Mali. Nous avons pu développer des relations avec les institutions avec lesquelles nous travaillons et qui nous ont permis notamment de faire venir des partenaires, de réaliser certains projets même dans les régions les plus défavorisées. Le président de la République et le gouvernement apprécient fortement nos actions sur le terrain. Je pense qu'aujourd'hui, dans le domaine de l'éducation, il y a des progrès. Dans certaines régions, il y a encore beaucoup à faire.

Les Echos : Quels souvenirs gardez-vous de votre séjour malien ?

E. M. : Si j'avais un regret, c'est celui de partir. Peut-être pas sitôt, c'est quand même 4 ans. J'emporte avec moi énormément de souvenirs, la sympathie, l'amitié et l'amour de tous mes collègues, l'esprit qui a prévalu ainsi que cette spontanéité dans les rapports que j'ai eus avec les populations, cette volonté de faire avancer les choses. Tout n'est pas parfait, on se contente de faire ce qui est possible. Comme mauvais souvenir, c'est le climat, la chaleur. C'est supportable bien sûr, mais ce n'est pas facile de travailler dans ces conditions.

Propos recueillis par

Sidiki Y. Dembélé

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PRESIDENTIELLE DE 2007

Les préoccupations du peuple occultées

Au Mali, c'est le 29 avril que près de 7 millions de Maliens seront appelés à élire le président de la République. Huit candidats sont en lice pour séduire les Maliens et avoir leur confiance. La campagne bat son plein, mais le débat politique est loin d'être réaliste et constructif.

Ça chauffe dans l'arène politique depuis le 8 avril 2007, date officielle du début de la campagne pour la présidentielle du 29 avril 2007. Chacun, avec sont style essaye de déstabiliser l'autre. A ce jeu, le président Amadou Toumani Touré est moins nanti puisqu'il doit faire face à au moins quatre candidats qui ont officiellement pris parti contre lui. Ils ont pour noms Ibrahim Boubacar Kéita, Soumeylou Boubèye Maïga, Tiébilé Dramé et Mamadou Blaise Sangaré.

Et du coup, les déclarations assassines pleuvent. « ATT n'est pas un démocrate » , a dénoncé, hier matin sur les ondes de RFI, Ibrahim Boubacar Kéita , ancien Premier ministre et président de l'Assemblée nationale et du Rassemblement pour le Mali (RPM). Un sérieux coup de poignard dans le dos de l'homme de la Transition démocratique du 26 mars 1991 au 8 juin 1992.

Et pour le mettre dehors, IBK et ses alliés se battent « pour gagner face à un Etat entièrement mobilisé. Mais nous ferons en sorte que la vérité sorte des urnes » . Pour mieux appâter les électeurs qui, manifestement, n'ont aucune envie de se rendre aux urnes le 29 avril prochain, chacun y va de sa vision de l'Etat.

Ainsi, pour Oumar Mariko , secrétaire général du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'intégration (Sadi), « nous avons besoin d'un Etat qui, sur le plan international, affirme notre souveraineté non seulement dans le domaine de la coopération, mais aussi dans celui de la protection des citoyens maliens » .

Quant à Tiébilé Dramé, président du Parti pour la renaissance nationale (Parena), il « propose une grande politique d'unité, de cohésion et d'intégration nationale par la création d'un grand ministère chargé du Développement des régions sahéliennes et sahariennes » . Décidément, l'homme tient beaucoup au développement des zones arides. Ce qui n'est pas surprenant de la part du Niorois qu'il est.

Mais, parmi les huit candidats, celui qui a du mal à trouver sa voix et sa voie, c'est certainement Mme Sidibé Aminata Diallo qui brille beaucoup plus par sa naïveté politique que par la pertinence de son projet de société. Elle a du mal à communiquer alors qu'il est utopique de convaincre si on ne parvient pas à faire partager son projet avec les électeurs.

Elle doit souvent se demander comment elle s'est retrouvée dans cette arène. « Depuis 1958, les femmes votent au Mali. Je me sens très honorée d'être parmi les hommes pour ces enjeux électoraux » , se satisfait-elle. Heureusement que pour le moment, elle est tolérée par ses adversaires qui, par galanterie, ne semblent pas se préoccuper de ses maladresses. Et cela peut durer, à condition que la candidate respecte les règles du jeu.

Où sont nos préoccupations quotidiennes ?

Mais, aujourd'hui, force est de reconnaître que les discours de campagne sont pour l'heure stériles. De façon générale, les candidats se contentent de dénoncer et de se perdre dans des déclarations emphatiques. Les vrais problèmes sont souvent effleurés comme lorsque Soumeylou Boubèye Maïga dit que « le minimum social, l'éducation, la santé, l'accès à l'eau manquent à la majorité des Maliens aujourd'hui » .

En la matière IBK n'est pas tendre avec les plaies des Maliens. « Les Maliens continuent de mourir de faim » , rappelle-t-il. Ce qui peut ressembler à une lapalissade dans un pays récemment classé par le Pnud 175e sur 117 sur l'indice de développement humain durable (IDH).

Pour le moment, ni du côté du Front pour la démocratie et la République (FDR) ni du côté de la mouvance présidentielle, on ne semble être réellement armé pour s'attaquer aux vrais problèmes des Maliens. IBK ambitionne de ramener le Mali dans le bateau de la croissance économique profitable à tous. Mais comment ? Nous ne le savons pas ! Le président ATT promet presque la même chose sauf qu'il n'en dit pas plus qu'IBK sur sa stratégie pour y parvenir.

Quelles sont les solutions réelles préconisées pour sortir l'école malienne de sa crise ? Comment combattre définitivement la pauvreté et le chômage des jeunes ? Qu'est-ce qui est envisagé pour que l'eau potable ne soit plus un luxe pour la grande majorité des Maliens ? Voilà les grands sujets sur lesquels on attend les candidats. Surtout ceux du FDR puisque, de leur point de vue, les stratégies jusque-là adoptées n'ont pas comblé les attentes.

Le peuple connaît mieux ses propres difficultés pour croire aux seules déclarations d'intention. Ce dont les Maliens ont le plus envie d'entendre aujourd'hui, ce sont des solutions concrètes et réalistes à leurs préoccupations. De nos jours, personnes n'est dupe pour croire qu'il y a des solutions miracles à la pauvreté, au chômage, à la corruption, à la crise scolaire… Et si les belles paroles et les promesses démagogiques pouvaient réellement développer une nation, le Mali figurerait aujourd'hui dans le G8 ! Sans blague !

Moussa Bolly

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SBM LANCE SA CAMPAGNE A KAYES

Se mobiliser pour changer

Soumeylou Boubèye Maïga a donné le coup d'envoi de sa campagne dans la Capitale des Rails à travers un meeting géant lundi. La politisation de l'armée, l'achat des consciences pour se maintenir au pouvoir, la pauvreté, la crise de l'école… ont été des thèmes abordés par le candidat de Convergence-2007 qui a invité ses militants à voter massivement, car, dira-t-il, « la force de changement est en chacun de nous ».

La ville de Kayes a servi de cadre pour le lancement de la campagne du candidat de Convergence-2007, Soumeylou Boubèye Maïga. Le choix de Kayes pour le démarrage et de celui de Gao pour la clôture de la campagne de SBM a été fait depuis bientôt deux mois.

A la tête d'une délégation de dix personnes, l'enfant de Gao a été accueilli à l'aéroport Dag-Dag de Kayes par les militants de Convergence-2007, qui avaient massivement effectué le déplacement. Il a pris son bain de foule dans cette plate-forme aéroportuaire, d'où le cortège s'est ébranlé pour le centre ville. Tout au long du parcours, ses militants scandaient des slogans comme « Ça doit changer, ça peut changer et ça va changer » .

Arrivé en ville, SBM a rendu une visite de courtoisie aux notabilités de Kayes auxquelles il a demandé des bénédictions. Le meeting de lancement en question a eu lieu vers 17 h au Stade Bassi Coulibaly, pris d'assaut par environ 5000 sympathisants tous des résidents de Kayes.

Le représentant de Convergence-2007 à Kayes, le représentant du FDR de Kayes, Diaguila Diabaté, frère cadet de l'illustre Massa Makan Diabaté ont évoqué les problèmes auxquels les Kayésiens sont confrontés. Ces problèmes vont de l'immigration à l'absence de train en passant par le manque d'eau potable sans oublier la crise de l'école. Tout en appelant les Kayésiens à voter SBM, Diaguila Diabaté a dénoncé l'achat de conscience des populations de Kayes par la distribution de T-shirts et pagnes.

Dans une allocution en bambara, SBM a d'abord remercié les populations de Kayes pour leur accueil chaleureux. Il s'est ensuite attaqué au problème de la pauvreté vécu par 70 % des Maliens. Selon lui, la pauvreté ne cesse de miner les Maliens malgré tout ce dont le pays dispose.

L'ancien directeur général de la Sécurité d'Etat et ministre des Forces armées et des Anciens combattants a aussi dénoncé le calvaire des cotonculteurs, la situation de l'école malienne, la mauvaise gouvernance et surtout la politisation de la justice et des forces armées et de sécurité.

Cette dernière risque d'être à l'origine de nombreux problèmes, dira-t-il, si elle persistait. Soumeylou Boubèye Maïga a enfin invité ses sympathisants à retirer leurs cartes d'électeurs étant donné que « la force du changement est en chacun de nous » .

Ogopémo Ouologuem

( stagiaire )

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OUSMANE SY

« Nous vivons l'unanimisme et non le consensus »

Dans une interview mercredi à la Gazette du Mali, l'ancien ministre de l'Administration territoriale du président Alpha, Dr. Ousmane Sy, dénonce avec véhémence la clochardisation de l'homme politique, l'unanimisme actuel en lieu et place d'un vrai consensus et le recul de la démocratie.

Pour l'une des rares fois depuis sa sortie du gouvernement en 2002, Dr. Ousmane Sy a livré, dans une interview à la presse, ses critiques et impressions sur ce qu'on peut appeler la conjoncture politique actuelle. Une situation marquée surtout par le consensus d'ATT qu'Ousmane Sy juge en contradiction avec ses convictions et les principes fondamentaux de la démocratie.

Le coordonnateur du Centre d'études et de recherches sur les politiques publiques et les institutions pense que « le consensus contribue fortement à la décrédibilisation des partis politiques et de l'homme politique qui est vu sous le prisme de tout ce qui est négatif et nuisible » . D'où, ajoutera-t-il, toute l'importance du Manifeste pour la démocratie qui interpelle plus la classe politique qu'un quelconque pouvoir.

Selon lui, « ce que nous vivons actuellement est très loin du consensus. Dès que dans un pays, tout le monde est de facto d'accord avec un chef, cela conduit à des dérives dangereuses pour la démocratie. Ce que nous vivons est tout simplement de l'unanimisme différent du consensus » .

Le consensus, expliquera-t-il, est la résultante de discussions et de débats sur un projet de société et à l'issue desquels on décide ensemble d'aller sur l'essentiel. Or, au Mali, c'est depuis le départ que la majorité de la classe politique a décidé de soutenir un homme, de l'accompagner cependant que lui n'a rien demandé à qui que ce soit et qu'il ne se prive pas du reste à le rappeler à chaque opportunité.

Ce qui amène le lauréat du prix roi Baudouin en 2006, à s'interroger sur nos repères, nos grands choix et sur le multipartisme intégral. « Pourquoi, n'arrivons-nous pas à instaurer l'opposition malgré le statut spécifique qui lui a été réservé ? » , « Pourquoi avons-nous tant de mal à structurer un contre-pouvoir »  ? Autant de débats qu'il faudra mener selon Dr. Sy. La classe politique devra trouver les moyens de faire le diagnostic de 15 ans de pratique, valider les réponses justes et préconiser les correctifs requis.

Et aux yeux de Dr. Sy, le Front pour la démocratie et la République (FDR) paraît un cadre idéal pour repenser la démocratie et regrouper tous les citoyens qui pensent que le pays peut être géré autrement.

Sidiki Y. Dembélé

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PRESIDENTIELLE 2007

La campagne de proximité de Blaise Sangaré

Le candidat de la Convention social-démocrate (CDS/Mogotiguiya) à l'élection présidentielle du 29 avril 2007, Mamadou Bakari Sangaré dit Blaise, a choisi de faire une campagne ciblée.

Le président du parti du Cheval blanc a axé la plus grande partie de sa campagne sur la 3e région et précisément sur Bougouni sa chasse gardée et ses environs immédiats. La CDS a une solide assise dans cette partie sud de notre pays. Depuis sa création en 1994, elle ravit la vedette aux grosses pointures aux législatives et municipales dans cette localité.

Pendant deux législatures (de 1997 à 2002 et depuis 2003 à maintenant), la CDS/Mogotiguiya est parvenue à conserver les 4 sièges de députés de la circonscription électorale du Banimotié. Conseiller municipal à Garalo, sa commune d'origine, Blaise vient de faire son entrée au Haut conseil des collectivités territoriales à la faveur des élections communales d'où il est sorti vainqueur à Garalo le 18 mars 2007.

La CDS/Mogotiguiya sera néanmoins présente en 2e région et bien d'autres qui constituent ses zones de prédilection pour une campagne de proximité. Le parti du Mogotiguiya compte de nombreux élus locaux dans la Commune urbaine de Kati. Toutes ces raisons motivent davantage le « Mogotigui » à aller droit au but. Il s'agit, pour Blaise Sangaré, de rappeler à ses électeurs potentiels, leur devoir de sortir massivement le 29 avril 2007 pour voter en sa faveur.

Abdrahamane Dicko

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ENCLAVEMENT

Filamana, une commune à la périphérie du Mali

En l'absence des signaux de l'Office de radiotélévision du Mali (ORTM) et de la téléphonie rurale, Filamana vit dans une sorte d'isolement total.

Il ne serait pas exagéré de dire qu'à Filamana (cercle de Yanfolila) la vie n'existe que de nom. Dans cette commune frontalière de la Côte d'Ivoire et de la Guinée, deux pays politiquement instables aujourd'hui, tout manque : route, eau potable, électricité et télécommunications. En réalité, c'est une zone fortement enclavée. Une fois la nuit tombée, c'est le noir total. Déjà à 21 h, les va-et-vient se font rares dans les ruelles du village. La causerie autour du thé reste le seul moyen de divertissement.

A Filamana, l'on se sent coupé du reste du Mali pour la simple et bonne raison que les images de la télévision nationale n'y sont pas reçues. Ce n'est pas tout : Radio Mali est difficilement captable de même que la radio locale Radio Wassoulou qui donne parfois des fragments d'information concernant le pays.

Il faut dire que cette situation peu réjouissante prévaut dans ce coin du pays au moment où les télécommunications sont de plus en plus développées et ne constituent plus un luxe, mais plutôt un moyen de développement, d'information et d'instruction.

Les Filamanais sont coupés des réalités politiques et socio-économiques de leur pays. Là-bas, le sentiment général qui se dégage, c'est celui d'être oublié par les décideurs dans le désenclavement. A telle enseigne que les populations se demandent si elles font partie du Mali. La position frontalière de la Commune est en soi une délicate question et mérite d'être analysée avec beaucoup de lucidité, surtout pour les questions liées aux attributs de la souveraineté nationale. Des enfants jusqu'à un certain âge ne savent pas ce qu'est la télé. Et ceux qui le savent sont ceux qui ont eu la chance de fouler le sol de Yanfolila. Ce qui crée une différence entre les fils de Filamana et leurs parents du reste du Mali.

« Nous sommes orphelins et nostalgiques. Nous n'avons pas les avantages de la Côte d'Ivoire, de la Guinée, encore moins ceux de notre chère patrie. Toutes les informations en provenance de Bamako, de Sikasso ou de Yanfolila nous parviennent difficilement. Nous sommes sous informés. Il est temps que les autorités pensent à nous : en nous mettant sur le même pied que les autres fils de la nation » , commente Moro Sidibé, maire de la Commune rurale de Koussan.

L'absence des images TV et des sons de la radio nationale dans le Koussan ne doit pas être négligée. Le problème doit être pris à bras le corps par les gouvernants afin de mettre les Filamanais au même niveau d'information que les autres Maliens. Le jeu en vaut la chandelle car les Filamanais ignorent la nouvelle procédure du vote (bulletin unique) qui constitue pourtant un sujet d'actualité à la fois expliquée à la télé et à la radio dans les différentes langues nationales. Comment vont-ils accomplir leur devoir civique.

Discriminations ?

Il n'est pas exagéré de prévoir qu'il y aura beaucoup de bulletins nuls. Or, si la localité disposait d'une télé ou si elle recevait facilement la station nationale, les impairs dans ce domaine seraient moindres. Les populations se contentent des autres radios nationales, faute de mieux. Il s'agit des radios nationales de la Guinée, du Burkina Faso, etc. Le résultat est là : des habitants de Filamana connaissent peu les personnalités du Mali.

« Avant la rébellion, on recevait les images de la Côte d'Ivoire au point qu'on connaissait tous les ministres ivoiriens. Mais actuellement, ce n'est plus le cas, nous sommes dans l'obscurité totale. Rares sont ceux d'entre nous qui peuvent identifier nettement le président de la République et ses ministres » , témoigne Issa Sidibé, cultivateur. Il ajoute qu'ils ne sont Maliens que de nom.

« Même si on nous considère comme des Maliens, il n'y a pas d'incidence des institutions de la République sur les populations. Ce qui nous préoccupe présentement, c'est vraiment les mass médias (radio, télé). Ce qui nous permettra d'être rattachés à la capitale sinon nous ne sommes pas beaucoup renseignés sur le Mali » , souligne-t-il.

Autre incongruité : la Commune ne dispose que de trois Rac (douane, santé et administration). De même, elle ne dispose d'aucune ligne téléphonique y compris la téléphonie rurale. Les communications se font par vacation et leur confidentialité est constamment violée. Pour communiquer, les Filamanais sont obligés de se rendre à Yanfolila, Yorobougoula ou Kalana.

« Il te faut trois heures pour passer ton information. Et si c'est pour annoncer d'urgence un malade, le décès peut survenir entre l'aller et le retour. C'est la raison pour laquelle, le maire et certains cadres ont du mal à résider définitivement à Filamana » , explique un ressortissant.

De l'avis d'observateurs, une mutation à Filamana correspond à une sanction. Même les agents de sécurité que nous avons rencontrés mais qui ont préféré garder l'anonymat adhèrent à cette assertion. « Non seulement les recettes font défaut, mais aussi les commodités pour une vie saine et décente n'existent pas » .

Outre le manque d'images et de sons, la Commune rurale ne dispose que d'une seule piste latéritique, qui la relie d'une part au chef-lieu de cercle (Yanfolila) en passant par la Commune rurale de Gouanan et d'autre part à la République de Côte d'ivoire. Malheureusement, elle n'est pas praticable en toute saison. Conséquence : la commercialisation des produits agricoles est limitée.

Pourtant, la localité demeure une grande zone de production de tubercules, fruits et céréales. Les autres pistes qui relient les villages entre eux sont toutes dégradées et leur praticabilité par les engins lourds se limite à la seule saison sèche. Comme quoi, Filamana n'est pas encore en bout de piste pour son décollage.

Mohamed Daou

( envoyé spécial)

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