Les Echos du 29 août
BAMAKO BY NIGHT
« L'Université » de la débauche
Quelles sont les « marchandises » qui se vendent les mieux aujourd'hui au Mali en dehors des produits alimentaires ? Ne vous creusez pas trop les méninges. C'est le sexe et l'alcool. Un « couple » qui est en train d'avoir raison de tout ce qui nous reste comme honneur et dignité. De la petite vendeuse du coin, à la grande dame la plus respectable en passant par l'étudiante, la secrétaire…, elles sont de plus en plus nombreuses à monnayer aujourd'hui leur charme. Une promenade dans Bamako by night révèle assez sur la perversion des mœurs.
Ce samedi soir, il est presque 1 h du matin. Mais, c'est à peine si la nuit vient de commencer pour les jeunes branchés de la capitale et les vieux qui refusent de vieillir dans la tête et dans les mœurs. Après avoir regardé Casino Royal au Babemba, nos pas nous guident sur l'avenue Al-Qods ou route de Koulikoro, le royaume de tout ce qu'on peut avoir comme lieux de loisirs ou débauche à Bamako. Le taxi nous dépose devant un restaurant chic.
Tiré à quatre épingles et attablé seul, nous ne tardons pas à découvrir que nous sommes une proie convoitée à cette heure dans ce lieu pourtant apparemment respectable. A peine notre jus d'orange entamé, elles surgissent d'on ne sait où. Et de belles créatures de surcroît. L'étincelle qui brille dans leurs yeux, ne nous trompe pas sur leurs désirs. Certainement plus audacieuse que les autres, Mamy vient nous tenir compagnie en tentant évidemment sa chance.
S'engage alors le discours de séduction. La galanterie nous oblige à lui offrir à boire. Que veut-elle boire ? « Une grande bière » , sourit-elle. Provocatrice, elle ajoute, « je ne comprends pas ces jeunes qui boivent encore de la sucrerie en ce 21e siècle. Que peut-on boire aujourd'hui de mieux qu'une bière » . Nous ne relevons pas l'injure pour ne pas inutilement prolonger notre présence sur le lieu. Malgré l'insistance de Mamy de nous tenir compagnie le reste de la nuit, nous sortons du bar-restaurant comme nous nous étions entré une heure auparavant : seul !
« Princesses » prostituées
Après quelques pas, nous nous retrouvons sur l'une des rues les plus fréquentées de Bamako : la rue Princesse ! Des princesses qui ont le plus souvent la tête pleine. Comme Fatim qui nous aborde dans un français qui remplirait de fierté Victor Hugo. Une bière offerte sur son insistance nous permet d'apprendre vite qu'elle est étudiante. En plus de sa faculté, c'est une bien curieuse « université » qu'elle dit fréquenter tous les week-ends. « Les bourses ne tombent pas régulièrement et les parents ont du mal à nous prendre en charge. Il faut alors se débrouiller pour ne pas vivre dans la morosité et la précarité » , nous avoue-t-elle sans ambages.
Se débrouiller ? N'est-ce pas aujourd'hui le sport préféré des Maliens qui conduit facilement à tous les vices et à toutes les perversions ? La fille qui s'offre à plusieurs petits amis pour satisfaire ses multiples besoins de branchée, se débrouille. L'étudiant qui loue sa virilité à une dame plus âgée que sa mère se débrouille ainsi à trouver les moyens lui permettant de vivre comme ses camarades dont les parents sont nantis.
Fatim nous ramène malheureusement à cette humiliante réalité. La seconde « grande » (bière) lui délie totalement la langue. Sous l'emprise de l'alcool, elle nous révèle, « regarde toutes ses filles attablées avec des mecs de l'âge de leurs pères ou avec des touristes ! Ce sont toutes des étudiantes dans les différentes facultés, mais elles se prostituent toutes. Il y a aussi des lycéennes et mêmes des élèves du fondamental, mais elles ne sont pas nombreuses. Chacune vient tenter sa chance ici, la faculté où il suffit seulement d'être belle et audacieuse pour réussir » .
Plutôt tenter le vice, la débauche et le VIH/Sida. « Les parents et les garçons n'assument plus. Il faut alors trouver les moyens de vivre sa vie » , se justifie Poupette , une véritable allumeuse que Fatim avait invitée à nous joindre.
Nudisme
Difficile d'avoir reçu une certaine éducation et de se sentir à l'aise dans ce milieu. Pas seulement à cause de l'alcool qui coule à flot, mais surtout la tenue des nombreuses filles. On s'habille d'habitude pour mettre son intimité à l'abri des regards indiscrets et vicieux. C'est tout le contraire chez les abonnées de la rue Princesse par exemple. Celles qui déambulaient sous nos yeux ce soir-là étaient presque toutes nues pour mieux appâter les clients.
Même décor honteux et dégradant dans le night-club où Fatim a réussi à nous entraîner vers 2 h du matin. A la rue Princesse, nous sommes revenus à plusieurs pour en avoir le cœur le net sur ce que Fatim nous avait révélé. Hélas, elle était loin de nous bluffer ! Elles sont aujourd'hui nombreuses les élèves et étudiantes à s'être laissées prendre dans les toiles de cette débauche tentaculaire.
Ce glissement n'a rien des NST (notes sexuellement transmissibles) à qui beaucoup de filles doivent encore leurs succès scolaires ou académiques. Elles sont tombées dans le vice, la débauche par mimétisme parce qu'elles veulent vivre à la mode, réaliser les rêves des jeunes filles nanties et dites branchées.
Dans une telle situation, les déceptions constituent le moindre mal face à des drames. Comme celui vécu par Djény , une brillante étudiante emportée par le VIH/Sida à une année de la fin de son cycle universitaire. Selon, certains proches, elle aurait commencé à monnayer son charme depuis le second cycle. « Elle vivait en reine dans une famille éprouvée par la pauvreté » , nous dit l'une de ses ex-amies. Son premier accident de parcours : une grossesse non désirée et non reconnue puisqu'elle ne pouvait accuser personne parmi ses nombreux amants. Un enfant aujourd'hui orphelin.
« Elle a voulu m'entraîner avec elle dans la débauche. Face à ma réserve, elle m'a laissé tomber en me traitant de sauvageonne. Nous étions pourtant amies depuis notre tendre enfance. J'ai tout fait pour la ramener dans le droit chemin, mais elle me fuyait comme la peste » , déplore Maï . Aujourd'hui, elle a allègrement bouclé ses études vient d'être reçue à la Fonction publique. Et cela parce qu'elle a eu la sagesse de ne pas s'inscrire à « l'université » de la débauche dont les facultés sont les bar-restaurants , les night-clubs qui font de nos jours le décor de Bamako by night.
A part quelques prêcheurs traités d'extrémistes, personne ne bronche ! Parce que chacun y trouve son compte ?
Moussa Bolly
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ESPACES DE JEUX
Un fléau qui s'appelle insécurité
A Bamako, les espaces de jeux offrent de véritables moyens de divertissement aux enfants sans toutefois garantir leur sécurité. Et pourtant, la sécurité doit être un élément essentiel qui doit être au cœur de la gestion de ces lieux.
Aujourd'hui, les centres de jeux ne manquent plus à Bamako, car ils poussent comme des champignons. En cette période de vacances scolaires, les enfants fréquentent massivement les centres de jeux où ils ont accès à toutes sortes de jeux : les dangereux et les moins dangereux. Ce n'est pas cet embarras de choix mais plutôt l'insécurité qui plane sur les joueurs, les enfants qui est problématique. Une insécurité latente dont ils sont régulièrement victimes.
Une enquête menée dans plusieurs centres de jeu de Bamako révèle que c'est seulement le profit qui intéresse les propriétaires de ces espaces, l'important étant que les visiteurs paient. Dans ces locaux, aucun dispositif sécuritaire n'est mis en place. En effet, le visiteur paie son ticket à l'entrée et passe directement à l'acte.
Cet acte de jeu, apparemment savoureux, tourne souvent au cauchemar en cas de faux-bond ou de chute inopportune. Des jeux comme « l'auto tamponné » ou la balançoire nécessitent un suivi et une assistance de l'enfant. Un agent d'un organisme international à Bamako assure que ses enfants ne mettront plus jamais les pieds dans un centre de jeu après la chute épouvantable qui a coûté la vie à l'un d'eux.
« Autrefois, tous les week-ends, j'amenais mes enfants dans un espace de jeu. Mais, le jour où mon enfant a lamentablement chuté d'une balançoire, je me suis rendu à l'évidence qu'il n'y avait aucune mesure sécuritaire. Dès lors, j'ai décidé de ne plus les emmener dans les centres de jeu » , affirme-t-il.
Luna Parc, un exemple ?
Ce qui est grave, c'est que les parents qui conduisent leurs enfants dans les centres de jeux pour revenir les chercher plus tard sont dégoûtés par le risque couru avant leur retour, surtout que n'importe qui a accès à ces lieux même si l'usage des jouets est conditionné à la détention d'un ticket. L'aventure de ce quadragénaire est édifiante. « J'avais pris l'habitude de laisser mes enfants jouer dans un centre de la place jusqu'à ce que je termine mes courses. Cependant, quand j'ai surpris un homme venu de n'importe où en train de les aborder, j'ai eu l'impression qu'il tentait de les enlever. Désormais, ils jouent à la maison » .
A défaut d'une intervention des autorités pour réglementer le secteur et ainsi mettre fin à l'implantation anarchique des espaces de jeux, les parents sont, en tout cas, avertis et ils doivent veiller sur leurs enfants en ces lieux.
Situé sur la route de Koulikoro, Luna Parc est un des centres de jeux les plus fréquentés de la capitale. Pendant ces vacances, le parc reçoit un monde fou y compris des étrangers de 16 h à zéro heure. Certes, le centre est hyper équipé, mais ses dispositions sécuritaires y sont pour beaucoup. D'abord, certains instruments de jeux sont interdits aux moins de 12 ans. En plus d'un technicien spécialiste pour chaque jeu et d'autres techniciens chargés de suivre et d'assister les enfants au cours de leurs jeux, le centre a un gardien pour contrôler les entrées et sorties.
« Nous sommes obligés de sécuriser les lieux, car si un client se blesse, nous le prenons complètement en charge jusqu'à ce qu'il se rétablisse » , nous a confié Salah Ag Ibrahim, le gérant du centre.
Ogopémo Ouologuem
( stagiaire )
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COUR D'ASSISES
Le pédophile
L'attirance sexuelle des adultes pour les enfants devient de plus en plus monnaie courante. Le comportement de Yaya Sylla qui blesse la sensibilité l'a conduit à l'audience de la Cour d'assises d'hier.
Né vers 1980 à Kadiolo et domicilié à Sikasso Sanoubougou-II , Yaya est accusé d'avoir commis un acte de pénétration sexuelle en 2004 sur la personne de Samadié Bagayoko , âgée seulement de 8 ans à l'époque. Cette dernière a été entraînée de force sans autre forme de procès dans la chambre par Yaya Sylla, le boutiquier du coin chez qui elle s'était rendue pour un achat.
Le bourreau du jour a violemment terrassé et bâillonné la fillette avec un chiffon pour contenir ses cris avant d'abuser d'elle sexuellement. L'infortunée, qui n'a pu s'échapper de son agresseur que suite à l'intervention d'un passant, est allée rapidement informer ses parents de sa mésaventure.
A la barre, comme c'est le cas le plus souvent, Yaya Sylla au départ a nié les faits en essayant de justifier son acte obscène par des esprits obscurs qui le hanteraient épisodiquement. Selon lui, chaque fois que c'est le cas, il devient incapable de contenir ses pulsions sexuelles.
Or, le dossier du médecin légiste versé au dossier indique clairement qu'il ne souffre d'aucune anomalie psychiatrique ou psychique.
Evasif dans ses réponses, le boutiquier a fini par passer aux aveux complets en reconnaissant qu'il a même introduit son doigt dans le sexe de la fille au point qu'elle a été blessée. De par ses propres déclarations, il venait d'ouvrir le boulevard au ministère public pour davantage le charger. « Yaya est un pervers. Il n'était pas du tout dans un second état comme il tentait de nous le faire croire. C'est un moyen pour lui de se disculper. Yaya, en abusant de la petite, a agi avec discernement » .
Pour le tirer des mailles de la justice, son conseil a basé sa plaidoirie sur le fait que son client a beaucoup médité depuis son incarcération en 2004. « Faites en sorte qu'il puisse à l'avenir comprendre et juger ce qu'il a fait en le condamnant avec sursis. Orphelin de père depuis sa tendre enfance, il n'a pas eu la chance d'aller à l'école de la vie » .
L'appel de Me Kéita a été entendu par la Cour qui a condamné Yaya Sidibé à 3 ans d'emprisonnement ferme. Incarcéré depuis le 23 août 2003, M. Sidibé a, à ce jour épuisé la peine.
Mohamed Daou
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