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2007

Mois d'avril

Les Echos du 02 avril 2007

IL FAUT LE DIRE

Au-dessus du Mali ?

Dans les nations normales où les citoyens ont la tête sur les épaules, l'on a parfaitement conscience que « les hommes passent, mais le pays reste ». Hélas ! Dans le Mali d'aujourd'hui, c'est tout le contraire qu'on observe avec certaines populations qui ont décidé de s'accrocher à un individu présenté comme la « première et dernière chance nationale ». Au nom de ce prétendu « sauveur national », toutes sortes de violations des textes de la République sont faites et gobées par un peuple malien qui a pourtant arraché sa démocratie dans la sueur et le sang.

On a l'impression qu'ATT est nettement au-dessus de la République depuis qu'en 2002, sa candidature, contrairement à la lettre de la Constitution, a été validée par la Cour constitutionnelle. Qui peut démentir que l'actuel locataire de Koulouba est bien au-dessus de la République s'il est de notoriété publique que des administrateurs, chevilles ouvrières du processus électoral, ont pris fait et cause pour lui sans se faire rappeler à l'ordre à tout le moins ?

Qui peut dire qu'ATT n'est pas au-dessus du Mali quand des véhicules de l'armée, réputée en dehors du champ politique, sont affrétés par ses partisans pour les besoins de campagne. Qui peut dire qu'ATT n'est pas au-dessus de la loi quand des gens qui doivent enfiler la tenue du prisonnier battent, en toute liberté, campagne pour lui ?

Que reste-t-il quand des notabilités, des associations et des syndicats, qui doivent être à égale distance des partis, sont traînés de force dans l'arène politique, à coup d'argent, au profit exclusif d'un homme ? Egal accès aux médias d'Etat ? Mon œil ! On n'a d'yeux que pour celui qui est insusceptible d'être battu le 29 avril. Même les « grins » n'échappent plus à la boulimie de soutiens. Tout le monde a, semble-t-il, baissé pavillon : en se disant que le Mali passe, mais ATT reste.

Erreur ! Car comme l'affirmait naguère GMT : « Le manichéisme, qui fait d'un homme l'incarnation achevée de toutes les vertus d'un peuple, expose l'Etat au danger d'orphelinat lorsque celui qui exerce le pouvoir disparaît ». Moralité : l'ère des rédempteurs du peuple est bel et bien révolue parce que partout les cimetières sont pleins d'indispensables.

A. M. T.

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PRESIDENTIELLE DE 2007

ATT a franchi le Rubicon

Après de longs mois de mystère mais sans suspense, le 27 mars 2007, le président de la République ATT, a enfin osé faire acte de candidature à la prochaine élection présidentielle d'avril 2007 et, ceci, dans la ville sainte de Nioro du Sahel pour des raisons que lui seul sait.

On dit bien qu'il a osé parce que normalement, en toute civilité, il n'aurait pas dû le faire compte tenu de ce qui fut décidé en 2002 et qui n'était plus qu'un secret de polichinelle que tentaient vainement de cacher les arlequins de la scène politique nationale. Dans tous les cas, le Rubicon est franchi et il faut faire avec, c'est-à-dire prendre très au sérieux cette candidature qui est un acte de défi et barrer la route à son auteur.

En faisant acte de candidature, le président dit ressentir le besoin d'expliquer le sens à certaines personnes qui ne sont pas bien définies dans le texte mais qui manifestement ont besoin de cette balise. Depuis, les gens se perdent en conjectures, se demandant, perplexes, à qui ces explications doivent être fournies.

D'ores et déjà, il serait naïf de penser que cette allocution s'adresse au brave peuple de Nioro du Sahel et au-delà au peuple malien tout entier. Les habitants de cette ville et de ses environs savent que le président est venu chez eux plus pour des motivations politiques que pour l'inauguration d'une route dont le bitumage était prévu déjà dans les programmes de développement d'Alpha, son prédécesseur.

En foulant aux pieds leur sol, le président était rempli d'arrière-pensées électoralistes dont, superstitieux comme un berger, il pensait que le renom de la ville et la baraka mystérieuse et mythique qui l'entourent, empêcheraient son discours d'être productif. Quant au peuple malien dans son ensemble, il a enregistré le message présidentiel comme un non-événement dans la mesure où tout le monde l'attendait, à commencer par les militants du Mouvement citoyen dont beaucoup auraient trépassé si le contraire s'était passé.

Le peuple savait que depuis 2002, n'était pas anodine l'inauguration par vaux et monts des chrysanthèmes par le couple présidentiel, pas plus que ne l'étaient les poses des premières pierres des maternités et des écoles rurales dans des localités parfois totalement incapables, par pauvreté, d'entretenir ces structures, l'Etat s'étant désengagé de tout sauf de la corruption.

Maintenant, la seule chose qui est sûre dans ce pays c'est que depuis 2 ou 3 ans, le président et son entourage veulent d'un second mandat et pour arriver à ce but, sont prêts à tous les sacrifices, y compris les tripatouillages et les truquages électoraux. Ils sont aidés dans cette tâche par les partis politiques signataires de l'ADP qui ne souhaitent que sa réélection et doivent féliciter le président de dépasser leurs antagonismes pour se jeter à l'eau.

Le président et ses fantômes

Eux qui ont manqué de courage politique pour aller aux urnes et montrer au pays entier qu'ils existent autrement que par le financement public et le récépissé administratif, n'ont besoin d'aucune explication politique parce que leurs vœux sont pleinement exaucés. Tel n'est pas le cas des paysans dont on dit qu'ils ne payent plus d'impôt mais sont plus imposables que jamais. Pire, dans leurs vies, rarement misère fut aussi grande que la leur durant ces cinq dernières années, malgré les pluies artificielles provoquées, faussement attribuées à ATT .`

Ils ont les prix du marché devant les yeux pour se laisser prendre aux discours démagogiques. Ils ont été trahis par leur président de l'Apcam, qui dans l'ombre d'ATT, est en train d'acheter le beurre et la fermière et qui s'est docilement aligné sur lui pour pouvoir disposer de 2 ou 3 tracteurs. Dans ces conditions tout discours qu'on leur présentera comme venant du camp présidentiel leur apparaîtra comme du boniment.

En réalité - et on n'a pas besoin d'être un expert en politique pour comprendre cela - l'explication promise par le président s'adresse aux puissances qui l'ont installé en 2002 mais uniquement sur la base d'un mandant de 5 ans. En se représentant, ATT sait qu'il ne respecte pas son engagement, qu'il a trahi sa parole et que dans cette position, il est coupable aux yeux des censeurs de 2002 pour lequel il ne compte plus, n'étant pas un homme de parole.

Il avait bien calculé et mûri son coup : Oumar Bongo du Gabon n'a pas fini de cuver son vin pour penser à des élections lointaines qui se passent au Mali ; Alpha Oumar Konaré n'est plus président du Mali ; de surcroît, il est sur le point d'en finir avec l'Union africaine d'où il sort encore plus désespérant de l'Afrique qu'avant, et Jacques Chirac, pratiquement chassé de l'Elysée par Nicolas Sarkozy, n'a plus droit au chapitre en France.

Des parrains de 2002, plus personne ne lui fait peur au point de gêner ou d'empêcher sa candidature. Maintenant, tout le problème est de savoir quelle argumentation il va présenter à ces fantômes qui peuvent toujours déranger un candidat illégitime tant les 5 ans écoulés ont été fades, presqu'insipides. Présentement, la démocratie n'est pas en grand danger malgré les coups bas du consensus et la situation politique intérieure est apaisée ; ce dont le pays a besoin, c'est d'un bon chef d'Etat, ce que ATT n'est pas parce qu'au-dedans comme au-dehors, il n'a convaincu personne, même pas son mentor Jacques Chirac auquel parfois il a fait honte en développant les positions étroites sur les questions essentielles de la vie de la nation.

Yiriba

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POUR L'EGAL ACCES AUX MEDIAS D'ETAT

La Jeunesse FDR exige la démission du DG de l'ORTM

Parce que « la radio et la télévision publiques donnent à notre pays une image affligeante… », la Jeunesse du Front pour la démocratie et la République (FDR) a marché samedi pour exiger la démission du directeur général de l'ORTM.

La Jeunesse du Front pour la démocratie et la République (FDR), a organisé le samedi 31 mars 2007 une grande marche de protestation contre l'Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM). Cette marche visait aussi à dénoncer l'ouverture anticipée de la campagne, l'utilisation des moyens de l'Etat à des fins électoralistes, l'implication de l'armée dans la campagne du candidat sortant.

De l'avis des observateurs, jamais une marche n'a mobilisé autant de monde depuis la fin du premier mandat du président Konaré quand le Collectif des partis politiques de l'opposition (Coppo) battait le pavé.

Ce sont des centaines de jeunes, accompagnés de certains leaders du FDR comme Tièbilé Dramé (Parena), Bakary Koniba Traoré dit Bakary Pionnier Bikoté et l'honorable Boubacar Touré (RPM), qui se sont dits résolument engagés à dénoncer les pratiques susceptibles de fausser les règles du jeu, d'entacher la transparence et la sincérité du scrutin du 29 avril prochain.

Les manifestants scandaient « Sidiki démission ! » , « Gouverneur démission ! » tout le long de leur itinéraire, de la place de l'indépendance aux abords du ministère de la Communication et des Nouvelles technologies en passant par la place de la liberté, le monument de l'Indépendance, la Bourse du travail…

On pouvait lire sur les pancartes : « La situation doit changer, peut changer, va changer » ou « Les fondements de la démocratie sont menacés sur les ondes de l'ORTM » . C'est un important dispositif sécuritaire, assuré par la police, la gendarmerie et la garde nationale, qui a obligé les manifestants à lire leur déclaration à environ 200 m du ministère de la Communication et des Nouvelles technologies.

Pour les manifestants, la campagne anticipée ouverte sur l'ORTM en faveur du président ATT est un affront au principe démocratique et compromet la crédibilité des élections. « La radio et la télévision publiques donnent à notre pays une image affligeante. Les moindres gestes du candidat ATT et des groupes qui le soutiennent sont relayés de façon intense tandis que les activités de l'opposition sont traitées avec une légèreté qui jure d'avec la déontologie et l'éthique journalistiques » , a indiqué Dr. Moussa Balla Diakité, président de la jeunesse FDR.

Les manifestants ont remis une déclaration au ministre de la Communication et des Nouvelles technologies, Gaoussou Drabo, qui a promis de tout mettre en œuvre pour un égal accès de tous aux médias d'Etat.

Amadou Waïgalo

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CONSULAT DU MALI A PARIS

La grève suspendue

Le personnel du consulat du Mali a suspendu sa grève en attendant le conseil des ministres de ce mercredi 4 avril. Des négociations conduites par le Haut conseil des Maliens de France ont pu rapprocher les positions. Une lettre signée du ministre des Affaires étrangères annon ce que la question sera débattue en conseil des ministres.

Les grévistes attendent donc la reconnaissance du bien-fondé de leur revendication et par la suite la décision d'exécution avec effet à partir du 1er janvier 2007 et non à une autre date. L'ambassadeur attend une décision de son ministre pour se réunir avec le consul et les responsables des travailleurs le lundi 9 avril.

Mais d'ores et déjà, des responsables syndicalistes s'étonnent et se montrent outrés du fait que la question revienne en conseil des ministres « à moins que l'accord obtenu avec le président ATT depuis octobre 2006 n'aurait été que du vent » , s'interroge sous anonymat un cadre de l'Union des travailleurs maliens de France.

En clair, ATT aurait dit « oui » à une augmentation de salaire devant l'assemblée des Maliens de France mais aurait oublié sa promesse une fois à Bamako, omettant d'en informer son gouvernement. Sinon comment comprendre que le conseil des ministres doit encore discuter d'une décision prise solennellement par le chef de l'Etat ?

Les conséquences de la grève ont été jusqu'ici amoindries par le dévouement des conseillers à l'ambassade qui se sont pliés en quatre pour éviter des sautes d'humeur des usagers. « Pour qui sait les comportements et les réactions de nos compatriotes, il est à craindre des mouvements d'humeur violents. Or, avec la situation actuelle en France (Ndlr : les questions de sécurité liées à l'immigration sont revenues au cœur des débats de la campagne électorale) et surtout du fait que notre position est systématiquement stigmatisée, nous n'avons pas besoin de cela en ce moment » , s'émeut Diadié Soumaré, le président du Conseil des Maliens de France.

En attendant le conseil des ministres de mercredi, on peut craindre un effet boule de neige dans l'ensemble des représentations diplomatiques et consulaires de notre pays à travers le monde. En effet, pourquoi accorder une augmentation aux seuls personnels en France alors que pratiquement c'est l'ensemble des travailleurs de la trentaine du réseau des missions diplomatiques et consulaires de notre pays qui en ont besoin ? Et c'est là que la situation se complique car la note deviendrait plus salée.

Si dans les autres pays un mouvement similaire se déclenchait, ce serait très dommageable, pour une diplomatie malienne secouée par des grèves depuis qu'ATT est au pouvoir. Avec l'affaire du consulat en France « le soldat de la démocratie » qui avait procédé à des nominations de complaisance de cadres non professionnels ici et là, risque de se mettre à dos une nouvelle fois des travailleurs dévoués, payés souvent en dessous du Smic ; des personnels souffrant de l'inconfort de leur situation et du peu de considération de la part de leurs compatriotes immigrés ; des personnels qui cèdent alors facilement à la corruption. Tout ce qui leur enlève la dernière couche de vernis de leur statut.

Oussouf Diagola

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PARENA

Tiébilé Dramé dévoile sa politique sur la diaspora

« Les Maliens de l'extérieur : un atout économique, culturel, politique et diplomatique pour le Mali » était le thème d'une rencontre d'échanges, samedi, entre le président du Parti pour la renaissance nationale (Parena), Tiébilé Dramé, candidat à la présidentielle du 29 avril, les associations des bassins d'immigrants et la presse.

Il s'agissait, pour le candidat du Parena, de dévoiler aux Maliens de l'extérieur et aux médias, la politique qu'il entend mettre en œuvre en direction des Maliens de l'extérieur et des Etats hôtes, si le peuple lui accordait sa confiance.

« Je ne suis pas le genre de personne qui dit que vous ne m'avez pas demandé la permission lorsque vous alliez à l'étranger…  », a d'entrée de jeu signifié le candidat Dramé aux responsables et immigrés des associations du bassin des immigrés et du Haut conseil des Maliens de l'extérieur.

Les Maliens de l'extérieur, pour le candidat Tiébilé Dramé, sont un atout économique, culturel, politique et diplomatique. Cela se traduit par leur apport financier à leurs familles restées au Mali et le développement de leurs localités par la construction d'écoles, de centres de santé, de mosquées, etc.

Tiébilé Dramé a déclaré que s'il était élu président de la République, son premier geste en direction des Maliens de l'extérieur sera la demande, auprès des autorités françaises, de la régularisation de tous les Maliens qui vivent en France. Pour lui, la gestion des difficultés des Maliens de l'extérieur (insécurité dans les logements, les actes de violence raciste et autres atteintes aux droits et libertés des Maliens dans leurs pays hôtes) ne seraient plus une affaire entre les mains des seules associations, mais du gouvernement malien.

Tiébilé Dramé a expliqué que le gouvernement qu'il mettrait en place élaborerait une véritable politique, voire une doctrine pour la sécurité de nos compatriotes de la diaspora. Pour M. Dramé, les relations entre notre pays et les Etats devraient se mesurer aussi à l'aune du traitement fait des Maliens dans ces Etats étrangers.

M. Dramé a par ailleurs indiqué que sous son impulsion, une deuxième table ronde serait organisée sur la région de Kayes afin de promouvoir le développement de cette région en raison du taux élevé d'immigrants. Autre proposition faite par le candidat du Parena : c'est la relecture des textes du Haut conseil des Maliens de l'extérieur. Cette institution, œuvre de Tiébilé Dramé, sous la présidence d'Alpha O. Konaré, répond aux aspirations des Maliens de l'extérieur, mais à cause de conflits internes d'intérêt, certains ont du mal à jouer pleinement leur rôle.

Les responsables des Maliens de l'extérieur qui ont témoigné sur les conditions de vie de la diaspora et des actions entreprises par le gouvernement ATT ont tous apprécié la politique que le candidat Dramé veut mettre en œuvre. Ils ont promis de relayer le message une fois de retour auprès de leurs compatriotes.

Denis Koné

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REALISATIONS DU GOUVERNEMENT

Au pays de Pinochet, tout va bien, circulez !

« Réalisations du gouvernement 8 juin 2002-31 mars 2007 » est l'intitulé d'un document présenté et défendu, vendredi dernier au CICB, par le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. Plus de 1000 milliards de F CFA investis ; un taux de croissance annuel moyen de 5,1 % et au finish, un sentiment de devoir accompli, qui frôle le narcissisme.

Le document présenté par le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga à la presse, aux partis politiques, aux partenaires techniques et financiers est une synthèse des réalisations du gouvernement de 2002 à nos jours.

En 103 pages, il fait ressortir les résultats obtenus dans l'agriculture, les infrastructures, l'éducation, la formation, l'emploi, la culture, la jeunesse, les sports, la santé, solidarité, femmes, enfants et famille, la gouvernance le domaine macroéconomique et autres politiques économiques sectorielles.

Ainsi, secteur par secteur, le Premier ministre, capitaine du gouvernement depuis juin 2004, vantera les performances de son équipe à travers une projection. Une équipe qui aurait fait sienne la vision du président ATT pour le Mali : assurer le bien-être de toutes les Maliennes et de tous les Maliens et faire du Mali un modèle de bonne gouvernance (sic).

« Des résultats probants dans tous les domaines, soit un coût total de plus de 1000 milliards de F CFA… des réalisations qui répondent bien aux attentes et aux besoins de notre peuple » , jugera le PM qui dit être animé d'un sentiment de devoir accompli.

De la présentation du PM, on retiendra que l'économie malienne a enregistré de bons résultats sur la période 2002-2006 avec une croissance annuelle moyenne réelle de 5,1 % (contre 3,2 % au sein de l'Uémoa). Cette croissance s'est réalisée grâce à la maîtrise de la hausse du niveau général des prix et a été supérieure à la croissance de 2,2 % de la population résidente.

Corrélativement à cette performance macroéconomique, l'indice de pauvreté a également baissé : le niveau de pauvreté monétaire est passé de 68,3 % en 2001 à 59,2 % en 2005 sur la base d'un seuil de pauvreté actualisé de 420 F par jour en 2005 contre 395 F par jour en 2001. Cette évolution dénote, selon Pinochet, d'un progrès appréciable dans la lutte contre la pauvreté engagée par le gouvernement.

Les perspectives économiques du Mali pour les cinq prochaines années s'inscriront dans le contexte de la mise en œuvre de la 2e génération du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté dont les orientations demeurent attachées au développement des infrastructures et du secteur productif, à la poursuite et à la consolidation des réformes structurelles ainsi qu'au renforcement du secteur social.

Les ressources dont disposera le Mali, notamment à travers le Millenium Challenge Account, 237,2 milliards de F CFA, le 10e Fed, 356 milliards de F CFA et plusieurs arrangements spécifiques avec des partenaires techniques et financiers constituent aux yeux du PM des leviers importants pour augmenter le potentiel de croissance du pays, indispensable au recul durable de la pauvreté.

Dans la conclusion générale, le document souligne la nécessité de poursuivre les actions engagées et d'ouvrir de nouveaux chantiers pour maintenir notre pays en progrès continu.

Sidiki Y. Dembélé

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Y a-t-il deux Mali ?

En lisant le document sur les réalisations du gouvernement ATT, l'on a l'impression que nous vivons dans un autre Mali, un paradis inégalé, un jardin naturel où tout est rose. Tant les actions sont sucrées. Quant on sort du document, c'est un autre Mali que l'on vit avec ses réalités, sa corruption, son impunité (rapports de la Casca et du Vérificateur général), son lot quotidien de misères…

Les Maliens ne tirent plus le diable par la queue, (il est invisible) et ce n'est pas pour rien que des expressions comme « le pays est sur répondeur » sont devenues le cure-dent des uns et des autres. Ils sont combien les Maliens qui ne mangent pas une fois par jour ? Combien de Maliens n'ont pas accès à l'eau potable ? Pourquoi nos jeunes ne jurent que par l'exode rural et l'immigration clandestine ? Pourquoi la mendicité ne cesse de gagner du terrain dans notre pays ? Pourquoi l'insécurité augmente tous les jours ?

Si le gouvernement ATT réfléchissait à ces questions, il comprendra qu'il y a bien un autre Mali, le vrai qui est diamétralement opposé à celui qu'il décrit dans ce document et qu'il se donne le malin plaisir de vanter des plans sur la comète.

S. Y. D.

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« THOMAS SANKARA, L'HOMME INTEGRE »

La résistance d'une prophétie


Figure emblématique de la politique africaine, Thomas Sankara (1949-1987) a légué aux générations futures la verve et l'énergie de l'espoir, l'emblème de la probité et la conscience historique de l'inaliénabilité de la lutte contre toutes oppressions. Sa vie et son combat pour une Afrique affranchie du joug néocolonialiste continuent à inspirer les écrivains et les cinéastes. Le Suisse Robin Shuffied vient de lui consacrer un film documentaire intitulé, « Thomas Sankara, l'homme intègre ». Une œuvre vue par notre envoyé spécial en marge du Fespaco 2007.

« Tuer le prophète n'empêche pas la prophétie de se réaliser » , dit l'adage. C'est la triste réalité à laquelle les autorités burkinabé sont aujourd'hui confrontées dans leur besogne d'effacer Thomas Sankara dans la mémoire collective de leur pays. Hélas, pour eux ! L'homme ne cesse de grandir dans l'estime de ses compatriotes qui comprennent maintenant la portée réelle de son combat politique. La projection du film documentaire « Thomas Sankara, l'homme intègre » au Centre national de presse Norbert Zongo l'a prouvé une fois de plus.

Jeudi 1er mars 2007, le Centre a refusé du monde. La projection du film était programmée à 18 h. Déjà à 16 h, il n'y avait plus de place dans la vaste cour. Les organisateurs étaient obligés de demander aux plus jeunes de céder la place à leurs aînés et aux étrangers. Impossibles de trouver une place même sur les mûrs. Même les arbres étaient pris d'assaut par la foule. Le nom de Sankara mobilise plus qu'on ne le pense. Et pourtant, le film n'était même pas retenu dans la sélection officielle de cette 20e édition du Fespaco.

Ce qui doit faire peur au régime de Compaoré, c'est que la majorité de cette immense foule avait en moyenne 16 ans. La popularité de Sankara dépasse les générations qui l'ont connu. Il était vivement ovationné à chaque apparition dans le film documentaire alors que son assassin était copieusement hué et traité de « traître » par les jeunes cinéphiles.

Le documentaire sur Thomas Sankara est l'œuvre de Robin Shuffield. D'une durée de 52 minutes, c'est un portrait en images de Sankara durant son passage à la présidence du Faso. Le président assassiné le 15 octobre 1987 est présenté comme un homme fougueux, étonnant qui, en quatre ans de règne, a bousculé les idées reçues sur l'Afrique. Il a réussi à remettre en cause la féodalité des chefs coutumiers contre les populations et des hommes contre les femmes.

Le réalisateur s'est replongé dans les archives pour ressortir les interventions de Sankara au Sommet Afrique-France, à celui de l'OUA où Sankara demande aux présidents africains de soutenir tous ensemble l'idée de l'effacement de la dette du continent. Une quête qui est plus que d'actualité de nos jours.

Le mérite de Shuffield, c'est d'avoir aussi réussi à faire parler non seulement des collaborateurs du capitaine, mais aussi des témoins. Il s'agit, entre autres, de Boukary Kaboré dit le Lion, Jean Hubert Bazié (journaliste écrivain), Edouard Ouédraogo (fondateur de l'Observateur Paalga, un quotidien du pays), John Jerry Rawlings (ancien président du Ghana). Tous donnent leur point de vue sur la Révolution burkinabé sans aucune complaisance.

L'originalité du film se retrouve d'ailleurs dans leurs interventions puisque la plupart des images et des propos du président Sankara sont déjà connus. Ainsi Rawlings dira de son ami Sankara, qu'il était impatient, même s'il ajoute aussitôt que cette impatience des changements était justifiée. Le président français, François Mitterrand pour sa part, lancera à Sankara qu'il va un peu loin. En tous les cas, après 4 ans de révolution, les populations avaient commencé à s'essouffler, à sentir les exactions et les dérives des comités de défense de la révolution (CDR).

Des frictions et des tendances internes sont nées et conduiront à la chute de Sankara. Cette chute, Sankara la voyait venir. Mais, comme il l'a dit dans le film, « tel un cycliste sur une pente dangereuse, je suis obligé de continuer à pédaler » . Il maintient le cap tout en étant convaincu d'œuvrer pour l'émancipation de son peuple. Un peuple dont il se disait incompris.

Plutôt que le début et la fin d'un homme d'Etat, « Thomas Sankara, l'homme intègre » montre comment un officier militaire a construit sa grandeur jusqu'au plus haut niveau, au prix de sa propre vie. Ce film démontre que Sankara était un messie en avance sur son époque par les sentiers de développement ouverts dans son pays et ses combats panafricains contre la faim, la malnutrition, la dette, l'exploitation abusive des ressources du continent…

Et cette œuvre fait surtout parler d'elle dans le monde et elle est au programme de toutes les grandes rencontres cinématographiques des prochains mois. Vendredi dernier seulement (30 mars 2007), elle était au centre d'un débat à Paris. C'était dans le cadre du Festival international du film des droits de l'homme.

Moussa Bolly

( envoyé spécial)

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VINGT ANS APRES SANKARA

Oser inventer l'avenir

Le 15 octobre 2007, les sankaristes du monde entier vont commémorer l'assassinat du p résident du Faso, le capitaine Thomas Sankara. Ce crime impuni a plongé le pays dans le désarroi et le découragement même si on n'a jamais pu enterrer avec l'homme l'essence de sa révolution.

Bien que le nouveau pouvoir se soit empressé d'annuler l'œuvre de Thomas Sankara et de son équipe, cette œuvre, accomplie à en peine quatre années, reste vivante dans le cœur des Africains et des peuples en lutte tant elle correspond aujourd'hui encore aux besoins et aux aspirations du continent, surtout celles de sa jeunesse.

Qu'il s'agisse de l'annulation de la dette, du problème du néocolonialisme, de la lutte active contre la corruption, de la promotion des femmes, de l'économie rurale, de la responsabilisation des citoyens, de la santé, de l'éducation… Thomas Sankara apparaît comme un visionnaire.

Pour ceux qui ont connu l'homme, « l'effort que Sankara demandait à lui-même et aux autres visait à construire un avenir meilleur sur des bases saines. Cette exigence permanente qu'il imprimait demandait des sacrifices de la part du peuple. Or, force est de constater qu'aujourd'hui le peuple burkinabé subit un  Grand Bond en arrière » .

En effet, malgré le masque démocratique du pouvoir actuel, une misère sans fond s'aggrave d'année en année tandis qu'une classe aisée et frivole s'enrichit sans vergogne. Il y a aujourd'hui deux Ouaga comme il y a deux Burkina : celui de la minorité riche et l'autre de la majorité de démunis souvent contraints de noyer leur misère dans la bière qui coule maintenant à flot dans les innombrables cabarets présents dans toutes les villes du pays.

La simplicité de Sankara, sa vivacité d'esprit, son humour, sa droiture, sa générosité, plaisent à une jeunesse africaine consciente qui se reconnaît en lui et manifeste son enthousiasme par la création de « clubs Sankara » au Mali, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Bénin, en Guinée… De jeunes d'Europe, d'Asie, d'Amérique latine, des Etats-Unis, partout dans le monde, se sont spontanément constitués en « Clubs Sankara » .

Vingt ans après, la pensée de Thomas Sankara n'a donc pas pris une ride. Bien au contraire ! C'est cette actualité sankariste qui sera mise en évidence le 15 octobre 2007 par une manifestation qui fera date. La Campagne internationale justice pour Sankara (CIJS) a, durant les 10 dernières années, déployé une procédure juridique pour obtenir justice pour ce leader éclairé.

D'abord devant toutes les juridictions du Burkina où elle a été déboutée, puis à l'ONU où, en 2006, elle a finalement obtenu justice. Cette victoire qui marque un précédent à l'ONU et en Afrique dans le cas de l'assassinat d'un chef de l'Etat, doit cependant être respectée par le régime du Burkina qui perpétue l'impunité.

La 20e commémoration doit constituer un moment de mobilisation et de pression nationales et internationales pour que le Burkina respecte enfin ses engagements internationaux, et de justice à Thomas Sankara, à sa famille et ainsi permettre une véritable réconciliation nationale.

« Nous nous engageons à organiser différentes formes de mobilisation dans un maximum de pays de la planète, avec comme point central une action internationale de trois jours à Ouagadougou, à l'occasion de la commémoration du 20e anniversaire de l'assassinat de Sankara, le 15 octobre 2007 » , souligne le comité de coordination international provisoire pour l'organisation de cette commémoration.

Il précise, « si nous voulons avancer vers cet Autre Monde possible, il est fondamental d'attirer l'attention du monde sur les luttes et les résistances africaines et de remettre à l'ordre du jour les grands combats menés par Thomas Sankara » . Faisons de cette année 2007, déclarée « Année Sankara » par ceux qui se réclament de cet héritage, une année d'études, de réflexions, de lutte contre l'impunité et d'organisation pour les combats de demain.

Moussa Bolly

( envoyé spécial)

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